AU RETS PA
nes de sa famille avaient beaucoup aimé
core enfant, s'était noyé dans les herbes, il ne désigna pas l'endroit. Je voulus, par litesse, donner aussi mon histoire, et lui rlai d’un homme que j'avais connu, qui geant dans une crique sur la côte d'Irlande, ait distinetement vu, à quelques mètres de une pieuvre de six pieds d'envergure Ïée contre un rocher. Il en conçut une si royable peur qu'il revint vers la terre, à l assées affolées, voulut se hisser sur une erre, qui tourna en lui cassant la jambe, et sta un quart d'heure dans l’eau, cramponné bla roche, incapable de remuer et hurlant d’épouvante.
… Mon hôte m'écouta avec des yeux égarés, la bouche ouverte etles deux mains crispées sur table. Je lui demandai s’il était nerveux; il me répondit que non, se versa deux doigts de Drandy — sa main tremblait un peu, —les but regarda par la fenêtre d’un air hébété.
Le soleil était sur le point de se couche É, lorsque nous descendimes vers la vallée. [ nous fallut traverser un taillis inculte, puis dévaler le long d’un talus en pente raide pas ce arriver à l’eau.
C'était une grande mare d'aspect sauvage, complètement entourée de fourrés et de broussailles et de forme assez curieuse. Elle était longue de cent cinquante mètres envi= ron et, en face du point où nous étions largé d’au moins soixante. Mais l’autre extrémité allait en se rétrécissant progressivement € se terminait par une sorte de canal, mesuoi à peine quatre ou cinq mètres d’un bord
à l’autre, et complètement obscurci par le tcuillacé d’un bouquet d'arbres qui le sur plombait. L'eau paraissait parfaitement propre et pourtant singulièrement peu transpa= rente, si bien que, sauf sur ie bord, il était impossible de distinguer le fond.
Je commençai à me dévêtir tranquillement, savourant d'avance la volupté d’une demi-| heure dans l’eau froide, après une chaude |
journée. Mon hôte resta quelques se ondes à
LA 4 se son te ner ne ; ne pus m'empêcher de songer qu'il avait ; le grandes chances de finir quelque jourpar
fâcheuse congestion, comme son père ne
pe t fini.
’entrai dans l’eau d’un saut, et Aa ..
minutes plus tard, il m'y suivit Après avoir sité un peu, il s'avanca d’abord lentement,
enjambées prudentes, puis, quand la pro
ideur fut suffisante, il se laissa aller dounent, sans bruit ni éclaboussure et-se, gea aussitôt vers la partie resserrée de “ ang, nageaut avec une force et une préci-
de LA PEUR
Ses manières me parurent si étranges que je lui demandai ce qu’il pouvait bien y avoir.
cette extrémité de l’étang. Il me répondit très bas : « Il y a... il y a une source. » etse. tut de nouveau. Je m’efforçai, moi aussi, d distinguer ce qui se trouvait au-dessous d " nous et ne tardai pas à m'apercevoir que I profondeur était beaucoup plus grande que je ne l’avais d’abord supposé.
On ne voyait du fond que l'extrémité :
hautes herbes, qui s’arrêtaient à environ un mètre cinquante de la surface et ondoyaie perpétuellement, bien que l'eau fût parfait.
ment calme en apparence. L’ existence d’un source au fond de cet étroit canal, qui pou vait avoir huit à dix mètres de long, expliqu en effet le mouvement qui les agitait. Elle s’écartaient parfois et laissaient alors en elles une sorte de chenal, dont il était dif cile d'évaluer la profondeur, et qui se conti nualt comme une voie soudainement tracé jusqu à la rive verticale du fond où je pi vais discerner vaguement un trou, la sou
fort probablement, qu’un nouveau mou!
| ment des herbes dissimulait un moment plus
tard. C'était bien le plus étrange coin de mare
- que j'aie jamais vu.
Je tournai la tête pour faire une observa-
- tion à ce sujet à mon compagnon, mais la vue
bde son visage me fit instantanément oublier
“ce que j'allais dire. Il était pâle, ce qui pouvait
Ws'expliquer par l'extrême froideur de l’eau, | «mais surtout tiré et plissé de rides soudaines “et portait une expression curieusement affairée et inquiète. Je le regardai encore quand
«il nagea lentement vers moi, toujours à bras-
ses prudentes, et me demanda dans un chuchotement effaré : « [Il n’y a rien, hein ? »
J’allais lui répondre avec douceur qu'il n’y “avait rien du tout et que nous ferions peut- “être bien de nous habiller, lorsque je sentis les couches profondes de l’étang remuées par “une mystérieuse poussée. Les longues herbes du fond s'ouvrirent brusquement, comme
écartées par le passage d’un corps, et mon “hôte se retourna d’un brusque coup de reins,
et, poussant une sorte de gémissement, fila vers l’autre bout de la mare, s’allongeant
suivis aussitôt avec la Tarnone his ni conservé assez de sang-froid pour du TV
qu'il nageait le « trudgeon » (double-0 ar arm-stroke- ee nage que a ne ce LV
tant de puissance et d’ habileté que, loin le rattraper, je le voyais, malgré mes e 10 gagner sur moi à chaque instant. Quand je rivai à la berge, il était déjà sorti de l'eau assis sur l'herbe vaseuse, la bouche ouv haletait et râlait de telle manière que je Tr qu'il allait mourir sur place. | À Il se remit pourtant et, un quart d he 1 plus tard, ayant repris nos vêtements, n 0 pee vers la maison.
les incidents de la oué à celui que j’ v : déjà catalogué comme un alcoolique, affi, de troubles nerveux, et me contentai de l'o server à la dérobée. Il ui de tou
ON AN AE LEE Re à es GE LAtb es RU PEER LÉ:
EN à RENE PS MT 80 TER ue \ vas de
| bien que peu bavard, causa sur divers sujets | de la manière la plus raisonnable.
« La matinée du lendemain fut également paisible. Après le lunch, je lui demandai s’il |ne serait pas préférable de prendre notre bain | un peu plus tôt dans la journée que nous ne M'avions fait la veille. Il âcquiesça, maistrouva par la suite quelque futile prétexte, et il fai-
sait presque sombre quand nous partimes. Il
Métait, comme le jour précédent, non pas posibtivement ivre, mais déséquilibré par la surex-
\Citation continue de l'alcool et donna, en
Kapprochant de l'étang, des signes de nervokSité maladive : il exécuta devant le trou obs- |cur où se ouvait la source la même pantomine de peur abjecte et de curiosité, et “s'avança plus près, puis plus près encore, “jusqu'à ce que, devant. le recul soudain des herbes, il exécutât dans l’eau un brusque
“soubresaut, avant de se retourner pour s’en-
fuir.
Mais j'avais eu soin de me placer un peu en arrière de lui, et, le saisissant au passage par Je bras, je l’arrêtai net. Je le tenais encore
. quand l’eau parut s’agiter den tu jet avi une sorte de halètement, il donna un ce de pied brusque qui le jeta contre moi. AI je sentis distinctement sur ma jambe le f lement d’une chose longue et rapide qui passait près de mon corps, une chose qui sen blait avoir surgi d’entre les herbes épais et secouait de son élan brusque les coue profondes de l'étang. Je suis peu impr sionnable et aucunement nerveux, mais, ce simple contact, la peur, l’effroyable pe me bloqua soudain la gorge. Je ne puis me rappeler rien d’autre qu'une fuite affol côte à côte avec un homme qui laissait échapper à chaque brassée un gémissement d’ar goisse désespérée. Je me souviens confusément qu’il nageait encore le « trudgeon » nage qu’il m'avait toujours dit ignorer — e la puissance de son effort laissait derrière 1 dans l’eau trouble un sillage profond ; mai cette fois, la même force nous poussait tou les deux et j’arrivai à la berge avant lui. . Quand nous fûmes habillés, je me retour nai une seconde pour TÉGRIERE la mare Lu
de retraverser les fourrés. La surface en était
- merveilleusement calme et luisait sous lalu-
. mière mourante comme une plaque d’étain, . mais il me sembla voir à l’autre extrémité, les inexplicables remous qui faisaient osciller les herbes du fond.
Pas un mot ne fut prononcé entre nous :
- sur ce qui s'était passé, ni dans la soirée, ni & le lendemain ; mais quand vint le soir, je re- « fusai net de l’accompagner à l’étang et lui \ laissai entendre que, vu l’état de ses nerfs, & il ferait mieux de m'imiter. Il secoua la tête sans rien dire et partit seul. Pendant qu'il était absent, je fus saisi par l'énorme ridicule de la situation et, lui laissant un mot, je bouclai ma valise et partis sans plus de | formalités. :
« Un mois et demi plus tard, le hasard me - fit passer sous les yeux un bref « fait divers » bqui annonçait que M. Silver, de Sherborne (Devon) avait été trouvé mort dans un étang “qui lui appartenait. Lorsque le cadavre fut “découvert, il était à moitié sorti de l’eau, les mains étaient cramponnées désespéré-
me
. un accident cardiaque. | Aie Ma version à moi. était légèrement JiTérente ; mais je n’ai ps Cru devoir la don: ne 3
croirez.
DU h Street donne dans Cambridge Road, et Cambridge Road aboutit à Mile End Road.
Au numéro 12 de Faith Street, habitait la a
4 aille Blakeston. Le père et la mère étaient | ï venus du Lancashire peu après leur mariage, etla nouvelle génération des Blakeston n'avait
jamais connu comme horizon que les rangées -de maisons sales et de boutiques douteuses
qui s'étendent entre Mile End et Bethnal Green. À l’est, c'était Bromley et Bow; à M'ouest, Whithechapel, puis la Cité, et plus
loin encore, entouré d'un nuage d'irréelle splendeur, le West-End, où une aristocratie
légendaire vivait parmi les ors et les pourpres, dans la mollesse et les plaisirs. À 3 Les; jeunes Blakeston n'avaient sur l’existe ence de cette aristocratie lointaine que des
données assez vagues, et ne s’en souoiatent guère. Tout l'intérêt de la vie se concentrai
pour eux dans la question sans cesse renais sante des comestibles, question dont les res sources cruellement irrégulières de la famill faisaient trop souvent un insoluble rébus Quand les fonds étaient bas, et le crédit épuisé, les repas se composaient uniformé ment de thé faible et de pain vaguemen frotté de margarine ; encore les tranches étaient-elles parfois d’une minceur crimi-
nelle. | Ces contretemps affligeaient surtout
Bunny, gros garçon mélancolique, dont les.
huit ans étaient hantés par des rêves d’abon-. dante nourriture. Aux époques de famine, 14 promenait sa tristesse devant la boutique où. l’on vend du poisson frit et des pommes de terre, ou devant celle encore où s’étalent, à côté des quartiers de viande, de massifs puddings au suif parsemés de raisins rares : el
mentait son désespoir. Aux jours d’abondance, il mangeait avec une résolution sauvage, et
même repu, 1l était sans Hs prévoyant les jeûnes à venir. | Sa sœur Lizzie était, comme il convient à son sexe, moins exclusivement préoccupée de ce genre de choses. Elle n’hésitait nullement, à l’occasion, à repousser par la violence les incursions tentées par son jeune frère sur sa part de victuailles ; mais quand les victuailles manquaient, elle affectait volontiers, et sans grand effort, une légèreté de cœur qui remplissait Bunny d’admiration. Il ne pouvait comprendre que sa sœur avait pour la soutenir au milieu des privations et des déboires, n son art, qui lui était un idéal et une consola- “a tion : Lizzie était danseuse. | Dans n'importe quel quartier populeux de Londres on peut voir, autour des Italiens et de leurs pianos mécaniques, de petites filles évoluer par paires, convaincues et solennelles, Fa - levant légèrement sur l’asphalte grasse des .. souliers éculés. Elles méprisent la polka enfantine et la valse langoureuse : leur danse est un curieux mélange de gigue, de pavane et de cake-walk ; mais la cadence est impec-
158 ue. LIZPIE BLAKHSTON GR
cable, la souplesse du genou et de lé ches révèle de longues années d’ entraînement, | elles apportent à P accomplissement du rile une gravité qui impose le respect.
Lizzie Blakeston était, à l'âge. de douze ans, la meilleure danseuse de Faith Street, de Cambridge Road et peut-être de tout Mile End, simplement. Qu’un orgue se fit entendre dans un rayon d’un quart de mille autour de sa demeure, et elle arrivait en courant, assujettissant d’une main sur sa tête un canotier délabré. Elle réparait rapidement le désordre de sa toilette, tirait un bas, relevai une manche, repoussait dans Îe rang un fais:
ceau de mèches rebelles, puis elle dansait et les ballerines locales rentraient dans l'ombre. Pas un piano mécanique dans Londres ne | jouait un air sur lequel elle ne put broder quelques pas ingénieux : Geneviève, Bl Bell, le Miserere du Trouvère ou la Marseillaise, tout servait indifféremment à son jeune | génie. La grâce mièvre du menuet et l’excen trique audace du cake-walk se fondaient dan les évolutions de ses jambes minces revêtues
de bas troués. L’harmonie exorbitante qui
s’échappait à flots du piano mécanique s’em-.
: parait d'elle comme une main impérieuse, faisait monter vers le ciel en geste d’offrande ses minces souliers jaunes, rythmait le mouvement de ses bras balancés, la courbait et la relevait, enveloppait ses moindres gestes dans une irrésistible cadence, et saisie d’une . glorieuse ivresse, Lizzie sautait, pirouettait et se trémoussait dans l’étau de la mesure, offrant au monde obscurci un sourire vague et des yeux hallucinés.
Puis c'était le silence. L’Italien reprenait sa place entre les brancards et s’éloignait : il ne restait plus que quelques passants attardés, des gamins gouailleurs, Bunny, assis sur le trottoir, sortant périodiquement de poches invisibles des victuailles inattendues, et Mile End Road par un soir d'hiver, la chaussée gluante et les lumières clignotant dans
… Je brouillard.
Les années passèrent ; mais les années ne. comptent guère dans Faith Street, Au dehors
peut se déchaîner le tumulte des catastrophes ou des guerres, les souverains ou les ministres peuvent lancer des proclamations, les banques crouler, les industriels faire fortune et les actrices épouser des pairs ; toutes ces « choses ne pénètrent pas le cœur de Faith Street. Loin dans l’ouestse déroulent les pompes des couronnements et des funérailles, les | Li candidats aux élections prochaines implorent. F. au long d'affiches fulgurantes les votes du peuple souverain, les vendeurs de journaux.
passent en courant dans Cambridge Road, hurlant des nouvelles de défaites, mais Faith. | Street n’en a cure ; el quand la nuit tombe elle sort des maisons, et d’une porte à l’au- « tre, commente d’une voix lamentable les thè- & mes éternels : la rareté du travail, la cherté L du lard et l’ iniquité des époux. 5 Ce n’est pas que les époux soient en réà- M lité plus coupables là qu'ailleurs ; seulement ils sont généralement sans travail, — c'est | une circonstance curieuse que tous les hommes sont sans travail dans Faith Street, — et comme il n'y a rien chez eux qui les porte à 14 0
joie, ils s’en vont Poursuivre leur idéal de la seule manière qui leur soit possible, deux pence le verre, au-dessus d’un comptoir de bois. Quand l’argent manque, ils s’adossent au mur du « pub » et contemplent le trafic en fumant des pipes résignées ; ou bien ils s’en vont chercher du travail, n’en trouvant ja- “mais, et reviennent vers le soir, altérés, na- “turellement, et pleins d’une tristesse légi- Wime ; ils sont reçus avec des reproches et Mes injures, donnent libre cours à leur indifénation, et Faith Street s’emplit de clameurs figuës et du bruit de chaises renversées.
« Les enfants sont dehors : ils ramassent |dans les voies adjacentes des débris de bois let de papier, font ua feu au beau milieu de |Faith Street, et jouent à essayer de s’y pousser l’un l’autre. À des intervalles irréguliers, ils rentrent dans les maisons pour voir s’il y ja quelque chose à manger, mais sans grand lespoir.
Lizzie Blakeston grandit parmi toutes ces choses. À treize ans, elleétait chargée de tous les travaux du ménage, pendant que sa mère
p PARLER Q PET Le
nettoyait des magasins dans Bethnal Green.
L'entretien sommaire des quatre pièces de la maison, la confection occasionnelle des repas, la séduction quotidienne de l’épicier et du boulanger qui refusaient de continuer leur crédit, prirent désormais le plus clair de son temps, et il ne lui resta plus guère de loisirs à consacrer à son art. D’ailleurs Liz zie prenait au sérieux ses devoirs et en tirait une dignité de manières qui provoquait parmi ses connaissances de Cambrige Road d’amères railleries. Quand elle regagnait sa demeure, Bunny trottant sur ses talons, pors tant une miche ou le pot de bière paternel, elle n’accordait qu’une attention distraite aux jeunes personnes qui évoluaient autour d’un piano mécanique, exhibant devant des spectateurs plutôt narquois toute la gamme de leurs pas et de leurs attitudes. Invariablement, une des danseuses s’arrêtait et disait d’un ton mi-aimable et mi-moqueur : « Hallo! Lizzie »| Lizzie renfonçait un vestige de regret, répondait gracieusement « Hallo ! » et passait avec | un sourire. Ce sourire disait aussi clairement}
- qu'auraient pu le faire des mots : « Amusez-
vous, mes filles, mais la vie n’est pasunjeu,
“comme vous vous en apercevrez tôt ou tard.
“ D'ailleurs si Mr. Blakeston père ne trouve \ “pas à manger quand il rentrera, ça fera des … histoires ! » |
è La vie avait pourtant ses bons moments.
“Le samedi soir Lizzie revétait une robe de ve- Ë Jours groseille, trop vieille pour pouvoir être Lengagée ou vendue, mais qui produisaitencore une certaine impression de splendeur. Ses h cheveux roulés en papillotes toute la semaine, | | étaient enfin déroulés et formaient une frange Lgracieusement ondulée qui cachait son front, sans compter deux rouleaux disciplinés audessus de chaque oreille. Les débris de son Canotier étaient rassemblés sur sa tête et maintenus au moyen d’une longue épingle dont la tête de verre scintillait aux lumières des boutiques comme un authentique diamant. S'il se trouvait que ses bottines étaient trouées ou avaient égaré leurs semelles, elle ‘Se contentait de les ignorer. Bunny, dédaigneux de ces frivolités, ne songeait même pas
n. hi:
Re:
164 LIZZIE BLARESTON
à modifier sa toilette; mais il la suivait aveuglément, et tous deux s’en allaient vers Mile End Road, dont les larges trottoirs, la veille du sabbat, se bordaient de merveilles. |
Les boutiques n'avaient rien de changé.
C'étaient toujours les mêmes étalages qui, du lundi au vendredi, avaient présenté dans le même ordre immuable les mêmes marchandises, mais le samedi soir leur prétait uné majesté spéciale. Cinq Jours sur sept, ce n'étaient après tout que des magasins où les gens qui avaient de l'argent pouvaient entrer et acquérir contre espèces des choses assurément enviables ; le samedi soir, leur caractère vulgaire de boutiques disparaissait et chaque vitrine devenait une des attractions d’une grande foire merveilleuse. 1
Certaines de ces vitrines excitaient pour tant chez Lizzie et Bunny une convoitise dé recteet qui n'allait pas sans amertume. II était un restaurant dans Whitechapel Road dont la vue les retenait longtemps captifs, suçant lentement leur salive et soupirant par intérvalles. Derrière la vitre s’étalait une rangée
de plats de fer-blanc carrés qu’un foyer in- “visible chauffait doucement par dessous.
Dans un des plats, des saucisses rissolaient
“dans la graisse ; dans un autre c’étaient des
“portions de viande de forme variée ; d’autres “encore contenaient des pommes de terre en L purée ou des oignons frits. Sur une plaque “de tôle, des puddings bouillis ou cuits au four, montrant leurs raisins, fumaient lente- | Derrière les plats se mouvait un homme «d'aspect auguste, revêtu d’un tablier, en bras d de chemise et les manches relevées jusqu'au L “coude. Il piquait les viandes d’une fourchette
| attentive, élevait où démolissait au gré de
| gnait les puddings à pleine main pour les mieux partager. Des pancartes pendues au | mur vantaient la modicité des prix : saucisse et purée, deux pence et demi; légumes ou pâtisserie, un penny la portion ; thé, café ou | Cacao, un penny la tasse.
M. Après une longue contemplation, Lizzie di- | 4 invariablement d’un ton détaché : « Bah!
| Son caprice les montagnes d'oignons, empol- LL ;
Nous n'avez pas réellement faim, Bunny ! »