‹ La belle MietteChapitre 92 sur 200 · MAISON CENTRALE DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

MAISON CENTRALE DE MONTPELLIER

La correspondance est lue à rarrivée et au dép.irt.

Nom de fille :

Nom Je femme Atelier :

Les détenues ne peuvent écrire que tous les deux mois, pourvu toutefois qu'elles n'aient pas été punies.

Montpellier, le

Comme on le voit, la règle de n'écrire que tous les deux mois n'est pas absolue dans une maison centrale et le directeur peut, quand il le juge nécessaire, autoriser quelques dérogations.

La fille Penaud fut d'abord assez embarrassée devant sa feuille de papier, puis elle commença une lettre remplie de grandes phrases et de sentiments romanesques.

On fut du reste obligé de modifier cette tJpiLre dans laquelle elle s'était engagée plusieurs (ois sur un terrain interdit, en critiquant le jugement qui l'avait envoyée à la maison centrale.

La lettre partit enfin. Elle élait adressée à un personnage portant un nom sonore. Elle revint du reste à son origine, le personnage était inconnu.

Elle s'élaijça sur le trailre. (P. (j«Jl.

La lillc Penaud comptait sans ce retour, qui faisait connaître que tout son récit était inventé à plaisir.

Elle eut beau se plaindre de la poste, dire qu'elle faisait mil son servie»^ et ne savait pas découvrir les gens. Ses assertions désormais n'obtinrent aucune créance auprès du directeur.

Elle se rabaltil sur l'aumônier, qui, malbeureu.scment pour elle, avait assisté à la séance du prétoire où sa lettre lui avait été rendue.

LIV. TJ. — TUKÙlJUHF. IIENHY. - LA BKLI.K MIKTTK. — KD. i. ROLKK Kf C"» . LIV. T)

625 l..\ lll. I.l.l Mir.lTK

Noyant quo de oi' <-<Mt' cnroro scsollu-K et inMit mliMCtiUMix. l,i liilc l'ciuuul sadro'^sa à la sœur Maric-Louiso, qui se laissa proiuire cl s'eriijagea à lairo faii'o des roiliorches par une porsonno ùlrangt're à la prison.

CV'lail bien oonlrairc au ri'c;Iemont ro que promcltail la sd'nr, mais la ih irilo ilail l'oxcnse do celte iiifraclion sur laquelle la lillc Penaud s'engagea à garder le secrel.

On comprend que c.» tie fausse fille naturelle n'eut, rien de plus pressé que de saisir une < ccasion de raotmlcr ce qui se jaspait à ses compagm s d'alelior.

Quand la sœur Marie-Louise lui dùclaraà son tour que l'on croyait que ce pn^tendu l'i^re n'existait pas, elle se garda bien de faire connaître celle nouvelle mésaventure.

Ll!e dit, au contraire, à Clémentine que sa libération était prochaine, ainsi que cebe de son amant.

La l'dle Penaud alTectait une certaine amitié pour la femme Rirbc, bien q; e celle-ri répondit peu à ses questio:;s dérobées où à ses conlidenccs.

Le bas.iid les avait placées à côté l'une de l'autre à l'atelier, au réferloire et au dortoir.

Un jour, lavc-iilutiére demanda à l'empoisonneuse son petit nom qui n . la.l pas connu dans la prison' où, ainsi que nous l'avons dit, on ne se sert que da nom de lil'e.

— Je m'appe'le Clémentine.

— Moi je me nomme Adèle... Tu es iniiocente comme moi, n'est-ce pas?

— Non...

— Je suis coupabb\..

— Tu as réellement versé du poison?

— Oui.

Cet aveu pénible échappa à Clémentine comme un cri de soulTrance.

La sœur qui surveillait en ce moment les prisonnières, et qui n'était pas la sœur Marie-Loui'=:e, surprit ce colloque et crut devoir leur infliger une punition. Elle les priva de la promenade du préau.

Après le repas de quatre heures, tandis que les autres détenues parcoui. lient le préau avec le bruit de sabots habituel, elles durent rentrer à ratelie;- et reprendre leur travail.

Le hasard fit qu'elles restèrent un moment seules.

— Oh! ce n'est pas la sœur Marie-Louise qui nous aurait f n-écs ;i digérer ici notre diner...

— Nous avions parlé, dit Ciéuienline.

— Eh bien! eh bien! cela ne nous ai-rive-t-il jamais en sa piésencc?

LA BELLI. MIKITK 627

— Elle ne nous voit pas.

— Elle fail semblant dcnc pa<nous voir... Ellee4 siaim:ible,siindiili,'enle!

— Je le reconnais...

— Il n'y a pas sa pareille dans toute la maison. La fille Penaud s'exprimait avec enthousiasme.

Depuis ce jour, elle chercha toutes les occasions de faireà Glrmentinel'ôloge lie la sœur. Elle se servait parfois de termes bizarres qui ne laissaient pa> que de surprendre Clémentine.

Une nuit, celle-ci fut encore plus étonnée. C'était dans le dortoir. Toutes les détenues dormaient, excepté peut-être les deux femmes dont les deux lits étaient voisins.

Adèle se souleva sur son séant et regarda du côté de Clémentine.

— Tu ne dors pas? lui demanda-t-elle à voi v basse.

— Non... Et toi?...

— Moi, ce n'est pas étonnant...

— Pourquoi?

— Je suis sens dessus dessous depuis quelque temps.

— Tu es malade?

— Pis que cela... J'aime la sœur Marie-Louise I

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