‹ La belle moissonneuse (volume 3)Chapitre 4 sur 8 · SYLV III. H · texte numérisé non relu

SYLV III. H

— Je dois vous prévenir avant tout, se hâta de reprendre la marquise, que l'union dont il est question ici est presque une chose décidée...

— Ah ! dit le notaire, ceci simplifie beautoup la question, madame.

— Les renseignements que je viens prendre auprès de vous, répliqua madame de Pavanoy, peuvent être considérés comme un simple acquit de conscience... Vous me comprenez?

— Parfaitement ; madame la marquise les prend comme des formalités auxquelles on se soumet, sauf à passer ou-

— su —

tre, l'affaire étant suffisamment éclairée, entendue, appréciée. Je crois même que dans ce cas-là, madame, les formalités sont presque des hors-d'œuvre.

— Vous trouvez? dit la grosse marquise dont l'œil brillait d'un éclair de joie, et dont le teint rougissait sous le fard. Au fait, je crois que vous avez raison ; vous êtes un homme de bon conseil, monsieur Bernin.

— Vous m'honorez beaucoup, madame. Eh bien! puisque nous franchissons l'obstacle des renseigîiements, et que nous arrivons heureusement sur le terrain du mariage résolu, il ne nous res-

terait plus qu'à examiner et à établir les conditions d'un contrat qui doit assurer le bonheur de deux êtres nés sous une bien belle étoile. Voyons, madame la marquise.

— J'ai cent mille livres de rentes , monsieur, établies en belles et bonnes terres et en inscriptions au grand livre.

— Très-bien, madame. Le futur, dans ce moment-ci, possède...

— Et ! vous l'ai-je demandé, excellent notaire? dit la marquise avec une vivacité de cœur très-surexcitée. Dois-je m'attacher à la fortune, moi qui ne cher-

che que les distinctions de l'àme et de l'esprit?...

— Vraiment , madame la marquise, c'est admirable, dit Bernin. Vous levez toute difficulté avec une délicatesse, un désintéressement... Ah! mon Dieu ! qu'il est des gens nés sous d'heureuses étoiles.

— Sera-t-il heureux, vraiment? le croyez-vous, vraiment, mon cher monsieur?

— Eh 1 mais, ajouta M. Bernin souriant avec finesse , cela dépendra , je crois, beaucoup de madame la marquise.

Et un coup-d'œil expressif fut décoché

vers la belle dame, qui répondit par le plus doux et le plus bienveillant des regards.

— Voyons, monsieur le notaire, repritelle. Si, pour assurer le bonheur du futur, je lui faisais don, par contrat de mariage, de.... douze.... quinze.... mille livres de rente?

— Une reconnaissance, un rapport de trois cent mille francs; oui, madame, c'est beau, c'est généreux à vous !...

— Mais avec condition expresse, reprit madame de Pavanoy.

— Cette condition?...

— Est-ce que le futur s'engage formellement à ne jamais quitter la demeure conjugale...

— Cette condition ne ressembleraitelle pas à une suspicion, une défiance peu honorable pour le futur ?

— Tout ce que vous voudrez, monsieur le notaire ; mais j'y tiens.

— Je le comprends, dit M. Bernin ; mais un contrat, madame, est un acte formulé d'après les prescriptions de la loi. Or, je ne me souviens pas qu'il existe une loi en France qui oblige explicitement, formellement, le mari à ne jamais

quitter, dans aucun cas, temporairement, pour peu de jours par exemple, l'habitation de la communauté, le logis conjugal... Une affaii:e peut motiver un voyage...

— Mon mari, monsieur, n'aura aucune f^iîaire... la fortune m'appartient...

— Mais, madame, l'époux, même sous le régime dotal, est administrateur des biens...

— Quelle sotte loi ! dit la marquise, je n'admets nullement cette loi impertinente ; l'administration de mes biens me regarde... Ce n'est pas, ajouta-t-elle, d'un

ton plus attendri, que, par déférence, par entraînement, par un élan généreux; irrésistible... je ne consente souvent à remettre mes intérêts entre des mains... dignes de toute confiance, des mains.... adorées... *

— Allons donc, allons donc, nous y voilà, madame la marquise! dit Bernin, toute difficulté se lève, grâce à votre esprit si juste, à votre âme si noble. Nous reconnaîtrons donc de la part du futur un apport de trois cent mille francs ; nous établissons le contrat sous régime dotal ; nous exprimons l'obligation que consentent les deux parties de cohabiter ensem-

ble de manière que si, par exemple

ce qui est impossible), il prenait fantaisie au futur de quitter le domicile conjugal pour s'en choisir un autre, ledit futur perdrait tous ses droits à jouir de la rente de quinze mille livres de rente, montant de l'intérêt de son apport.

Quand à ces cent mille écus reconnus, la future, madame la marquise, doit y renoncer dans l'éventualité d'un décès ; ce capital appartient au mari, et il pourrait en disposer à son gré... après lui....

Pendant que le notaire développait cette dernière hypothèse, des larmes abondantes coulaient des yeux de ma-

dame de Pavanoy : une surexcitation nerveuse même se déclarait.

M. Bernin se leva, courut à la cheminée, prit un flacon de sels et s'empressa de les faire respirer à cette trop sensible cliente qui se pâm^ait, et défaillait à la seule supposition de l'éventualité du décès de son futur époux.

M. Robert crut devoir venir lui-même en aide à son patron, et on le vit remplir d'eau fraîche un verre de cristal et le présenter gravement à la noble éplorée.

— Ah ! merci... merci messieurs !

s'écria-t-eile. Cruel notaire, vous m'avez presque tuée !

— Pardon, madame, reprit M. Bernin.

Le langage des affaires est impitoyable ; il formule tout par des termes précis, très-appréciés par le vulgaire sans entrailles, mais déchirants pour les natures d'élite, pour les cœurs délicats, pour une femme d'une sensibilité exquise telle que madame la marquise de Pavanoy. Eh bien ! remettons à une autre conférence ces vilaines conditions de contrat. Ne nous occupons aujourd'hui que de la partie sympathique de l'union projetée.

Madame, permettez-moi une question,

et veuillez même en excuser Tétrangeté.

Le futur connaît-il jusqu'où va son bonheur? est-il consentant enfin?

— Monsieur, dit la marquise avec dignité,voici sa dernière lettre. Oui, je puis Tavouer maintenant , une correspondance était établie entre nous depuis son retour de Provence.

— Et M. le duc de Candore, votre seul parent, madame, ne voit pas cette union avec déplaisir?

— Mon neveu ignore tout, monsieur ; il ne saura rien jusqu'au dernier mo-

ment. Je lui demanderai son conseil après la signature du contrat.

— Faites mieux, madame la marquise, ajouta M. Robert avec une timidité affectée, demandez-le-lui après la bénédiction nuptiale.

Madame de Pavanoy jeta un regard sur l'interlocuteur, qui se hâta de s'incliner et de regagner sa table de travail.

— Mon cher notaire , reprit la marquise, vous avez là un homme qui me paraît bien intelligent! Quelle physiono-

mie ! quel œil ! quel accent dans la voix!...

— Oui, oui, dit M. Bernin très-distinctement, c'est un homme capable, un homme de bien surtout, et que je recommande à madame la marquise, dans l'occasion.

— J'aurai soin de lui, reprit madame de Pavanoy. Sa position de fortune n'est peut-être pas très-heureuse?

— Il a de quoi vivre, ajouta le notaire.

— Très-bien ! c'est un honnête homme... Allons, monsieur Bernin, ajouta-t-

elle, il faut nous quitter ; le monde me réclame, et je vais passer la nuit à voir et à entendre des vanités, des banalités, des futilités... Ah! que cette existence me pèse ! que c'est vide ! grand Dieu ! que c'est vide ! .. Adieu ! cher monsieur Bernin. De la discrétion, n'est-ce pas?

Comptez sur ma reconnaissance. Bonsoir, monsieur le premier clerc, repritelle en se retournant : si vous avez besoin de moi, je ferai de mon mieux : une place, une étude, un établissement quelconque... comptez sur moi.

M. Robert, qui s'était levé, saluait à chaque parole, portant la main sur son cœur.

Madame de Pavanoy sortit du cabinet du notaire, qui lui offrit le bras, et tous deux, précédés de deux laquais portant des bougies, descendirent le grand escalier et arrivèrent au vestibule où la voiture de la marquise attendait.

La noble dame monta dans ce beau coupé si élégant et si somptueux, mais fait pour deux personnes évidemment.

M. Bernin prit congé de sa cliente, qui lui tendit la main dans un élan de sensibilité et de gratitude.

La voiture partit.

En revoyant le notaire, }l. Robert, sTLv. T. m. 15

pour la première fois de sa vie peut-être, ne put se défendre d'un éclat de rire trèsénergique. M. Bernin fit écho à cet accès de gaieté, mais avec plus de modération.

Toute extravagante qu'elle pouvait être , la noble marquise devenait une cliente pour M. le notaire royal et loyal, selon l'expression habituelle de M. Robert.

— Allons, allons, dit celui-ci, marions bien vite ces deux tendres amants. Tressons des liens de fleurs, enlaçons des chiffres, unissons des écussons ; que Pavanoy et Bouquetin soient surmontés de

la même couronne, car la bonne dame fera bien un marquis de notre aimable lion; n'en doutez pas, monsieur Bernin.

Quant à moi, je rends impossible d'un trait de plume le duel de demain dans le parc de Saint-Cloud. Pendant que la marquise était là, je lui écrivais que M. son neveu devait se couper la gorge à telle heure et à tel endroit, en compagnie de Vêtre adoré, qui lui servirait de second. Et cette lettre sera ce soir sur la table de madame la marquise, entre deux bouquets de ûeurs. Bonne nuit, monsieur Bernin.

lia croix de baptême.

Une correspondance mystérieuse s'était donc établie entre madame la marquise de Pavanoy et l'heureux Napoléon Bouquetin.

La marquise n'avait pu oublier les

soins délicats et touchants qui lui avaient été prodigués par le lion chez M. de Caadore au moment de l'évanouissement de la trop sensible dame.

M. Bouquetin, de son côté, avait eu toujours présents à l'esprit les affectueux remercîments de madame de Pavanoy.

Dans ces moments de surexcitation nerveuse que s'était-il passé? Bouquetin, réellement ému ou feignant de l'être, avait-il serré les mains de la marquise avec cette puissance de volonté qui amène les rapports magnétiques? La marquise avait-elle rendu l'étreinte sympathique? Enfin ces deux âmes passion-

nées s'étaient-elles comprises par le courant des fluides? On peut tout supposer.

Ce qui était avéré, c'est que M. Bouquetin, en profond diplomate, en homme de cœur peut-être, avait gardé dans le secret de sa mémoire les souvenirs de cette scène et l'espoir vague mais bien réel d'établir entre la noble dame et lui des relations au moins amicales.

Un grand nom, une belle éducation, une haute distinction dans toute sa personne (avantage brillant qui triomphait de l'âge), et puis et surtout une immense fortune, madame de Pavanoy était douée de qualités assez éminentes pour frapper

rimagination d'un homme comme Bouquetin, nature audacieuse, excentrique, jouant toujours gros jeu dans le drame de la vie, et déterminé à parvenir à tout, à la première occasion et quand même.

Bouquetin savait à merveille que dans le monde le succès est la justification souveraine de toute chose , et qu'un homme brillant arrivant à la fortune et au rang par sa propre énergie est toujours un homme honorable et parfaitement accueilli.

Donc, en revenant à Paris, M. Bouquetin avait cherché à renouer les relations avec la tante de son ami, M. de

— Î33 - Candore, et par Tentremise de ce neveu lui-même, sans que le duc pût se douter du rôle qu'on lui faisait jouer.

Napoléon était un habile diplomate, nous en avons déjà acquis la preuve.

Il était environ cinq heures et demie du matin, lorsque le duc de Candore, accompagné de deux témoins, dont l'un était le lion, montait en voiture et prenait la route de Saint-Cloud.

Le lieu désigné pour la rencontre avec Olivier était le bois faisant face à la lanterne de Diogène, dans la partie déserte du parc;

Nous laisserons les deux adversaires aux prises avec leur colère et leur honneur, qu'ils prétendaient offensé, pour nous occuper de trois personnes charmantes et bien dignes de tout notre intérêt.

A l'habitation de l'amie mystérieuse de Sylvanie, une scène touchante avait lieu.

L'écharpe merveilleusement brodée que la jeune fille du jardin possédait, et qu'elle avait achetée si singuhèrement, avait été placée par elle dans un coffret de palissandre.

Ce jour-là était précisément le jour de fête de madame la comtesse de Meillan.

Tel était le nom que portait la locataire du pavillon isolé et du jardin que noua connaissons. Clara de Meillan, sa fille, entra donc de bonne heure dans la cham* bre de la noble dame, encore souffrante d'une assez grave indisposition.

Elle avait à la main un magnifique bouquet, et sous le bras le coffret en question.

— Ah ! ma fille, dit madame de Meillan en voyant les fleurs, c'est le jour de ma fête, n'est-ce pas? je l'avais oublié. Oui,

Clara, donnez-moi ce bouquet et embrassons-nous.

Après le premier moment d'effusion, madame de Meillan voyant la jolie boîte que sa fille déposait sur . un guéridon près du grand fauteuil, ajouta ces mots :

— Qu'est-ce donc cela? Vous m'apportez un cadeau ma bien-aimée Clara ?

— Ma mère, dit la jeune fille, voici une petite clef. Ouvrez... le cadeau vous plaira, je l'espère.

— C'est tout simple, vous l'avez choisi Clary, reprit la comtesse, qui se plaisait

à changer quelquefois la consonnance du nom de sa fille.

— Ouvrez, madame, ajouta Clara d'un petit air triomphant.

— Ah ! c'est donc bien beau ! Voyons.

La comtesse ouvrit la boîte de palissandre avec une émotion indéfinissable.

Sa main blanche, sa noble main tremblait un peu.

— Est-ce que vous avez peur, maman?

demanda Clara. Rassurez-vous ; un diable noir ne s'élancera pas du fond de la boîte.

iMudume de Meillan posa la main sur l'écharpe, et elle la tira du cotlret.

L'écharpe indienne se déplia comme d'elle-même, étalant aux yeux de la comtesse ses miroitantes couleurs.

Madame de Meillan la laissa tomber sur ses genoux, jeta un cri et se renversa dans son grand fauteuil.

Elle venait de s'évanouir.

Clara éperdue avait appelé du secours.

Deux femmes de chambre arrivèrent, on chercha par tous les moyens d'usage à rendre à la comtesse l'usage de ses sens.

A la pâleur effrayante et glaciale sucsédèrent des spasmes nerveux. Madame de Meillan revint à elle , jeta d'avides regards autour de son fauteuil... mais l'écharpe avait disparu par les soins de Clara.

— Ali !... ma fdle, dit la malade d'une voix altérée, renvoyez les femmes... venez ici, vous.

Alors prenant à deux mains la tête charmante de Clara, elle appuya le front sur ces beaux cheveux noirs et se mit à pleurer.

Les larmes de Clara coulèrent aussi :

il y eut dix minutes de silence et d'attendrissement inexprimable.

— Ma mère, dit enfin la jeune fille^ pourquoi ce saisissement? pourquoi pleurez-vous, madame?

La comtesse releva la tête comme si elle cherchait toujours quelque chose autour d'elle.

— J'ai enlevé cette écharpe, ma mère, reprit Clara, sa vue vous a fait tanl de mal !

— ^ A moi, mon enfant? dit madame de Meillan, du mal?... cette écharpe? mais, oui, oui, vous avez raison...

— Ne parlons plus de cela, ma mère, répondit Clara, vous ne verrez plus cette écharpe maudite I

— Ah ! que dis-tu, ma fdle !...

— Pourquoi vous affliger encore ?

— M'affliger?... me briser le cœur

sans doute, cette écharpe a fait cela.

Mais, Clara , ma bien-aimée, montrezmoi encore,... laissez -moi toucher encore...

— Je m'y refuse , ma mère ; vous obéir serait de la cruauté.

Tu crois cela, toi, Clara! s'écria

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tout à coup madame de Meillan. Ah !

ma fille... c'est que tu ignores...

— Mon Dieu, ayez pitié de nous ! dit Clara avec un accent déchirant; ma mère, si vous le pouvez, daignez m'expliquer...

— Jamais, Glary, mais donnez-moi cette écharpe.

— La voici, dit la jeune fille avec une touchante frayeur.

Madame de Meillan saisit vivement l'écharpe, elle la déplia, l'examina dans tous les sens; ses yeux brillaient

d'un éclat surprenant; un tremblement nerveux agitait ses mains.

— Oui, reprit-elle; oui, je ne saurais m'y méprendre. Voilà bien ce dessin, cette étoffe, cette broderie... mais, grand Dieu ! une seule pente de l'écharpe était brodée... quelle main mystérieuse a terminé ce travail... Oh ! l'art merveilleux! on ne saurait distinguer quelle était la pente brodée lorsque... Clara, venez ici; mafdle, de qui tenez-vous cette écharpe?

Clara, interdite, confuse, attendrie, hésitait à répondre; la voix lui manquait,

— Vous ne répondez pas, Clara? s'écriait la malade en proie à une animation fiévreuse ; au nom du ciel, mon enfant, réponds-moi ; de qui tiens-tu cette écharpe?

Alors, la belle jeune fille s'approcliant de sa mère, se mit à genoux sur un tabouret aux pieds du fauteuil, et là, pâle, émue comme si elle allait faire l'aveu d'un secret terrible, prenant les mains de sa mère et les baisant avec larmes :

— 0 ma bien aimée maman, dit-elle, pardonnez à mon trouble. Qu'est-ce donc que tout cela? je l'ignore... Je voudrais pénétrer la vérité et pourtant j'ai

peur... Mais, vous le voulez, madame, je ne vous cacherai rien.

Et elle se mit à raconter tout ce qui s'était passé entre elle et la belle ouvrière dont les fenêtres donnaient sur le jardin. Madame de Meillan Técoutait avec un saisissement inexprimable ; quelque- , fois son regard devenait fixe, égaré...

elle était d'une pâleur effrayante.

— Clary ! s'écria-t-elle au moment où sa fdle achevait de parler ; m'avez-vous tout dit, mon enfant?

— Je vous le jure, ma mère.

— - Ah ! voyez-vous, reprit-elle, il y va pour moi de la vie.

— Grand Dieu !

— Il faut ne me rien me cacher, mon ange, vous me tueriez...

•— J'ai tout dit, ma mère ; vous connaissez la loyauté de mon cœur.

— Oui ! oui, je le connais, ce cœur adorable, reprit la comtesse en lui pressant les mains; je le connais ce cœur rempli de noblesse, de franchise et de tendresse infinie ! Vous ne m'avez jamais quittée, Clara.... ensemble nous avons vécu loin du monde, loin des folles joies,

loin des vanités et des mécliants... ensemble nous avons cherché Dieu et les ineffables consolations de la religion. Ma fille, je vous ai attristée souvent ! vous m'avez souvent consolée... vous m'avez supposé de grands chagrins... ange charmant, il n'a pas tenu à vous, si douce, si jeune, si parfaitement bonne, que je ne fusse la plus heureuse mère du monde.

— Eh bien ! reprit Clara, le regard suppliant, l'heure n'est-elle pas venue, ma mère, d'épancher vos chagrins secrets dans le sein de votre Clary?

— Ah Dieu! jamais.. .Pourquoi? non...

fille...

Et des sanglots venaient entrecouper ces mots sans suite, ces cris de l'âme qui prouvaient tant d'angoisses et si longtemps refoulées dans les profondeurs du mystère.

— Ma mère, ma mère adorée ! s'écria Clara, au nom de votre amour pour moi, je vous conjure de me révéler le secret qui oppresse votre cœur.

Et prenant la comtesse dans ses bras, la charmante jeune fille la couvrait de larmes et ne voulait ])lus la quitter.

Madame de Meillan se dégageait peu à

peu de ces étreintes si douces ; elle reprenait par degré sa raison et ce calme imposant dont elle avait l'habitude.

— Ma fille, lui dit-elle, nous perdons du temps en vaines explications. Ecoutemoi : tu connais la jeune ouvrière qui t'a remis l'écharpe?,.. tu sais où est son logement? Prends avec toi Francisque, et va chez elle ; prie-la, supplie-la de venir ici... Va, Clara, ma bien-aimée, va me chercher cette enfant.

Clara se hâta d'obéir.

Elle demanda un chapeau et une man-

tille, et, sans même prendre des gants, elle sortit précipitamment de la maison, suivie de Francisque, le domestique de confiance.

liA croix de baptènie;

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