‹ La belle MietteChapitre 9 sur 200 · I.A IJKI.l.l-: MIKTTK · texte numérisé non relu

I.A IJKI.l.l-: MIKTTK

Ce fut à ce moment ijiie ;e me dressai sur niuii séaiil. Ma mèi-e et lui m'emhrassèrenl. J'allai à mou tour vers le grand-pèie, et il dut comprendre combien je lui étais reconnaissante d'avoir pris la défense de mon hien-aimé.

Trois jours s'écoulèrent. La police était venu»' cl avait reçu le-; déclarations de mon père, qui se ci ut fort généreux, en ne disant pas ce qui s'était passé à l'égard d'Auguste. Je ne savais pas ce que ce dernier était deveim» lorsqie mon grand-père me donna un avertissement.

« — Écoute, Glaire, je crois devoir te prévenir. Tes pireuls ont des pro els sur toi : ils veulent te m irier.

• - Moi!

" — ■ Oui, et ce qui est le plus malheureux, avec un homme que tu es loin d'estimer.

« — M. Marcel? dis-je.

— — 31. Marcel, lu as deviné. »

J'étais livide.

" — Tranquillise-toi. Tes parents t'aiment trop pour te contraindre. D'.iilleurs, ne suis-je pas là?

-' — Je sais que vous me protégerez, grand-père. »

K'œil du vieillard étincela.

<' — Aurais-tu de l'amour pour lui, je te supplierais de ne pas épouser cet liomn:e ! Si tu savais combien est grand le sentiment de répulsion qu'il m'inspire!

" — ■ Vous n'êtes pas le seul. Mon père et ma mère exceptés, il ne plaît à peisoune dans la maison, pas même à notre vieux chien, qui, tout inlirme qu'il est, se lève pour le menacer chaque fois qu'il entre. »

Diane saisit la main de son amie.

— Grois-tu que les animaux domestiques n'éprouveiit de la répulsion que po;.ir les méchantes gens ou pour celles qui doivent faire du mal à leur maître?

— Je l'ai entendu raconter...

— C'est étrange! murmura M"" de Méricourt. Dis-moi comment esl ce M. Mar.el.

— Je t'ai déjà dit que c'était un jeune homme.

— Mais cnlln?. ..

— il doit avoir vingt-^inq ans. Sa tournure esl assez distinguée et il est toujours irréprochablement velu. Il ne porte ({u'une légère moustache. Su;i air esl moqueur...

Diane eut un éclat de rire forcé,

— Mais sais-tu qw tu m'en fai-^ un i>^e/. séduisant portrait, il ressemble à celui qui...

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AHoDs, aveu pour avtMi! A it'lui que tu aimes?

Kli bien! non, je ne s lis pas cntit'ienii'nl sûre d'aimer le chevalier de la Torche. Tantôt il me seinhle que je liens beaucoup à hii, laali'it il m'est i)arfaitement indilTerenl. J'ai beau parfois interroger mon »(i'ur, il s'oltstine à ne pas me n^pondre? Tiens, en ce moment, il garde un profond silence.

— Mon amour pour Au,i:uste n'est pas semldahle. A chacjue instant, à chaque heure de la journée, je le sens dins mon âme. Je crois qu'il fait parli(^ de mon lAislencc et (]iie. si je le perdais, je mourrais.

Diane se leva.

— Mon état ressemble peu au tien. VA cependani .M. de la Torche régne bien à certaines heures. . . .Mais continue, je t'en prie, tu ne saurais croire combien ton récit m'intéresse, ma pauvre Claire.

La jeune lille embrassa son amie.

— Merci!

— As-tu eu depuis sa fuite des nouvelles d'Auguste?

— Oui.

— DépOche-toi, alors!

— Laisse-moi te raconter auparavant ce qui se passa le lendemain du jour où le grand-père me prévint.

Mes parents me firent appeler, et mon père prit la parole :

<• — La semaine passée, mon enfant, nous parlions devant toi d' une personne pjur qui nous avions infiniment d'estime et d'amitié. Il est étonnant, disions-nous, que M. Marcel soit depuis trois mois dans notre ville sans songer à la quitter, alors qu'il n'y était venu que pour y passer un mois. Nous cherchions le motif de ce séjour, et nous ne le trouvions pas; nous le connaissons aujourd'hui... »

Ma mère interrompit mon père.

« — M. Marcel nous l'a fait connaître. »

e sentais, un grand trouble me gagner.

« — Ne devines-tu pas ce motif?

• — J'avoue...

«• — Rien ne te fait soupçonner que...?

" — Quoi?

'• — Allons donc 1... que M. Marcel est amoureux de toi! »

Mon grand-père m'avait en partie préparée ; j'avoue, cependani, que je ne pus rester maîtresse de moi.

'- — Oh! non, ce n'est pas possible, m'écriai-je, dites-moi que ce n'est pas vrai ! »

Mon père et ma mère se regardèrent étonnés.

<- — Qu'est-ce qui n'est pas vrai ?

LA lŒLLE MIETTE 61

« — Vous ne voulez pas me faire épouser cet homme.

« — . Pourquoi pas? »

Je sentais de nouveau mes forces m'ahandonner.

H — Mais parce que je ne l'aime pas ! »

Mi^s parents échangèrent un sourire.

>- — C'est encore le grand-père qui lui a mis ces idées dans la I5te. Folle. cruis-t;i qu'il soit nécessaire de s'aimer pour s'épouser?.,. Sache que les meilleurs maria!j;es sont les mariages de raison. L'estime lient avanta,'eiisemenl la place de l'amour.

J'eus un mouvement de colère.

" — Mais je ne l'estime pas du tout, M. Marcel! »

Mo:i p'Te devint grave.

« — Ceci est différent. Est-ce que le fils de notre correspondant de Lyon t'aurait offensée?

" — Je ne dis pas cela, mon père.

« — Est-ce que M. Marcel aurait commis une action déshonnête? »

Ma réponse fut faite d'un ton sec .

• — Je n'eu sais rien.

" — Moi, je te garantis que c'est un honnête homme, un brave garçon, un digne cœur. Te voilà suffisamment renseignée!

u — Jamais je ne serai sa femme '. »

La visage de mon père s'empourpra ; je !e vis faire un effort sur luimême.

« — Claire, tu réfléchiras. Nous voulons t'accorder le temps de le recueillir.

" — C'est tout réfléchi.

« — Je ne le crois pas, et je ne veux pas le croire. Nous allons prier M. .Marcel d'attendre ta réponse. »

Ils me quittèrent, me laissant consternée.

Inutile de dire que j'allai aussitôt trouver mon conseiller oïdinaire, mon j aivre gi'and-père.

11 e:)t un moment de réflexion quand je lui eus tout appris.

« — Je ne me trompais pas, munuura-t-il. Je me charge de conduire l'affaire. Toi, tu n'as qu'à refuser obstinément. Quand tu me verras seul avec ta mère, tu auras soin de te retirer.

« — Je ferai comme vous voiidrez. grand-papa.

« — Tu sais hien que tu peux te lier à moi ! »

Pour toute réponse, je l'emhrassai. A ce moment même, ma niére entrait. Je fis ce qu'il m'avait ordonné, et je .sortis de rapj)artement. I)an< le

o: i.\ iM.i.Li; MM irr.

cuiTitior, je m- Iroinai avec ma vieille iioani <' doni la romins imil lali ulicincul pour moi.

J'ai à viiiis jiirlor, m uiciiKiisolle... Vinilc/.-voiis venir avi'f moi?...

.. — Je t.> suis, n

Jf ilesoemljs, en (>lVi't, a\e.- elle... Après avoir rei,'arclé anloiir d'elle d'un air myslûrieux el s'èlre assurée qin' nous ne pim\ions èlre vues, elle me remil... »

— lue leltrc? demanda Diane.

— Une lettre, répondit CJaire.

— De lui, sans doute?

— Oui... de lui... Quoi(jue je ne connusse pas jusqu'alors son iki-iluro, je n'hé>itai pas à la déi-aelieter. Le cœur se trompe rarement en pan;il cas; me< yeux dévorèrent plutôt qu'ils ne lurent ceci.

La jeune fille, en disant cela, avait tiré de son sein une lettre qu'elle avait lenihic à Diane. Celle-ci y vil les lignes suivantes :

« M idemoiselle,

» l'ardon de ma hardiesse, pardon si, misérable, (lélri comme je dois le « paraître à vos yeux, j'ose vous écrire pour essayer de me disculper. Je suis « innocent, je le jure, du crime dont on mo, croit coupable, crime qui me rrn- « drait le dernier des hommes.

« C'est sans doute pour m'éprouver, au moment où je croyais loucliei- au

« comble du bonheur, que Dieu m'a tout enlevé. Je ne l'eu maudis pas. Ce que

« je dé.-ire, ce que je souhaite, c'est un mol de consolation de vous. 11 serait une

«- preuve que vous ne partagez pas l'opinion de vos parents. Quant à l'espoir,

<( j'y ai renoncé. Oui, depuis le jour falal où une accusation pèse sur moi, j'ai

« banni l'espérance de mon cœuri

« Auguste. »

Diane rendit la lettre à Claire.

— Il y a une larme près de ce nom.

— Crois-tu que je ne m'en sois pas aperçue?

— Pauvre garçon, comme il doil soulTrir!

— Si j'en juge parce que je souiïre, moi !...

— Et tu lui as répondu?

— J'ai hé-^ité quelques jo :rs, et je m'en accuse. Dans l'intervalle, je reçus une seconde lettre non moins touchante que celle-ci. Ce fut alors que je me décidai à adresser quelques consolations. Depuis, je n'ai plus eu de nouvelles.

— Mais ta nourrice doit savoir...

— Elle ignore ce qu'il fait et ce qu'il devient.

— Comment alors a-t-elle pu recevoir ses lettres et lui remettre la tienne?

LA ni^LLE MIKTTE 63

— Une première fuis le hasard lui a fait rencontrer Auguste. Celui-ci lui a lixé un endroit où elle le (rouvcrail tous les soirs.

— \\h bien! maintenant...

— Hier et avanl-liier, Auguste n'était pis à cet endroit ; cela me f.iil crnndre qu'il ne lui soit arrivé quelque chose. J'ai peur d'un noiiveaii maihiMir...

Cl .lire avait les larmes aux yeux,

— Rassure-toi. Dieu se lasse d'éprouver.

— J'ai l'âme pleine d'inquiétude.

— Mais tu ne m'as pas dit quel a été le résultat de la conversation entre ta mère et ton grand-père?

— Elle n'a produit aucun eiïet. Ma mère a dit qu'elle n'avait d'autre volonté que celle de mon père. Quant à celui-ci, auquel grand-papa a voulu lussi parler, il s'est emporté et a répondu qu'il ne comprenait pas la haine que j'avais pour M. Marcel.

— Ce dernier connaît-il cette haine?

— Il doit s'en douter, et cependant il redouble de prévenances et de politesses à mon égard. Il m'obsède, il me fatigue de ses soins. Voilà ma position, ma chère Diane : tu vois, comme je te l'ai déjà dit, qu'elle n'est pas belle et que j'ai sujet d'être triste et de verser des larmes.

M'" de Méricourt essaya, par quelques paroles de consolation, de ramener l'espérance dans le cœur de son amie, mais elle ne put y parvenir. La douleur de Claire était trop profonde.

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