‹ La belle que voilà ... 1923Chapitre 9 sur 15 · NA · texte numérisé non relu

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Bunny répondait : « Non » sansconwiction, et. finissait par se persuader lui-même. N'ayant pas réellement faim, il pouvait donc contempler d’un œil égal les petites voitures où des marchands ambulants débitaient des coquil-.

lages empilés dans une soucoupe et arrosés.

de vinaigre, ou des morceaux d’anguille flottant dans une gelée molle ; et aussi les tas de bananes et de pommes, les râtesns recouverts de sucre et les débris de chocolat suisse, vendus au rabais. :

D'ailleurs, il y avait bien d’autres choses à voir dans Mile End Road. Devant les portes. | du « Pavillon » des affiches illustraient les phases les plus tragiques du drame en cours.

L'une d’elles, montrait le bandit mondain, re= vêtu d’un habit de chasse écarlate, serrant sur sa poitrine, avec un rictus hideux, l'héroïne. dont le visage se convulsait d’ indignation:

Une autre représentait le « ring » et deux pus gilistes aux torses nus ; l’un deux, qui venait. de jeter son adversaire à terre, étendait le bras vers un homme dans la foule et prononçait, d’une voix terrible : « Voilà l’homme qui à a

érable et le juste courroux du boxeur étaient . eproduits en tons vifs et d’une façon saisisnte. | : .

Enfin il y avait la foule : le flot incessant ‘humanité qui oscillait entre Whitechapel

t Stepney, passant, regardant, marchandant,

passant sans relâche. 11 semblait que toute la

lumière fût concentrée sur le trottoir et que

e reste ne fût qu’un grand noir profond. Des

ns sortaient de l'obscurité : sous la clarté

S vitrines ou les flammes fumeuses des

lampes de forains, leurs figures s’illumi-

I Baient, devenaient un instant proches et vi-

Des et disparaissaient de nouveau. La plu-

| part n'offraient pour Lizzie aucun intérêt :

c'étaient des gens comme on en voit tous les jours, même dans Faith Street: des ouvriers

c qui passaient avec leurs femmes, une pipe en lerre à la bouche et un enfant dans les. bras,

d es amoureux, des mères de famille achetant

“leurs provisions du dimanche, la jeunesse dorée de Mile End, flânantindolemment sous

| ke voûte de la brasserie où l’on débite de la

LU de

bière par deux fenêtres.Lizzie n’y faisait pas

attention. Mais quand passait un groupe de i jeunes juives, portant avec aisance leurs tol-" lettes cossues, elle les suivait d’un regard hostile et pourtant chargé d’admiration.

Mr. Blakeston père, dans ses moments d’élo-.

quence, se plaisait à tonner contre ces étrangers, importés évidemment de pays à demi.

sauvages, qui venaient s'établir par myriadesw | dans l’East End et arracher leurs moyens.

d'existence aux honnêtes travailleurs. Il ne se“ lassait jamais de les flétrir conjointement, eux. et le gouvernement quiles tolérait. Le mépris“ héréditaire de l’ouvrier anglais contre less « forriners » se mêlait chez lui à l’âpre ran=\ cune des dépossédés envers les concurrents plus économes ou plus habiles. Lizzie l'avait. entendu maintes fois traiter ce thème, et elle \ embrassait tous les émigrés de Whitechapel« et d'alentours dans le même écrasant dédain« qui se mélangeait de crainte presque Ro titieuse. ï

Envers les hommes le dédain prédominait;

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leur nez charnu, leurs yeux encore inquiets,

- leur lippe parfois arrogante et parfois servile

les marquaient, aux yeux de Lizzie, du sceau

… indiscutable des races inférieures, mal con- … nues, latines, turques ou nègres, qui s’agitent.

dans les contrées vagues du Sud, sur les-

quelles ne règne pas éncore la paix britanni-

que. Mais quand des jeunes filles de Îla

« deuxième génération passaientensemble, rou-

lant des hanches dans leurs robes opulentes,

…copieusement poudrées, un soupçon de rouge

aux lèvres, les yeux profonds, grasses et fortes, l’air insolent, le cœur de Lizzie débordait

…d'amertume et d'envie. C'était l'injustice écra- - sante du sort, Le crève-cœur du bonheur im- - mérité d'autrui, le fardeau d’extravagants | désirs et la certitude de leur futilité, car Liz- “zic ne croyait guère aux miracles. Et elles’en

allait.

. Faith Street s’ouvrait dans la nuit comme un couloir obscur ; il y avait une attente prudente, au bas de l'escalier, l'oreille tendue, afind’apprendre si Mr. Blakeston pèren’avait

“pas, ce sair-là, l'humeur mauvaise. Et si rien

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n’indiquait un danger immédiat, on allait se coucher sans bruit.

Un jour vint où larobe de velours groseille . se révéla vraiment par trop insuffisante : Liz- ” zie avait grandi, etcomme fort naturellement, È elle continua à grandir, laissant derrière elle \ les ornements éclatants qui avaient été leseul 3 orgueil de son enfance, elle entra dans la maturité de ses quinze ans. |

Les quinze ans de Lizzie n’eurent rien dim :

pertinent ni de frivole. À cet âge, les jeunes beautés de Mile End Road se préparent à l'amour, en échangeant avec les pee du sexe ennemi, au hasard des rencontres, u des grimaces, des bourrades ou des propos facétieux hurlés d’un trottoir à l’autre, et quand, cédant à l’inéluctable, elles entrent, % vaincues et dociles, au «pays du tendre », les. premières haltes sont faites devant la petite voiture du marchand de glaces, dans la boutique où l’on vend des oranges ou la galerie à six pence du « Pavillon ». #

Au milieu de ces tentations affolantes, Liz-

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zie passa comme une héroïne de Sont dou.

cement indifférente, supputant le prix du lard et la quantité de pain nécessaire à la famille. Avrai dire, elle ne mettait aucun amour-pro- | pre à remplir en conscience ses fonctions de . ménagère, elle avait seulement très peur des rutalités et des scènes, et s’efforçait d'y

“ échapper; une fois l'indispensable fait, elle D contemplait avec une sérénité parfaite le désordre et le délabrement du logis. Elle l'avait # toujours connu ainsi, et n'éprouvait aucun

| désir de réforme. Elle préférait s'asseoir près de la fenêtre et laisser couler les minutes et % les heures sans penser à rien, avec le senti- É ment obscur quechaque moment représentait (4 quelque chose de gagné, un peu de vie passé { Sans ennuis graves, une étape de plus accom- “plie sans effort vers cette chose qu’elle attenait et qui ne pouvait manquer de venir.

- Ce n’était pas le Prince Bleu qu’elle atten- Dot S1 lévénement qui était en route s'était “révélé comme l'apparition d’un jeune cavalier d une beauté merveilleuse, Lizzie eût été cruel- # D. désappointée. Ce serait quelque chose

de bien mieux: quelque chose qui changerait

tout, quichangerait à la fois Lizzie elle-même, 4 la couleur du ciel, Fai‘2 Street, le monde en-

tier et l'humanité qui l’habitait. Cela tirerait

au-dessous d’un certain moment de la vie un

gros trait définitif, et il y aurait une grande voix éxultante qui annoncerait: « Maintenant … nous allons tout recommencer!» Et le recom- «

mencement serait quelque chose de si mer-” veilleux qu’elle n’essayait même pas de Pima-

giner.

Quand elle se sentait fatiguée d’être assise,

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