SORTIE DE L HOPITAL
Il serait difficile de dépeindre l'état dans lequel se trouvait Félix.
Quand le jeune homme pensait qu'il avait été aimé de sa sœur et que celle-ci avait empoisonné son mari, peut-être pour recouvrer sa liberté et voler dans ses bras, il sentait sa tête s'ésaier.
LA IU:i,I.E .MIKTTE
11 se faisait aussi les plus cruels reproches.
— Je me rappelle maintenant certaines paroles qui m'ont tronlilc nialgié moi, infais dont je ne me suis pas attaché à découvrir le sens pari-e que cela me semblait si incroyable, si inouï... 0 mon Dieu! nï'sl-ce pas enoon' un rêve dont je suis le jouet !
Le contremaître fit une courte pause.
— Un jour, elle me dit: « Aimez-moi comme vous aimiez Paula. » Celle fois, je me doutai du danger, j'enlrevis le goufTre. Après quelques réilexions, je me présentai chez elle... J'étais décidé à l;ii découvrir que mon père était cet infortuné Pierre qui, après avoir été l'amant de la Miette, devint l'époux d'Iierminie, ma mère... puis qui la délaissa pour revenir chez sa maîtresse. Que notre affection soit pure! voulais-je m'écrier, vous êtes ma sœur, je suis votre frère... Soudain, une porte s'est ouverte... Elle est apparue, la misérable qui a été la cause du suicide de mon père, elle s'est montrée celle qui l'a conduit, lui si honnête, lui si vertueux, au désespoir, à la mort!... Ma langue s'est glacée, je m'en suis enfui et j'ai cessé tout rapport avec Clémentine... J'ai pensé qu'éloigné d'elle, elle m'oublierait... Voilà ce qui est airivé !
Félix était dans cet état d'affliclion quand il reçut i.ne lettre d'Aix. Elle était encore de Clémentine:
« Mon frère,
<( J'ose vous donner ce titre pour vous prouver que je suis guérie. Il faut que je répare une grande faute, ainsi que je vous l'ai dit, il faut que je m'enlève un remords.
« Ce n'est pas volontairement que Paula vous a quitté, c'est moi qui l'y ai contrainte en la menaçant de ne jamais lui rendre son enfant.
« La pauvre fille a eu beau se jeter à mes pieds, me supplier, j'ai été impitoyable! 11 a fallu qu'elle abaiidoiinùt votre maison, qu'elle obéît à mes ordres.
<» Le lendemain, je devais lui remettre son lils. Je l'attendais, mais elle n'est pas venue. Depuis, comme vous, sans doute, je n'ai plus eu de ses nouvelles.
« Persuadée que c'était une rivale, je me suis félicitée de ne pas la voir, d'autant plus qu'à cause de l'obstination de ma mère, je n'étais [as en mesure (le tenir ma promesse.
« Qu'est devenue l'infortunée ? A-t-elle succombé à l'excès de sa douleur? L'amante a-t-elle enlevé sa force à la mère héroïque?
« Je l'ignore, mon frère, mais, si vous pouvez retrouver bientôt les traces de celle qui ne fut jamais roupable, il me semble (|ue V(mis en voudriez moins à celle qui l'est, et ce sera une gi'ande consolation pour elle.
'< Clémenti.nk. »
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On Cdinpromi quelle impnîssitui lit f.>lti' Iriirc >iir lVIi\.
Lt> jouiio homme vil anssiliM loul cr (inavail soiillVrl Paiila et il fut sur le point tle maiuliie sa sieiir.
Ce mouvement fut raïutie. Félix se calma vite. Il se rappela dans quelle situation se trouvait la lillf d<> la >Iit'lli\ et aueiuie parole de colère ne sortit de ses lèvres,
11 ne {Mit rr|(Miir un cri de tliMilcur ipiand il si- deminda ce iju'rlait devenue la pauvre ci-èaluri' en iiuillant la maison.
D('jà malade, dé|à faible, elle avait dû, après quelijues miiniles de marche, succomher à la falisK^iie. (Jiii l'avait nn-ueillie, qui avait piis soin d'elle?
N'élait-elle pas morte?
il semhlait maintenant au contremaître qu'il rcùl pi-éférée pcrfidi> et Iraitresse, que soulTrant par lui et pour lui.
L'idée lui vint de recourir encore une fois à la police.
On se souvicat que M'"" Marguerite, après la fuite de la jeune femme, s'élail adressée au commissaire du quartier sans résultais. 11 résolut de mieux choisir et d'aller trouver ce M. Comté dont tout le monde vantail la perspicacité.
L'amant de Paula fut très bien reçu par le chef de la police de sûreté, qui prit des notes sous sa dictée.
— Vous désirez savoir ce qu'est devesiuc une fille qui a disparu de son domicile?
— Oui. monsieur, il y a trois mois.
— Trwis moisi Pourquoi avez-vous tint tardé? Féli.x hésita.
— Des motifs... particuliers...
— Ah:...
— Je croyais que c'était volontairement... J'ai su depuis qu'elle accomplissait un devoir...
Le contremaître était de plus en plus embarrassé.
M. Comté eut heureusement pitié de son embarras et vint à son aide.
— Enfm peu importe!
Le contremaître respiraitdéjà, quand le chef de la sûreté reprit malignement.
— Vous demanderai-je quels droits vous avez sur elle? — ■ Les droits d'un ami...
— Vous n'êtes pas son parent?...
— Non... monsieur.
— Et vous appelez des droits... Allons, passons! Il est de l'intérêt de la justice qu'elle sache ce qu'est devenue une personne que vous dites être partie malade de son domicile... et dont on n'a [ilus eu de nouvelles.
— Vous ferez donc des recherches?
— J'en ferai 1 C.o.'niiuMit se nominc-t-L'llt.'?
— Paula!
>I. Comté leva vivement la têle et regarda avec allciilioii sou iiilerjucilc ir.
— Il me semble que je connais...
— En vérité?
Le chef de la sûreté cliercliait dans ses souvenirs.
— Paula 1 Attendez donc!... J'y suis!... Pardonnez-moi! tant d'événements ont eu lieu ces jours-ci. E-t-ce que celle fille n'habitait pas rue Caisserie?
— En eiïet! dit le contremaître avec embarras, car il se souvenait alors seulement du vol dont la Miette s'était fait une arme pour menacer la pauvre Paula.
II se disait que la malheureuse avait pcut-C-lre été ariélée et que c'clait la cause de sa disparition.
Ses craintes cessèrent vite.
M. Comté avait pris un air bienveillant.
— J'habitais dans la même maison, continua le jeune homme, et voilà d'où vient Tintérét...
— Cela ne m'étonne pas, fit le chef de la sûreté. Paula est digne d'in.— pircr de l'estime, de l'affection même...
L'amant de la courtisane venait de pâlir.
Il se rappelait sa visite au commissaire de police, après le vol de trois rent> francs, et certaines insinuations de celui-ci.
Sous l'influence de M"*" Marguerite, Félix avait chassé ce souvenir qn: levenait maintenant à son esprit.
Le chef de la police de sûreté s'aperçut du changement soudain qiii s'était opéré chez le jeune homme.
Comprit-il ce qui se passait en lui? Cela ne nous étonnerait pas, car cot homme avait une connaissance parfaite du cœur humain.
Lo fait est qu'il jugea à propos de donner des explication-.
— 4(oulez-vous que je vous dise pourquoi je pense tant de bien di^ Paula?... Je sais que, même au milieu de ses débordements, elle avait gardé une certaine pudeur. Ce n'est pas elle qui eût ruiné un malheureux. Le vice a jibisicurs échelons... Elle n'a jamais descendu le plus bas, celui où il deviez frère du crime. Tout absorbé que je suis par mes devoirs, je m'occupe parfois des questions sociales. Je n'ignore pas qu'il souffle depuis 1830 un vent favorable à la réhabilitation des criminels, ù celle des femmes perdue-^. Moi, qui ai l'expérience pour moi, moi qui ai vécu presque au milieu des mnhicans de la civilisation, je ne crois pas ({xw ce qui est mauvais puisse, aussi faciltiU'iil
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•liTou le ilit. ilcvciiir Imn ; i-«'iiiMul;iiil il se Iroiivo ilcs e\CL'|)li(»iis, des iHrcs :i <|ui il siiflirail lU' pivrlirr le bien ihiiip (pi'iN prissenlla rêsululimi il'y i.'venii- Pa:il,i est de eeiix-l;«I M. l\''li\ élail ému.
— - On ma (i.inc ulmiIi !
— Qiu* vous a-l-oii r;ii"oiilè?
I.i' fontreniailie allait rèj^ondre l(>i'S(jii(» Coiiilé dit avec |ii"('Ti|iil;iti(in :
— Non, iit> me le failes j>as coiMiailre. je ne veux j>as le sivoir! Une cxpliraliun. ceiiendaiil. .le <uis d(> ces AJeillards (jui respcclent leurs clieveuv
Idaucs, je n'ai jamais itiidilé du pnuMur ipie mes fonelions me dunneiil [idui- en al'user.
— (Mil je Vdis ipu' v.ius ries un lionnèle lioinmel dil le conlremailto en saisissanl la main de }\. ('oinlè.
Le vieillard ronlinua :
— Je n'ai donc eu aucun rapp(u1 avec Paula dej)uis le jour où je fus à même d'ajjprécicr ses qualités à leur juste valeur. Vous savez -ans doule (ju'elle a un eiit'anl?
— .le le sais.
— Vous savez aussi qu'elle avait confié ce petit être, qu'elle adorait, à la Miette?
— Eh l.ien?
— La sage-femme le lui avait-elle rendu avant sa disparition.'^
— Non.
— Voilà peut-être la cause de cette fuite suliite.
— Vous croyez?...
— Ce ne junit être que cela, quoique je ne comprenne pas bien encore... ïl y a un mystèie là-dessous.
— Olil vous avez raison, monsieur 1
Le chef de La police de sûreté regarda fixement le jeune homme.
— Qui sait? dit-il. Peut-être la Miette ou la femme Barbe, pour se débarrasser de cette femme qui devait les gêner, l'ont-elles fait disparaître?
— Non, ce n'est pas cela!
M. Félix avait dit ces mots avec une vivacité extrême. M. Comté fit d'un ton glacé :
— Vous me paraissez plus instruit que vous ne le prétendez. Il s'agit de ne rien me cacher!
— Monsieur, ce que je sais de plus ne vous servirait pas à grand'chose pour retrouver Paula. Permettez-moi de ne pas vous le dire, cela me serait trop pénible!
■ — Il est nécessaire que tout me soit connu.
LA liKLI.F, M II' Tri'
— Eli bien, voici... C'est une rivalilé de feminr qui a coiitiaitil la malliciireiise lillo à quiller son loi^^euiont... On lui avait pi'omis de lui icndi-e ^lon enfant... Elle n'a pas si^ulonieiit été le réclamer...
— Vous êtes sûr?
— J'en suis persuadé,
— C'est bien. Connaissez-vous la femme Barbe? Le jeune homme hésita :
■ — Oui. dit-il eiilin.
M. Comté eut une exclamation.
— Ma foi, où ai-je la tête? C'est vous qui avez demandé la permission de la visiter.
— C'est vrai.
— Je m'e\i)lique tout maintenant.
— Ah!
— Vous pouvez vous retirer. Je feiai tout mon possible pour i-etrouver Paula. Si elle est à 3Iarscille, j'en aurai acquis la certitude avant trois jours. Je vous demande ce délai...
— Merci.
— C'est mon devoir que j'accomplis, vous ne me devez pas de remerciements.
Félix se retira le cœui' plein d'espérance.
— 11 a tout deviné, disait-il; quelle pénétration I II me semblait quo M. Comté voyait dans mes yeux jusqu'à mes plus secrètes pensées.
Une fois seul, le chef de la sûreté haussa les épaules.
— Retrouver cette infortunée, si elle est encore vivante, n'est qu'uîi jeu d'enfant!
Le vieillard sortit son crayon et prit des notes.
— La femme Barbe l'aime, lui... Pour se débarrasser d'elle, elle s'est servie de l'enfant... Pauli, mère dévouée, a quitté son amant... Encore malade, encore faible, elle s'est évanouie dans la rue... Secours donnés par passants...
Le chef de la sûreté se gratta le nez, ce qui si^niliait cliez lui (ju'iuu- ii'Mi- \ l'Ile ]iei]sée lui venait.
— Diable, diable, il y a trois mois, mais c'était précisément Tépoipie où l'étais... Scélérat de Salomon que je n'ai pu encore attraper 1 Les rapporls^ doivent porter des traces d'une femme recueillie en pleine rue et peut-ôlre transportée à riiôpilal. C'est cela... Pomponne!
L'agent se montra.
— Les rapports d'il y a trois mois sont-ils l.i ?
— Oui, monsieur.
— Apporte-les I