‹ La belle MietteChapitre 90 sur 200 · I.A lîKLLi: MIliTiK · texte numérisé non relu

I.A lîKLLi: MIliTiK

f;il

M. (:iiapi)Ul vit qu'il éUiil iimtiUscriiisistcr, Dans Trial où ('tail M""^ I/i-

, il i-raiviiail (in'il no so proiliiîsii uiir tMiasti()])hi'.

Il sivail par les larilfciiis de la [H'i^oii (|ii'('lli' «Mail i,'favriiiiMil altrinlc. Vue alV(Vtioii norvt'iiH». «lui s'était ilévfloppi'o chc/, elle, se (•omp!i(piail de, Itallomenh pivripités du cuMir. On orai,L!;iiait une liypcitrophii' et on sijïnalail des symptômes assez maniuè» de j)litisic.

Il n'avait pas laissé iiniorcr à l'aiitorité siipérieuiN^ cet (Val d- s inli' de la prisonnière. tU il s'étonnait (pi'on n'en tint pas plus compte.

M"" LafaruT semblait n'avoir que le souflle. Klle était liviil(> et >es lèvres avaient pri< ut)e teinte violette. Elle s'alVaissa dans son fauleiiil.

M. Cliapput. elTrayé. appela du secours.

La prisonnière cliari,'ée du service de Marie Cajjpelle, accourut.

— Faites prévenir à l'inlirmerie cl couchez madame dans son lit. Le directeur murmura à jiarl lui :

— C".'-i le seul moyen de lui épargner le supplice qu'elle redoute tant!...

' u i: M 1 1: us JOURS

Il y avait eu quelque niouveuienl dans la maison centrale pour recevoir le convoi dont faisaient partie Miette et Clémentine.

Le directeur, l'inspecteur, plusieurs gaidiens et plusieurs su.^urs étaient dans la cour.

Quelques détenues regardaient aussi curieusement. Ces femmes avaient ;;ne robe de droguet, un tablier et une cornette blanche.

Dans diverses maisons cnetrales, cette coilTure est remplacée par une >orte de foulard que les condamnées s'attachent sur la tête, et qui ressemble beaucoup au madras dont les fdles de couleur et les négresses se parent aux colonies.

Les détenues qui assistaient à l'arrivée du convoi avaient les fichus rayés de rouge, indiquant qu'elle appartenaient au service général de la prison. Les uuvrières ont le fichu rayéde bleu.

On appela les nouvelles venues par leur nom de fille. Quand le brigadier commandant le convoi prononça le nom de Clémentine et de Miette, on les çonsidéra«ivec attention et l'inspecteur se pencha vers la supérieure pour lui dire quelques mots.

Evidemment tout ce monde avait entendu parler de ralTaire Barbe, et on éprouvait quelque curiosité à voir les héroïnes de ce procès.

LA lîKLLK Mi Kl il- fin

On conduisit d'abord les prisonnières au iriellV'. Lu, on examina lf> papiers dont élail porteur le brigadier de gendarmerie, obef du convoi.

Le directeur les signa après b^s avoi: fait lianscrire sur un gros registre. Ces formalités furent assez longues.

Les prisonnières furent invitées à retirer leurs bijoux et à remettre inir argent.

Miette ne se sépara (pravec peine d'une ba^rue ([ui lui avait été donnéf pai' Sun mari, le portefaix qui la batlail cl qu'elle av.iit presque regretté à sa mort.

11 lui fui aussi pénible de laisser prendre son porte-monnaie.

Clémentine ôla une petite médaille qu'elle portail autour du cou depuis son enfance. Ce n'était pas Miette qui avait songé à la mettre sous la protection de Notre-Dame-de-la-Garde, mais l'autre, Uerminie, la femme légitime de son père, qui, on se le rap[)elle, avait veillé pendant quelque temps sur elle.

Les femmes, en sortant du greiïe, furent conduites à l'infirmerie pour y être visitées.

On les fit pénétrer l'une après l'autre dans un cabinet où se trouvaient deux médecins.

L'un des deux était âgé, d'un embonpoint considérable. Il avait la voix rude et paraissait depuis longtemps cbargé des soins médicaux de la maison centrale.

L'autre était tout jeune, au contraire, vingt-sept à vingt-huit ans au plus. Il était timide et disait : Mademoiselle ou Madame aux détenues.

11 devait se laisser prendre facilement aux comédies jouées par les prisonnières qui désiraieni entrer à l'inlirmerie; mais son compagnon, chef de service, était impitoyable.

Sur les quatorze nouvelles venues, une seule fut i-etenue par les médecins : Malvina, fleur malsaine du pavé d'une grande ville.

Toutes avaient été obligées de se déshabiller pour être examinées et auscultées. Clémentine était certainement la plus belle ; aussi sa vue ne laissât-elle pas de causer quelque émotion au jeune docteur, encore peu aguerri contre les charmes de ses clientes.

L'attitude embarrassée de M. Mébert fut remarquée de la femme lîaibe, qui, elle aussi, rougit sous son regard.

De l'inlirmerie, les arrivantrs furent envoyées au vestiaire et au ma-jasin.

Au vestiaire, on leur commanda encore de quitter leurs vêtements, mais cette fois ce fut pour ne plus les remellre.

Elles obéirent avec répugnance. C'était, en cITet, l'adieu délinitira !a \:e libre qu'elles allaient dire en ftrenant le costume d»; la jjiisoii.

Les prisonnières gardaient le silence, bien (pi'(jn ne leiii- eût pa-^ encore

f,ii I A 1 I Mil- m-

fa'.l ounniiitr»^ la ri"\i.'li* <lt* la maison. Malvina. dailUMirs. crtl st^nlo pn so livivr.i ijuehiuos rénoxioiis {tiquantos, cl elle (""tait rosier, roinmo on sait, à rii)lirin('ii(\

IClles coinmoiiCt'n'iil donc à se drviMir avi»r. des pauses, des arrrls, d(>s •.'(••-"los suspi^iulu^. Tout (Mail à rnlcvcr, la chemise ollo-in("'me, ipi'il fallait ri-ir.placer par une chemise de ;:rosse loile.

La plupart de ces malheureuses, forcées de rfiioiiri-r à loiil ci' ipii Ifur tappidail iMir ancienne existence, n'avaient ]ias la s.'nsiltililé de M™" l.afari^^e. Cependant elles éprouvaient, à un de.iiré plus ou moins élevé, (pielipie chose de l'impression ipie celle-ci avait ressentie, lorscpie Î\I. Chappul lui avait demandé de prendre ricrnolile livrée du vice et du crime.

l'.liaque condamnée avait reçu un jn])on, un corset, une paire de has, luio cornette, un lichu et la rohe de droguel de lil et coton que l'on p< rte presque tonte l'année à Montpellier, à cause de la douceur du climat. .\ Gleri)iont, au ctinlraire, on garde la rohe de drot^uet de lil et laine heiuje. L'air est jiJus vif dans le département de l'Oi-e que dans le déparlement de l'Hérault.

D.ins la plnj^art des maisons centrales, le vêtement d'été^cstpi'is le lo mai et le vêlement d'lii>^r le 15 ortohre.

Les voilà hahillées en détenues avec, sur la manche du bras c^auciie, un morceau de loile qui porte le numéro de leur écrou et au-dessous le numéro du vestiaire.

<'/esl à tort qu'un écrivain de mérite a dit que les prisonnières des maisons centrales passaient comme les forçats à l'état de chilTres.

Cette humiliation leur est éparcrnée: elles conseivenl leur nom de fille, qu'elles soient mariées ou non. Les numéros employés seuls amenaient des confusions.

Ce serait aussi une erreur de croire que l'on coupe les cheveux, aux détenues. Elles peuvent, dans nos maisons centrales, conserver leurs tresses... les vraies bien entendu. En Angleterre, où on les tond, cette fléti-issure donne lieu à de fréquentes révoltes.

Un membre éminent de l'administration pénitentiaire louait dernièrement, devant nous, la décision d'après laquelle, en France, on ne touche pas à la chevelure, qu'il considérait comme partie intégrante de la femme, cjmme un ornement naturel dont on n'a pas le droit de !a priver.

— Il fait châtier, disait-il, la créature coupable, et non la dégrader.

Nous sommes de son avis.

Li même raison n'existe pas pour les hommes, qui sont tondus et rasés. Les soins de propreté exigent cette mesure.

Par exemple, les cheveux des femmes doivent être, autant que- pos^^ible, dissimulés sous la cornette; mais, de même qu'il y a des accommodements avec le ciel, de même il y en a avec !e règlement. Pendant notre séjour dans la

LA BELLE MIETTE oi.

maison centrale, nous verrons (jîi'il rcroil. di; fro'[iir':il-; accio.' , m r-c,'' la st''\,'rilé des siirveillanls ou surveillantes.

Une S(eur pissa eu revue les prisonnières cacliuii sous h niMui.. les mèches rebelles. Ce fut une opération assez difticile pour Clémenliae, dont les clieveux étaient très abondants.

Miette, passant devant sa tille, lui dit :

— Qui sait ce que tes amoureux penseraient de la toilette que te fournil le gouvernement? Elle ne te va pas tout de même!...

On obligea les condamnées à réunir elles-mOmes leurs anciens vêlements, à le> empaqueter dans une serviette sur laquelle fut cousu un morceau de parchemin qui portait un des numéros d'ordre inscrits sur le bras.

Les paquets furent déposés au ma/jasin. C'était une assez grande pièce garnie de rayons qui montaient jusqu'au plafond. Les défroques des malheureuses enfermées dans la maison centrale restaient là jusqu'à l'époque de leur libérati(i,..

Sur les morceaux de parchemin, au-dessus du numéro, il y avait :

Entrée le...

Sortie le...

On sortait dî toutes les manières : pour rentrer dans la vie ou pour aller au cinietièi'e.

Clémentine tit cette réflexion que l'arrêt qui la frappait ne lui donnait pour espoir que la tombe.

La transformation des prisonnières n'est pas entièrement terminée. Elles sortent Tune derrière l'autre pour se rendre en un endroit où on remplacera leurs chaussures par des cha;issons et des sabots.

Dans les prisons on définit les sabots d'une façon assez pittoresque. On les appelle des escarpins en cuir de brouette.

Maintenant, il ne reste qu'à classer les nouvelles détenues, à leur dè^JLnier leur atelier et leurs fonctions.

Il est naturel que l'on s'informe pour cela de leurs aptitudes, ne leurs connaissances et de leur profession antérieure.

Mietti.' ayant été sage-femme eût pu, par exeinple, être choisie comme infirmière ; mais on ne pi"end guère pour cet emploi que des sujets sufii-am- -•nt observés et dans lesquels on a une certaine coidiance.

On l'altach i au service général de la mai>on, et elle maniirt i qn .ique satisfaction.

Elle préférait, en effet, aller, venir, plutôt que d'être enferméf dans un atelier. La domesticité ne TelTravait pas, à cause du snnblani ilf lilieiiè qn'.'l'c lui procurait.

610 I.A lil'l.l.i: MIITTR

Cli'inciiiiiif lut cuvdvôo (î.iii^ iiii alcIuM' dr cntitiiri'. Imimi iiu'i'lli» cùl lr("'s {M'ii cuusii dans sa vie.

I^i Miellé avait laisse sa lille lorl i^iiiiraiilt' en n'Ile. inalii're.

La pelilt> scia a^nv. iulic, avail-cllf dit mi joui-, pour n'avoir pas besoin de Iravaill r.

l'iile nu'^i'iai'h' Ii'iiiiih' ii ,i\ail pi'ii^i' qii ,'i iiiic une pro>lilUi''e de son en Tant.

On jimea néannioins C.iénitMUine assez iiilelli,i,'enle pour rire vile iiisliaiile.

Les autri^s prisonnièi-es, anàvées parle même couNoi ipie les empoisonnense<. furent rép.ii'lies également dans (livei's ateliers on dans divei's(>s fonclion^.

Alors eoinmcnea pour les déteiuies une existoiice d'une iéi,'ulaiilr miuiolonc

Pas une joiiriK''e n'était pour elles dilïérenle de raiilic, pas uiir lieiiiu! n'était laissée sans un emploi irai-é d'avance, pas un niunicnl nélai'. livré au hasard et à la fantaisie.

Pour certaines personnes, c'est un supplice iuoi-al qu'elles redoulent plus que la rigueur pliysi(pie du châtiment.

A Montpellier, le lever avait lieu à cinq heures cl demie. Prière immédiatement après, et déjeuner composé d'un morceau de pain.

A six heures et demie, entrée dans les ateliers où l'on restait jiisiprà neuf heures.

A neuf heures, repas composé d'une soupe au pain, conlenaiil au muins quatre décilitres de bouillon maigre les jours ordinaires; et cinq décilitres de bouillon gras les dimanches, jeudis et jours de grandes fêtes.

A neuf heures et demie, promenade dans le préau.

A dix heures rentrée dans les ateliers d'où, celle fois, on ne sorlait (pi'à quatre heures.

A quatre heure-, second repas composé d'une soupe semblable à celle du matin, accompagnée, les jours ordinaires, d'une pitance d'au moins trois décilitres de légumes secs (pommes de terre, pois, lentilles) , et, les dimanches et jours de fêles, d'une portion d'au moins soixante-quinze grammes de viande cuite et désossée, el d'une pitance d'au moins trois décilitres de pommes de terre.

Le jeudi, la portion de viande n'est que de soixante grammes et la pitance se compose de trois décilitres et demi de riz.

La boisson ordinaire est l'eau pure. Sous aucun prétexte, sauf celui de maladie, on ne peut boire de vin ou de spiritueux dans les maisons centrales d'hommes et de femmes.

A quatre heures et demie, après le dîner, promenade dans le préau.

Ces promenades sontsilenieuses et ordonnées.

Les (iéleuues marchent, toujours l'une derrière l'autre. (P. 617.)

Les détenues marchent, toujours l'une derriôre l'autre, sur un trottoir de soixante centimètres de large, et elles doivent laisser, entre chacune d'elles, une distance de quarante à cinquante centimètres. Elles ne s'arrêtent que lorsqu'il y a pour elles impossibilité de suivre. La surveillance est aussi sévère pendant ces désagréables récréations qu'à l'atelier.

A cmq heures, on reprend le travail pour ne s'arrêter qu'à sept heures

UV. 18. — TnÉODOItE HENRY. — I.A nPLI.E MIP.rTE. — ED. J. ROl'FF KT C". UV. 7S

018 LA liKl.1,1-: Mir.i IK

ptMul.i .1 . tiiViT, i-t'si--i- lire (lu I" oclot»;e au 1" iii;ii, vl h la luiil |>eiiil;i:.î l'été

Un <e couche en.'ule el le leiuiemiin on recoin m en ce.

La niaj-on centrale, c'esl comme le mnni'ire où le ch'Val lour >•■ t.. i > n-

La condamnée à perpél ilé ne ««'arréle que lors(]a*elle niciiri

Qiiel'.e «cnsalion terriMe doivent éprouver les infortunés qui, ci\ cnlraiil dan** ia prison, doivent abandonner sur le seuil toute espérance !... L'enfer du Dante, avec «on horreur, ne nous semble rien à côté d'une uniformité morne.

Nnu^ avon-i dit que les promenades des préaux étaient silcncieu»^»'- "i"les maisons centrales, le silence est, en effet, a!>sol i.

Toute infraction à ce mutisme obligitnire est puni. Il est al>s luinenl défendu rni\ femmes de communiquer entre elles.

Ce furent durant les dernières années tIu xviii' siècle que, paiait-il, la pensée vint h peu près simultanément, en Belgique et en Amériqui-, d'i tablir entre les condamnées la barrière du silence continu pour les présenrci de la contagion réciproque.

Su' «-etle règle du silenre, on a même essayé de baser tout un système pénitentiaire, quia de nombreux partisans et qui s'appelle le système dAulmrn, Doni de la prison américaine où l'on a fait cet essai, et qui fut construite, en 1816, à Anbnrn.

Dans ette prison, toute parole échappée à un détenu lui vaut un certain nombre de coups de fouet s'il est m par un gardien.

En France et en Belgique le fouet n'est pas employé comme moyeu de châ:iment. Nos mœurs protesteraient contre une pareille barbarie.

Aussi n'arrive-t-OD guère à prohiber, en réalité, que la conversation hahituelle. II ne peut en être autrement, surtout dans les ateliers retentissants où le ! ruit àes travaux couvre celui des voix.

L: preuve que le règlement du iO mai 1839, qui prescrit de se taire, reçoit de nombreuses infractions, c'est l'exemple qui nous a été cité.

Une Allemande condamnée à dix ans de travaux forcés entra sans savoir un mot de notre langue dans une maison centrale. A l'expiration de sa peine, elle la parlait couramment.

Cet exemple nous a semblé concluant.

Les premières punitions de Miette furent pour inobservation de la règle du silence et cependant, par ses fonctions, elle pouvait échapper à la surveillance plus facilement que sa fille.

Celle-ci, au contraire, ne regrettait pas pour le moment la perle de la liberté de la parole. Elle était retombée dans la situation d'esprit qui avait suiv sa condam:ialion et surtout son exposition sur la plac: publique de Marseilic.

Son âme, un instant éveillée par les derniers incidents de son séjour dans

LA r.ELLE MIETTE C|0

!;i prison des Préscnlines et par les chocs cIb la roiile, sommeillait de nouveasi Elle obéissait machinalem(!iU au règlement qui Tenserrait dans se- articles Ahl le réveil n'eût jamais dû se produire I

SŒUR MARIE-LOriSl

La surveillance des étahlisseraents pénitentiaires de femmes est coniiéL' à des ordres relip^ieux dont l'introduction, il faut le reconnaître, a eu lieu avec un plein succès.

Les sœurs de Marie-Joseph, congrégation fondée il y a plusieurs ann'^es, rendent de grands services. Il en est de même des sœurs de la Sagesse, qui savent généralement exercer une influence salutaire.

On pourrait citer des traits touchants de ralïectacux respect que les détenues res-enteut parfois pour ces sœurs dont il faut admirer le dévouement.

M. d'Haussonvilie dit avoir vu, à Saint-Lazare, la figure d'une devenue s'illuminer de joie parce que la supérieure, qui depuis quelques jouis lui tenait rigueur à cause d'une infraction à la discipline, lui avait cnlin adressé la parole. Il lui fut assuré que c'était la, pour certaines détenues, un moyen eflicare de punition.

Ce qui montre, au reste, que ces témoignages d'aiïiction n'avaient rien d'intére-^sé, c'est que, durant la Commune, ce sont les détenues de Saint-Lazare qui ont permis à la supérieure de s'échapper, en s'entendantd'iin commun accord, et sans qu'aucune sollicitation leur eût été adressée à ce sujet pour tromper la surveillance des envahisseurs de la maison.

Des prisonniers fai-^ant évader leur gardien, c'est une chose que l'on ne voit pas souvent!

Les frères ont bien moins réussi dans les étahlissements où on en a fait l'essai, notamment dans la maison centrale de Nîmes, en 1848. Ils m ;n'iuaie: t d'autorité sur les détenus et les actes d'insubordination étaient fréquents. On a dû y renoncer complètement.

Ce senties sœurs de Marie-Joseph qui exercent à Montpellier depuis 48id, On IcK dislingue à leur voile bleu de ciel.

Les S(Burs de la Sagesse, uui sont à Cl^rmonl, portent une corn<>t!<' Mai: !:(> et une robe grise.

Avant l'ari'ivée de> s(jeurs de Marie-J^seiih a .Moiitiidlier, il y avait {lui-t'iiicul et simplement des gardiens dans celte maison centrale II s'y passait des Sfèm^s

«ÎO I..\ nKI.I.i: MIKTTE

dt"'plo:altles do scandale cl de dAsoidro, qui drlcnuiiièreiil à accepter le concours des religieii>cs.

Celles-ci rélablirenl l'ordre et la traniinillilé.

11 serait Men difficile aujourd'hui de les remplacer inônie par des surveillantes laïques.

11 est impossil le de passer en revue les physionomies des malheureuses fiotinies des crimes de la misère et de la dùhauchc qui peuplent les maisons centrales de femmes sans être frappé de l'aspect docile, soumis, décent, peutêtre même un peu trop humble, qu'elles revêlent en très peu de temps, sous l'influence de la direction morale à laquelle elles sont soumises.

« Il faut en elTet, dit encore M. d'Ilaussonville, prendre garde de se laisser aller à ces impressions extérieures, et de juger la conversion plus i)roronde el plus sincère qu'elle ne l'est en réalité.

« L'hypocrisie est le vice dominant dans les maisons centrales de femmes; mais il n'en est pas moins certain que l'habit des religieuses, leur manière d'être, aflectueuse et digne, la distance même qui les sépare des détenues, leur permettent d'exercer sur elles comme sans efToit un ascendant moral, prévenant el éloignant de nos maisons centrales les épisodes de rébellion et de violence qui. d'après les documents étrangers, sont si fréquents dans les maisons dirigées par les laïques. »

Nous verrons bien des cas dans lesquels la tranquillité peut être troublée, mais ce ne sont que des exceptions qui confirment la règle.

Ajoutons que les sœurs de Marie-Joseph, comme celles de la Sagesse, n'admettent jamais parmi elles d'anciennes détenues converties.

Tout le personnel, consacré à la surveillance des prisonnières, et qui a pour mission de leur inspirer des idées de repentir, est parfaitement honorable. Il ne doit y avoir rien à dire du passé de chacune des sœurs.

Quelle étrange vocation pousse donc des jeunes filles du monde, ayant pour la plupart reçu une excellente éducation, à sacrifier leur existence de celte manière?

C'est ce que l'on ne peut guère s'expliquer que parl'influence de la religion, capable d'inspirer tous les dévouements.

Les gardiennes sont presque aussi captives que les détenues. Elles ne sortent que très rarement. Leur seule satisfaction, c'est la retraite, la prière, la conscience du devoir accompli...

Si nous rencontrons dans le cours de ce récit des sœurs de Marie-Joseph ne méritant pas les éloges que l'on doit faire à la plupart d'entre elles, il faut se dire qu'il peut se glisser partout, même parmi les meilleures, des créatures indignes de remplir le rôle qui leur est attribué.

Nous allons cependant avoir à saluer tout d'abord une figure admirable.

Clémentine avait été placée sous la direction de la scuur Maiie-I.ouise^ chargée de former des ouvrières pour l'atelier decouture.

La femme Barbe fat surprise tout de suite de la beauté de celte sœur. Elle était d'une taille un peu au-dessus de la moyenne. Son visage ovale était un peu pâle, mais on ne pouvait s'empêcher d'en admirer les contours suaves. Les yeux avaient une expression d'angélique douceur.

Tout en Marie-Louise était distingué. Ses mains, ses pieds, étaient d'une petitesse extrême.

Elle inspirait à tout le monde le respect et l'alTeclion. On obéissait volontiers à sa voix harmonieuse. Personne ne savait qui elle était, d'où elle venait, bien que le personnel de la prison eût cherché à s'informer; seule, la supérieure connaissait peut-être son secret, mais elle n'en disait rien.

Ce fut la sœur Marie-Louise qui fit connaître à Clémentine et à la fille Penaud, placée également dans l'atelier d'apprentissage, quels étaient leurs devoirs.

Le règlement, expliqué par elle, semblait peu sévère et facile à supporter.

On comprenait les avantages d'une bonne conduite et d'un travail assidu.

Avec ce- deux choses, en effet, on améliore autant que possible sa situation.

D'abord on ne s'attire jamais de punitions.

Celles-ci consistent dans l'interdiction de la promenade dans le préau, la privation de toute dépense à la cantine, la défense à la condamnée de correspondre avec ses parents ou amis, la réclusion solitaire avec ou sans travail.

D'autres punitions peuvent encore être infligées, à la condition toutefois qu'elles soient moins rigoureuses.

Disons ce que la sœur Marie-Louise ne fit certainement pas observer aux détenues, que cette latitude laissée aux directeurs de maisons centrales n'est pas sans inconvénients.

La rigueur plus ou moins grande d'une pénalité n'étant guère qu'une question d'appréciation, certains abus peuvent se glisser, qui ne seraient pas à redouter si on exigeait l'application pure et simple du règlement.

M. d'Haussonville fait remarquer cependant que les punitions, dans les maisons centrales, sont rendues dans une forme plus solennelle, et par une autorité plus haute que celle des gardiens-chefs dans les prisons départementales.

Un arrêté du 8 juin 1842 a établi la mesure excellente des prétoires de justice disciplinaire. Sur le rapport écrit des gardiens, le directeur, entouré de ses assesseurs, qui sont l'inspecteur et l'instituteur, statue sur les punitions qui doivent être infligées aux détenues, après avoir entendu leurs explication- en présence des autres détenues.

Procès-verbal est tenu de la séance à laquelle peuvent, en outre, assister l'aumônier et l'entrepreneur.

r,22 I.A nil.I.K Mir.TTF.

l'ans Ips maisons ccnlr.ilos de loiniiios la s(piir sii]H''i-it\ir(' rcMiiitlarr l'iiisiiliitoui-.ol la sœur dénonranti' rcnii>lit, on quoliine sorte, les fonclionsfUî ministère public.

V.u nit'iin^ temps (jne Clémcnliuc el la lîllc Penaud apprirent l'cMsii'nce de ce îribunal, elles surent qu'au prétoire le directeur (V-oiitail les prisonnières sur d'autres sujets. Klles tHaienl admises à lui faire leurs réclamations, à hii adresser leur- demandes, à le consulter même sur divcr>es affaires.

Les directeurs, nous disait l'un de ces derniers, ne sont pas seulement jn:es ru cet endroit, ils sont jupes.

De le ir attitude au prétoire dépend en grande partie leur inriuence plus ou moin- grande sur toute la population de la maison qu'ils diligent.

La sœur Marie-Louise, en exhortant Clémentine et la lille Penaud au travad. ne manqua pas d'ajouter que le produit leur en apparlenail dans certaines limites.

Par exemple, Clémentine, à cause de la pénalité élevée qui la frappait, n'avait que trois dixièmes, la fille Penaud avait cinq dixièmes.

L'argent attribué à chaque détenue forme un pécule dont une partie peut être dépensée par elles à la cantine. C'est ce qu'on appelle le pécule disponible. Le pécule de réserve leur est remis à l'expiration de leur peine.

La cantine n'est point, ainsi que le mot pourrait le faire croire, une échoppe tù les daenues achètent librement les vivres dont elles ont besoin. C'est en réalité un mode de complaliilité.

La détenue désigne, avant le repas quotidien, les vivres supplémentaires que le règlement l'autorise à demander, et son pécule disponible est débité d'une somme représentant le prix de ces aliments.

 la maison centrale de Montpellier, le réfectoire est situé dans l'ancien cloître. On y voit un tableau portant le tarif suivant, approuvé par l'administration :

Beurre frais 10 cent.

Lait 10 "

Gruyère 1" "

Hollande 10 »

Bondon 10 »

Réglisse . 10 »

Gomme 10 »

Hareng saur 10 »

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