RAGOUT DE MOUTON 20 CENT
Composition du ragoût :
Viande, pommes de terre épluchées, carottes, navets, oignon?, graisse, farine.
Sel et poivre nécessaires.
Un détail Mir le réfectoire do Montpellior :
Les tables, fixées au mur, se relèvent après le repas.
Clémentine était assez insensible à toutes les améliorations au régime de la prison que la sœ ;r Marie-Louise indiquait comme possibles,
La fille Penaud, au contraire, écoutait avidement. Elle ne songeait qu'à une chose : passer le mieu>. possible les trois ans auxquels elle avait été condamnée.
— C'est bien dur, avait-elle dit dans la voiture cellulaire, de subir toute sorte de privations, quand on est habituée à ne se passer de rien...
Nous avons déjà raconté que celte voleuse élégante s'était présentée avec son amant comme ayant un titre nobiliaire.
Elle avait fréquenté des gens riches et jouissant d'une haute position sociale.
La fille Penaud croyait pouvoir encore compter sur leur appui. Depuis sa condamnation, elles les assaillait de lettres et leur demandait de faire des démarches en sa faveur pour obtenir sa grâce ou tout au moins une notable déduction de peine. A la prison départementale, on a plus la liberté d'écrire qu'à la maison centrale.
Bien qu'elle n'eût encore reçu aucune réponse, elle espérait qu'on ne l'abandonnerait pas.
La fille Penaud n'était pas laide et pouvait même passer pour très désirab'e. Elle élait grande, brune. Son regard était vif. sa bouche sensuelle. Il y avait un léger duvet au-dessus de sa lèvre.
Il parait qu'elle avait assez de tact et d'esprit et qu'elle avait su jouer fort bien le rôle de grande dame, ce qui lui avait permis de faire des dupes.
Au commencement de son séjour dans la maison centrale, elle éprouva le besoin de continuer à se donner pour ce qu'elle n'était pas, mais, comme on avait connaissa cède son état civil, comme on savait très bien son véritable nom, elle composa tout un petit roman qu'elle alla débiter au direteur de la prison à la première séance du prétoire.
Elle imacrina de dire qu'elle était la fille naturelle d'un grand seigneur qui avait le désir de la reconnaître, mais qui en était empêché par des parents avides.
Ces parent- étaient ses plus cruels ennemis. C'étaient eux qui l'avaient dénoncée à la justice et qui avaient obtenu son arrestation.
— Vous vous prétendez donc condamnée à tort? demanda le directcr.
— Certainement.
— C'est ce que je ne peux pas vous laisser affirmer. Ici nous a>-, respect de tous les arrêts prononcés par les tribunaux.
— C'est néanmoins bien désagréable pour moi... Je suis innocente!...
— Vous n'éte> pa> la première détenue qui fassiez ici une semblable déclaration...
— Les juges sonl si injustes.
— Vous ne ili>vez juis parler ain<i... Je vous le défeuils.
— C'est lùen malheureux dëlre viiliiiu'...
— Enlin, «jue voule/.-vous'.'
— La peruiission crùcrire à mou père plus souvent que le rèirleuiont ne le permet, afin de lui faire connaître les persi^ciitions dont j'ai él6 l'ohid.
— Il n'est pas possible que vous acru'^iez des tiers dans votre rorrespondanoe...
— Mon Dieu, mon Dieu, mais comment me disculperai-je alois?... - Quelle utilité!...
— Si mon père me croit coupable, il me privera de son immense fortune!...
— Je ne puis vous permettre que de lui faire connaître vos .sentiments aiïectueuN... On va vous donner du papier après la séance.
— Oh! merci, nuM'ci!
La fille Penaud fût mise en possession, en effet, d'une feuille de papir-rdonl voici à peu près l'aspect.