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102 LA DESTINÉE DE M1s8 WINTHROP-8MITH
pourquoi elle le traitait instinctivement d « pauyre ». Après réflexion, elle conclut que c'était parce qu'elle allait lui refuser sa main. Pauvre Mr. Firkins ! Tel qu'il se mon:
trait le dimanche matin, soigné de linge, correct de tenue, l’air prospère, il était quel conque, sain, frais, présentable... Mais elle se souvenait l’avoir vu un jour au milieu de ses carrés d’arbustes et de ses serres, en braë de chemise, houssé d’un grand tablier de poches duquel saillaient les armes de so commerce: un sécateur, un paquetde graines, des fiches de bois et de la ficelle, et une toute petite plante comique qui semblait se cacher la tête et ne révéler au monde que quelque pouces de tige et un fouillis de petites racines brunes.
Il avait rougi d’être découvert dans ce cos tume, mais elle s’était montrée bonne prin cesse, affable et gaie, et elle avait visité toul son établissement avec lui, écoutant ses ex- | plications, posant des questions intelligentes et trouyant pour chaque dispositif ingénieux des paroles bien choisies de louange: II lui
jus a ; | | LA DESTINÉE DE MISS WINTHROP-SMITH 403 oo
avait tout montré, avec un respect ingénu de vassal : les plantations d’arbustes alignés au “cordeau, imposants par leur nombre, mais “touchants de nudité fragile; les fleurs rangées «dans les serres, dont elle sut vanter les couleurs en termes gracieux; des plantes de tou-
tes sortes dont 1l lui cita les noms latins, sans ’ vanité, même ayec une moue d'excuse, et “surtout une petite serre isolée où il essayait 1 : timidement la culture du raisin. .
LA Elle était, cette serre, comme tapissée de d
“tiges grêles, dénudées, anémiques, portant “des vrilles qui se tendaient comme des mains .
suppliantes ; mais dans un coin quelque “inexplicable miracle avait fait pousser des plants plus robustes, dont l’un portait une grappe. Unegentille grappe, pas très lourde,
“pas très belle, pas très mûre, mais qui pro- “mettait, une gentille petite grappe, enfin, :
aux grains ronds, opaques et violets.. Cette . “orappe, il l'avait désignée à Miss Winthrop- | |
Smith d’un simple signe de tête, sans rien “dire, et il s'était oublié à la contempler lon- é ; guement, les mains dans les poches de son je
404 LA DESTINÉE DE MIsS WINTHROP-SMITH
tablier, rêveur, comme un artiste en face du chef-d'œuvre ébauché. Cela sentait bon la terre humide ; il faisait tiède, une tiédeur alanguie et voici qu’un petit rayon de soleil pâle était venu par le vitrail, en ami, pour” dorer et faire valoir la jolie grappe unique... Miss Winthrop-Smith releva les yeux, avec un petit rire contenu qui était presque un.
soupir, et vit que le tramway entrait en pleine. nuit. Par derrière, Mile End Road s’allon« geait interminablement, à peine emplie d’une brume légère, et cinquante mètres plus loin, tout cela avait disparu, et l’on n’avançait plus. qu’à l’aveuglette, avec des précautions infi-« nies, au milieu d’une atmosphère obscure, presque tangible, suffocante, qui semblait mystifier tous les sens à la fois. Des lueurs” atténuées se laissaient voir vaguement, loin. : taines, détachées du monde, qu’on devinait.
pourtant toutes proches, et des appels de timbre venaient de distances infinies annoncer l’approche de masses sombres qui sur- :
gissalient aussitôt. \s Miss Winthrop-Smith songea : « Encore le”
brouillard ! » et consulta sa montre avec en-
“nui. L'intérieur éclairé du tramway donnait
une impression d'Arche guidée lentement dans les ténèbres ; les voyageurs regardaient
“à travers les carreaux l’air opaque avec des
mines résignées, et le wattman qui coupait le courant toutes les secondes et sondait l’in-
“connu à coups de timbre incessants semblait les emmener, perdu lui-même, vers des sorts
aventureux. Elle ouvrit de nouveau machinalement la lettre qu’elle tenait à la main, et cette fois la vignette du haut de la page, les deux haies bien Laillées, les pots de fleurs et le coin de serre, et aussi les phrases humbles, calligraphiées avec tant de soin, la remphrent d’attendrissement. William George Firkins. Il avait une bonne figure honnête, de couleur saine, mi-rose et mi-hâle, et des yeux bleu clair, pleins de bonne volonté candide. On le disait bien dans ses affaires, sobre el confciencieux ; ce serait un mari dévoué, fidèle, plein d’égards respectueux,
qu'il serait plaisant de gouverner sans arro-
gance et de récompenser gentiment ; et la
vie serait tranquille et douce, à la lisière des. plantations. :
Le tramway s'arrêta, le conducteur sonda le brouillard, appela: « Aldgate !.. AI change ! » Et les voyageurs descendirent un par un el.
s’en allèrent en tâtonnant vers le trottoir. IL était tard : Miss Winthrop- Smith dut, pour abréger son chemin, passer par Middlesex.
Street qu’elle ne pouvait souffrir. Cette fois le brouillard eut au moins l’avantage de lui épargner le spectacle de l’activité sordide des ateliers et des boutiques, des façades mai-. sies, et de l’étalage des pâtisseries juives où s’alignent des gâteaux qui semblent faits de boules visqueuses agglutinées. Puis ce fut” Bishopsgate Street et les bureaux de Harri son, Harrison and C° Limited, où, à vrai dire, « il semblait qu’elle occupât un poste un peu.
moins chargé de gloire que ses relations de Leytonstone ne l’imaginaient. :
À peine arrivée, elle fut, d’un coup de sonnette bref, mandée par Mr. Harrison Junior, « un très Jeune homme qui s’efforçait de dé-
guiser sa jeunesse et son inexpérience Louchantes sous des dehors de rigidité solen-
u nelle. Sans un regard pour la grâce virginale
de Miss Winthrop-Smith, ni le tapotement gracieux dont elle faisait rentrer dans l’ordre une mèche rebelle, il récita d’une voix monotone, sans inflexion n1 pause :
— Bonjour. Cablez : « Muller, Odessa.
Avons offre ferme vapeur trois mille six cents
tonnes chargement prompt... »
Déjà le crayon de Miss Winthrop-Smith courait sur les lignes de son carnet, agile, précis, traçant en hiéroglyphes sûrs la desti-
née probable d’une cargaison d'orge à desti-
nation de Liverpool, dont les sucs nourris-
sants trouveraient leur emploi ultime dans
gl a
les biberons de millions de petits enfants, À Leytonstone, Mrs. Winthrop-Smith, ignorante de la tâche grandiose que sa fille remplissait avec zèle, lisait paisiblement le Daily Mirror, cependant que William George Firkins huilait son sécateur, distrait, avec de profonds soupirs. |
Et toute la matinée le trafic du monde fil-
tra entre les doigts roses de Miss Winthrop- :
Smith, sous forme de lettres, de circulaires,
de câbles qu’il fallait décoder, coder, sténo- |
graphier et dactylographier, et soumettre
finalement à l'examen de Mr. Harrison Junior,
seul enson sanctuaire, prestigieux, immobile,
austère, et caressant peut-être, à l’abri de son masque impénétrable, on ne sait quel
rêve ingénu.
À une heure, elle alla déjeuner. Dehors, c'était encore la nuit, mais le manteau de
brouillard avait quitté la terre : il planait
maintenant au-dessus des maisons comme
une menace céleste ou l'effet de quelque
enchantement terrible, interceptant toute lumière, laissant à découvert le ras du sol, où les piétons et les voitures fourmillaient comme une nappe d'insectes sous l’effroi d’une semelle gigantesque, vaquant en hâte à leur besogne en attendant que le fléau ne redescendit sur eux.
Sur la table de marbre du « Lyons » où elle prenait son repas, Miss Winthrop-Smith
Th
/ contempla presque avec répugnance la portion de viande froide qu'elle avait commandée, et même le petit pain poudré de farine et la
tomate coupée en deux qui l’accompagnaient.
Peut-être était-ce le brouillard qui lui enlevait l'appétit, ou bien l'ironie acerbe avec laquelle Mr. Harrison Junior avait relevé quelques erreurs légères, ou était-ce encore
l'effet inconscient de la vision qui l'avait hantée à plusieurs reprises ce matin-là, ve-
nant sournoisement interposer entre ses yeux
et le clavier de sa machine un coin de serre,
touffu de feuilles et de pousses vertes, un
carré de vitrail par où venait le soleil, et des
arbustes en rangées, s’allongeant à l'infini sous le ciel tendre. Elle soupira encore une
fois, mania sa fourchette mollement, leva les
yeux vers la vitre de la devanture à travers laquelle on voyait les lumières de la rue danser sous le ciel opaque, et sentit la hideur du monde.
La tranche de bœuf de conserve qui séchait sur son assiette lui rappela les révélations horribles des abattoirs de Chicago ; dans
110 LA DEsTINÉR DE MISS WINTHROP-SMITH
l’innocente tomate, à peine trop mûre, ellé à
vit un légume blét et gâté, dotit lé centre
n'était déjà plus qu'üne vasé brühâtre sau- … poudrée dé grainés : enfin les bonnes qui.
alläient et venaiënt, échangeant avec les ha- :
bitués des propos plaisants, lui parurent dé-
finitivement des créatures grossières, sans
tact ni décénce, plus occupées de fleureter avéc leurs clients du sexe masculin que d’as- n
sürer cothivenablement leur service. Et lés
plantations de Leytonstone, la petite maison É
tapissée de plantes grimpantes, les châssis ét les pépinières, la serre au raisin, les allées qui faisaient le tour des carrés et semblaient inviter à des protienades paæisibles de pro-
priétaire, une badine à la main, lés cheveux
s’ébouriffant sous le vent frais, de Hoñs sou-
liers forts foülänt la terre molle... tout cela :
se présenta à l'esprit de Miss Winthrop-
Sith comme un Eden rustique, un asile de paix où William George Firkins la suppliait
d'entrer en maîtresse, débordant d'amour respectueux, une grande prière dans ses yeux-
ingénus.
LA DESTINÉE DE M1SS WINTHROP-sMITH 111
| De deux heurés à cinq heures, la balance | oScilla sans trêve. Tantôt les régards de |. Miss Winthroÿ-Smith se posaient sur les rangéés parallèles de pupitres alignés d’un bout à l’autre des buréaux, sur les hauts tabourèts semés de distance en distance, sur L les nombreux employés de tout âge, attelés à M. dés bésognes soigneusement distribuées ; elle entendait la sonnerie incessante des téléphones, le claquement de la porte, les monosylläbes indistincts avec lesquels les télégraphistes jetaient en hâte sur le comptoir leurs enveloppes orañge, le cliquetis des autres ma- - chines à écrire dans le compartiment voisin, eb son cœur s’émplissait d’un grand orgüeil : Harrison, Harrison and C° Limited ! Cet organisme complexe ét puissant ; ce nom qui s'étalait én haut des lettres, sur les envelcppes, à toutes lés pages de la Shipping Gazèllé, sut la gigantesque plaque de cuivré qui décôrait l’entiée du bâtiment dans Bishopsgate Siréét, sans autres renséignements, sans comméntaires, rien que le nom, majestueüx, Solitaire, en mots graves ét sonores comme
les sons d’un bourdon de cathédrale : « Har: | rison.… Harrison... and C°... Limited! » Tout.
cela, c'était un peu elle, en somme ! Et,
quand elle y songeait, l’idée de Mr. William | George Firkins, pépiniériste, lui offrant son cœur et sa main, semblait d'un comique
achevé.
Et puis un peu plus tard voici qu'un petit | employé impertinent lui apportait un modèle | de circulaire à copier à la machine à d'innom-\
brables exemplaires : une heure durant, ses“ doigts s’agitaient sur le clavier pendant que ses lèvres répétaient machinalement, à mesure, les formules fastidieuses ; le calorifèr dl chauffait trop, des poussières flottantes lui.
grattaient la gorge, les sonneries de téléphone.
etles claquements de portes tombaient comme“ des coups de marteau sur ses nerfs exaspé-« rés, la pile de feuilles à remplir semblait ne“ diminuer qu’à peine. Elle s’arrétait une se-"
conde dans son travail, s’étirait pour chasser”
de ses épaules les crampes de lassitude, fer-« mait les yeux sous la lumière aveuglante des”
ampoules électriques, etles visions revenaient
sl et de jolies tiges sr tendre AU t du terreau ; d'arbustes alignés s’inclinant
lle, simple, tout près de la terre; de li- >rté, de petites besognes accomplies à loi-
Junior, ayant signé le courrier, consul- , Sa montre et songeait à partir, quand un
pr É. : en rade de ske le capitaine ü vapeur Arundel Castle (4 tonnes 500, pa Mis À. 1 à Lloyds) et le direcnes D hrrime à cinq shillings le mot, l'honnète marin britannique avait tenté
de condenser l’indignation véhémente que lui causait la conduite de ces étrangers sans scru-* pules, qui, sous des prétextes fragikes, pré-… tendaient rompre la charte-parlie dûment si- M née, et lui refusaient sa cargaison. … Mr. Harrison Junior, happé par son employé principal au moment même où il se.
croyait enfin libre de s’en aller, partagea cette 1 indignation sans peine. Sur le champ, il som, : ma par câble la maison-mère de Hambourg | et sa succursale de Hongkong de respecter la foi jurée et d’emplir de riz et d’arachides” les cales de l’Arundel Castle, sous menace :
d'indemnités colossales ; le capitaine reçut. l’ordre d’insister sur ses droits et de préparer, une note de frais copieuse, et, par mesure.
de précaution, cinq courtiers de Londres el et du Continent furent invités à offrir des cars saisons nouvelles. ‘4 D'un bout à l’autre des bureaux, des eme PIQYES qui s'étaient préparés secrètement 4 s’en aller, restaient assis sur leurs tabourets, et maniaient d’un air affairé des papiers sans. importance, pendant que Miss Winthrop=
“Smith, les yeux brillants, une rougeur de fiè- “vre aux joues, répandait parle mondele courjoux majestueux de Harrison, Harrison and “C° Limited. Les télégrammes jaillirent de “a machine l’un après l’autre, complets, cor- Wrects, en longs mots inintelligibles de code, lque l’employé principal, debout à son côté, Nérifiait à mesure ; et, à peine était-ce fait, lque déjà les lettres les confirmant naissaient l'une après l’autre sous ses doigts, en lignes Ique scandait le eliquetis des leviers actionnés (toute allure, se fondant en un roulement [ininterrompu qui toutes les vingt secondes S'arrêtait net, et repartait aussitôt, après le (bruit sec de cran qui annonçait le passage {dune ligne à l’autre.
… La dernière lettre était déjà entamée quand (Mr. Harrison Junior vint en personne, son chapeau sur la tête, voir où l’onen était. Lors- (juil eut fini d’apposer son paraphe sur les lléttres déjà prêtes, Miss Winthrop-Smith ter- Iminait la dernière ligne et, debout, ilcontembla un instant les doigts minces qui marteaient le clavier, agiles, sûrs, disciplinés,
116 LA DESTINÉE DE MIss WINTHROP-SMITE
manœuvrant sans aceroc ni retard sous | Lefl regards chargés de ièle de Miss Winthrop- Smith, et sa moue affairéé de borine ouvrière. La lettre finie, elle l’arracha de la machine, et la lui tendit d’un geste assuré. | À L’employé principal, qui s’empressait, une feuille de papier buvard à la main, dit d' un voix obséquieuse : ë.
— Voilà de l'ouvrage vite fait ! Et ce n pas là première venue qui peut écrire à cett vitesse-là sans faire de fautes ! | Avec un sourire auguste, Mr. Harrison Ju=+ nior jeta son paraphe sur la feuille, et “r ] dit en se levant : 1 — Oui! Miss Winthrop-Smith est une vira tuose, une vraie virtuose. À
Restée seule, la virtuose se passa les "2 sur les témpes, ferma les ÿeux un instant, e se souvint alors qu'il lui restait pa chost à faire. |
L’approbation de Mr. Harrison Junior Lui résonnait encore aux oreilles comme une mu | sique glorieuse. En dépit du commencemé ï
È FU Case :
Fe de migraine qui lui pinçait les tempes, elle se | sentait singulièrement alerte,les nerfs tendus, À Surexcitée et pourtant lucide. Chacun de ses boestes lui semblait prodigieusement exact, » calculé, comme le déclenchement d’une machine dont on attend des travaux essen- Ltiels. |
Elle étendit la main, prit une feuille de pa- | | pier, l'introduisit dans sa machine et martela “la date en une seconde. Ensuite elle sauta Lune, deux, trois lignes, mit la marge à “« quinze » et s'arrêta, la main levée... Mais sa décision fut vite prise, et de tous points . digne du rôle important qu’elle jouait chez Harrison, Harrison and C° Limited, qui me- .naçait les firmes allemandes avec un glaive -de feu... D'une traite elle écrivit : « Dear “Mr. Firkins » sauta une ligne, fit encore une très courte pause, el commença :
« 1 fully appreciate.. »
Deux ou trois fois elle hésita une seconde, “cherchant les expressions élégantes et polies “aui feraient, sans arrogance, comprendre à “Mr. Firkins qu'il avait nourri des ambitions
SET EE nes —…—
PRES HITS DUREE
‘un peu trop hautes. et quand la lettre 4 terminée, relue et signée, elle se dit qu il eût été difficile de faire mieux. \ Cinq minutes plus tard elle sortait, l'enesl loppe à la main, allait la jeter dans la boîte la plus voisine, et se retournait pos Bagnols Aldgate. | 110 Et voici qu'avant qu’elle n’eut fait un à pa ! le panorama de Bishopsgate Street vint lui emplir les yeux de sa laideur morne : la pluie fine qui tombait, la boue gluante sur les tro toirs, les mélancoliques becs de gaz veillant en sentinelles sur les bâtisses sombres, | trot découragé des chevaux sur l’asphalte mouillée, et les gens qui sortaient de toutes les portes, les yeux creux, les traits lirés, se sauvant en hâte, le dos rond sous l’avers avec une grimace involontaire de fatigue de délivrance. Elle se souvint de ce qu'était la pluie dans les pépinières de Leytonstone, | en gouttes fraîches, chassées par le vent, qui sont comme de petits baisers sains sur } feuilles et sur la peau, les fortes semelles fo lant la terre élastique, et puis le grand feu
res, où & air est tiède et doux, souvent par- fumé, comme en un petit monde de féerie, m ieux ordonné que le monde du dehors,et les r sins mûrissant sous le vitrail. fe
eu .
Le passage menait dans une cour étroite, ne sorte de boyau tronqué qui comportait, i chaque côté, deux maisons basses aux fa-
des moisies et, au fond, un hangar où elques voitures à bras achevaient de se
labrer. La première porte dans le passage,
le n sortant de Brick Lane, donnait dans l'arë ière-boutique de Petricus, le boulanger ;un peu plus loin s’ouvrait une seconde porte et une fenêtre, dont le milieu, défoncé. s’ornait 1 n large pansement de papier de Au- d
t à Ja craie d’une main inhabile : « Rers done ». Deux paires de chaussures,
usées mais reluisantes, une de chaque côté du carreau de papier, formaient l’étalage, et la porte toujours ouverte laissait voir les.
murs de plâtre écaillé de la boutique où le.
vieillard se courbait du matin au soir sur sa. forme, maniant les chaussures à gestes hâtifs, essayant de racheter, à force d’appli-. cation industrieuse, la faiblesse qui faisait trembler ses mains usées sur les outils et les . morceaux de cuir. | La pièce était de deux pieds au-dessous du niveau du passage, d'où on descendait par trois marches de pierre ; elle était extraor-. dinairement basse de plafond, mais assez.
grande pour que la lumière de l’unique bec.
de gaz ne put l’éclairer qu’en partie. Il couvrait d’une lueur vive le crâne poli du vieil. lard, le raccourci de sa face jaune et ridée penchée sur son ouvrage, ses bras nus Jjusqu'aux coudes, maigres, où saillaient les veines gonflées ; il jetait aussi sa clarté cruelle sur la redingote pendue au mur : une vieille. lévite râpée, tachée, d’une vétusté prodi- ‘ gieuse ; mais, deux pas plus loin, l'ombre.
commençait, et elle couvrait à demi l’extrémité opposée où on ne distinguait qu'un vieux fauteuil de cuir qu'occupait une forme indécise, enveloppée presque entièrement dansdes pièces d’étoffe dépareillées. Un exa-
… men plus attentif révélait que c'était une
forme humaine, une forme lourde, où ne
vivaient que deux yeux d’onyxternis, un souffle bref, et une main qui voyageait paresseu-
sement, mais sans relâche entre le visage et un sac de papier placé sur un escabeau.
On ne voyaittout cela qu'avec peine, mais les gens qui venaient danscette boutiquen’avaient pas besoin de voir ; ils savaient tous que la forme épaisse dans le fauteuil était Leah Gudelsky, qui achevait de mourir. Elle était monstrueusement grasse, d’une graisse qui bourrelait ses mains et tendait sur une figure
— énorme la peau couleur de cire, mais il était
facile de voir que sa vie $’en allait. Cela se voyait à sa respiration faible et rapide, au
-cerne profond de ses yeux ternis, à la lassi-
tude extrême que montrait chaque mouvement des mains monstrueuses.
ne
Toutes les matrones de Brick Lane avaient dit, l’une après l’autre, d’un air entendu :
« C’est une langueur, les médecins n'y com-
prennent rien ! » Le père Gudelsky et Leah elle-même avaient répété chaque fois : « Oui, c’est une langueur ! » et tous savaient que la fin ne pourrait tarder beaucoup. Ii ne
restait plus d’humain en elle que la passion
des sucreries, et elle ne vivait guère que de cela. Chaque matin, son père allait faire,
dans une boutique voisine, provision defon-
dants à trois pence la livre et de miettes de caramel balayées après la vente. Parfois, quelque voisine compatissante apportait son offrande dans un cornet de papier,
Puis, jusqu'au soir, le vieux cordonnier
besognait sans répit, taillant, clouant, rognant …
le cuir, harcelant les chaussures calées entre
ses genoux, appuyant chaque geste affairé …
d'un balancement du corps, d’une saccade brève, comme pour accélérer les mouvements trop lents de ses mains usées et, jusqu’au
soir aussi, Leah suçait ses bonbons sans rien «
dire, comblant de sa masse déjà presque in-
sensible le grand fauteuil de cuir, semblant toujours prêter l'oreille, attendre d’un moment à l’autre, en mâchonnant, l'appel a devait venir.
Au dehors, à l'issue du passage obscur, c'était Brick Lane et l'angle de Thrasol Street. La première boutique sur la gauche était celle de Rappoport, le tailleur ; ensuite venaient Agelowitz, le charcutier ; Pomerantz, coiffeur et parfumeur, et Sunasky, dont la vitrine étalait des châles à prière et des pamphlets en hébreu. Un peu plus loin, Dean et Flower Street allongeait ses deux rangées de maisons sordides, où la foule des submergés de lEast End s’en allait chercher asile, moyennant quatre peñce la nuit ; ceux qui n'avaient pu réunir cette somme erraient, au hasard des rues, en attendant l’aube, trainant entré Whitechapel et Hoscton leurs
pieds meurtris et leur rêve confus d’un Eden
où 1l y aurait un grand feu et des matelas pour s'étendre. [ls suivaient le trottoir en clochant, le dos rond, Le coude au mur, laissant tomber dans les porches déserts des
NRA
lambeaux de soliloques, suivant du même regard sournois et hostile les boutiques et les passants, toute cette autre portion de l'humanité qui avait mangé et savait où dormir ; et s’il pouvait y avoir des degrés dans leur malveillance jalouse, les mieux haïs devaient être ces gens, dont les noms si peu britanniques s’inscrivaient aux devantures des magasins, Car ceux-là n'étaient certes pas des submergés. Hier encore, semblait-il, on les avait vus débarquer de la cale des vapeurs allemands ou russes, déguenillés et lamentables, couvant d’un œil anxieux les ballots et les caisses qui contenaient tout leur avoir ; et la seconde génération les trouvait solidement établis dans ces rues du Ghetto débordé, certains besogneux encore, d’autres déjà cossus, mais presque tous bien vêtus, gras et prolifiques, amis de l’ordre et respectueux des lois. Ils étaient chez eux dans Brick Lane : les magasins étalaient pour eux les denrées familières, les affiches même y parlaient leur langue ; c’étaient leurs Jeunes gens qui, le travail fini, fumaient indolem-
… ment des cigarettes, accoudés au seuil des
= boutiques, et c'étaient leurs jeunes filles qui … passaient par deux ou trois, dans leurs robes
les plus neuves, pour le pèlerinage du ven-
dredi soir, s’en allant vers l’ouest, chercher des rues mieux éclairées et plus belles, con-
—templer les palaisqui pourraient être un jour la demeure de leur race, choisir le campe- “ment des kordes du futur, des tribus nom- « breuses que promettaient leurs vastes han-
ches.
À deux pas de la rue, dans le sous-sol où
lé vieux cordonnier usait ses mains sur les
durs souliers de pauvres, le futur n’était pas
parmi les choses qui comptent : c'était le présent quicomptait, le présent quirenaissait avec le tic-tac de chaque seconde et contre …|cquel il fallait se débattre sans fin. Pour le
des clients pauvres eux-mêmes, économes ct durs aux autres, qui exigeaient pour très peu d'argent beaucoup de cuir et de dur la-
beur, terminé sans faute pour le lendemain, jour de sabbat ; et pour Leah chaque minute du présent représentait encore un peu de lumière et de souffle gagnés, un geste qui était un effort, et la sensation douce au palais du fondant qui faisait vivre une fois de plus les nerfs engourdis. Les coups de marteau sonnaient mat sur le cuir, pressés et rapides ; quand ils s’arrêtaient un instant, on n’enten-| dait plus que le bruit lointain des passants dans Brick Lane, plus près le susurrement du gaz et le halètement faible qui venait de l’ombre ; et bientôt le tapotement repartait de plus belle, hâüf, affolé, de peur que le premier moment d’oisiveté ne fût pris pour un abandon, n'ouvrit la porté à toutes les, choses irréparables qu’il importait de retarder encore un peu.
Il y eut au dehors un bruit de pas légers) presque furtifs : une ombre s’encadra dans la. porte, descendit deux marches et s’arrêta sur la troisième, en pleine lumière, et quand le tapotement du marteau se fut arrêté, une voix de femme, claire et douce, se fit en-
tendre. Elle dit : « Je viens à vous de la part de Christ, qui est mort pour nous.»
Le père Gudelsky leva les veux vers l’appa-
rition, la regarda un instant, et se courba de nouveau sur son ouvrage. À chaque geste, il secouait un peu la tête avec un sourire faible —devieil homme plein d'expérience etlescoups à de marteau tombèrent plus drus et plus forts ; comme pour noyer l'écho des mots enfantins. é L’inconnue restait immobile sur le seuil, : très droite, dans une attitude d’assurance
paisible. Elle enveloppa, du même regard la lumière et l'ombre, les murs écaillés et suin- … tants, le sol malpropre, la silhouette cassée du vieillard, et fit offrande de cette misère et de sa piété à Celui qui l’envoyait. Sa voix s’éleva à de nouveau, assurée et douce :
— — Je viens à vous de la part de Christ qui est mort pour nous.
Le cordonnier haussa les épaules d’un geste las et dit sans colère :
à — Vous êtes sûr, que vous ne vous êtes | pas trompée de rue ? Nous sommes tous des hérétiques par ici.
TR
Elle répondit doucement:
— Ilya place pour tous dans la paix du
Seigneur | Il soupira un instant sans rien dire et mania le soulier qu’il venait d'achever : il le
tenait tout près de son visage, pour bien voir, car sa vue n’était plus très bonne, et ses 1èvres remuaient doucement. Peut-être se féli=
citait-il seulement d’une besogne bien faite ;
peut-être était-ce une protestation timide
contre les visites d’apôtres importuns. Cette
silhouette haute et mince, en pleine lumière sur le seuil, le gênait. De l’évangéliste se dégageait un appel qui ne se laissait pas étouf-
fer, une sorte d’alleluia de silence ; une foi sans bornes luisait dans ses yeux clairs, revêtait de dignité confiante ses traits encore
enfantins. Elle se savait chargée d’un mes-
sage irrésistible, porteuse du philtre qui guérit tous les maux, et semblait attendre d’un: moment à l’autre un miracle certain. Le res-
pect de sa mission la tenait droite, presque immobile, de peur qu'un geste sans beauté ne vint déparer son divin fardeau.
D Elle Vu de nouveau, d’une voix douce :
c il s'élevait à n fin de chaque phrase,comme
hé | la Biere. car c'est là qu'est la vérité. Le Meitlard posa l'outil qu iltenait surses
$ sait-on jamais ? ?C est si “pie a jeune fille secoua la tête et répondit ce indulgence : | | en Ce qui est difficile, c’est de quitter les Voies de l'erreur ; mais si vous suivez Christ, voies sont aisées, car il a dit : « Mon joug facile et mon fardeau est léger. Et il n’ + mérite qu’en lui ».
11 soupira encore, choisit une chaussure ; le tas, et l’installant entre ses genoux, garda d’un air rêveur ; puis il se parla
132 LA FOIRE AUX VÉRITÉS à lui-même, plissant le front et de temps à au tre levant vers la lumière ses yeux candides. — C'est ça, fit-il, bien sûr ! Nous sommes.
tous après la vérité ; mais c’est si difficile Fe Il y en a de toutes sortes des vérités, des pe tites et des grandes, et il y a une vérité pour” chacun, mais combien est-ce qu’elles durent?
« Moi qui vous parle, j'ai vu la vérité face. à face, comme vous, même plusieurs fois et Hot fois, c'élait une vérité différente mais j'ai vécu trop vieux et mes vérités oui mortes. Oui! vous allez me dire qu'il n’y ai qu'une vérité, la vôtre ; et que vous en êtes È sûre; mais moi aussi j ai été sûr ; , jai été sûr he fois ! si Il se pencha un peu en avant, les mains.
sur ses genoux, et sur sa vieille figure jaune et plissée, passa une grimace de détresse) touchante, la morsure d’une faim inapaisée EE qui se serait réveillée tout à coup. a — À Varsovie, fit-1l, à Varsovie, J'étais sûr, À et les vérités de là-bas sont plus fortes us celles d'ici. Celles d’ici n’ont pas tant dim portance après tout, elles peuvent tient
Fe
mais là-bas, il semblait que si tout n'était pas
‘changé sans retard, le monde allait s’écrouler dans sa propre pourriture et qu’il y avait tant d'injustice et de misère et de mensonges, ‘que cela ne pouvait durer un jour de plus.
Oui! j'étais sûr, et ils étaient beaucoup comme moi. Nous avions des réunions, voyezvous, dans une boutique, en cachette, et tous ceux qui venaient là étaient sûrs ; c’étaient des paysans, et des ouvriers, et des étudiants de l’Université, et même leurs professeurs ; et il y en avait parmi eux qui savaient parler de telle manière qu'ils nous faisaient pleurer et crier de colère, à cause de l'injustice et de la méchanceté de ceux qui étaient au pouvoir. Et quand 1ls disaient comment cela devait forcément finir et que la cause du peuple allait inévitablement triompher parce que la justice et la vérité étaient avec lui ; et com-
ment les temps nouveaux allaient venir, et la
tyrannie succomber ; et comment chacun vivrait sa vie librement et sans querelles, 1l semblait que cela fût si simple et si facile à comprendre qu'il suffirait de le répéter au
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dehors pour que tout fût changé en une seule. fois. Ou bien, ils nous lisaient des livres, et, alors c'était plus clair encore : il y avait des. phrases qui vous sautaient dans la tête, qui. sortaient des pages comme des flammes, comme l'éclair d’une arme jaillit du fourreau ;. et même quand ceux d’entre nous qui ne Sa vaient pas si bien parler tenaient à faire des. discours, on les comprenait sans écouter les. mots qu'ils disaient. C'était comme un hymne. dont les cœurs chantaient le refrain : « Lis berté.… corruption vaincue... assez de mi sère.. Liberté... propagande irrésistible...
Lirabe avec nous... fin HO RAUE RS Liberté ! | à
Le vieillard s'arrêta court et ao pit dou cement ; puis il se pencha en avant et prié une bien de clous dans sa main. L'évangéliste, toujours immobile, le regardait en ou vrant des yeux surpris ; dans le silence, les halètement faible de Leah et le craquement:
du sac de papier sous sa main, annoncèrent, que l’appel ne venait pasencore, que les Dieux | la toléraient un peu plus longtemps. |
…. D'une voix plus basse, toujours se parlant “à lui-même, le vieillard reprit :
— C'était la vérité, ça pourtant ; nous étions
sûrs, mais ces choses-là n'arrivent jamais comme il faudrait ! Elles viennent trop tôt, avant qu’on soit prêt, et jamais comme on les
avait prévues ; certains sont surpris et se tai-
“sent, et d’autres agissent trop tôt et vont trop loin. Au dernier moment, on découvre que l’autre parti a peut-êlre aussi des raisons, tout au moins des excuses, que toute “la misère ne vient pas du même côté ; “et puis, il y eut trop de sang, de sang versé “aussi par les nôtres, qui ne semblait pas ser- “ir à grand chose, etnous sommes d’une race “qui n’aime pas le sang. Des cris et la fusil- …lade, la réplique des bombes et encore des cris ; les ruisseaux de pétrole en feu charriant là ruine d’une maison à l’autre, nos maga- ; ins brûlés ou pillés, et nos jeunes filles hurant d'horreur aux mains des soldats... Ce “soir-la, ma vérité est morte : il s’est passé rop de choses terribles, qui n'étaient pas «toutes de la faute des mêmes. Elle est morte.
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Tant qu’elle a duré, c'était une vérité fort. belle ; mais après cela je n'ai jamais pu le revoir. : |
Le marteau s’abattit avec un son mat.
le cuir, enfonça un clou, puis un autre, d’autres encore,et à chaque fois le vieillar hochait la tête et soupirait un peu. comm s’il elouait là le cercueil du rêve glorieux qu’ avait fallu mettre en terre. En silence il.
gna, lima, polit le cuir, contempla la besos terminée d’un air songeur, et posa la cha sure à côté de lui ; puis il en je une > aut et parla de nouveau : |
— Cette vérité-là, je ne l’ai jamais revue mais quand j'ai quitté Varsovie et que je su venu ici, j'en ai vu une autre, et celle-là aus était une vérité réelle, et j’en étais sûr. Il s'agissait plus que de travailler dur et d’obéi aux lois, car cette fois j'étais dans un pa) ue où un homme en valait un de ps
sa chance. | R « Tout le ee que ie travaillais, ma js
était le royaume de paix qui nous avait été - promis, et que si j'étais courageux et patient, j'entrerais dans mon héritage, et une fois de plus j’ai étésûr. Mais celle-là est morte ausst. Elle a mis des années à mourir, en s’effaçant un peu chaque jour. Ma première vérité était morte enun soir,au milieu des cris et du sang versé, et l’autre s’est usée lentement parce queles choses que j’attendaisétaienttroplongtemps à venir. J'ai travaillé, et travaillé, et attendu, et chaque matin quand je m'installais à mon ouvrage, elle était un peu plus loin de moi, et chaque fois moins certaine et moins claire.
« À présent je suis vieux, et je n’attends plus rien, rien que ce qui doit forcément vemir. Mais j'ai sept enfants. Ils prendront leur tour, et peut-être ils trouveront ce que \je n'ai pas pu trouver, ils auront plus de chance, ou bien ils verront plus clair.
Voyez-vous, on cherche, on cherche de toutes ses forces, aussi longtemps qu’on peut ; mais ceux qui trouvent sont rares, parce que la vie n’est pas assez longue, et c’est pour
de 138 LA FOIRE AUX VÉRITÉS “
À cela qu ’il faut avoir des enfants. 1e ee ye
à leur tour; souvent ils ne vont guère plus.
loin, parce qu'il faut qu'ils recommencent, alors ce sera pour leurs enfants à eux, jen ai sept. : #
L’évangéliste écarquillait ses yeux à sur un monde obseur et compliqué. Elle :
vait qu'elle avait raison ; mais elle sentait
aussi qu'il était des choses qu’elle ne pouv expliquer ni comprendre. Elle secoua la té et dit simplement; |
— Il n’y a de vérité qu’en Christ l
Et après cela, elle ne trouva plus rien dire. Elle mit une brochure pieuse sur u caisse, près du vieillard, entre ses outi traversa la pièce et en posa une autre sur genoux de Leah, et sortit. | A
Longtemps encore retentirent sous le pla fondbasles bruits du travail; longtemps brül la lumière qui annonçait à tous l’existenc d’un vieil homme las pour quil’heure du repo: n'était pas encore venue, et chaque fois qu s’arrêtait un instant pour redresser son échi: cassée ou se frolter les yeux, il se demandai
part pour dique, où il gagnait beaucoup d'argent ? Serait-ce Lily ou bien Deborah, deux belles filles avisées et prus. à | dentes ? Un peu plus tard, il jeta un regard 1
D. vivante de il semblait impossible
qu’elle pût se réveiller jamais. Peut-être sepur ce celle-là, songea-t-il, qui trouverait le plus tôt la vérité !
bientôt, sans doute, et qu’ainsi sa grande faim serait apaisée.
Etil se dit que lui aussi, la FRO ER À