LIV. 7c ~ THÉODORE ntNny. ,, B
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Vers le miliou de \^'.\\), \\u{ :i Paris, pour y cherrhcr fiMinno, M. Poiicli- Lafarge, drjii veuf à vinj,'t-huil ans, cl possesseur d'une forge au (ilandier, dans la Corrèze. M. Pouch-Ijafargc s'annonçait comme possédant 200.000 fraurs en fond> de terre à l'abri des chances de spèciilalion el 'M) à l^'l.OOO francs de revenu sur sa forge.
Il était laid, d'allure vulgaire, mais fort aimable on apiiarenre.
Où (il-il la connaissance de Marie Cappelle?
L'accusation a dit plus tard que ce fut chez M. de Foy, le (•(•It'lMe négociateur de mariages, mais Marie Cappelle l'a toujours nié et on n'en a eu aucune preuve.
Quoi qu'il en fut, ils se rencontrèrent et se plurent.
Marie Cappelle, sans êlre positivement jolie, était vraiment remarquable. Voici le portrait que nous en a donné M. A. Fouquier dans ses Dr aînés Judiciaires.
« Ses traits un peu forts, ses yeux noirs pleins d'expression, son visage pâle, ses longs cheveux noirs lissés en épais bandeaux et réunis en opulente couronne sur le haut de la télé, sa démarche élégante el majestueuse à la fois, son sourire enchanteur, tantôt mutin, tantôt mélancolique, sa voix harmonieuse et sympathique, tout en elle attirait. Son imagination mobile, un peu romanesque, sa distinction native, ses habitudes d'élégance, la soitaient du commun, et, après l'avoir entendue, on la trouvait décidément belle. »
L'alTaire fut menée rondement. Cinq jours après la présentation, M. Lafarge faisait publier les ban>, et, moins de trois semaines après, le jour môme du mariage, il emmenait sa femme au Glandier.
Un premier nuage s'éleva en route. A Orléans, M. Lafarge montra qu'il était parfois brutal.
Il s'obslina à vouloir entrer dans la chambre de Marie tandis qu'elle élait au bain et malgré la résistance de sa femme de chambre. Il s'eriiporta en menaces, regardant comme des singeries ce qui était de la pudeur el traitant de bégueule une personne habituée, après tout, à des façons de faire et dire plus délicates.
L'arrivée au Glandier acheva la désillusion. Marie Cappelle ne tarda pas à apprendre qu'elle avait été trompée.
M. Lafarge était mal dans ses affaires, réduit aux expédients, forcé de faire fabriquer des billets de complaisance, qui étaient de véritables faux, par un de ses com.mis, Denis Barbier; il avait épousé Marie Cappelle à cause de sa dot. avec laquelle il comptait exploiter un brevet d'invention qu'il voulait solliciter.
L'habitation du Glandier, dont on avait fait un pompeux éloge à la jeune fille, était froide, humide, triste.
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Quanti M"" Lafarge se vil dans sa chambre, une grande salle à alcôve, mal garnie de meubles hors d'ù^'c et décorée d'un papier jaune douleux, elle eut un véritable accès de déses[iûir.
Elle se crut la plus malheurousc des créatures et voulut s'euluir ou se tuer.
Elle écrivit à son mari, qui ne Télail encore que de nom, parait-il, que jamais elle ne le subirait, qu'elle voulait partir pour Smyrne. Elle le suppliait de garder sa dot, mais de lui rendre sa liberté.
Cette lettre insensée amena entre M"" Lafarge et son mari une scène décisive suivie d'une réconciliation.
M. Lafarge laissa voir un attachement véritable et une douleur qui toucha Marie, bien que l'accusation ait prétendu qu'elle se borna à dissimuler son resseniiment et qu'elle conçut dès lors le plan de se débarrasser de son époux.
Comme preuve de la sincérité de Marie Cappelle, on a sa correspondance de celte époque. Le 22 août, elle écrivait à son oncle M. Garât :
<( J'ai adopté ma position, bien qu'elle se trouve extérieurement fort déplaisante, mais avec de la force, de la patience et l'amour de mon mari, je puis en sortir... Charles m'adore, et moi je suis profondémeiit touchée de cette vénération afTectueuse qui me suit. »
Dans d'autres lettres, elle reconnaissait à son mari, sous sa rudesse un peu grossière et malgré ses ongles en deuil, un cœur excellent et un désir empressé de lui plaire.
Il y avait évidemment chez elle un désir d'accepter sa position.
Ne pouvant défaire ce qui était fait, elle tâchait de s'y accommoder et de s'habituer peu à peu à coite vie pour laquelle elle avait éprouvé d'abord tant de répugnance.
Quel fut celui des deux époux qui parla le premier de faire un te>tament en faveur de l'autre?...
L'accusation n'a pu établir qiie M"" Lafarge en suggéra l'idée, et Marie Cappelle n'a pu prouver que son mari y pensa le premier.
Ce point important donna lieu à de graves débats.
M°' Lafarge ne devait pas cependant s'attendre à un héritage considérable, étant donné Tétat des affaires de M. Lafarge.
Il est certain que ce dernier, en possession du testament qui lui as>urail la fortune de sa femme, se hàla de faire des dispositions nouvelles en faveur dr sa mère et de sa lielle-sœur, ce qui n'indiquait pas une grande bonne fui.
Quant au testament de M"" Lafarge, confié par elle à sa belle-mère, qui vivait avec eux au Glandier, il fut décacheté par celle-ci, indiscrétion coupable qui avait pour but de s'assurer des dispositions qu'il contenait.
Vers la fin de novembre 183'J, iM. Lafarge parlil po ir Paris.
r,S6 I.A lU.l.LK MlKTiK
Son voyage avail un doulile lui : preiulre un brevet iVinvonlion iioiir la (liV'ouvcrlc qu'il croyait avoir faite, et qui consistait <mi une nouM'llc fabricalion ilu fer, et se procurer de l'aiceiU pour exploiter co prucédé.
Le brevcl fut obtenu le 11 décembre. Quant à l'emprunt, comme il était dillicile à réaliser. M"'" I,afar,L:e envoya à son niaii une pioi iiratinn illimitée pour la vente de ses biens.
M. La"ari:o avail avec lui son fa« tolmn Denis r.arbier. l/arijeiil laidanl à arriver, ils se livrèrenl à des opi''ralion>; linançiér«'s loudies, (juc l'on ne coniiul que plus tard.
Le 18 décembre, M. LafaiL,'e recul une Ictlre de sa femme ([ui lui anuuiii-ait l'envoi d'une caisse de petits i:àleaux, le priant de les manger à telle beurc, en souvenir des botes du Glandier. La caisse arriva en retard contenant, non dos petits gâteaux, mais un seul gàlcau très gros.
11 fut conslalé que la caisse, fermée au Glandier avec des crochets, se trouvait clouée lorsqu'elle parvint à sa destination. Une substitution avait eu lieu évidemment.
M. Lafarge cassa un très petit morceau de croûte et le mangea. Pendant la nuil et pendant la journée du lendemain, il fut en proie à des coliques et à des vomissements.
Il revint mourant au Glandier quinze jours après, le o juin 1840 et expira le 14 du même mois, après ui:e maladie pendant laquelle sa femme lui prodigua ses soins.
A son retour, il avait déclaré qu"il rapportait dans sa valise vingt-cinq mille francs que lui avait prêtés un notaire de Soissons, sur la procuration de Marie Cappelle.
Le prêt fut, dans la suite, reconnu véritable, mais l'argent ne put être retrouvé, et les paients de M. Lafai-ge dirent qu'il n'avait que trois à quatre mille francs.
D'un autre coté, peu de temps avant la mort de son mari. M""' Lafarge, ayant appris l'histoire des fausses traites, avait écrit aux escompteurs pour répondre de leur payement. Il y en avait pour trente mille francs.
La mort rapide de M. Lafarge et les circonstances singulières qui l'avaient entourée éveillèrent les soupçons de sa famille, de sa mère surtout. Celle-ci, suivant l'habitude, n'avait guère d'afTection pour sa belle-fdle.
Au chevet même du malade, il y avait eu entre les deux femmes de véritables conflits.
La justice fut infoimée de ce qui se passait et elle procéda immédiatement à une enquête.
Le médecin qui avait soigné le premier M. Lafarge, n'avait élevé aucun doute. M. Bardou, tel était son nom, avait cru avoir aiïaire à des coliques
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nerveuses auxquelles le malade était sujet. 11 n'en était pas de même d'un second médecin, M. Lcspinasse, qui, ayant examiné un lait de po;ile confectionné par M"" Lafarge, avait cru reconnaître à sa surface des traces arsenicales.
On ne tarda pas à découvrir que Marie Cappelle avait, à trois reprises différentes, envoyé chercher des quantités considérables d'arsenic chez un phaimacien sous prétexte de détruire les rats.
Or, les restes de la mort-aux-rals qu'elle avait fait faire ayant été analysés, on n'y trouva pas d'arsenic. Qu'était devenu le poison acheté?...
La mère de M. Lafarge, sa belle-sœur, et deux autres personnes habitant le Glandier, déclarèrent avoir vu plusieurs fois Marie Cappelle mêler une poudre llanche aux potions du malade.
Les charges étaient, pour la jeune femme, d'autant plus accablantes que, en écrivant au pharmacien, M. Lafosse, ou en lui envoyant le factotum de son mari, Denis Barbier, revenu de Paris quelques jours avant son maître, elle ne manquait pas de demander le secret.
La famille de M. Lafarge réclama l'autopsie.
Les premières expériences furent très mal conduites. Les médecins de Tulle, chargés de l'analyse, conclurent dans leur rapport à la présence d'une masse considérable d'arsenic dans les intestins.
Après avoir fait bouillir quelques viscères et le tube digestif, ils avaient extrait des granulations brillantes et un précipité jaune, floconneux, soluble dans l'ammoniaque, qui les avait entièrement convaincus qu'un empoisonnement avait eu lieu.
Consulté sur la valeur de celte analyse, Orfila répondit qu'elle était insuffisante, qu'il aurait fallu réduire en arsenic métallique le précipité obtenu qui pouvait n'être qu'une matière animale très commune dans la bile.
Tout était à refaire, et la plus grande partie des viscères où l'on devait rencontrer le poison avait été gaspillée en pure perte.
M"" Lafarge avait cependant été arrêtée et incarcérée dans la prison de Brives. On assure qu'on lui avait offert de fuir et qu'elle avait refusé en protestant de son innocence.
L'instruction fut longue. Lorsque s'ouvrirent les débats de cette affaire devant la cour d'assises de Tulle, la curiosité était vivement surexcitée La sympathie était presque générale pour l'accusée, en France et à l'étranger.
La société se trouva partagée en deux camps : les lafargistes, et les antilafargistes, aussi ardents les uns que les autres, et trouvant, soit pour accuser, soit pour défendre, des arguments d'égale valeur.
Les intérêts politi(iues du moment furent mis de côté ; on ne lisait plus les journaux que pour savoir ce qui se passait à Tulle.