‹ La belle moissonneuse (volume 2)Chapitre 4 sur 10 · SYLV. T. II · texte numérisé non relu

SYLV. T. II

— sodé bagues d'or, selon l'usage chez les filles riches de la campagne en Provence. ^

Olivier était au désespoir ; il se voyait avec terreur sur une fausse route ; il se crut perdu...

Et Tiberge qui n'était pas là pour l'éclairer, pour le guider, pour le sauver!

— Pardon, mademoiselle, dit-il. Je perds la tète auprès de vous... c'est tout naturel.

En ce moment un beau rayon de la lune vint tomber dans l'angle du cloître où se trouvaient les deux jeunes gens.

Sylvanie apparut à Olivier dans toute sa gloire.

Son teint mat, ses yeux frangés de longs cils noirs, sa coillure élégante comme un casque phrygien, ses mains si belles, sa taille si souple et si élancée, les plis soyeux d'un jupon court et jusqu'aux bas violets brodés d'argent à la cheville, et qui dessinaient si merveilleusement les contom's d'une jambe divine, tout cet ensemble gracieux et imposant, lier et doux, noble et d'une simplicité adorable, éblouit Olivier, comme il l'avait dit; sa tête se perdait.

Sylvanie le vit pâlir et s'appuyer contre le pilier.

— Monsieur, reprit-elle, j'ai grand* peur que vous ne m'ayez jugée avec des yeux trop prévenus. Vous me croyez beaucoup de qualités que je n'ai pas, et vous ne voyez pas beaucoup de défauts que j'ai certainement.

Une figure plus ou moins régulière, un joli costume (qui est celui du pays), dix-huit ans, un peu d'éducation acquise par des lectures, tout cela n'est pas une merveille, et vous revenez d'un pays que l'on dit habité par les premières femmes du monde...

— Ah! s'écria Olivier, qui dit cela?

quels fats stupides ou pervertis osent dire cela?

-— Dans nos campa(;nes, ajouta Sylvanie, les jeunes filles cherchent à prouver plus de bon sens que d'esprit... et le bon sens n'est pas toujours très-amusant.

— Adorable enfant! dit l'ami de Tiberge.

— Passer sa vie dans une ferme n'est pas l'existence la plus digne d'envie quand on connaît le monde...

— Vivre trente jours auprès de vous, Sylvanie, et puis.^iourir, vaudrait mieux qu'un règne des plus longs et des plus glorieux.

— Voilà, voilà de la fièvre, dit la belle

jeune fille. Voilà un jeune homme qui me voit pour la seconde fois de sa vie, qui me parle pour la première fois, et qui déjà veut mourir à mes pieds...

— Sylvanie, reprit Olivier en saisissant les mains de son idole, je vous aime, épargnez-moi votre ironie... accablezmoi plutôt de voire colère.

— Ma colère? dit-elle sans dégager ses mains, mais dois-je en avoir, moi qui veux prier pour vous?

— Ah ! s'écria Ohvier, vous êtes charmante et terrible; je vous aime et je tremble devant vous; je vous adore, et je ne sais pourquoi je sens là, dans -mon

cœllr, que je terais mieux de vous haïr.

— Mais vous êtes mécbant ! dit Sylvanie avec cet accent étrange, amphibologique qui veut dire; vous êtes bon, vous êtes charmant.

Ils en étaient là d'une conversation qui, pour manquer de rêverie peut-être, ne manquait pas de passion, lorsqu'une femme d'un certain âge , et ajipartenant à la classe des marchandes d'Arles, s'approcha du groupe des deux causeurs.

— Mademoiselle Sylvanie, dit-elle en patois provençal, vous êtes ici à regarder fort tranquillement le clair de lune et les belles saintes de pierre, tandis que

vos sœurs et votre père vous cherchent partout.

— Merci, bonne Pintarde, reprit Sylva dans le même dialecte. Où sont mes sœurs?

— Eh ! mon cœur, elles sont aux quatre coins de la ville, fort en souci sur votre compte. Voulez-vous me suivre, je vais vous conduire chez votre tante. Une jeune fdle, seule la nuit, dans les rues...

— Je comprends, Pintarde, et je vous suis, ajouta Sylvanie. Adieu, monsieur, reprit-elle sans le moindre embarras, si

vous venez aux Taiiiaris, mon père vous y recevra très- volontiers.

Abandonnant alors une de ses mains a Olivier qui, à la dérobée, lui baisa le bout des doigts, elle suivit la Pintarde et toutes les deux sortirent du cloître par la porte du midi, celle qui avoisinait le cours extérieur. Ce chemin, en effet, menait au logis de la sœur du fermier Michel, qui avait sa maison près du Rhône, sur le port au blé.

Le cours extérieur, donnant au sud, est aussi la route de Marseille.

Une voiture attelée de quatre chevaux de poste, stationnait sous les platanes,

les deux lanternes allumées et les deux postillons à cheval.

La Pintarde dit à Sylvanie :

— Voyez donc, ma chère demoiselle, la belle calèche ! comme on est heureux de pouvoir voya^jer là-dedans !

Sylvanie fit une geste d'indifférence ; mais comme la Pintarde s'approchait de la voiture, elle la suivit avec une demicuriosité.

— Juste ciel, reprit la femme provençale, tout l'intérieur de cette calèche est doublé de beau damas blanc avec des fleurs brochées de même couleur. Voyez, mademoiselle.

Sylvanie regarda b. son tour par la

vitré de la portière, car la calèche avait

un avant fermé, mais à peine s'était-elle

• » approchée qu'elle se sentit enlever de

terre par deux bras vigoureux et que la

« portière de la voiture s'ouvrit comme

d'elle-même.

Sylvanie jeta un cri d'épouvante et se tordit avec une incroyable agilité entre les mains de son ravisseur.

Elle était perdue, car un autre homme venait en aide au premier.

— Lâches ! s'écriait la jeune fille d'un accent sublime d'indignation et de délire, lâches ! tuez-moi, brigands !

— Vous tuer, mademoiselle ! dit une voix douce, presque caressante. î^ous donnerions plutôt dix fois notre vie pour vous.

Sylvanie tourna brusquement la tête et vit un homme de trente ans environ, d'une figure charmante, d'une tenue remar(fuable de bon goût, qui lui tendait les mains pour l'aider à monter dans la calèche. Cet homme lui était inconnu.

Cependant la lutte se prolongeait, car, réunissant toutes ses forces, toute son énergie, la jeune fille par un mouvement nerveux s'était presque dégagée.

— A moi ! dit l'inconnu à ses gens. Enlevons-la donc... A moi!

— Oui, je suis à vous, scélérats ! s'écriait tout à coup un jeune homme accourant de toute la vilesse que donne le courage, de toute l'impétuosité que donne la passion.

— Je suis à vous ! répétait-il.

Armé d'un poignard, Olivier, qui avait suivi les deux fenmies, Olivier saisit au collet le maître de la voiture, et il allait l'abattre à ses pieds, lorsque le valet, lâchant Sylvanie, s'élança au secours de iM. de Candore.

Le duc (c'était une action honteuse, perverse, nous l'avouons ici), le duc avait médité cet enlèvement comme le seul

moyen expéditif et assuré de se débarrasser d'un rival et de rompre avec tous les ennuis d'une séduction amenée à terme par gradation.

Enlever la plus belle des jeunes filles, la merveille promise à l'Opéra de Paris, s'enfuir avec elle à l'étranger, vivre avec elle d'une vie de luxe, peut-être d'amour... et même, si elle en était digne, répousér et revenir en France étaler aux yeux de ses envieux et de ses faux amis tous les dehors brillants d'une existence de millionnaire.

M. de Candore s'était promis tout cela, au moment du prodigieux retour de sa

fortune, dans ces premiers jours de fièvre que donne l'or, revenant à j^rands Qots.

Aux cris de détresse et de rage accourent plusieurs habitants du quartier ; la lutte n'était plus possible.

Quelques vigoureux garçons, appartenant à la classe du peuple, avaient reconnu la fille du fermier Michel, et ils parlaient déjà d'emporter le ravisseur et de le jeter dans le Rhône, lorsque M. de Candore, après leur avoir tenu tête avec une audace inouïe, tut saisi à bras-lecorps par son courrier, qui le força à monter en voiture.

Fermant alors la portière subitement

et grimpant sur son siégé, cette homme donna le signal aux postillons, qui partirent au galop.

Cette scène violente n'avait pas duré dix minutes ; SylvaniC;, toute effarée encore, cherchait des yeux la Pinlarde, mais en vain. Cette femme s'était dérobée au premier cri de la fille de Michel.

Dans la lutte, Olivier avait été blessé par la pointe de son propre poignard, que le valet de M. de Candore avait retourné contre lui en lui forçant le bras.

Olivier perdait du sang par la gorge...

— Ali ! s'écria Sylvanie en courant à lui. j

Du secours ! du secours! c'est mon libérateur.

Et, avec un élan qui tenait presque du délire, déchirant un mouchoir, elle posa le premier appareil sur la blessure d'Olivier et arrêta le sang, qui aurait couler avec trop d'abondance.

Olivier la contemplait d'un regard attendri.

— Mademoiselle, dit-il en souriant et la joie dans les yeux, convenez qu'il est heureux quelquefois d'avoir un caractère irritable.

Sylvanie ne répondit à ces paroles (à

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cette allusion, à ses propres paroles) qu'en tendant la main au blessé.

Parmi les personnes survenues, elle reconnut des amis de son père, qui se chargèrent de la ramener au port au Blé, où Michel se trouvait en ce moment.

Olivier fut transporter par quatre vigoureux compagnons jusqu'à l'hôtel des Princes, où il retrouva Tiberge, son bon génie, ou plutôt sa providence.

M. Robert A M Bernln, notaire i\ Part*.

Arles, 2 mai 184..

Tels sont, mon cher monsieur Bernin, les détails que vous ne lirez peut-être pas sans intérêt, au sujet du voyage de Paris en Provence,

Telle est la scène violente qui eut lieu hier au soir, par un beau clair de lune, dans cette ville d'Arles si paisible d'ordinaire, si gaie et si pittoresque en ses jours de fêtes religieuses.

Oui, M. de Candore avait médité ce mauvais coup.

La calèche-briskaqui, abord duSyriis, donnait tant d'inquiétudes au régisseur Trapillon et au baron Tulipano, avait été embarquée à Lyon par les ordres de M. le duc. Il la destinait à un noble usage, vous le voyez, cette belle et commode voiture achetée et choisie avec tant de soins chez le plus célèbre carrossier de Paris.

M. le duc fait les choses en fjrand seigneur, il ne veut déroger des us et coutumes de ses aïeux ni pour le fond ni pour la forme. Envoyer de Paris à deux cents lieues de là une voiture toute neuve, magnifique, pour enlever une jeune tille de la campagne; aller soimême lui donner la main pour monter en chaise de poste ; l'obliger, bon gré mal gré, à accepter, en pays étranger, le titre élégant de maîtresse ou l'étincelante couronne de duchesse... Certes, voilà du romanesque, du goût, de l'origi. n^lilé, de la grandeur ! C'est galmit ! comme auraient dit, il y a soixante-dix ans, MM. de l'C«:il-de-Beuf et de Trianon.

Nous ajouterons, si vous voulez, que c'est très-moral, très-délicat, très-généreux ! en effet, en admettant que l'expédient eût réussi, on suprimait tous ces préliminaires fastidieux et souvent compromettants qui sont comme le noviciat obligé de toute conquête. Pour plaire à Sylvanie, M. le duc eût été forcé d'humilier sa grandeur, de se rendre familier aux habitudes de la campagne, de se montrer bon enfant, doux, honnête, vertueux même (et quelle affreuse hypocrisie !)

Et puis, n'aurait-on pas jasé étrangement au sujet de la pauvre enfant dans

tout le canton? La médisance eût tbiirni tant de poisons à la calomnie ! et celle-ci les eût broyés et répandus partout avec tant de rage et de joie! En vérité, la réputation de Sylva avait tout à craindre de la modération que M. le duc eût mise dans la manière de lui faire la cour, même en vue d'un mariage. Aussi M. de Candore a-t-il compris parfaitement tous ces danfrers.

Et vous, monsieur Bernin, vous, monsieur l'optimisa, que dites-vous de cela? Mais poursuivons.

La jeune fdle, très-vivement réprimandée par son père, a été ramenée à la

ferme de Tamaris, où probablement elle rêvera beaucoup à ce premier chapitre du roman de sa vie. Michel, dans un accès de colère très-légitime, aurait tué la femme Pintarde s'il l'avait retrouvée.

Passons à M. Trapillon. Le régisseur, évincé de ses projets par l'outrecuidance et les révélations brutales de Bouquetin, abandonné moralement, d'un autre côté, par le baron, dont la neutralité, en cette occasion, est une hostilité, le régisseur, horriblement vexé et humilié, se dispose, je crois, à repartir pour regagner les bosquets fleuris et les palais diamantés de l'Académie royale de musique. Du

reste, le baron a eu la magnanimité de lui offrir encore une place dans sa chaise de poste pour ce retour. Mais M. Trapillon a refusé avec une suprême dignité. "- L'équipée de iM. de Gandore et le danger très-sérieux que le duc a couru dans la lutte avec les vigoureux compagnons qui voulaient lui faire faire un plongeon dans le Rliène , ont singulièrement apaisé les projets belliqueux de M. Trapîllon.

Avant l'événement d'hier, le traître Ulysse songeait, je crois, à introduire quelque clieval de bois, quelque machine à stratagème dans l'enceinte de la ferme des Tamaris.

Quant à Bouquetin, il blâme tout haut le coup de tête et le coup de main de M. de Candore , soutenant , avec cet aplomb cfue vous ;lui connaissez, qu'un homme doué d'un peu de savoir-vivre, de prudence , d'esprit et de certains avantages de position, a toujours quinte et quatorze contre une femme.

Il se tait sur ses prétentions personnelles au cœur et peut-être à la main de la belle Sylvanie, mais ses yeux brillent de l'espoir d'un triomphe prochain.

Olivier est blessé légèrement. Dans deux ou trois jours, l'inflammation et la fièvre auront disparu. Tiberge est

admirable de soins et de dévouement.

Tiberge est toujours la Jo[ji{]iie incarnée.

Un grain de l'enthousiasme d'Olivier dans le cerveau de Tiberge et un grain de la raison de celui-ci dans le cerveau d'Olivier, feraient une combinaison merveilleuse. Nous aurions peut-être deux grands hommes de plus. Mais Dieu, sait ce qu'il fait, et nous ne sommes que les Garo de la création, nous qui dissertons beaucoup, sans les comprendre, sur le gland et la citrouille.

Ainsi donc, et comme résumé, voila deux champions hors de combat, du

moins sur le terrain d'Arles : Trapillon battu par Bouquetin, Gandore repoussé par Olivier et fuyant à toute bride. Reste le baron dans sa sournoise neutralité, et qui s'égaudit de voir manquer l'acquisition d'une merveilleuse aimée pour l'Opéra, où la çarmante gardera la royauté.

f Oui, mais restent abssi deux rivaux :

Olivier et le lion Bouquetin. Celui-ci a pour lui l'audace, la ruse poussé jusqu'à la rouerie, un jargon entraînant, des manières auxquelles des habitants de la campagne peuvent aisément se méprendre, une belle physionomie, des

connaissances générales mais superficielles, delà chaU'iir sans sentiment, tous les dehors d'un galant homme et d'un homme de haut mérite, plus douze mille livres de rente léguées par sa tante.

L'autre a son intelligence et son âme de feu; son grand talent et sa loyauté. Il est imprudent parce qu'il est sincère; 'il est susceptible jusqu'à la tierté parce qu'il est pauvre... Oui, mais, près de lui, il a Tiberge !

Et moi, monsieur le notaire royal, moi, spectateur inconnu et placé aux premières loges, je suis de l'œil et de l'esprit cette" comédie réelle, vivante, inap-

prise, bien autrement composée et jouée que toutes ces malheureuses scènes de marionnettes de vos théâtres de Paris ; comédie humaine, dans le vrai sens du mot que j'ai voulu voir représenter pour mon argent à l'insu des acteurs même, sauf à faire la part de chacun quand l'heure de la justice sonnera.

L'argent! ah! l'infâme! quelle infernale puissance ! Vous le voyez, monsieur Bernin, vous, honnête homme par excellence, vous le voyez! que j'arrive en Europe après di?:-huit ans d'absence ; que dans un jour de fantaisie, ou de colère, je jette de l'argent à pleines mains

à cette société parisienne, si affamée aujourd'hui de jouissances matérielles, et la voilà qui tourne au vertige, la voilà qui se tord et délire comme un possédé.

J'ai pris au hasard trois individuahtés représentant les trois classes sociales ; je leur ai rendu l'or, la vie dont elles manquaient, chacune dans les proportions de ses prétendus besoins... Qu'en est-il résulté? J'ai trois fous! l'un d'orgueil, l'autre d'outrecuidance , l'autre d'enthousiasme. Si, au lieu d'enrichir trois individus, j'avais pu gorger d'or la société entière de votre Paris, qu'aurais-jc

fait? J'aurais affolé cette ville en masse; je l'aurais précipitée dans l'orgie, dans l'enfer bestial de ses passions.

Mais je ne me suis adressé qu'à la jeunesse, dites-vous.

Ah ! monsieur Bernin ! avec mon or et mon argent versés à flots indifféremment sur toutes les classes, à tous les âges, chacun n'eût-il pas suivi son instinct? N'auriez- vous pas vu la prodigalité effrénée chez le jeune homme? la spéculation ardente et cupide chez l'âge mûr? l'avarice sordide, ou la stupide folie du sensualisme chez le vieillard?

Corruption! corruption! c'est le dernier mot de votre société.

Vous me répondez : que je suis un mi^ santhrope ; que l'arjjent étant matière n'est coupable de rien.

Je le veux bien ; mais du malheur des temps à qui la faute alors? J'admets le néant de l'influence ma^^nétique du métal. A qui la faute alors? répondez : à vos mœurs, à vos institutions, à vos lois !...

Je m'arrête, car s'il en est ainsi, de deux choses l'une : ou vous êtes à la veille d'une régénération miraculeuse, ou vous êtes à la veille d'un cataclysme social qni engloutira tout.

Adieu, monsieur Bernin, notaire royal

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et loyal ; homme de conciliation , de progrès et de foi en des jours meilleurs, adieu.

Vous pardonnez au présent, vous espérez dans l'avenir, vous ne donnez au passé qu'un souvenir exempt de regrets.. . heureux Bernin ! Moi, je ne partage aucune de vos croyances sur le présent et l'avenir de cette vieille société que vous comparez poétiquement aux forêts séculaires des deux Amériques, où le jeune arbre, vigoureux, touffu, surabondant de sève, naît et grandit, au miHeu de monceaux en débris, sur les couches immenses, inconnues de tant de forets tombées en poussière.

Monsieur, je n'ai qu'une réponse à vous adresser : J'ai vu les forêts vierges du Nouveau-Monde, et j'ai toujours remarqué, en efl'et, que plus l'arbre jeune avait de détritus antique à ses racines, et plus il était sain, vigoureux, plein de sève. Orj dites-le moi, sur nos vieilles couches sociales, quelle génération s'élève aujourd'hui? Est-elle saine de cœur et d'esprit, forte de caractère et de vertu, animée jusqu'à la surabondance de la sève divine, de la vie morale et intellectuelle?..

Eh bien ! si l'arbre dès sa jeunesse est attaqué du ver, que sera son âge mûr,

que sera sa vieillesse, en admettant qu'il ne tombe pas avant l'âge ?

Adieu, encore une fois, mon adversaire et mon ami. Cependant, il faut que je vous le dise en finissant, un seul espoir me reste, c'est d'avoir rencontré deux jeunes gens, Olivier et Sylvanie, assez nobles de cœur, assez élevé de sentiment et d'intelligence pour me réconcilier en partie avec cette société dégradée, avant de quitter pour jamais le continent européen.

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