MORT LE DELX SCÉLÉRATS
Le jour qui suivit l'arrestation des deux empoisonneuses, M. Comté se leva de bonne heure.
Quoique relevant à peine de maladie, dès quatre heures du malin, il était sur pied.
— Il s'agit de ne pas s'amuser I Les deux femmes sont coffrées, mais ce n'est pas tout! La Miette n'est que complice du drame de Saint-Giniez dont les ^éritables auteurs sont Laurentin et Cadet. Ce dernier a ensuite à son actif le meurtre du maçon. Il y a encore Salomon. Il a participé à l'assassinat de la belle-sœur de Lauientin et aidé la Miette à jeter dans une cave certaine personne à laquelle je liens beaucoup, un M. Jacquinet, un homme très diNtingné et (pii m'a rendu de très grands services. Ce n'est pas tout. Je dois aussi rechercher où la femme Barbe et sa mère se sont procuré le poison qui a servi il donner la mort au balayeur. Si je ne me trompe, il sort de rofticinc d'une atroce sf»rriJ're nommée la Méli>so, laquelle a pour amant un aflreux galopin
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que l'on a aritMô hier jXKir vol daii^ un inaiuMsin du ('(uir>;. Ce iLialopin s'app.'Il»' ..
M. ('ointe tMivril un cahiiM- où se liMiivaicul (W< rappofls ('«crils à l'oncrc roiiL:<\
Il ftMulliMa nu inslant.
— M"y Noii'i. Il s'apptHIc Tis(«' <M ccWo ('Irani^e foll(> l'a surnoninié Ariol, l'anuo (joi'hn.
.M. C.onilé sortit do sa ]ioi-lie un miroir.
Il so roijarda nn instant, puis il ont nn soin-iro do salisfariion.
— Je snis moins pàlo qn'hior. La santo rovicnt. On no dirait pas ipi'il y a poil de temps les médecins, aussi impilovalilos ipie Salonnm et la Midlc, m'avaient condamné à périr!
Le vieillard r.niit son niii'oir dans sa poche.
— Ah! ah! il n'est pas beaucoup d'agents de police comme moi, qui ne piMisont qu'à leur devoir! Et dire que l'on veut me mettre à la rotrailc!
11 fit entendre un petit riro sec.
— Eh bien! on m'y mettra, mais quand j'aurai terminé cette affaire. Le cbef de la police de sûreté sonna.
Personne ne vint.
— Pomponne, Pomponne !
Le bruit des pas de ra;:;cnt ne se fit pas entendre.
— Est-ce qu'il ne serait pas dans l'antichambre? Je lui avais cependant recommandé d'être exact ce matin.
Le vieillard se dirigea vers la porte qu'il ouvrit. Son rire sec retentit, plus fort que jamais.
— Tiens, c'est drôle!
L'agent de police n'avait pas manqué à son devoir ; il était bien venu, mais il s'était endormi à son poste.
— Et cependant il est jeune, lui, il est robuste! fit M. Comté. Voilà les hommes qui nous remplaceront, nous autres vieillards! Est-ce que chose pareille m'est jamais arrivée? Pomponne! Pomponne!
Pomponne s'éveilla en sursaut.
— Que voulez-vous?
• — Que tu sois éveillé et que tu répondes à mes questions. Entre. L'agent obéit.
— Dis-moi! Ne m'as-tu pas raconté qu'un individu prenait de mes nouvelles tous les jours?
— En effet.
— Lui as-tu cbaque fois répondu, suivant mes ordres, que mon état était désespéré?
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— Oui.
— Bon. 11 n'ii alors jamais manqué de se présenter...
— Hier scnlemotit...
— Ail! comment est-il cet individu?
— C'est nn homme de quarante à cinquante ans, qui porte des vtMements sordides, et dont le visage a quelque chose de repoussant. Lorsque je lui dis que vous êtes très malade, il n'a pas l'air trop mécontent...
— N'es-tu pas parvenu à savoir qui il est?
— J'ai essayé vainement de l'interroger.
— Ne pouvais lu-le suivre?
— Je l'ai fait une fois, mais, en route, j'ai perdu sa trace.
— Je regrette de n'avoir pas eu plus tûl la pensée de le voir. S'il revient aujourd'hui, tu me le conduiras.
L'agent s'inclina.
— Pomponne!
— Monsieur le commissaire.
— Vers huit heures, deux ou trois de tes camarades viendront me prendro pour m'accompagner à Saint-Giniez, où je dois faire une perquisition. Tu m'avertiras aussitôt.
— Je n'y manquerai pas.
Pomponne allait se retirer quand M. Comté le rappela de nouveau.
— Est-ce que l'individu qui venait s'informer de l'élat de ma santé n'avait pas la barbe et les cheveux très longs?
— En effet.
— Connais-tu un nommé Salomon?
— Non, monsieur.
— Alors tu ne connais personne!... Bon... c'est bon! M. Comté resta seul.
— Je suis sûr, murmura-t-il, que l'individu aussi satisfait quand on lui di-ait que j'étais sur le point de mourir devait être Salomon. La Miette et lui ont dû découvrir que je n'étais plus dans la cave... Ils guettaient mon rétablissement pour prendre la fuite... Heureusement que le vieux renard a pensé à cacher son retour à la vie... Quelle bonne inspiration j'ai eue! Sans cela les oiseaux se fussent envolés, tandis que... Je tiens la Miette et je veille sur les autres... C'est égal! ma maladie m'a fait beaucoup de tort... On s'est empressé de relâcher Laurentin et Cadet, faute de preuves... Des preuves! J'en aurai aujourd'hui et de bonnes : le cadavre de leur victinie!... Je rattraperai ces deux scélérats. Malheur à eux!
Le vieillard fit une pause.
— Quant à Salomon, je lui ft-rii payer cher so:iaulace si c'est lui, comme
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li'Ul me le poiir à croiiw (|ui est venu ces jt)urs-ci savoir roninn'iil j'alhis. .lo lui prouverai que maintenant je suis parfaitement rétabli... >lai^ il doit l(> savdir «lèjà... et c'est dommage I...
Le ehef de la police de siirelé reirarda une monlre posée sur ^'a lahli'.
— Six heures. J'ai encore deux heures de loisir, liistms ces ra]ipoils.
^1. ConUé ne larda [>as à repousser les dossiers ouverts devant lui. Il se Il \a < t se mit à marcher dans rapparlemeni.
Cad» t est-il aussi lialtilc (]ne le chevalier de la Torche? Non, cerlis. !,e drame de Sainl-Giniez, l'assassinat du maçon, ralfaire lîarhc, mon assassinil à moi, valent-ils, réunis, les exploits des Incendiaires? Me rapporteront -ils autant d'honneur? Je ne le croi-^ pas. .\h ! autrelois, c'élaii W hon Icmpsl
M. Comté revint s'asseoir.
— Il s'en est fallu de bien peu que je ne laissasse ma vie dans la maison du rhemin de Saint-Pierre. Pour m'écbappcr de celle cave avec les terribles blessures que j'ai reçues, j'ai accompli de tels tours de force que M. le procureur du roi voulait à peine me croire quand j'ai fait ma déclaration I Ce procureur du roi, il ne vaut certes pas M. de Marillan. 11 semble croire, lui, que le devoir dun maiîisirat est de brusquer tout le monde, de se montrer ignorant et incapable. Le père de M. Georges pensait au contraire que la politesse est une nécessité ! Et ijuel homme supérieur c'était!...
Il était huit l>eures précises quand le chef de la police de sûreté et son escouade partirent pour Saint-Giniez.
On se rappelle les indications précises que M. Comté, déguisé, avait entendues sur l'endroit où se trouvait la malheureuse créature que le maçon avait murée.
La Miellé avait désigné à Salomon le logement de Cadet comme étant le lieu où la belle-sœur de Laurenlin avait été ensevelie presque vivante.
Le vieillard conduisit donc ses agents à cette maison qui appartenait au marquis de Barbentane.
Toutes les murailles furent sondées. On démolit deux, ou trois cloisons avant de découvrir celle derrière laquelle une infortunée avait trouvé le trépas.
Les recherches furent enfin couronnées de succès. Une fois le rideau rouge soulevé, un affreux spectacle se montra à tous les yeux.
Le corps de la victime était retenu à la muraille par des crampons de ier. Lne odeur insupportable s'exhalait de ce cadavre à demi rongé par les vers.
Les hommes présents avaient vu dans leur vie bien des drames, ils avaient été témoins de choses bien étranges, cependant ils ne purent retenir un murmure d'horreur.
— Oh! dit M. Comté, il me faut maintenant tous les meurtriers! Le chef de la sûreté ne rentra à Marseille qu'à la nuit tombante.
LA iJEl.Li: MlKTli;
Que faisaient pendant ce tenips-Ià Laureiiliii et Cadet?
— Fuyons! avaient-ils dit. Gagnons un port d'Italie où ium> wnK lmuIiupquerons pour l'Amérique.
Et ils s'étaient mis en marche.
Ils n'avaient osé prendre une diligence de peur iiue l'on ne [nU l'aciltMiient découvrir leurs traces. Ils allaient donc h pied.
Après quelques heures de marche, Laurcntin fut le premier à se sentir fatigué.
Ils entrèrent dans une auberge pour prendre leur rep.isdu soir et au besoin y passer la nuit.
Dans la salle commune un individu se trouvait attablé.
— Salomon! murmura Laurentin qui était devenu tremblant.
— D'où vient ta frayeur, demanda Cadet, est-ce que tu verrais des gendarmes?
— Salomon est là! répéta Laurentin. Salomon, le juif!
— Eh bien?
— Ne comprends-tu pas?...
— Je l'avoue...
— Il est capable de tout... Si nous décampions...
— Pourquoi?... Tout à l'heure, c'était toi qui te plaignais de la fatigue.
— Double raison pour que nous nous remettions en ro'ite, puisque ma lassitude n'existe plus.
— Déjà dispos... Mais nous ne nous sommes pas seulement assis.
— Partons!
— Non, non, moi j'ai besoin à mjn tour de me reposer. D'ailleurs, tu as tort d'avoir peur de Salomon... C'est un bon enfant...
— 11 peut nous dénoncer?...
— Lui! 11 s'en garderait bien .. S'il est ici, s'il a jugé à propos de quitter Marseille, c'est qu'il a comme nous peur de quelque chose... Eh! eh! c'est aussi la résurrection de M. Comté et Farrestition de la Miette...
— Ta as peut-être raison...
— Nous allons du reste savoir à quoi nous en tenir...
Cadet alla vers Salomon qui, accoudé sur la table, semblait rélléiliir profondément et n'avait pas fait attention à la présence des deux complices. Cadet lui frappa sur l'épaule.
Salomon tressaillit.
— Je parie que tu as cru que c'était un gendarme ou un agent de police.
— J'ai eu peur, en elTel...
— Et est-ce à moi que tu révais ainsi '
— Ne te moque pas de moi...
496 l.A Ml 1,1.1. Mil riK
— Que fais-tu ici"'
Kl vous, qu'y faitos-vou>?...
Nous voyageons pour iiolro au'i'oinrui...
— Moi aussi... ou plutôt c'csl parce <pu> je n'ai pas K'iissi à rcjoindio à temps certain i;auiin...
— 11 y a aussi .M. Comté, n'est-ce pas?...
— Le misérable se rélahlissait tandis (jue je le cioyais en Irain de, faire sa crevaison, ^i'^^'"! j"' l'^'' ^'i' apparaître sur sa porte avec Polyle, j'ai cru avoir affaire à un revenant et je me suis enfui sans regaider derrière moi...
— Où vas-lu?
— Je n'en sais trop rien... à 1 étranger!
— Tu quilles la France, toi aussi?
— II le faut bien...
— C'est pénible cependant...
— A tout autre qu'à M. Comté, j'aurais pu espérer d'échapper... Mais à lui...
— Veux-tu dîner avec nous?
— Ce n'est pas de refus bien (ju'il vaudrait peut-être mieux pour mui rester seul ..
— - .V ton aise...
— J'accepte pour cette fois...
La nuit approchait. Cadet appela Taubergiste cl lui comnianda un souper qui fut vite préparé.
Cadet, Laurenlin et Salomon s'altablèi-ent.
Au dessert, ils décidaient de reprendre le lendemain leur route ensemble.
— 11 vaut mieux décidément être trois, fit Salomon. Je change d'avis.... Avec de bonnes armes, des gens comme nous peuvent résister à vingt gendarmes.
— Oui. dit Cadet en regardant Laurcntin, pourvu qu"il n'y ait pas de lâche 1
Tout poltron et tout avili qu'il était, Laurenlin eut un mouvement de colère, cependant il ne dit rien.
Les bandits passèrent la nuit dans l'auberge et se remirent en route le lendemain matin.
Fuyant les grands chemins, ils suivaient les sentiers où ils ne devaient rencontrer que peu de monde.
Cadet servait de guide à ses deux compagnons.
— Fiez-vous à moi, disait-il, je connais le pays!
— Parbleu! dit Laurenlin à Salomon, je crois qu'à l'Age de seize ans il faisait partie d'une bande de brigands qui désolaient les environs.
LA lilAA.V. MIKTIl-
Ils arrivercnl au refuge... {P. 500.)
Cadet et Laurentin étaient du reste pea d'accord. Les deux complices ne perdaient aucune occasion de se dire des clioses désagréables.
Cadet était mordant et railleur. Laurentin ne pouvait oublier que cet homme l'avait entraîné au crime et était la cause de sa situation présente, lis faillirent en venir aux mains après plusieurs échanges de paroles aigres.
A un moment donné, Laurentin niarLliant en avant, Cmlct prit à part Salomon: