PAULE, ISAURE
ÏSAURE.
Attrape ' Mais aussi comment, de bonne foi,
Étant femme, peux-tu te plaindre d'être belle?
PAULE
Ainsi, tu ne crois pas ma colère réelle?
Sais-tu bien qu'il n'est pas d'ennui ni de tourment
Que ne m'ait attiré ce don fatal ?
ISAURE, ironique.
Vraiment?
PAULE
J'ai d'abord supporté les soupirs, les oeillades,
Les fades compliments, les vers, les sérénades,
De tous les importuns à qui ces jeux plaisaient :
Ils me semblaient bouffons, d'abord, et m'amusaient.
Mais depuis quelque temps ils prennent trop d'audace
Aussitôt que je sors, en tous lieux où je passe,
Je trouve sur ma route, à l'avance apostés,
Des groupes de badauds aux regards effrontés.
Lasse de tout cela, pour être un peu tranquille,
Depuis un mois déjà je n'allais plus en ville,
Croyant me délivrer de tous ces enragés.
Mais crois-tu que mes fous se soient découragés?
Point. Jurant de me faire avant peu reparaître,
Ils viennent s'attrouper le soir sous ma fenêtre
Et troublent le quartier par des charivaris;
Si bien que, mes voisins demandant à grands cris
Qu'il soit mis, au plus vite, ordre à leur turbulence,
Les échevins, dit-on, prétendent par sentence
M'obliger à paraître en public.
ISAURE
C'est bien fait!
Te voilà prise au piège, et le tour est parfait.
PAULE
Mais tu n'y songes pas : c'est absurde, au contraire; Ce doit être, à coup sûr, une farce grossière Que de mauvais plaisants