‹ La belle MietteChapitre 82 sur 200 · I.A HKIJ.K MIKIIK .iô · texte numérisé non relu

I.A HKIJ.K MIKIIK .iô

avons parlé et où jadis nous avons vu M. Comté, la Miette et ses complices, P.iula elle-même.

On avait fermé cet établissement, mais il s'était rouvori, et il (.•oiiliniiait à avoir une clientèle aussi nombreuse que peu choisie.

Le guide de Fdlh n'était autre qu'un croupier de cet e?ifrr où l'on jouait une partie de la journée et toute la nuit.

On devine de quel genre était la pkue oITcrte au jeune homme.

Croupier ou garçon de jeu, une de ces fonctions rtait à prendre. Il les refusa avec indignation toutes les deux.

— Vous avez tort, puisque vous n'avez pas autre chose!

— Plutôt mourir de faim que manger de ce pain-là I...

— Le métier est aussi honorable qu'un autre...

— Allons donc!...

— Il est plus fatigant, voilà tout, car on veille la nuit.

— Oh! ce ne serait pas la fatigue!...

— D'ailleurs, 'e le r(''pète, vous n'avez pas le choix...

— Mon Dieu! mon Dieu! dit Félix, où suis-je tombé?...

— Ma foi, on dirait qu'on vous propose quelque chose de déshonorant... Je crois être aussi scrupuleux que qui que ce soit sur le point d'honneur...

Félix ne releva pas cette assertion hasardée de son interlocuteur.

— Restez un moment, lit celui-ci, vous verrez en quoi consistent mes fonctions.

Le jeune homme, s'il eût écouté une voix secrète, fût immédiatement sorti de ce tripot. Il se rap; elait que son père avait été une victime du jeu. C'était probablement en ce lieu que ce dernier avait laissé sur le tapis vert la somme d'argent dont la perte l'avait poussé à commettre une escroquerie, puis à se tuer pour ne pas subir le châtiment du délit.

Le souvenir de ce suicide était présent à la mémoire de l'ancien contr.:maitre.

— Ohl non, je ne ferai pas comme lui, murmuia-t-il.

Et cependant il regardait avec curiosité ce qui se passait autour de lui.

Nous avons déjà décrit la maison de jeu avec son public de grecs et de d::pes.

Le liaccara faisait fureur au moment où Félix s'apprudia d'une table sur laquelle était étalée une forte somme.

l^ banque perdait, bien qi:e ce ne fût plus Laurentin, le cumplice de Miette, qui tint les caries. Laurentin était mort, en effet, tué par Salomon et par Cadet, dans les circonstances que nous avons racontées.

La déveine de la banque faisait naturellement la joie àe^ pontes. Ceux-ci acclamaient une jeune femme qui avait la main et qui avait passé sept fois.

568 L.\ IJliLLK MIKTTK

Celt(> jt'imo f(Mn;nt\ nue i:raiitlc tH hcllc lillc. doiil les Irails (''laiciit fali,L,Mir's par los veilles et par riiicoinliiilt', avait dovaiil cllf une pile il'oi-. Klle triomphait lirnyammiMit.

— Oh! Niui. lui dit un des assistants, as-tii de la vciiic aiijoiinriiiii !. .

— - C'est vrai...

Tu dois avoir un uioroiMU do rordn di' ptMidii dans ton corsti...

— Non. ma foi!... Je le remplis trop liicn poui- pouvoir y ajontci- auli'e chose... D'ailleurs, je no crois pas à ces hi'^tiscs...

— Il y a sans mil doute, alors, quclipu" amant qui l(> trompe...

— Eh! pour ça, je m'en tirhe pis mal...

— T'es pas jalouse?

— Je m'en ijarderais bien, par exemple... Mni, dans l'inlervalle. L'arma une fois de plus.

— Ça fait huit fois... C'est ma^'nilique !... A ta plare je me retirerais...

— Pourquoi?

— Cette l)LMise, parce que tu peux reperdre tout ce que tu as gagné plus vile encore que c'est venu...

— Ma foi, j'ai des dettes...

— Faut pas nous faire croire que ce soit pour les payer... Nini se mil à rire.

— Dame! on a vu plus drôle que ça.

La banque perdit pour la neuvième fois.

Mni alialtit encore neuf deux ou trois fois de suite. Il y eut des applaudissements.

Le banquier, renonçint à lutter plus longtemps contre une déveine obstinée, se retira après avoir payé une somme considérable.

Il s'approcha de Nini.

— Tu me coûtes cher!...

— Ma foi, tant pis, tu peux supporter ça.

Le joueur maliieureux était, en effet, le fils d'un des plus riches négociants de Marseille.

— Si encore toi seule avais profité de ce que j'ai laissé sur le tapis vert...

— Tu es bien aimable, mais qu'est-ce que ça te fait?...

— Au moins, tout mon argent serait dans la poche d'une jolie femme.

Le compliment ne déplut pas à Nini qui, oubliant ses instincts de joueuse pour son métier de courtisane, resta auprès du jeune homme et s'en alla ensuite avec lui...

Félix continuait à suivre le jeu.

Il ne comprenait guère que l'on risquât aussi facilement des Gommes qui

LA BKLLK MIKTTE

■lix. (P. 571.)

représentaient pour lui de nombreuses heures de travail. 11 est vrai de dire que si l'on pouvait perdre, l'on pouvait gagner..

Gagner.'...

Ce mot lui paraissait magique.

Quelques minutes de chance lui siif(iiaieiil pour (lu'ij mil IVmi.i à l'alui du hcsoin, pour qu'il fût en étal d'empt^cher sa hieii-aimée de passer de longues lieurcs de nuit sur son ouvrage.

LIV. 12. — TIIKODOIIE IIENHY. — LA BI-LLE MIT.rrE. — ÉD. J. ROUKI- KT c'". UV. 12

570 i.A i;r.i.i.i; MM/rri-,

Il se st'iiiiil pris d'un ilan,L:oivu\ vorliuv. Il s'on ;i!hi repemliiiil celte fois, mais il reviiil. non pour accepler la place qu'on lui oITrail, mais pour jouer touime son jH'ie.

L'on MM DIT

Oui, FiMi\ revint à la miison ilc jeu po ir lealer la fnrlmie.

Il avait subi une impression terrilile, et une iilèe li\e avait inMiétr.'' d ms son cerveau... Ne pourrail-il pas deniamler à la chance la lin de si misère actuelle?...

Il resta vivement prtVKonpè pendant deu\ joir^^, entendant s:ins cesse li^ l>ruit des pièces de monnaie que remuait le ràteai du croupier.

— Je ne suis pas joueur, moi, murmurait-il... Je ne suis ([u'un malheureux qui cherche à sortir d'une situation épouvantable.

Le troisième jour,Pau!a, qui était sortie le matin do bonne heure, annonça à son amant une chose très importante.

On lui oITrait d'entrer comme ouvrière dans une maison de confection. Elle devait être relativement assez bien payée, mais il lui faudrait passer toute la journée à son atelier et y prendre même ses repas.

C'était M°' Marguerite qui lui procurait cet emploi et qui la pressait de l'accepter.

Paula demandait son opinion à Félix. Celui-ci s'écria :

— Ma pauvre enfant, toi, ouvrière!

— Cela n'a rien de déshonorant I...

— Mais tu as perdu l'habitude de vivre sous la dépendance des gens... Au moins ici, tu étais libre!... On ne te surveillait pas... Tu n'avais à rendre compte de ton temps à personne.

— Quand la besogne était pressée, il fallait bien se dépêcher de travailler afin de la rapporter vite... Pais, j'avais bien besoin d'avoir promptement de l'argent... Le résultat était le mê:ne...

— C'est vrai...

— M"^ Marguerite m'engage vivement à ne pas refuser cette occasion Après tout, je suis encore bien heureuse que l'on veuille me prendre malgré le pas-é.

— Je t'ai souvent dit que tu étais digne de relever la tête.

— Tu peux penser ainsi, toi, mais le monde ne raisonne pas de même... Songe au trin de Saint-Giniez.

Félix ne dit plus rien et le lendemain même Paula prit posse-^sion de sa place.

LA i;i:li.!-: miei r

Félix tHait mainlcnant alisolamciil lioiileiix de vivre aux dépens de sa maîtresse.

Oïl l'avait traité de souteneur. On lui avait prêté un rôle ignoMc, celui de riiomnie qui profile de rinconduitc d'uiie femme, et il s'était indigné à juste titre.

Malgré l'incroyable fatalité qui l'empêchait de faire autrement, élait-il honorable d'accepter une situation semblable à celle qu'il avait acluell(Miu?nl?...

A tout prix, il fa'Iail en sortir... Oui, il était nécessaire d'en linir 1...

Mais comment?...

Ce fut alors que le bruit do l'argent de la maison de jeu retentit plus tort à son oreille. On eût dit comme une ronde infernale dont les notes railleuses le poursuivaient sans cesse...

Un jour, il n'hésita plus... Il avait un médaillon qui avait appartenu à sa mère et dans lequel il avait con-ervé des cheveux de la morte.

Jusque-là il avait résisté à la tentation de le porter au Monl-de-Piélé.

Ce bijou, qui lui semblait une relique, servit cependant à fournir la première mise.

La chance favorisa Félix, non pas d'une façon intermittente, non pas seulement pour l'engager à jouer, mais d'une manière continue.

Le premier soir, il s'en alla avec une somme assez ronde.

— Je ne reviendrai plus, dit-il en se retirant.

Et, néanmoins, le lendemain il était là des premiers.

— Vous y prenez goût! lit son ami le croupier.

— C'est qu'il me faut beaucoup d'argent... Mon arriéré est si grand...

— Je comprends ça...

Cette fois le gain fut encore plus considérable. Félix emporta de quoi vivre une année.

11 ne dit rien à Paula.

— Elle s'inquiéterait... Elle me supplierait de ne plus retourner là-bas... Je sens que je vais y faire fortune... Attendons !...

Félix, par extraordinaire, ne se trompait pas dans ses prévisions En huit iours il gagna une quarantaine de mille francs.

Sa joie tenait du délire... Il vivait dans une agitation fébrile... Une réelle transformation s'était opérée dans toute sa personne. Sa voix était altérée... 11 vivait comme dans un songe.

Maintenant, il pouvait faire connaître son changement de jiosition à l'an! i. l'engager à quitter son atelier...

Au dernier moment, il craignit de dire à la jeune femme [lar ua.l in^yu il s'était aussi rapidement enrichi.

LA i;i:lli: MnMTK

Il lui avait raoonti' riiisluiro ilo son pore, ci il savait qu'olU; CDiisiilrrait le jeu iMiiiine une i>assii)ii fatale.

Il eut juMi" (le l'eUVayer et il Irouva un -uhlorfu^^'e pour (jue sa juie fiU sans mélanine.

— Devine, lui dit-il, ee (pii m'airive.

— Quelcjue eliose d'Iieureux?

— Oui.

— Tu as une place ?...

— Mieux ijuc cela.

— Je ne sais pas alors... Voyons... apprends-moi vite.

— Mil liieni nous sommes riches...

- lliclies!... Comment?...

— Jai fait un liérilai^e...

— Un iiérilage...

— Oui, un cousin éloigné, mort sans testament...

— Est-ce possiltle?

— Ma part s'élève de 35.000 à 40.000 francs.

— Nous sommes donc à l'abri du besoin!

— N'est-ce pas?

— Et quand touchcras-lu cet argent?

— Je l'ai touché...

— Comment se fait-il?...

— Un notaire me recherchait... C'est il y a huit jours que j'ai appris...

— Et tu ne m'as rien dit depuis?

— J'avais peur d'une désillusion... On vient à peine de me donner des chilïres positifs, et, ce qui vaut mieux, de me remettre les fonds eux-mêmes... Regarde...

11 tira de sa poche un portefeuille l)Ourré de billets de banque. Elle éprouvait une sorte de stupeur...

— Dieu a fait un miracle, fit-elle.

— Un miracle!

— 11 a eu pitié de notre triste sort... 11 est venu à notre secours... C'est admirable... Oh! comme j'ai bien fait de le prier...

Elle prononça ces paroles avec une exaltation naïve qui amena un sourire sur les lèvres de Félix.

Celui-ci la calma.

— J'espère que tu vas cesser de travailler.

— Je ne sais pas si je dois...

— Pourquoi?

— On est si bon pour moi. 11 me semble que ma nouvelle situation me

LA LW:LLI: MIKTTI-: ;i;3

ri'lialiilili\.. Il y a des jeunes filles qui ignorent ce *\\w j";u été... Klles me traiteiil en amie. A moins que tu n'y ticimes, je resterai...

— Je tiens à t'avdic à moi... Je tiens à ce que tu ne l'en ailles plus le matin pour revenir le soir ù une heure avanct^e... Quitte cet atelier, je t'i-n «upplie.

— Je t'obéirai, mais parle-moi de ce parent qui nous a sauvé-... l>t-il du côté de ton père ou de ta mère?

— C'est du côté de ma mère.

— il nhaliitail sans doute pas Marseille, car autrement tu aurais plus vite su...

Félix ne laissait pas que d'éprouver quelque embarras à i-épondre.

— Son domicile était à Âix...

Il changea de conversation et insista pour que Paula redevint libre le plus tôt possible.

La jeune femme se conforma à ses désirs et annonça son changement de situation à la maison qui avait bien voulu l'occuper.

On la félicita sincèrement, car, en fort peu de temps, elle avait su se concilier toutes les sympathies par la douceur de son caractère et la politesse de ses manières.

Le premier soin de Félix fut de payer ce qu'il devait tant à la maison meublée de la place Royale qu'à divers fournisseurs.

On n'oublia pas la nourrice de Saint-Giniez, à laquelle on retira l'enfant néanmoins. Ce fut un vrai crève-cœur pour cette excellente femme, mais les mères ont des droits qui ne sauraient être méconnus.

L'aisance fil place à la misère, grâce à l'or gagné dans le tripot du quai du port et les deux amants eussent pu être complètement heureux.

Leur tranquillité dura peu de temps cependant... Un trop grand calme est souvent un présage de tempête... A côté des malheurs qui devaient frapper encore Félix et Paula, les infortunes passées étaient destinées à leur sembler peu de chose.

Ce n'est pas impunément que l'on a recours au jeu. Il avait tiré Félix d'une triste position, mais il avait éveillé chez l'infortuné jeune homme i «i amour effréné des cartes qui devient si difficile à éteindre.

D'abord, l'amant de Paula lulta contre le désir de retourner à la maison do jeu, mais, à l'aide d'une foule de raisonnements, il ne tarda pas à se convaincre qu'il lui était nécessaire d'augmenter, d'arrondir sa fortune.

Il trouvait mille prétextes pour (piitter la pauvre créature dont la confiance en lui était immense.

Du reste, la déveine devait succéder à la chance. Il n'y a que les grecs qui gagnent toujours. Félix jouait loyalement et n'avait pas toujours affaire à des gens d'iHie délicatesse extrême.

r:; I. \ imi i.r mikttk

Sa (li'u'iinîTolatîi' s'clTocliia raiiuli'mfnl.

11 i>i'i(lit conuiio ponte cl voulut prciulic une haii.iuo. Viu: lia^^se do hlilels (1<' l>an |Uo qu'il avait placi'C dovaiil lui sV-vanciuil cl, iiirlaiiKUphosi'C eu jùcocs il'or. alla combler de joie ses parlenaiies.

Nini eut roiilre lui une vuiin aussi prodigieuse (]iu' celle (lu'tille avait ei!!' piêcédemmeut.

A la lin de celte liauipii' fatale, Kélix se leva, n'ava-il \An< sur lui (|ii';ri millier de francs.

Son eLTareinent allait jus(ju'à la folie, son visai^e contracté faisait mal à voir.

— Il faut, niurniurait-il, il faut que je me rattrape!

Hëlas! autant sa banque avait èlà mauvaise, autant la banrjue qui suivit fut fructueuse pour celui qui la tenait.

Le dernier louis de Félix fut ratissé par le croupier; ce deiaiier iiétail autre que l'ami qui l'avait conduit dans cet antre.

Il sembla à l'amant de Paula qu'il n'était pas plaint outre mesure par ce triste personnage dont la jalousie avait peut-être été un moment éveillée par sa prospérité, et qui était sans doute enchanté maintenant de sa lourde chute.

Bien que l'heure fût avancée, Félix ne songea pas à se retirer. Il le^ta comme stupide à considérer la table de jeu et à écouler de nouveau le bruit des pièces d'or. N'avait-il pas rêvé? Était-il sorti un moment de cette misère effroyable qui les avait, sa maîtresse et lui, si épouvantablement secoués?

Au milieu de son anéantissement, il n'entendait pas ce que disait Nini, qui avait continué à gagner.

— Sapristi I Décidément, ça marche bien... Celte maison me porte bonheur. 11 me suflit d'y venir pour remplir ma poche.

— Tu es contente, alors? lui dit-on.

— Enchantée, et j'ai bien envie de donner une preuve de ma gratitude à l'honorable société.

— Laquelle?

— C'est assez neuf, c'est assez original...

— Explique-toi...

— Puisque je n'ai plus besoin de songer à emmener quelqu'un de généreux...

— Eli bien?

— J'ai envie de me donner pour rien une fois par hasard.

— J'eMtend-. Tu veux te payer un caprice. Mais comment l'honorable société en profiterait-elle?

— Tu n'as donc pas compris? Je vais me mettre en loterie...

— Ah : bah !

LA Bfc:LLK MlKiTK

— Et le billet ne coûtera rien... K:^l-ce assez aiiiiaitle, ln'in?

— Je ne sais pas...

— Tu ne mérites pas de gagner, toi... Tu vas voir...

.\iissitùt dit... aussitôt fait. C'était pendant nn enlr';u:le. Le icn riHniiaii un instant par suite d'un changement de hanquicr. Nini prit un jeu d»; cartes et en distribua une à chacun des individus présents. Quand elle passa devant Félix, elle lui remit le neuf de carreau.

Celui-ci accepta machinalement sans savoir ce qui se passait. Nini, ayant fini sa distribution au milieu des éclats de rire de l'assemblée, se lit do;iner un autre jeu ct^ après avoir battu et coupé, tira une carte au hasard.

— Neuf de carreau, annonça-t-elle.

C'était l'amant de Paula qui était désigné par le sort. Des applaudissements saluèrent ce résultat.

— Bravo 1 le proverbe est toujours vrai :

« — Malheureux au jeu, heureux en amour! »

Nini s'approcha du jeune homme et le considéra un instant. Sans doute cet examen ne fut pas défavorable à Félix, car elle lui demanda avec une certaine expression :

— Es-tu content de ta bonne fortune?

Il la regarda d'un air farouche.

— Je t'appartiens ce soir... Je suis ta folle maîtresse... En es-tu satisfait? Quand partons-nous?...

Il continua à ne pas répondre...

— Je trouve que mon bien-aimé n'est pas d'une gaieté folâtre...

— Ce n'est pas- étonnant, il a perdu tout ce qu'il possédait.

— C'est vrai?

Elle se pencha vers l'oreille de Félix et lui dit d'une voix tc.dre,:

— Viens, je le consolerai... Viens, la Nini te fera oublier ta miuvaise chance, viens, je t'aimerai une nuit.

Le jeu avait repris de plus belle et on ne s'occupait plus ni de l'un ni de l'autre dans le tripot.

Félix partit avec Nini.

Comme on s'en doute peut-être, Nini n'était pas seulement une courtisane, c'était une dilettante de l'amour des sens.

L'idée qu'elle avait eue de se mettre en lotiu-ie lui plaisait. Cela ajoul.iit au plaisir (ju'elle éprouvait de se trouver dans les bras d'un be;iu i:aiçoii (|ui uc iais-ail pas de se conduire vis-à-vis d'elle d'une façon bizarre.

Il semblait, en effet, ne l'accepter que comme l'oubli d'une préoccupation très vive. Il s'enivra d'elle pendant quelques heures, comme d'autres, pour oublier, s'enivrent de vin ou d'absinthe.

57G LA mil f Ml i- ni:

Kilo jiarlaiiea celte ivresse en vrrit.iMe liacchanli'. On avait drci IriiKMit raison de la dire lascive.

Kl II' malin. I(irsi|iii' K»''li\ fut stn- 1(> jMiinl de s'en aller, elle lui dit :

— Tu reviendras... >'est-ce pas?...

— Je n'en sais rien...

— lîeviens. car il me semhl.' (jur tu es autre chose que les aiilics... Je l'ainii- 1...

H (>ut un sourire de déilain.

Félix se diri.i,'ea vers la jilace Hoyale. Ce ne fut qu'au momenl d'entrer elle/, lui qu'il son^'ea à l'inquiétude que Paula avait dû éprouver, à la situation dans laquelle ils allaient être de nouveau.

I.a porte était ouverte: il moula l'escalier. Arrivé à l'étage où il demeurait, il fut très surpris de se trouver en présence de deux individus de mauvais^ mine qui, à sa vue, eurent un grogncmiMil do satisfaclio:i.

— Kniin. le voici...

— Je pensais bien qu'il viendrait se faire cueillir ici...

— Nous les tenons tous les deux...

— Veuillez nous suivre.

— Que me voulez-vous, demanda Félix stupéfait.

— On vous expliquera ça... En attendant nous vous arrêtons. L'étonnement de l'infortuné était à son comMe. On le conduisit au commissaire de poliv-'e le plus voisin.

Là, il apprit seulement, après quelques heures d'angoisse, de quoi il éiail accusé. Un vol avait été commis dans la maison où Paula était employée. Une somme très importante avait été enlevée dans une armoire dont on avait fracturé la serrure, mais, par suite de circonstances diverses, on ne s'était aperçu de ce vol que quelques jours après.

Une enquête fut faite par la justice. Cette enquête ne donna d'abord pas de résultat, mais le magistrat qui en avait été chargé crut trouver une piste le jour où il apprit qu'une ouvrière avait quitté l'atelier à l'époque où l'argent avait dû être enlevé.

Cette ouvrière avait prétendu que son mari avait fait un héritage. Or, il fut reconnu qu'elle n'était pas mariée, qu'elle vivait en concubinage avec un homme sans moyens d'existence.

Ils étaient sortis tout à coup d'un état voisin de la misère pour se livrer à des dépenses assez considérables. On acquit la conviction qu'ils n'avaient fait d'hérita:re ni l'un ni l'autre.

Tout semblait désigner Félix et Paula . elle, comme ayant commis le vol, lui, comme complice. Elle avait été arrêtée la veille, lorsque Félix tomba à son tour entre les m.ains de la justice.

LA Btl.LK MIl-TTE

EUi; «;lail absorbée par ses pensées, lorsquori lui frappa sur lépaule. (P. 580.)

Nous ne raconterons pas un procès douloureux qui finit devant la cour d"us>ises des Bouclies-dii-Rliône. Nous avons déjà vu devant cette cour Mielte et Clémentine. Celles-ci étaient coupables et avaient été justement condamnées.

Félix et Pauia étaient innocents, mais il existait contre eux des prouves accablantes.

L17. 73. — TiiKfionnK n: >riv. — ia n i.i.e miktti:. — t». j. uolkf et c'\ l'v. 73

;.:«< I \ i;i II I. Mil. i 1 1:

Penil ml riiislrm-lid:). ih a\ii(Mil fiil (Taliortl d»'-; ri''|)iinsps (lil1V'iv'iilo>, l'a'ili croyant sino>roin 'Ht à riiriila;:t\ Kt'Iix (lisant (JIK! le jeu l'avail fivoiist'".

On lui {loinan îa uù il avait j m(\ cl il lu''-;ila d'altonl à drnonccr le liipdi caiulestin.

Quiiul il ont (lit toile la vériU'- nii lil nu,- ili^.c(>ii! ■ daii^ la maison (],' jeu, mais lien n'c^'ablit son innocence.

Les 1,'ens qui tenaient cet rlalil:s^i':iioiii, el au\<iin'ls il jiorliil un iirrjiiilicr. grave, ne li:cnl rien pour le jiistilier. l)'ail!«Mirs, ils ne savaient jias i^'rand'cliusc Ils ignoraient si Félix avait siiliitenienl l)t>aiicoiip gagne'', ou si la chance n'él lit arrivée (pi'après des perles.

lîref, le jury crut à la c:il[talMlilé des deux amants. Ils fiin'il condamnés tous les d''ux à cinq ans de réclusion.

Il n'y cul qu'une personne qui fut surprise de l'issue de ce [U'ocès, M. Comté, mis à la retraite, et qui rajiju-if dans une petite campa^jnc de !a banlieue de Marseille où il s'était retiré.

l\''i\ fut dii-ii:é sur la maison de Nîmes pour y subir sa peine; Paula, sur la maison centrale de Montpellier, où elle devait retrouver Clémentine cl Miette.

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