I.A lilH.I.K Mil
is7
— C/élait un soir... Voihï-t-il pas que, sur la place Neuve, je renrnnlro un grand diable â'f/ujlish qui me demande où je demeure.
« — Oh! pas bien loin d'ici, cher mignon !
u — Es-lu gentille?
(> — Je crois bien que je la suis. »
— • Il me suit, et moi je le conduis dans la rue Routerie. Ça l'ennuie do voir dans quelle maison il est tombé, et voilà qu'il a quelque velléité de me lài^lier, mais je le pousse et il entre... Mauvaise affaire, cet Inglish! ... Non seulement il n'était pas généreux, mais il était exigeant comme s il Pavait été. Fautse métier de ces gens qui baragouinent dans une langue qui n'est pas la nôtre... Ils ne dorment pas la nuit et ne veulent pas qu'on se lève pour souper... Moi, je me suis levée tout de même; il a failli me (lanquer des coups... Le matin, mon homme s'en va à dix heures. A peine est-il parti, je vois par terre quelque chose... C'était la bourse de mon étranger... Qu'eussiez-vous faitii ma place?... Vous l'eussiez ramassée, pas vrai?... Elle ne payait pas de mine, du reste, celte bourse. Un petit sac de cuir dont on n'eût pas donné quatre sous ; mais faut pas juger sur l'apparence! H y avait dedans une dizaine de pièces d'or. Ma trouvaille était un peu 5/e;'/m^.'... Ma foi, comme IZ/iy/Zs/i n'avait pas dit son adresse, je ne jugeai pas à propos de lui courir après.
— Et vous vous adjugeâtes l'argent, fit le gendarme.
— Comme vous dites, gendarme de mon cœur.
— Ce fut un tort!...
— Je pensais bien que Vhiglish viendrait chercher sa bourse...
— Et vous avez fichu le camp de la maison pour ne pas le revoir.
— Je me connais... je suis si iionnète que, s'il m'eût demandé à moimême, j'eusse rendu...
— Vous avez voulu éviter la tentation...
— Vous comprenez à demi-mol...
— C'est pas étonnant, j'étais à l'audience du tribunal correctionnel le jour où...
— Ah !... Came surprenait aussi... A-t-on étéinjiiste à mon égard, n'estce pas?
— C'est pas mon opinion...
— Tiens... tiens...
— L'Anglais, ne vous ayant pas. retrouvée ii la rue lîoiiterie, s'est mis à votre recherche et ne vous a rencontrée que quelques jours après...
— Dans la rue Requis-Novis... j'avais changé de quailier...
— C'était une belle occasion de prouver votre probité en lui restituant ses livres sterling car il vous les a réclamées...
— Impoliment...
583 I. \ l'.ii.i.K Mil'. rrt:
— Il ôUiit 011 colt'r<> (l'aNoii- clc vulr.
— Moi, j'aiiuo la duiioiMir. I'iii< il \w luc r.'-;lail plii-^ un ;•"//'/ do toiilt' sa bourstv ..
— Viuis avez iné...
— J«^ l'ai cnvovi'' so faiii* li'iilairc...
— Il vous a foi-i'iM" ili" le Mii\i-(> à la imlirc rt...
— On m'a iMiili;illt''(\.. Mai< n'est-ce lias iiiir infaiiiir d'avoir deux ans de cloii pour aviùr r<'iMieilli une lioui'se qm n'avait jkis tle domicile?
— Pardon I I/Aiiizlais a i)réteiidu i]ue c'el lildans sa poche (pic vous l'aviez ramasstV...
— Il a en menti! ('.(unmenl !•' saurait -il (luisipi'il ne s'est aperçu de rien en s'en allant?
— Kn nii'uue temp< (pu> la bourse, vous lui aviez r/z/'/y' un foulaid qui était à votre cou lorsqu'il vous a reconnue...
— l'n foulard, c'est sans conséquence... je n'y avais même pas fait altenlion...
— Enfin on vous a infligé deux ans, parce que vous êtes récidiviste; c'est la quatrième fois que ça vous arrive...
Un éclat de rire iiénéral se fil entendre dans la voiture. Malvina ne se démonta pas pour cela.
— Soit, c'était la (piatrième fois, mais pas avec des hir/its/i !... Cette fois, le gendarme fut lui-même obligé de rire.
Un moment après, sous prétexte qu'il faisait chaud, Malvina éprouva le besoin de se mettre à son aise. Elle ouvrit le corsage de sa robe. Le gendarme voulut faire une observation.
— Allons donc, mon petit lapin, lui dit-elle, ne te fâche pas... Je te donne la permission de m'embrasscr sur le cou...
Le gardien ne profita pas pour le moment de celle autorisation, mais il laissa faire la détenue.
Malvina, qui voyait très bien à travers les barreaux la route que l'on suivait, se livrait à des réflexions de toute sorte.
Chaque fois qu'elle apercevait une demeure de liclle apparence, elle prétendait que c'était la propriété d'un de ses amants.
On finit par lui demander si elle ne voyait pas un chalet appartenant à \'bv/Ush.
— Obi dit-elle, mon Anglais n'a que des maisons en ville. Elles ont pour enseigne Necessanj /tome.
L'autre femme qui était dans le couloir avec Malvina n'était pas d'une gaieté folâtre comme elle. C'était une voleuse éléganle qui avait pratiqué l'escroquerie sur une vaste échelle. Elle avait eu surtout pour victimes des
L\ lU-I.I.K MlKTTi: 589
iMJoutiers et des négociants de noiiveaulés. Se donnant comme vicomtesse on marquise, elle avait fréquenté avec son amant h société marseillaise qui avait cru sa noblesse authentique.
Le tribunal l'avait coiulamnt'e à trois ans de prison sous le iinm i|.' Ii!l.^ Penaud.
Quant à son amant, ancien comptable, il se rendait à Nîmes, maison conli ab" des hommes, tandis qu'elle voyageait pour Montpellier, maison centrale des fiMumes, Trente-six mois sont bientôt passés!...
La fille Penaud affichait quelque dédain pour le langage vulgaire et la liberté d'allures de Malvina, qui la qualifiait de poseuse.
Parmi les autres prisonnières, on remarquait une marâtre qui avait maltraité tellement un pauvre petit enfant qu'il en était mort. Cette mégère n'avait eu que cinq ans de prison. Les juges font preuve parfois d'une indulgence incompréhensible.
Il y avait une ouvrière condamnée à dix ans de travaux forcés pouravdir donné un coup de couteau à une rivale. C'était une forte lille rousse, dont les passions devaient être ardentes.
Une paysanne incendiaire gardait un mutisme absolu. En revanche, ui:e receleuse était bavarde comme une pic. On l'entendait parler toite seule dans sa cellule.
Les gendarmes surveillaient particulièrement une petite femme d'allure inoiïensive, qui avait déjà essayé une fois de s'échapper pendant l'instruction de son procès. C'était une voleuse à la tire qui, paraît-il, s'emparait du portemonnaie avec une dextérité sans égale.
Le délit pour lequel elle allait à Montpellier était assez curieux. Elle passait un jour devant l'église cathédrale de Saint-Martin, lorsqu'elle en avait vu sortir l'évéque de Marseille.
Au moment où Monseigneur se disposait à monter en voiture, elle s'était précipitée à ses pieds et avait imploré sa bénédiction disant qu'elle en avait besoin pour l'aider à supporter de grands malheurs de famille.
L'évoque s'informa avec sollicitude. La voleuse, tout en lui racontant une histoire imaginaire, enleva sa croix pastorale.
Cette croix faite avec tant de dextérité avait été vendue à la receleuse dont nou> avons parlé. Celle-ci avait élé jugée en même temps que la voleuse que ses dénonciations avaient fait découvrir et qui lui eu voulait horriblement.
Les deux femmes n'avaient cessé de se charger pendant le procès. Elles s'étaient menu; injuriées, et le président avait dû mettre le holà à plusieurs reprises.
Ce que marmottait la receleuse, dans sa cellule, était le j)lus souvent des
;;9o I. \ i!i i.i.i: mm; ni',
l'I'illit'It's peu llalltMiso> pour sa cumplift'; aussi oi^llo-ci se Iroiivail-i'Ilt' daii^ un vioItMii rlal dVxaspiM-alion,
Les uiMiiiarnu's avaient à rraimlie à cliaipio inslaiil une rixf fulro ces voyau'euses de mauvaise humeur, aussi avaieul-ils eu ^oiii de les ëldimier le plus possil)le l'une de l'aulre. .Mali^ré ees jirécautions, à l'un des arrôls, il y l'ul un erépat^e de cliij,Mions en règle.
r.e fut un des incidents (]iie nous avons annoncés.
l.e diMixiènie inridenl l'ut jijus i:rave. La vtdeuse à la lire, à l'iiidi' d'un in-^lrument quelle avait habileuient dissimulé, réussit à creuser un li"ou par lequel elle s'imai/iiiait avoir l'occasion de pouvoir sortir de la voiture et tra^'ncr la clé des champs.
>Ialheureu<ement pour c\U\ le craiiuemenl d'um», |ilaiiclie (ju'(>lle enlevait la trahit. On répaia la hrèche (pi'elle avait réussi à enVcluer, el les L'endarmes tinrent désormais la porte de sa cellul(> ouvei-le alin dti ne pas la perdr(î de vue.
.Vntérieuremcnt à celte tentative d'évasion se plaça un fait (pu- ."\lalvina raconta à Montpellier et qui donna lieu à une enquête.
Elle se vanta auprès de quelques compagnes, qui s'empressèrent de le répéter, d'avoir accordé ses faveurs à l'un des gendarmes de l'escorte.
— Ce sont des hommes comme les autres! répondit-elle aux questions qui lui furent posées. Pourquoi voulez-vous qu'une jolie femme ne les lente pas ?
Comme on le voit, Malvina se considérait comme très désirahle... Bien que l'on ne put découvrir si les propos de la voleuse de l'Anglais étaient vrais ou faux, il est certain que cette anecdote prouve la vérité des observations de M. le vicomte d'Haussonville.
Il était midi quand on arriva à Montpellier; on dirigea aussitôt les condamnées vers le boulevard de la Blanquerie. La voiluie franchit une porte cochère ouverte à deux battants et entra dans une cour.
Miette et Clémentine sont au lieu où elles doivent passer toutes les années qui leur restent à vivre. Les voici à la maison centrale.