‹ La belle MietteChapitre 85 sur 200 · UNE EMPOISONNEUSE CÉLÈBRE · texte numérisé non relu

UNE EMPOISONNEUSE CÉLÈBRE

La maison centrale de Montpellier est un ancien couvent de Bernardines. Elle laissait beaucoup à délirer comme installation avant que If^èle de ses derniers directeurs essayât de tirer tout le parti possible d'un local qui restera néanmoins toujours défectueux.

LA BEIJJ: miette Jiûi

A Montpellier, l'air ne ciiviile pas en abondance, dans les ateliers el les dortoirs, tandis qu'à ('lermonl, par exemple, la maison centrale est située au sommet d'un immense colcau qui domine la magnifique vallée de l'Oise.

Celte situation exceptionnelle de la prison de Clermont fit dire un jour à M. Jules Simon, en tournée dans cet établissement pénitentiaire et à qui l'on faisait admirer la beauté du site :

— Ce spectacle est une aggravation de peine pour les détenues; elles sont condamnées au supplice de Tantale.

M. Jules Simon se trompait évidemment. Il est hors de doute qu'il est plus humain d'enfermer des prisonniers dans nn endroit sain et aéré que dans un endroit sombre, où ils n'ont, pour tout horizon, que des murailles noires.

A l'époque où Miette et Clémentine entrèrent à la maison centrale de Montpellier, il y avait une femme dont le nom rappelle un procès criminel des plus émouvants par la nature même du crime imputé et par les incidents bizarres el multiples qui Tentourèrent.

Cette femme était M"*" Lafarge, arrivée le 11 octobre 1841, afin d'y subir la peine des travaux à perpétuité à laquelle elle avait été condamnée par la cour d'assises de ïulle.

M"" Lafarge ne connaissait pas, toutefois, les rigueurs du règlement. Elle avait une chambre avec un mobilier complet : lit, fauteuil, chaises, petite tabl.' à écrire, commode avec lavabo, glaces et flacons.

Elle recevait toutes les visites qui lui étaient agréables, et une prisonnière était chargée de son service. Les brochures nouvelles lui étaient remises; elle écrivait à ses amis quand ça lui faisait plaisir.

C'était en vertu d'ordres spéciaux que M"*" Lafarge (Marie Cappelle) était ainsi traitée. Cette exception occupa la polémique des journaux de l'opposition qui établirent un singulier parallèle entre la position de celte empoisonneuse et celle des condamnés politiques au mont Saint-Michel.

M"' Lafarge eut ainsi le triste privilège de faire parler d'elle longtemps après sa condamnation. C'est le contraire de ce qui se passe d'habitude.

Tout en suivant la Mietle et sa fille, nous aurons l'occasion d'examiner l'attitude de la prisonnière; mais, auparavant, il est nécessaire que nous rappelions sommairement sa mystérieuse et dramatique histoire.

Marie-Fortunée Cappelle naquit à Villers-Il.^'iln-i . »mi Ticanlie, daix l'année 1816.

Son père était colonel d'artillerie, ancien ullicier de la vieille girdc impériale.

La famille Cappelle était des plus honorables et des plus distinguées.

La grand'mère de Marie avait partagé les leçons que M"" de Genlis donnait à M'" d'Orléans; son grand'père maternel, M. Collart, avait été fournisseur des

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arnicos de la lu''i)iiltlitine. Il coiiiplail iianni sos pi'oiccttMirs M. le tiiic, de Talleyraiul-Pùi iuonl.

lue lies taules de Marie Cappcllc avait épousé M. Garât, scciitairt- i^iiuial Je la Raiii|ue de France. Ce fiil riiez celte tante qu'elle se retira après la mort de son père et le second mariau'e de sa mère avec un diplomate allemanii, M. de Coëhorn.

Sa mère, «mi moiiraiit, lui laissa une fortune modeste, mmiiaiil à 90.000 franrs envir(Ui.

Spiiituelle et romanesque, Marie parait avoir voulu ébaucher un petit roman sentimental avec un mélancoli(iuc jeune homme, qui se trouva \i: lils d'un petit apothicaire de Montmédy,

Quel fut le caractère de celte amourette?

Cela n'alla peut-être pas bien loin, mais Marie Cappelle écrivit des lettre.s on ne peut plus compromettantes.

Voici un extrait de Tune d'elles :

« Je suis folle... Ma tête se perd. Vous avez de l'honneur, je crois en vous, saivez-moi par le silence le plus complet.

« Que Dieu et vous ayez pitié de moi... l*ar une incroyable légèreté, mon honneur est entre vos mains. Je n'ai plus personne pour y veiller. Je vous le confie, gardez-le pour l'amour de vos parents et de Marie... Ma vie entière ne sera pas trop longue pour en être reconnaissante. »

Ce jeune honmie s'appelait Guyol. Lorsque, quelques années plus tard, Marie Cippelle fut accusée d'empoisonnement, il se lit sauter la cervelle.

Antérieurement à cet amour, Marie Cappelle avait contracté une liaison des plus intimes avec M"^ Marie de Nicolaï, jeune personne élevée dans une indépendance dangereuse et qui l'avait fait prématurément la confidente d'entraînements où l'imagination semble avoir eu plus de part que le cœur.

Marie Cappelle revit plus tard M'" de Nicola'i, mariée, devenue vicomtesse de Léautaud. Celle-ci confia à son amie d'enfance les inquiétudes que lui causaient, dans sa position nouvelle, les souvenirs compromettants d'une correspondance engagée autrefois avec un M. Félix Clavé, jeune Espagnol à figure romantique qui avait cherché probablement une affaire là où M"° de Nicola'i avait vu une distraction.

En tout cas, l'afîaire n'avait pas réussi pour Félix Clavé, que M"" H. Léautaud avait cru reconnaître dans un comparse de l'Opéra.

Marie Cappelle fut chargée de rentrer en possession de la correspondance et reçut de la jeune femme un écrin de diamants qu'elle devait vendre pour acheter au besoin le silence de Fancien amant.

Une sorte de mystère règne sur l'usage que Marie Cappelle fit de ces diamaiits dont on s'occupa plus tard dans le procès.

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