‹ La belle MietteChapitre 77 sur 200 · LARMES ET SOURIRES · texte numérisé non relu

LARMES ET SOURIRES

Paula n'était pas rentrée dans sa chambre de la rue C.iisserie. Félix lui avait loué un petit appartement meublé situé au derniei- étage d'une maison donnant sur la place Pioyale, à Marseille.

Ce logement était bien modeste, mais le contremaître n'était pas riche. Il avait même fallu que M""" Marguerite, l'ancienne voisine des deu\ amants, qui connaissait la proj)riêiaire du garni, les recommandât à celle-ci alin qu'ils n'eussent pas à payer d'avanci'.

Il sembla, à Paula, que cette demeure était le paradis, car elle y vovait souvent relui qu'elle aimait. De plus, elle pouvait aller rendre visite à son (ils autant qu'elle le voulait.

L'enfant était, on le sait, à S.iint-(jiniez. choz uni' villa','i'nise qui ■>')■ ctail attachée. On eût pu le lui retirer; mais, comme il était dû une foito somme ù celte femme, il avait été décidé que l'on attendrait un jmmi.

Fi'lix. dos (in'il avait qiiilli' son atelier, se rciul.iil au|irè.s de sa lu.iilrcs-e 11 V «MiliMii lorstiu'il fut aperrii de ('h-ineiMiiic alt;icliée au potiMii d'iiifami(>.

Il III' put siiitporler ee spei-taflc c>l. croyaul que, sa vue serait péiiilile à la feniiii»' IJailie, il s'empressa de mouler chez Pailla, (pii, ahsorlx'îe [lar un travail d'aiguille qu'on lui avait proeuré, ne se doutait j^iière de ce qui se jiassail nir la plai-e, à cinq tMa,i:es au-dessous d'elle. Du n'sle. la maison était encore assez (Moii,'née de l'eiidruit où l'exposition avait lie-ii.

l'i\i\ paiiit à la jeune lemme, énni. îroiililé,

Klle rinlerroL;ca :

— Qu'as-tu?...

— Oh ! je viens de voir une cho ^e Ikm ril.lc.

— Oiioi donc?... Tu m'elTrayes... Esl-cc un mallieiir?. .,

— - Non, c'est le châtiment... de...

• ■ Ah!...

— r.;!es (Mit été hicn dures, hieii cruelles pour loi, iiiiis ne leiiras-tii pas pardonné?...

— De i;rand cieur... surloul à ell(3... à Ciénientiiic,

— Que tu es lionne I...

— Je crois que Clémentine n'élait pas mauvaise...

— Tu as raison...

— C'est sa mère qui l'a perdue'....

Paula avait été instruite par Félix de tout ce qui concernait la femme Barbe. F.lle savait que celle-ci était la sœur du jeune homme.

Comprenant combien ce sujet de conversation devait être pénible pour son amant, elle lui parla d'autre chose et ils en vinrent tous les deux à examiner leur situation.

Hélas 1 elle était loin d'être satisfaisante.

Se retrouver avait été pour eux une joie suprême et ils s'étaient pc i inquiétés du lendemain.

Toutefois, c'était pour diverses raisons que Félix n'était pas rentré avec Paula dans la maison de la rue Caisserie et que, ayant choisi pour la jeune femme une autre demeure, il avait conservé également son ancien domicile.

Nous savons qu'il était contremaître dans de grands ateliers. La maison à laquelle il appartenait avait à sa tête deux frères connus, sur la place de Marseille, comme légitimistes et cléricaux.

Il est évidemment permis d'avoir toutes les opinions [lolitiques et religieuses quand elles sont sincères, mais, par malheur, les deux frères en question étaient à la fois dévots et intolérants, ce qui arrive souvent, du reste.

Leurs ateliers ressemblaient à l'intérieur d'un couvent. 11 y avait des crucifix et des chapelles partout.

LA i;i:ij.i- Miiii rt:

A ui) moincnl donné, sous l'infliiuuco d'un jirèlre qui avail des lelalions avec CCS industriels, ceux-ci résolurent de demander à tous les ouvrlci-> un billet de confession an moins une fois par mois.

Beaucoup d'employés et d'ouvriers se sonmirenl, mais quelques-uns résisicrent. Félix fut de ce nombre.

Le contiemailre, né catholique, n'était pas un ennemi de celte n'ii-inn, mais il ne la pratiquait pas et il tenait à jouir de la liberté de sa conscience.

Son refus net et formel lui valut quelques remontrances. Néanmoins, les deux frères, considérant que Félix était un employé modèle, n'insistèrent pas.

Ils se bornèrent à s'informer de la conduite que tenait le contremaître iiors de leur maison, et ils apprirent qu'elle était irréprochable. Avant Paula, on ne lui connaissait même pas de maîtresse.

Quand la jeune femme avait été rendue à Félix, il avait songé à ses patrons en la conduisant dans un appartement meublé de la place Royale.

Cette dépense d'un nouveau logement était lourde pour Félix, qui n'avait que de maigres appointements; car, si les bigots sont plus exigeanis que b;s antres, ils n'en sont pas plus généreux pour cela.

11 y avait ensuite la nourriture et l'entretien de son amie.

Paula avait fait de nouveaux efforts pour se procurer une occupation, rt elle avait réussi à trouver des travaux d'aiguille, mais si faiblement rétribués qu'ils ne pouvaient diminuer que dans une très légère proportion les dépenses de son amint.

Félix essayait de dissimuler ses angoisses à Paula, mais celle-ci le:, devinait.

— Tu es ennuyé, tu es gêné à cause de moi...

— ?^'e t'inquiète pas... A force de courage, nous réussirons à nous tirer daffaire.

— Je suis une charge bien lourde.

— ■ Non, non...

— M""" Marguerite m'a promis de me faire avoir de l'ouvrage du magasin qui l'emploie et qui la paye convenabb^menl, mais il paraît que nous sommes à l'époque du chômage...

Félix souiit.

— Désirons seulement que le chômage cesse vite, puisque tes travaux d'aiguille sont si peu payés...

-- C'est en elfct ridicule de nou.> exploiter ainsi nous autres, pauvres femmes...

-- Dis que c'est infâme de sjiéculer sur le besoin...

■— On prétond que dans le-piisons, dans h3s cnuvtMils, on travaille encore à meilleur marché...

5ii I. A lil l.l.i: MM I II.

— I/ouvriiTt" lilirc (Idit dmio imuirir de fiiiiii à (Mii<o lic la ciniriii riMico de la luisoniiior.?...

l'.uiii ne rt''|ioii(lil pa<.

Son ainanl eonliiiii i :

— Jo trouve que la soi-irli" a ttnl de ne pas s'oocii|icr d aiiuMiorcr la con- (lilioii do la ri'inino... Au lion de lui venir en aid(î, il inc senihl(M|u'clle alTccl»' de loul laisser conspirer contre son honneur, contre sa verln... Voilà une enfant qui est l>el!e. f^posée aux séductions... Il sérail raliuiinel, il serait juste (pi'on aplanit pour elle les dilïiciiltës, rpi"on lui vint en aide... Au lieu de cela, on l'expUiite... Condamnée à une lâche inj^'rali', elle faildit souvent... siirloutqiiand elle n'a pas de jziiide, quaml rlle est privée de conseils... Elle a loi en riioininc qui lui parle et ipii lui fait toutes sortes de séduisantes iinimcsses... I,ejoiir où elle s'aperçoit (ju'il lui a iiu'iili, qu'elif a été Iroiiijiée. elle est pcrilin; sans retoar!...

l'ailla avait écoulé Féliv avec émulion. car c'était bien à son hisloiii' à elle qu'il faisait alliisio::.

On se rappelle (|ne, orpheline de honiie heure, elle avait siiccoiiihé |iarcc que personne ne l'avait secourue. Les larmes vinrent aux yeux de la inilheiileuse jeune femme.

— Oh! oui. ré])éta-l-elle, elh^ est pe;diic sans retour 1

Félix comiirit le sens que donnait Paula à cette phrase. Évidemmenl. elle croyait qu'il venait de prononcer pour elle le plus sévère des arrêts.

— Pardon, dil-il, pardon...

— Tu ne m'as pas oITensée.

— Mais je t'ai fait de la peine. C'est mali^^ré moi que je me suis laissé entraîner. D'ailleurs, je n'ai pas voulu dire ce que tu penses,

— La pécheresse ne peut jamais être purifiée. La fille (\m a été folle de son corps ne sera jamais réhabilitée.

— Tu te trompes...

— Non, hélas!

— L'expiati(jn a racheté la faute, et si tu voulais... je le demanderais de devenir ma femme.

Paula tressaillit de joie.

— Ta femme, à toi... ta femme légitime...

— J'estime que ton repentir, tes larmes, ton amour maternel ont tout effacé. Je te le répète : Paula, veux-tu de moi pour mari?

— FéUx!

11 était tombé à genoux auprès d'elle. 11 lui pressait les mains, les l:i embrassait. Et quand il se releva, leurs lèvres se rencontrèrent, ce fut une extase, car leur affeclion était aussi profonde que passionnée.

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