‹ La belle que voilà ... 1923Chapitre 7 sur 15 · EC PATENT EE · texte numérisé non relu

EC PATENT EE

Je vais, suivant la phrase d’un personnage de Kipling, le naturaliste Hans Breitmann, vous raconter une histoire que vous ne croirez pas.

. Elle concerne un homme qui vécut fort paisiblement de ses rentes, fut considéré toute “sa vie comme parfaitement normal et bien “équilibré, jouit jusqu'au bout de l’estime de ses égaux et du respect de ses fournisseurs, et mourut étrangement. \

. Je fis sa connaissance à Hastings, ville qui donna son nom à une bataille célèbre, plage élégante qui est à peu près, de tous les endroits que je connais, celui où l’homme a le plus scientifiquement défiguré la mer. Il serait coûteux et peu pratique d'amener la mer dans Piccadilly, mais il est une solution très sim-

__ belle maçonnerie qui, à marée basse, forme

LA PEUR ple, c’est de transporter Piccadilly près de la mer. Le résultat est une admirable prom 1e nade longue de cinq milles, large comme les Champs-Elysées, bordée d’un côté par des villas, des hôtels et des boutiques de toute sorte, et de l’autre côté par un mur en très. pour la grève un « fond » très satisfaisant et à marée haute, maintient dans l'ordre es vagues, tour à tour humiliées et rageu C’est un endroit sans pareil pour fumer ut cigare dans un complet de flanelle de bo coupe, entre le clapotis des flots domestiqués et les accords d’un orchestre hor grois ; mais pour les gens qui aiment l’eat libre et les coins de falaise tranquilles, « n'est pas Ça. » | ss

« Ça n'était pas ça », évidemment pour homme d’élégante apparence que je renco trais jour après jour sur cette grève-boul vard, et ce fut probablement ce qui nous at:

tira l’un vers l’autre. Nous échangeâme une après-midi, des opinions sévères sur localité et ses habitants, et, lelendemain, nous

trouvant ensemble à l’heure du bain, nous

-allâmes de compagnie, à brasses tranquilles, vers le large où la mer, loin des petits enfants

qui jouent sur le sable, des jeunes dames trop

bien habillées et des orchestres à brande-

bourgs, ressemble vraiment à la mer et re-

prend son indépendance.

Il nageait dans la perfection : ce n’était ni Je style impeccable d’un Haggerty,ni le coup de pied formidable d’un Jarvis mais l’allure d'un homme qui a l’habitude de l’eau et s’y trouve à son aise. Dès lors, nous primes régulièrement nos bains ensemble. Il n’était

pas bavard et j'étais encore moins curieux, ide sorte que plusieurs semaines s’écoulèrent sans qu'aucun de nous deux se souciât d’apprendre sur l’autre autre chose que ce qu’il “avait bien voulu raconter. Il m'annonça un Matin qu’il partait le soir même, et quelque peu à ma surprise, ajouta qu’il habitait une

petite propriété du Devon, et qu'il serait heureux de me voir, si jé pouvais trouver le temps d'aller passer quelques jours avec lui. Il fit miroiter à mes yeux les délices des pipes

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fumées à plat ventre dans l’herbe drue et me. parla d’une pièce d’eau qui lui appartenait, auprès de laquelle la mer, à Hastings, n’était qu’un bassin malpropreetsans charme. 1 J'acceptai son invitation et je m'y rendis. un. ï mois plus tard. 0 Il vivait dans une maison absolument quel Fconque, brique et plâtre, assise au flanc d’un ï coteau. Il me fit voir, derrière la maison, un. jardin qui descendait le long de la pente et. indiqua d’un geste vague la vallée au- dessous de nous, en me disant que c'était là que sen trouvait l’eau. Je proposai un bain immédiat. mais il me répondit d’un ton embarrassé,… qu’il était préférable d'attendre le soir et que d’ailleurs, c'était l'heure du thé. Nous rentrâmes ; son thé se composait de brandy E.

soda, mélangés par moitié, Il en but trois verres et nous parlâmes de bains et de natation. Les courses et les records ne l’intéres= saient pas ; il nageait l’ « over and stroke dans la perfection, — je l'avais vu à l’œuvre — mais il n’en savait même pas le nom. 1 me raconta d’un air rêveur que tous les hom

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