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2^oiitenay — version Tliéréoia-Ciiimay — n'est pas moins fabuleuse.
Tallien est alors secrétaire d'Alexandre de Lameth. Il cherche son maître dans Thôtel de celui-ci pour lui remettre des lettres, et rencontre sa femme, en compagnie de Thérésia, sur le perron de l'habitation.
Avec une complaisance vraiment amicale, la comtesse de Lamsth renseigne Tallien, le retient pour lier conversation avec lui, par devant M^^ de Fontenay, et lui demande enfin d'aller cueillir, devant le perron, des roses blanches pour sou amie Thérésia.
Tallien — toujours très « talon rouge » dans ces contes bleus — s'empresse de satisfaire la comtesse; et M°^« de Fontenay, en recevant les roscé;, en laisse tomber une que Tallien ramasse et garde avec une galanterie charmante.
cite son nom comme celui d'une personne "bien connue mais avec laquelle on n'a aucunes relations.
! M""® Vigé-IrC Brun mentionne, parmi les portraits qu'ella a peints, celui du comte de Rivarol : on se demande comment les Souvenirs de l'artiste ne contiennent rUvN de ce que raconta Koussaye, d'après M^e du Hallay ?!
Il est probable que le portrait de Thérésia fut exécuté pr.r une élève de la célèbre artiste, sous sa direction, et peut-êt: ; même retouché par elle, mais qu'avec la conscience qui '.x Caractérise, elle ne le signa pas et ne le porta point sur la lis', i de ses œuvres. — On imagine aisément aussi qu'eu ce ca", M™« de Fontenay dut donner son portrait comme fait j ;ir
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Bst-îl possible d'imaginer une scène en désaccord plus hurlant avec la vraisemblance ? !
Notons qu'interrogée par M°»« do Fontenay sur le jeune homme, après son départ, la comtesse de lyameth — qui vient de traiter Tallioii comme on peut traiter un jeune couain — lui répond qu'il est spirituel, paresseux, coureur dé filles... et si détestable secrétaire, que M. de Lameth va le jeter dehors ! (i)
La troisième rencontre invoquée par Thérésia Chimay serait du 31 août 1792. M»"^ de Fontena^', dans une tribime de l'Assemblée Nationale, aurait entendu, ce jour-là, Tallien déclamant pour justifier la Commune de Paris du massacre des Suisses au palais des Tuileries. Elle se serait enthousiasm-^e pour l'orateur et l'aurait applaudi avec frénésie...
Pourquoi ces trois fables tardives, agrémentée-5 de détails si burlesque ment faux ? Thérésia Chimay, loin des convulsions révolutionnaires, mesure enfin l'indignité, la vilenie de sa conduite avec Tallien. Elle tente de faire croire qu'elle eut, dès 1789, un caprice amoureux pour TaHien, que ce capwce devint un embryon d'idylle à la deuxième rencontre du futur régicide chez Alexandre Lameth, et qu'enfin son cœur fut réellement touché le 31 août 1792..., tout cela pour dissi-
,(ij Noire Dame de Thermidor, pa^es 85 et 86,
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mulet qu'elle fut lâche, en 1793, à Bordeaux, devant la guillotine, puis maladroitement, aveu* glément vaniteuse et ambitieuse, exclusivemenfe et sottement intrigante en épousant Tallien après le 9 thermidor.
Mais, lorsqu'elle invente à Chimay, pour son panégyrique, ces trois préfaces de son prétendu romau d'amour avec Tallien, elle ne prévoit pas l'avalanche de « mémoires du temps » et des docu* ments de tous genres qui fera connaître avec précision les moindres faits de l'époque dont elle parle, et qui montrera la grossière invraisemblance, la ridicule imposture de ses contes extravagants. Elle oublie, en outre, les accablantes confidences qu'elle fit à Bordeaux, en 1793, à la marquise de I^age de Volude (i). Elle ne soupçonne point que nombre d'autres documents indiscutables et les confusions de faits, de dates, de personnes qu'elle commet, par divagation ou par imposture, ne laisseront subsister, de toute sou application à se réhabiliter, que son amère conscience de ses petites bassesses.
Le 14 Juillet 1790 est une grande journée pour
(i) Ces confidences seront reproduites dans l'analys*» da léjour de Thérésia eu 1793 à Bordeaux.
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la Révolution. Elle fête le premier anniversaire de la prise de la Bastille en réunissant des députations de toutes les parties de la France.
L'immense enthousiasme naïf du pays fut alors partagé par M'^e ^q Fontenay, puisqu'elle se rendit à cette « fête de la Fédération », où le futxir chancelier Pasquier la rencontra.
S'il faut croire exacts les souvenirs de cet homme d'Etat, écrivant ses mémoires bien longtemps après cette rencontre, Thérésia (elle avait alors presque dix-sept ans) aurait éprouvé là. ce moment des inquiétudes au sujet de la révolution sociale commencée. Mais il est plus probable qu'elle approuva par courtoisie les idées qu'exprimait le jeune Pasquier devant elle car elle devait, à cette époque, partager la confiance de son « ami » .Alexandre de Lameth, l'un des principaux chefs du parti qui triomphait.
Quoi qu'il en soit, voici en quels termes flatteurs pour elle s'exprime le chancelier Pasquier dans ses mémoires, en galant homma qui ne croit pas avoir sollicité en vain, un peu plus tard, la bonté de « Notre dame de Thermidor ».
« J'ai assisté à cette Fédération. Le hasard me « fit y rencontrer, au moment où j'arrivais, la « belle M™e de Fontenay, qui a été depuis la « célèbre M^ Tallien. Elle partageait alors tou- « tes m'w'5 craintes sur le x^ré jcnt, toutes mes auxic-
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<t tes sur l'avenir. Je me suis souvent rappelé cette « circonstance, où nous nous sommes trouvés dans « une sorte d'intimité et qui a précédé de si près
* l'époque où nos destinées nous ont emportés sur « des routes si divergentes ; la sienne la conduisit,
* à travers les cachots de la Terreur, en passant « par la couche de Tallien, de Barras, d'Ouvrard, « jusqu'à son mariage avec le prince de Chimay.
« Quoi qu'on puisse dire et penser de sa vie « privée, tous ceux qui ont eu l'occasion de la « bien connaître ne sauraient lui refuser, outre « l'hommage qui est dû à la beauté la plus admi- « rable, le tribut d'une sincère estime pour la « bonté de son cœur et pour le bonheur qu'elle « a constamment trouvé à rendre service dans « les plus difficiles et les plus périlleux mo- « ments» (i).
Il faut, en effet, rendre à Thérésia cette justice qu'elle sut, avec une grande habileté, s'employer à paraître servir ou à servir réellement ceux qui la sollicitèrent.
Tout en la méprisant pour ses lâches compromissions avec les révolutionnaires, sans considérer assez qi^.'elle n'était nullement de leur monde, beaucoup de membres de la noblesse eurent recours à son entremise, soit auprès de Tallien,
!(i) Mémoires du chancelier Pasqttier, p. 70-77,1
poii ....^ i . v.c Barras, ou des autres rcvolutionnaires avec lesquels on la savait liée.
Ilr, voyaient alors en elle — bien à tort — une erinlocrate devoj^ée, mais sans liaine pour la caste noble dont l'amour l'avait séparée. On la disait bonne, serviable...; cela suffisait pour déterminer à la solliciter.
Flattée de ces dém.arches, Thérésia recevait les solliciteurs avec aménité. Bn l'absence d'indices contradictoires, on se plaît même à penser qu'une certaine sensibilité superficielle la portait à obliger les quémandeurs de libertés ou de grâces.
En se faisant l'avocate de personnes confiantes en son pouvoir, elle ne risquait pas grand'chose, et son assistance lui rapportait généralement, soit d'une manière indirecte, soit directement, des avantages fort intéressants.
Elle se fait prier d'accepter un souvenir — toujours précieux — afin de m,arquer son désintéressement, mais elle accepte invariablement le présent; et le donateur, soit par prudence, soit par conviction, proclame sa bonté, sa générosité sa sensibilité — surtout si elle ajoute à sa bonne entremise des marques de compassion plus galantes.
Et, quand il faut, pour obtenir libération, passeport, certificat de civisme ou grâce de la vie, verser < la forte somme » aux révolutionnaires
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ce n'est pas elle qui « touche ». Ou vante encore son désintéressement de bonne fol, ou par calcul, sans considérer qu'une belle part de la contribution versée lui revient indii'etement par Tallien, par Barras ou par tout autre, puisqu'elle vit des largesses des républicains,qui dépouillent la noblesse et le clergé.
lyorsqu'il rédige ses mémoires, le chancelier Pasquier, lié par la courtoisie et par un sentiment de reconnaissance, que nous réduirons plus tard fiux fort modestes proportions méritées par Thérésia, est assurément sous l'influence de la légende de dévouement si bien créée par la citoyenne Tallien. Il s'illusionne sur son compte, comme il s'est illusionné, en 1790, lorsqu'il l'a crue soucieuse de l'avenir. A la fête de la Fédération, M^^ de Fontenay dut, au contraire, partager pleinement l'enthousiasme général qui faisait penser aux manifestants que « l'âge d'or » allait recommencer pour la terre.
Lui fit-on remarquer, le soir, dans son salon une petite ombre, bien sale, de ce magnifique spectacle « populaire » ? Les « braves conquérants de la Bastille », patriotes fort cosmopolites, si plein» d'ardeur fraternelle en cette inoubliable journée, avaient prévu l'exploitation dont les délégués des départements pourraient être victimes. Afin d'y obvier, ils avaient publié un guide
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de rétfangcr, particulièrement déclic à ces délègues, pour les informer des prix réels des denrées, des hôtels et même des commerçantes de Cythére. Dans sa sollicitude pour les provinciaux, la feuille dont il s'agit publiait le « tarif des filles du Palais* Royal, lieux circonvoisins et autres quartiers », avec noms et adresses! et c'étaient des petites filles de sept à huit ans qui criaient par les rucî la liste des prostituées recommandées de cette manière aux manifestants provinciaux de la fête de la Fédération ! (i).
^a oeiic marquise de Fontena}', en 179 1, ne prévoit pas le sombre avenir social qui va lui arracher son titre et changer profondément son existence, parce qu'elle est trop occupée de ses intrigues amoureuses, dont la presse à scandale va se faire l'écho. •
Vingt soupirants à tenir en haleine, une série de rivalités aiguës à modérer, sans compter l'agacement des aigreurs m,atrimoniales du pseudomarquis, cela ne permet guère de rêver aux destinées de la Nation.
{}) TabUau histm^ue, ^^ d'Esclicrny, vol/Ii;
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I-faiî?, sî elle ne prévoit rien, elle suit du moins les événements avec un assez vif intérêt, puisqu'elle s'est fait admettre dans un club dont elle parlera bientôt.
Le 13 janvier, elle applaudit le décret qui donne la liberté aux entreprises de théâtre. Cet afïran* chissement lui promet des joies et des succès de loge qu'elle escompte avec empressement.
Elle s'amuse beaucoup, ce môme mois, du récit qu'on lui fait du scandale causé par des capucins vus avec leurs mandilles en compagnie de filles de joie à Chichy et au Lion- d'Or.
Hélas ! trois mois plus tard, elle n'a pluîS envie de rire, et ce n'est pas la mort de Mirabeau qui l'afflige.
Paris est bouleversé par la fin prématurée du grand orateur, qu'il était encore prêt à déchirer la veille. Des manifestations innombrables, excessives, s'improvisent de toutes parts. Jusqu'en Espagne, sur les vaisseaux français, des honneurs funéraires éclatants sont rendus à cet illustre Riqueti... Mais Thérésia se soucie bien de Mirabeau ! La chronique scandaleuse^ dans son numéro du 2 avril, imprime sans périplurases qu'elle se donne complètement, avec ivresse, à tous les familiers de sa maison. Or cette afîlrmation deshonorante, qui fait bondir de rage le petit marquis, ne peut réjouir Thérésia. ■' '
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Le Journal de la Cour et de la Ville rench/^rît pur La Chronique scandaleuse. Devin trépigne et l'on entend quelque chose des éclats de fureur de sa vanité au martyre dans le début de la lettre îLCtificative que la belle Fontena)'- adresse aux journp.listes de cette dernière feuille d'informa* tions indiscrètes :
« Vous êtes trop amis de la vérité pour ne pas « consentir à détruire un bruit aussi déshonorant « pour moi qu'alarmant pour la famille honnête « à laquelle j'ai l'honneur d'être alliée.
« On dit, et sans horreur je ne puis le redire « que mon patriotisme m'a Kée successivement un « peu trop avec MM. de Lameth, de Montron, de <' Bozon, de Condorcet, lyouis de Koailles, etc.^ « etc. ly'impartialité dont je fais profession, étant « membresse du club de 1789, a pu seule donner « cours à cette calomnie. Je vous prie de vouloir « bien, dans votre prochain numéro, établir la « différence des deux mots « impartialité et indiffé-
* rence » qui, du premier abord, paraissent syno-
* nymes aux esprits lourds. Cette erreur compro- « m.ettrait ma sensibilité; je ne saurais perdrQ « à ce juste déni, puisqu'il va nécessairement nie 4 mettre à dos Charles Villette et son parti, coname « il me réhabilitera vis-à-vis des honnêtes gens.
«« Cabarrus, femme Fontenay. i> (1)
(i) TuRQUAN, La cUoyenne^Tallien, p. 36-37.!
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Kous avons peu d'écrits de la belle Thérésia. Au contraire des femmes célèbres de son temps, notre héroïne n'était pas épistoHère. Il y a donc lieu d'analyser avec soin la pièce rare que nous reproduisons ici, d'après Turquan, pour n'en rien perdre.
La première plirase de cette épître est fort claire. Elle exprime bien ce qu'elle veut dire : la seule chose qu'elle ne dit pas, mais qu'elle donne à penser, c'est que M. le pseudo-marquis de Fontenay a permis ou réclamé, sinon ordonné, cette lettre de rectification.
lya seconde phrase commence pei vtn bel alexandrin— qui vous a un petit air de réminiscence et que l'on retrouverait peut-être quelque part. Elle dit fort nettement aussi qu'il est abominable d'attribuer à la plus jolie femme du monde une demi-douzaine d'amants à la fois..., mais la suite, jusqu'à la fin de la lettre, devient complètement inintelligible par suite de la mauvaise rédaction ou de l!abus de vilains soiis -entendus de Thérésia,
Même en supposant que M"^^ de Fontenay écrivit cette lettre sous l'empire d'une violente colère, on ne s'explique pas comment l'ardeur de ce sentiment l'a troublée au point de lui faire commettre un pareil « bafouillage t^.
Faute de pouvoir démêler le sens de cette cacophonie, retenons du moins que les <i amis » de