HEURES DE PRISON
M°" Lafarge avait eu quelque espoir dans son pourvoi en cassation ; il fut re;eté. Elle n'avait plus qu'à subir sa peine, car la justice humaine avait dit son dernier mot.
LA HKI-Ll'] MIKIIE 607
L'exposition publique fut 6pargni.''e à cette femme si délicate et qui fût morte de iioiUo.
On oidonna son transfèrement à la maison centrale de Montpellier. Ce ne fut pas sans regret qu'elle quitta la chambre de la prison do Tulle où elle avait tant SdulTert.
Dans cette chambre, dans ce cachot, un nom était "gravé sur le mur, relui d'un pauvre paysan des environs de Saint-FIoiir, qui, soixante ans auparavant, y était entré sous le coup d'une accusation capitale. Il n'en était sorti que pour monter sur l'échafaud, en expiation d'un crime qu'il n'avait pas commis.
Similitude étrange! cet innocent se nommait Capel. Marie Cappelle grava son nom sous ce nom.
Sur la roule de Tulle à Montpellier, Marie Cappelle avait été en butte à de nouvelles et poignantes émotions. A Argentat, la curiosité indiscrète de quelques habitants ameuta contre la captive la population tout entière.
On voulut voir l'héroïne du drame du Glandier, et déjà des cris de mort retentissaient quand, d'un geste hardi, Marie Cappelle rejeta le voile qui couvrait sa figure et dit aux femmes qui s'acharnaient autour de sa voiture :
— Que vous ai-je l'ait? Que me voulez-vous?
Cette population impressionnable passa en un instant d'un excès à l'autre, et les démon^rations d'une pitié sympathique, presque alTectuensc, remplacèrent les menaces de mort.
Celte anecdote, racontée par M. A. Fouquicr, se trouve aussi dans les Heures de jirison, petit volume de Marie Cappelle qui ne fut publié qu'après sa mort.
Telle était la femme que nous trouvons en 1843 à la maison centrale de Montpellier, deax ans après son entrée dans ce lieu de captivité.
Ainsi que nous l'avons dit, les égards dont on avait cru devoir l'eiiloarer avaient donné lieu à diverses réclamations.
Un ordre ministériel lit retirer à M"' Lafarge tous les objets qu'on lui avait accordés, sur les sollicitations de ses partisans. Il fut même presciil de la revêtir du costume réglementaire.
M. CbappuI, directeur de la maison centrale, regretta vivement d'être obligé d'aller nolilier cette décision à la prisonnière.
Au moment où il se présenta dans la chambre de M"" Lafarge, celle-ci écrivail.
Marie Cappelle avait, à cette époque, vingt-sept ans. Il ne restait pas grand'chosc, hélas! de felto beauté rayonnante que nous avons décrite.
Son visage pûle avait légèrement jauni. A ses cheveux noirs en bandeau, des cheveux blancs s'étaient mêlés depnis la déposition d'Orlila.
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Son ivijanl avail ooiisiM-vi"' un t'clal li»''vr(Mi\, mais il y avait parlois (jiuihjiio cliiiso il é-art^ cl un pi'u faroiiolu-.
Klle portail uno ooilTe de nml de calicol ordinaire cl une robe ruiire.
M''* Lafarire releva la t(Me en enlendant entrer le directeur, (|ui avail toujours tHé liitMiv.'illaiil pour elle.
Klle lui sourit avec alTabilité, et l'invita à s'asseoir connue si elle eiU Hè chez elle.
— IVrmettez, monsieur le directeur, dil-cllt', (|ue j'achfîvc dt; copiiM- sur l'albiiiu de Flavie les vers que j'ai faits pour elle, je vous les lirai en^uile.
Un instant après, elle donnait, en elTel, lecture à M. Cliappul des vers
Sur Ion album, douce Flavio, Tu veux que j'écrive des vers.
Ne sais-tu pas, gentille amie, Que ma voix, mouiante et tlétrie, N'a plus d'écho dans l'univers?
Ne sais-tu pas, belle imprudente, Que si ma paupière mourante Tachait de pleurs ces feuillets blancs, Mes larmes, brûlant chaque page, Y traceraient un noir présage En hiéroglyphes sanglants?
Ne cherche donc plus dans mon âme Ces rayons de céleste flamme, Joyeux soleil de jours meilleurs; L'esprit meurt quand le cœur succombe, Et déjà je suis dans la tombe, Dans la tombe de mes malheurs.
Marie Cappelle lut ces strophes avec une expression de douleur qui remua vivement M. Chapput, déjà très affecté de la mission qu'il avait à remplir.
— Oui, ajouta-t-elle, c'est bien ce que je ressens. Je suis désormais morte, quoi qu'il arrive... J'appartiens à un autre monde où les innocents ne payen* pas pour les coupables, où l'on n'enferme pas dans les prisons ceux qui n'on* commis aucijn crime!
Elle dit ces paroles avec tant d'exaltation que le directeur de la maison centrale l'engagea à se calmer.
— Je ne pleure plus maintenant, poursuivit-elle, parce que je n'ai plus de larmes. Mon cœur n'en est \)as moins dévoré par l'angoisse.
Elle se leva.
— Ah! c'est terrible, murmura-t-elle.
i.A liKi.u: Miiyrri-
L'- .•iri-,v;iiil.'^ fur.-iit ciivlvmj. au \ u^^Uuirc. ,1'. oi;
La siluntiori de M. Cliappiil était très embarrassant.'.
Hcnrpn=orii.'rit Mari.' Cappelle al»oi-da un sujet de conversali :)ii riinins pt^nible.
Klle avait dr-s rùclanialions à faire.
— On me donne du liois .pii fiiini' et mes lettres, nits lelir.>. ell.s arrivent toujours avec un lelard..