I.A -B^uj^ rxiimi
En raison de l'importance qu'il va prendre dans les affaires publiques, et surtout dans la vie de Thérésia, ce nouveau parvenu de la Révolutioa doit être, à présent, examiné à l'aide des docu* rients nombreux qui permettent mieux aujour* d'iiui qu'autrefois de le jug«: avec sûreté.
vi!
Originiîs db Tai,i.ibn ; SBS premikrrs annkks d'instruction éi^émentaire ; son abando>^ des études ; i.es divers métiers dont ix,
VÉGÈTE jusqu'à LA RÉVOI.UTION : 178-I90. —
Ses débuts dans l'anarchie ; son ignorance; son role dans les sections révolution- NAIRES ; LA « vSoCIÉTÉ FRATERNELLE » ET 1,'Ami
des citoyens : 190-197. — Tallien dans le
M0U-\'^MENT INSU-RRECTIONNEL DE LA COM- MUNE DE Paris ; ses vols au io août 1792 ; Les dépositions de Sénart : 197-209. — Tallien se révèle vandale dès le début ;
SA justification du 10 AOUT A L'AsSEMBLÉE
209-219. — Les vrais motifs de l'organisa* tion des massacres de septembre i793 par Tallien ; dépositions de Sénart, Mercier, Lenotre, Méhée de La Touche, etc. : 219- 237. — Les faux sauvetages de Tallien : 237-244. — ivEs massacres de Versailles : 244-250. — L'invraisemblance de la troisième ENTREVUE DE M"^^ DE FONTENAY ET DS
Tallien en 1792 : 250-252.
( ^7^7 - 1792. ) Paris
L'orîgîne de Tallien est obscure. On n'a sur sa Jeunesse que des indications très vagues.
^tX BÈtl^ TAI,I.IBN 170
Diverses biographies le font naître en 1769, sans préciser mieux l'époque ; mais divers docu* raents plus dignes de foi fixent au 23 janvier 1767 le jour de sa naissance à Paris (i).
Son père était-il concierge (2), valet de chambre ou maître d'hôtel (3) du marquis de Bercy ? Fut-il le produit illégitime ou adultérin de ce personnage et d'une de ses domestiques ?.,.
La princesse de Chimay soutient naturellement cette dernière paternité, en faisant rem.arquer que Tallien portait les prénoms du marquis, et que celui-ci fit les frais de ses premières études. Mais ajouter que Jeanlyam.bert Tallien était filleul du marquis ne corrobore pas la supposition d'une origine à dem.i aristocratique.
Même sans avoir eu la bonté de consentir à être le parrain du jeune Tallien, et sans être son père le marquis de Bercy aurait bien pu se soucier de l'aider à sortir de la condition de ser-
(i) Cette date est d'ailleurs confirmée par sou élection, en 1792, car il n'aurait pas eu l'âge voulvi s'il était né en 1769.
(2) Dans son étude sur La vieillesse de Tallien, Lenôtre le dit « fils d'un concierge de la rue de la Perle ». (Lenotriv, Vieilles maisons, vieux papiers, t. i^^, p. 229.) Cette versioa doit être la plus juste.
(3) La plupart des biographes le disent fils d'un maître d'hôtel du marquis de Bercy,/"""" ' ~
l8o T^ mi.1.t TATXIKîT
vitude de ses parents en e§scfy^ti]: de ]x\i fafre donner un peu d'iîistructipîi.
Le futur Conventionnel ne înatiifesta j'am^ifj aucune reconnaissance pp^ç pette ^ollicit:i;de.
Nulle part, Tallicn n'a parl^ de ces prefiiicres études payées par le miarquis de B^r'rc}^ Il n'y ^ jamais fait la moindre allusion.
S'il fut mis réellement: çl^iis vfP- état>lisse|nen1: d'enseignement quelconque par \e mdfre de son père, il n'y rest^ pas, e|i tout cas, jvfsqu'à ^ quinzième année. 1} pfofit^ fort -peu de l'enseignement qui lui était: f!-H^^é » ^^^ -^ nullité de ses discours, de ses lettres, de ses rapports et de ses articles de journaux, ses fautes de grammaire et iP^ême d'orthqgrapjje |parc[uent une instruction ne dépassant poipt ce|le qn^ reçoivent avijourd'hui les enfants du peiiple mauvais élèves, à l'école primaire communale.
Du maître d'hptel oi|. portief, spn père, il n'a jamais rien dit. Cette origine ne le flattait sans doute pas, même aux époques où il affectait le plus farouche sa;fô-culottisme. Terroriste ou simple républicain, de 1790 à l'an VI ou l'an VII, il aurait eu mauvaise grâce à se flatter d'être fila du marquis de Bercy. Mais, dès le début du XIX« siècle, et: surtout après le Coîfâulat, riea ne l'obli-' geait à k cacher./
SatijS se vanter ^'c^^e. à denji nohle par Ig, naissance, Tétait-il du moiî^$ si peu que ce fût ?.., 'N\û acte de sa vie n'esf empreint de. noblesse ; au contraire.
On coï^^it la yanité de Tt^éresia lui faisant dir^ de son ancien second mari : « Tallien, pat sa force « et sa di3tinction, révélai|: Son origine plébéienne « et aristocratique ». (i)
5V|;ais il flX^t 4e considérer J'ensemble 4e l'existence de Tallien pour constater qn'i| s'est t<n:fjoîîr3 conduit en plat valet.
Si le marquis de Bercy efft îa geiié^osxté d^ te]ater le décrassage dVL î)etit ^llien, on d-oit penser cju'à partir dn rnoineiit oà celui-ci s'afîranchit de cette so|Hçitude, son protecteur le jugea indig|ie de ses soins, puiscf[ie rien n'iiydique qu'il s'en soit ensuite occupé.
Ppur se représenter ce que furent les premières anî|ées d'indépendance du ieui|e Tallien, il fajit examine?: ^ypc patience, tour à "four, les versions brèves et so^yent contradictoires que l'on possède à ce sujet. I^'une nous dit que le refus de pours|:fivre se? études de la part du jeune indiscipliné fut le sujet d' « |ine d|scu$sion toute philosophie que » eptre le fil|eul et sofi parrain, >> après q^uoi Tallieu fut laissé à ses farx-faisies (2). 1
(i) Notre Dame de Thermidor, p. 42, sous chapitre V., (2) Notre Dame de Thermidor j
l82 I.A BBI.I.E TAI.I.mN
Si cette version n'est pas démontrée, elle est du moins très plausible.
Elle fait ressortir, en outre, l'invraisemblance d'ime autre version disant qu'après ce rudiment d'études, Tallien « fut d'abord homme d'affaires du marquis de Bercy (à 15 ans ou moins de 15 ans î), puis clerc de procureur (!!) & (i).
L'auteur de la seconde version, après avoir prêté ces deux fonctions, relativement importantes, au mauvais écolier, le fait retomber aux emplois inférieurs de « commis chez un négociant, puis dans ime banque » (?)
Et il ajoute immédiatement après : « Le député Brostaret, de l'Assemblée constituante, le prit comme copiste; il fut ensuite accepté « par M.Panckoucke pour un emploi subalterne au Mo* niteur.
Enfin, quelques lignes plus loin, il dit encore : « C'est parce qu'il le trouva incapable de rédiger une lettre que M. Alexandre de Lameth, qui l'avait pris comme secrétaire, dut le congédier ».
Cette dernière observation concorde du moins avec les paroles que l'auteur de Noire dame de The^rmidor prête à M°^« A. de Lameth, lorsqu'il lui fait dire à M"^^ de Fontenay, en parlant du
Jeune Tallien, que son mari va le mettre à la porte ; renvoi très motivé puisquil n'est j)ropre à rien (i).
Ce même biographe est probablement plus près de la vérité lorsqu'il écrit qu'après avoir été vainement morigéné par le marquis de Bercy, puis par son père, le portier, valet -de chambre ou maître d'hôtel — dont il aurait tourné en dérision la menace de malédiction — Tallien entra dans une étude de procureur.
Ce ne fut assurément pas comme clerc, attendu qu'il n'avait pas étudié de droit, mais probablement comme simple « saute-ruisseau ».
On Ta dit « prote », c'est-à-dire contremaître ou chef d'une équipe de typographes à l'imprimerie Panckoucke.
Or, par quel miracle aiuait-il pu devenir maître-ouvrier typographe, sans avoir d'abord fait l'apprentissage de ce métier ?
On l'a dit aussi correcteur de cette imprimerie. Ceux qui lui ont prêté cette fonction n'ont probablement pas lu ses lettres, où les fautrs de grammaire et d'cHTthographe abondent ? l^e panégyriste de Thérésia doit être, encore une fois, mieux renseigné lorsqu'il dit qu'il abandonna bientôt l'étude du procureur pour entrer chez l'imprimeur
(0 ^oii:f,P(^tnc<UThmnidor, p.. 86.,
du Moniteur', Panckoucke, en qualité d'nnntpii^î compositeur (i)*
Peu après, il nous montre le futur second mari de la ci-deyant Fontena}^ bien vite dégoûta de la typographie:
« Tallien, tont afnoureux c[u'il fut des Uvre:>, < ne prit pas pied pour bngtesiips à Vimprirnerie; « il aimait mieux encore tacher sa blanche main « avec Tcncre de la basoche qu'avec le$ lettres de t Guttemberg; il retourna chez le3 procureurs. »
S'il est vrai que Tallien retourne à la basoche pour quelques années, il n'y arrive à rien, puisqu'on le retrouve encore sans métier, sans profençion, secrétaire incapable d'41exandre de l.ameth, puis mocleste copiste chez Brostarct, pi; inversement, copiste pour Brôstaret, puis secrétaire, bientôt renvoyé, près de M. de J^anieth.
En dernier lieu, ne nous }e dpune-t-on pas comme retournant chez Panckoucke, au Monitetir, où, faute de pouyoir être collaborateur redacteur, il se contenta de corriger les fautes d'impression du jottrual. (1)
Ceci ne conçarde pas avec la fable de la princesse de Chimay, racontant qu'elle a vu trois foiîj Tallien avant de le retrouver à Bordeaux ; d'abord, chez M"^* Vigé-Iye ^run, lorsqu'il était
(i) Noire DarM^dê^Thermi4or,J^> 40.)
prote du correcteur chez panckoucke (detrs: emplois qu'il fut égaleiiient incapable de remplir au Moni" teur), puis chez Alexandre de Lameth, et enfin, le 31 août 1792, à la Convention nationale.
C'est en entrant dans ces détails contradictoires qu'on voit combien sont obscures^- en ^oi^imqi les premières années de Tallien. >;■;
Môme au moment de sa plus in^tne union avec la ci-devant M*^ de Fontenay à Bordeaux, le terroriste fut apurement peu tenté de loi faire des confidences sur ses parents, son enfance et son adolescence. La pseudo-marquise ne sut presque rien de ce qu'il avait été avant qu'elle le connût, et c'est ainsi que, devenue princesse de Chimay, elle suppléa à ce qu'elle ignore par les imaginations qu'elle croit bonnes pour plaider sa cause par devant l'opinion.
Cette réserve prudente, Tallien la garda sans doute vis-à-vis de tous ceux qu'il connut, puisque aucun d'eux ne nous renseigne mieux que les biographes précités.
Voyons donc à présent, comme dernière ressource, les rares documents du temps dans lesquels ces vagues origines de Tallien sont mention* liées.
Un rapport de police renferme la plupart des erreurs et des in\Taisemblançes qui se retrouvent dans les biographies.
l86 X^ ritUJt TAI.TJBÎT'
Mais ce rapport est de 1815. A cette époque, îl y a déjà longtemps que le régicide, Thérénia et leurs amis ou complices ont travaillé à faire une légende sur le passé du Conventionnel. Il faudrait savoir sur quelles pièces, sur quels témoignages, sur quels propos, motivés ou inconsistants» le rapport de police fut fait pour lui donner ou non créance.
En voici néanmoins la reproduction :
« Jean-Iyambert Tallien, député de la Convention nationale et au Conseil des Cinq-Cents (sic).
« Fils du portier d'un grand seigneur qui le fit, « élever. Homjne d'affaires du marquis de Bercy» « clerc de procureur (!), employé de commerce, « copiste du député Brostaret pendant l'Assem- <f blée constituante, et enfin protc (!) dans l'ate- « lier du Moniteur, En 1791, il publie pour son « compte VAmi des citoyens. Secrétaire général « de la com,mune le 10 août 1702, contribue aux « m,assacres de sex)tembre,qu'il justifie à la barre
< de l'Assemblée législative.
< Elu député de Seine-et-Oise à la Convention
< nationale, presse le jugement de I^ouis XVI à
< la tribune et vote sa mort. »
ly'acte de mariage de Tallien avec Thérésia, en date du 6 nivôse an III (26 décembre 1794), le mentionne com,me âgé de 27 ans — ce qui reporte
.'i;A'iïtx«''PAEîSiT^ 187'
H y est déclaré né à Paris, nie de la Perle, de Lambert Tallien et de Jeanne I^ambert (?). Mai.s il y a, sans aucun doute erreur, du scribe dans le nom de sa mère ; il aura mal entendu prononcer le nom de celle-ci, car l'acte de divorce de Tallien, en date du 8 avril 1902, dit celui-ci fils de I^ambert Tallien et de Jeanne Hum,bert (au lieu de lyambert). I^e mari de Tliérésia est porté dans cet acte comme ayant 35 ans — ce qui confirme encore la date de 1767 pour sa naissance — et sa femme comme âgée de 28 ans.
Ainsi, des deux prénoms du Conventionnel, un seul demeurerait celui de son parrain, le pre-» mier, Jean..., si toutefois ce n'est pas simplement celui de sa m.ère, pris au masculin.
Si le marquis de Bercy n'a pas également ce prénom de Jean, l'histoire de son parrainage devient bien improbable... Nous avons essayé d'en retrouver trace dans les archives de la paroisse, puisque les papiers d'état civil ont été détruits ; mais ces archives ont été enlevées de l'église dont la rue de la Perle dépendait, et il ne paraît plus possible de vérifier à présent quel a été le parrain de Tallien.
En résumé, le manque de renseignements positifs sur la première jeunesse de Tallien oblige à beaucoup de réserve. Tout ce que l'on peut ea dire se réduit aux généralités sviivantes ;
l88 tA 'fiîSttB'tATtS
Né dé lyambert TàllieH, 4vii faisait partie du
personnel domestique dti marquis de Bercy, et de
Jeanne Humbert, probabknlent dans la ihêmé
conditioti sociale (i) auprès dit même maître,
qu'il ait eu oU iioti lé iîiâri^iiis de Betcjr
pouf ï)arrain, oii "^our véritable père
• — ce qui est ihfiniitxerit raoiiis probable — le
jeune TaîUçn fut l'objet d'une certaine soîlicitiidè
de la part dit seigiiëiir doiit 11 s'àglt, puisqu'il
reçut, à ses frais , un côéiiiaéricèiiieîit 4*îiistttic-
tion dont le but était assurément de l'élevei:,
par des ttloyèns tirés honotables et lëgitiniës, au-
dessus de la condition de setvituiîë de seâ ^àreiits
Mais le jeûne Talli-di îi'dpj^éciâ pas îâ favètif
dont il était l'objet, puisqu'il abaiidoutià, itiàlgre
ses parents et inalgré le îriarquis dé Bercy, les
études qu'il avait côiilnieilcéës.
Agé de qùiiize ans à peitie, et ptobableinent lilêtiie plus jeûne eiicoré (treize où quatorze ans peut-être) àù momeiit de cet acte d'iiidisciplirie, il dût êttè îiiis bii dettièurë d'âpjirëiidre rapidejiieût ûii ûiétler capable de ië faite vivre, et c'est
(i) Si Lambert Tallien était réellenient portier de l'hôtel du marqviis de Bercy et non pas valet de chambre on maître d'hôtel de ce personnage, comme on l'a jiit, sans le prouver, sa femme devait résider avec lui dans l'hôtel du marquis et faire partie de sa domesticité. On ne pourrait guère concevoir d'ailleurs, surtout pour la fin du ^XYIII" siècle, un domestiqua ayant un ménage Ici^al hors du domicile de son maître.
aînsî qu'il entreprit successiveiiiëlii: une série d'ai>plications lucratives à bref délai, sirioii, immédiatement.
Il est tour à tour petit clerc de procureur, apprenti compositeur d'imprimerie, puis, une seconde fois, très modeste eîiployé dé la basoche; ensuite, copiste cHèz Uii député ; déplorable sècré* taire chez uti autre;... sans parler des etriploië qu'il dut essàyèi: et qilè l'oii %nore.
Depuis le moment où il abandonné seâ études, c'est-à-dire depuis Î780 où I782 j-uscju'à tygi — soit neuf à onze années durant — il ne fait, en somme, que bàttte le pavé natal, en parfait incapable, ça pâïéèieixx. que toiit travail intellectuel rebute, et qui dédaigné les besognes manuelles.
Il n'a pas plus de métier bu de profession eii 1791 qu'en 1782. Il est dans la ihêmè incapacité de gagner honorablement son existence qu'à quinze ans. Sa valeur littéraire est âUâsi iiiille qu'à l'éx^oqùe où le député Alexandre de lyailieth ne potivâit le conserver coîiitae secrétaire.
Mais la pratique de la mauvaise vie 4^*11 a liienéè — par laquelle 11 a surtout ciiltîvé les faiblesses niàtétielleë pernicieuses de sa nature — lui a doilâé tmë expériëiicè et siirtbiit iitiè iàsstlrance suffisantes pour pa>'ï)&nir, à là fdveiii: des événéilients et deâ désbirdrès dont tàiit de ses pareils proUtèrent si largement.
M"™* de I/ameth a dit, et naïvement Thérêsîa répète, que le jeune Tallien était J«. coureur de filles ». -ir- .
Ces mots sont suggestîfs.>»^f'
I^es ressources du jeune paillard ne lui permettant pas de prétendre à des intrigues bourgeoises ou à de brillantes galanteries, les boudoirs des « filles du monde » lui étant interdits, on est fixé sur le niveau de la classe sociale à laquelle il empruntait ses conquêtes.
Dans les milieux fort bas et sans moralité où ses appétits d'adolescent l'ont conduit, il n'a pas appris comment on acquiert le droit de porter la tête haute, mais comment on courbe l'échiné en attendant l'heure de bondir sur la proie flairée de loin ; comment on louvoie et comment on ruse ; comment on en impose et comment on dupe.
Sa carrière sera faite avec ces moyens-là exclu^ sivement, et, dans tous les êtres, si nombreux, qu'il connut, on ne lui découvrira ni une sincère amante ni un véritable ami.
On ignore ce qu'il fait de 1788 à 1791 ; mais il est évident qu'entre 21 et 24 ans, il est assez nettement « déclassé » pour voir avec joie la désorganisation sociale qui va lui donner l'espérance des usurpations impossibles dans un état social sans désordre.
\ I Pv(. I N I A J.r. V> K l ^ I» \ R l.S î \ V Madame VIGJK-LKBRUN
La prise de la Bastille est une première atteinte grave à l'Autorité dont les malfaiteurs de sa catégorie s'enthousiasment profondément, et pour de3 motifs bien différents de ceux qui agitent les « âmes sensibles ».
Il voit, sans aucun doute avec bonheur, s'écrouler un à un tous les pouvoirs; la domination du Tiers état bourgeois succéder à celle de la noblesse et du clergé; et, quand le taureau populaire entre à son tour dans l'arène publique, pour en chasser les premiers démolisseurs de la monarchie, il se glisse derrière lui, le couperet au poing, tel un valet de torril, prêt à jouer le rôle de (( tueur », qu'il acceptera de n'importe quel parti.
Quelle est, en effet, sa première manifestation politique ?
Il fonde une société révolutionnaire. Son programme tient en un seul mot : renverser. Le moyen le plus simpliste et le plus brut de dominer, c'est de tout abattre autour de soi. Telle est la tâche qu'entreprend Tallien. N'aimant guère à payer de sa personne, il prêche, il excite un certain nombre d'êtres inférieurs dont l'extrême ignorance fait sa supériorité relative.
Dans le monde des basses prostituées, des servantes et des petites ouvrières pauvres, son physique de bellâtre lui valut maint succès. Il sait donc bien qu'il a, par sa prestance plébéienne,
192 I.A BKI.I.ÏÎ TAI^LIEIT .
vui moyen de plaire dont il peut profiter à ce moment où les femmes se joignent aux hommes dans tant de manifestations révolutionnaires.
En conséquence, il crée mixte, ouvert aux deux sexes, le groux)ement populaire sur lequel il veut s'appuyer, et sa «Société fraternelle » renferme, fissurément, plus d'une sœur -néophyte avec laquelle sa fraternité tourne à l'inceste.
Il est un « bel ami » pour ces citoyennes ; mais, afin de ne point prêter à rire, le journal périodique dont il leur fait payer les frais, au profit de sa popularité, porte un titre masculin, c'est L'Ami des citoyens (i).
(i) De 1791 à 1793, L'Ami des citoyens est un journal» affiche, parfois blanc mais gén^îralemcnt vert, de petite dimension, tiré sur un mauvais papier à un prix infime assurément. Ce périodique non quotidien, mais pourtant régulier, est une feuille malpropre, à tous les points de vue, qui tient du journal j^ar la périodicité, l'abonnement, l'envoi franco de port dans tout le royaume (179 1), par le ton de certains articles, et qui tient de l'affiche parce qu'imprimé d'un seul côté, il est fait pour être affichée à l'occasion. Tallien envoie, en effet, certains numéros d'office dans les départements en recommandant aux municipalités de l'afficher.
C'est, au fond, le moyen assez « pratique » employé par le fils du concierge du marquis de Bercy pour se faire de la réclame avant et après son élection à la Convention, et pour attaquer ses ennemis ou ceux qui le gênent, en faisant payer cet organe bizarre à ses lecteurs et aux membres de la Société mixte qu'il a fondée et qui se nomme : Société fraternella des deux sexe.9, défenseurs de la Constitution . (Cette Société, siège aux Jacobins, rue Saint-Honoré, sans doute dans 1 annexe du fameux club des Jacobins.) Mais, si l'on compar»
Dans ses mémoires, Barras, qui connut beaucoup Tallien (jamais l'amitié ne les unit, mais ils furent « compères > jusqu'à la complicité), ne
le prix de l'abonnement de cette feuille à son prix de revient probable en 1 791 -1793, on constate que Tallien, non seulement sa faisait ainsi de la propagande gratis, mais devait en outre réaliser des bénéfices. ly'imprimeur de ce journal- affichepamphlet est Demonville (lib. imp.), et demeure, 12, rua Christine. On souscrit chez divers dépositaires et chez;Talliea lui-même, en son domicile, 17, rue de la Perle (1791-1793).
L'Ami des citoyens est en outre l'organe officiel de la Société fraternelle des deux sexes, présidée, en 1791, par le sieur Pépin* Dregrouehte, qui jouera plus tard, avant le 9 thermidor, un rôle tout à fait abject dans lea prisons pour le compte du parti de Robespierre, Le chancelier Pasquier fait, dans ses mémoires, une assez longue allusion à cet ignoble individu, qu'il connut pendant sa captivité et celle de M"»» Pasquier.
Dans L'Ami des citoyens on voit Tallien prôner le Maire de Paris, Petion, qu'il prétend aimer en 1791 mieux que son père. Les éloges dont il le couvre sont inimaginables. Mais il recommande en même temps à ses lecteurs de biea voter pour nommer atitour de ce Maire des citoyens (comm« lui) qui donnent l'exemple de toutes les vertus.
Ces basses adulations n'eurent pas le succès que le futur septembriseur en espérait. Il ne fut pas élu parmi les collègues de Petion.
E)st-ce pour cela que, dans le n^ 59 de cette même publication, à la date du 23 décembre 1792, il attaque si vivement: « son père » Petion en protestant contre son traitement de 75.(X)o livres, qu'il voudrait voir réduit à 1 5.000 tout au plus ? Il dit alors : « Il n'est pas nécessaire, je crois, que le Maire da Paris ait table ouverte, car le Pauvre ne s'y assoit jamais. » Cela donne à penser que Petion n'avait jamais invité sou • fils volontaire > à sa table... ; mais il faut bien connaître l'état général des esprits des factieux au pouvoir eu 1792 pour apprécier toute la perfidie de cette critique de Tallien. On massacrait alors tous les jours des républicains, pourtant bieti cotes, à la suite d'accusations moins graves que celle-là.
célèbre pas la valeur intellectuelle et littéraire de son collègue. Voici le jugement qu'il prononce à son égard :
« En fait de style et de rédaction, Tallien, qui « avait moins fait de premières études que moi, « était moins avancé sur beaucoup de parties, « à commencer par celle de l'orthographe même, « que je n'avais jamais sue par principes, et dont, « en mon ancienne qualité de gentilhomme, « j'aurais pu réclamer la dispense; il n'avait « aucun talent, ni même aucun bonheur d'ex- « pression qui passât les choses communes. Cela « s'entend, se conçoit : son âme susceptible, de (( quelque émotion à force de crises, était encore « plus vulgaire que son éducation. Les choses « mêmes qu'il parut le plus sentir n'auraient « jamais été présentées par lui que de la manière « la moins élégante et la plus difficile. « Certai- « nement, il est certain », Ta-t-on entendu dire « plusieurs fois au commencement, au milieu « et à la fin de ses discours les plus distingués, « et même le jour du 9 thermidor, où, pressé par « le danger comme nous tous, soutenu de plus « par l'encouragement de l'amour, il fut vrai- « ment supérieur à lui-même, Tallien ne fut « jamais que commun. Dans ce jour même, si « extraordinaire, enlevé comme il était, hors de « lui par la grandeur de sa situation, l'entendit-
« on encore dire avec fort peu de distinction v « Il faut déchirer le voile » et autres formules de « rhétorique aussi peu relevées que peu justes ; « car, dans l'affaire de Robespierre contre la Con- « vention nationale, il n'y avait rien qui exigeât « de « déchirer le voile » ; il n'y avait point de ¥. voile, et tout était d'une évidence horriblement « patente. Ainsi, la figure de rhétorique, toute « commune qu'elle était, ne se trouvait pas même « exacte » (i).
Dans ce lourd dénigrement, Barras ne se manifeste pas supérieur à Tallien au point de vue littéraire, il s'en faut! mais les grossières défectuosités de son style n'infirment pas ses critiques : l'organisateur des massacres de Septembre les méritait; on le constate en examinant ses oeuvres depuis ses débuts comme journaliste, dans son placard UAmi des citoyens.
Ainsi, dès le commencement de 1791, Tallien, exploitant l'ignorance et la crédulité populaires, se fait un parti, se crée une notoriété dans les basses classes révolutionnaires, qu'il voit actives, tapageuses, et dans lesquelles il démêle peut-être, en raison d'une affinité très normale, les meneurs des minorités oppressives à la veille de dominer la France.
(l) Mémoires de Barras, pages 305-306.
Les moins autorisés, les plus excessifs des pto» chains apôtres du sans-culottisme sont ses pté« fércs. Il prône Robespierre et Danton, il exalté surtout Marat.
Tout Ordre, tout Pouvoir a, en lui, un adver* fcaire, parde qu'il n'est rien encore. Devant l'As-* fecmblée, à laquelle il n'ose i>rétendre, il sera donc? bientôt disposé à dresser la Commune, lorsqu'il verra la possibilité d'y être quelque chose
En attendant, les Sections, formées de masses très terre à terre où son impudence en impose au plus grand nombre, deviennent ime force qu'il cultive. Il s'y répand, il s'efforce de s'y mettre en relief, parce qu'il flaire que cela ne sera pas en vain.
Son premier beau jour est sans doute celui où Petion, le 3 août 1792, vient demander à l'Assemblée de prononcer la déchéance du Roi ; car c'est à titre de Maire de Paris qu'il réclame cette mesure et au nom des quarantc-Jiuit Sections de la capi^ iale (i).
HUes ne sont donc pas négligeables, ces Sections, dans lesquelles il a réussi à se faire prendre pour quelque chose de notable ? L'Assemblée
(I) Cette prétendue unanimité des Sections est d'ailleiitl tin ricnsonge de Petion, que Tallicn prendra bientôt comme modèle.
'A BEtI.E TAI,I.mN 197
est obligée de compter avec elles. C'est la voix directe du peuple qu'elles prétendent alors traduire — du peuple si facile à berner ! -— Tallien sent bien qu'avant peu ces groupements seront les maîtres s'ils savent s'emparer du pouvoir.
Aussitôt, îl se multiplie pour être mieu.^ « l'homme » de ces groupements, à l'exemple de ceux qui ont prévu, comme lui, ou sur lesquels il se modèle, la force de l'intimidation prétendue populaire auprès de l'Assemblée législative divisée par trop de partis ennemis.
Petion est son idole ; il le nomme son -pire y désignation qui ne manque pas de justesse, car il va naître politiquement en suivant l'exemple de Petion, c'est-à-dire en s'appuyant, avec Huguenin, sur la prétendue volonté des Sections do Paris pour s'emparer de la Comm,une dans Id nuit du g au 10 août.
L'acte, par sa conception, son origine et le.î détails de son exécution est un acte de véritable banditisme. C'est un exploit à la Mandrin.
Mais Tallien, qui a certainement contribué dan:5 une large mesure à le préparer, fort avant le () août, par Une propagande extrêmement âctiVe, n'ose pourtant pas en assum^er la plus lourde responsabilité en se plaçant à la tête de l'organisme nouveau.
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Tandis que son compère Huguenin, après avoir piloté les bandes d'insurgés, rentre prudemment dans l'ombre, il s'efface, lui, dans un poste secondaire qui lui permettra plus tard d'esquiver les représailles en se donnant comme « auxiliaire », et en se défendant d'avoir été « meneur ». Le « coup » fait, il se contente d'être Secrétaire greffier de la Commune.
Dans tout acte criminel accompli par plusieurs individus, la justice voit généralement les coupables, en sa présence, s'efforcer de se décharger les uns sur les autres des responsabilités qui leur incombent. Aucun des Septembriseurs qui vécurent jusqu'au jour où la société leur demanda compte de leurs assassinats ne fit exception à cette règle. Ils affirmèrent tous qu'ils n'avaient été ([u'agents d'exécution et non ordonnateurs des crimes.
Tallien ne manquera pas, en malfaiteur vulgaire, de suivre cette tactique enfantine. Mais, au lieu de dire, comme le bambin accusé, au surveillant de collège qui l'interpelle : «M'sieu, ce n'est pas moi, c'est lui! » il aura l'habileté de faire tête à l'accusation en disant à l'Assemblée nationale : « C'est le peuple qui voulut ce que nous fîmes! »
Les révolutionnaires, parce qu'ils ont besoin de faire appel aux masses, attendu qu'ils ne disposent pas du pouvoir, prétextent d'abord invariablement et nécessairement les actions qu'ils
prônent, ou motivent ensuite les actes qu'ils firent accomplir dans l'élan d'insurrection qu'ils provoquèrent. C'est ainsi qu'on voit toujours des principes ou des causes plus ou moins avouables couvrant les faits les plus odieux.
A peine formée, la Commune s'applique à se justifier par un premier but : elle veut la déchéance du Roi. Et, pour se maintenir, par la force du fait accompli, elle lance, dès le 10 août, ses bandes d'insurgés contre le château des Tuileries. Voilà sa « façade ».
Mais derrière cette façade, nous voyons aujourd'hui, parce que nous ne sommes pas troublés, exaltés ou terrorisés comme les contemporains de la Révolution, quelque chose que la volonté d'obtenir la déchéance royale n'explique pas.
Pourquoi les insurgés restèrent-ils assiégeant le château des Tuileries après le départ du Roi et de la famille royale?
La monarchie vaincue, prisonnière de l'Assemblée, ils n'avaient, semble-t-il, plus rien à faire devant le château?...
^ Les faits répondent qu'ils avaient à massacrer la garde suisse et les gentilshommes du Roi pnur piller les Tuileries.
La journée du lo août paya la dette contractée par la nouvelle Commune à l'égard des insurgés pendant la nuit du 9 au 10.
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Nombreux sont aujourd'hui les documenta qui accablent Tallien et qui font voir en lui, sou3 le thermidorien libérateur de la légende, le bas criminel exécuteur des sauvageries révolution* naires. Il n'y a pas lieu de tracer ici une histoire complète de ce sinistre régicide ; mais il prit Une place si prépondérante dans la vie de Thérésia^ qu'il importe de lui restituer sa physionomie véritable avant de montrer la ci-devant marquise de Fontenay en contact avec lui.
I^ couple qu'ils vont former se soude à l'histoire des événements de la Révolution de telle manière qu'il faut à présent suivre, une à une, les étapes de celle-ci pour comprendre et pour apprécier avec exactitude la conduite de ces deux personnages.
lyc lo août, date sanglante de la Révolution, est l'œuvre de la Commune de Paris, proclamée par Huguenin et Tallien. Ce dernier n'en est donc pas totalement irresponsable, même s'il n'y prit aucune part directe et matérielle, il s'en est fait d'ailleurs le justificateur devant ^Assemblée législative, et s'est ainsi rendu lui-même solidaire des massacreurs.
Or que firent ceux-ci ? I^enôtre expose, d'après des témoins oculaires : Philippe ou Charles Morlce jeune clerc de notaire, âgé de seize ans à cet époque, et Mercier, l'auteur du Nouveau Paris^
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les atrocités de la prise des Tuileries (i). Il est donc aisé de les connaître en se reportant à soix intéressante étude.
lyC jeune clerc de notaire est peU suspect d'à* voir vu et raconté en royaliste les horreurs dont il a été ténxoin. Quant à Mercier^ il est républicain, il admire la Révolution, et ses opinions politiques, bien démontrées, garantissent qu'il a plutôt atténué les excès dont il fut témoin.
Les récits de ces deux assistants, qui se corroborent, montrent les vainqueurs de la garnison des Tuileries se conduisant comme de véritables sauvages. I^es caves et les cuisines ayant été pillées, saccagées — chem.in faisant, on cuit vivant dans une chaudière un aide de cuisine qui n'a pu se sauver, — les conquérants des deux sexes, ivres et plus que repus, volent ou détruisent ce qu'ils ne peuvent em,porter. Ils dansent dans le sang répandu et s'accouplent cyniquement, sur les cadavres, au son du violon.
Or, assignats, bijoux, objets d'art, tout ce qui est dissimulable disparaît, le teste est mis eu miettes, sauf les chandeliers d'argent de la cha-
(i) Paris révolutionnaire, par G. TvBîcoTRB, Perrin et C», édit. Paris 1907, pages 77 et suivantes.
Les mémoires du temps, les docutnents officiels et nombre de publications comme celle de Putdh 'Mmk le pseudo rédacteur des Révolutions de Paris retracent les eauvagerics du lo août.
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pelle, une série de plats d'argent et une bourse contenant cent louis portés à l'Assemblée pour témoigner de la « délicatesse » des vainqueurs ( !).
Ainsi, le vol est le mobile des massacres du 10 août, la véritable cause de la prise du château des Tuileries après le départ du Roi et de la famille royale.
Ce que disent à cet égard Morice et Mercier va être confirmé par un autre contemporain des événements, Sénart, qui accuse particulièrement Tallien, et dont les témoignages ne peuvent plus être mis en doute au point de vue de l'exactitude et de la sincérité, parce qu'ils sont démontrés par la parfaite concordance qui existe entre eux et toutes les relations authentiques des mêmes faits qui ont été découvertes depuis que les mémoires de Sénart ont été publiés (i).
« Sénart, dit A. Dumesnil (2), qui a fait impri-
(i) Sénart fut, naturellement, accusé de mensonge par les apologistes de la Révolution, tant que ses révélations ne furent pas surabondamment confirmées par un grand nombre de documents de la même époque, publiés depuis 1824 jusqu'à présent. Il y a même encore aujourd'hui des républicains qui les contestent systématiquement, parce qu'ils calculent que la plupart de ceux auxquels s'adressent leurs dénégations intéressées ne prendront pas la peine de contrôler, par l'examen des documents indiqués, l'imposture de leurs démentis.
(2) Alexis Dumesnil est auteur d'un ouvrage intitulé Vespr'xt des religions, qui eut quelque retentissement. Il a écrit la courte notice biographique dont sont extraites les citations
« mer ses révélations en 1824, était secrétaire « rédacteur du comité de sijreté générale. Il a « ouvert tous les cartons et tenu dans ses mains « les pièces originales; il a assisté aux délibéra- « tions, il a connu le nœud des intrigues; il a ({ recueilli des paroles mystérieuses échappées « de la bouche même des jurés, et partout, il sème « ses récits de portraits frappants de vérité, « d'anecdotes curieuses souvent tragiques et épou- « vantables. C'est une suite non interrompue de « forfaits, c'est le spectacle terrible d'une irrup- « tion d'assassins au pouvoir.
« ... On apprend à connaître, avec Sénart, les (( rivalités des factions diverses; on pénètre pour (( ainsi dire, avec lui, toutes les intrigues, et l'on « peut dès lors prévoir le dénouement funeste du « long drame de la Révolution. Sénart établit des « preuves de complicité dans des crimes qui « jusqu'alors, avaient paru isolés, et des preuves « certaines de complots là où l'on alléguait encore « de soudaines révoltes du peuple. En général il a vu (( de près, et l'humanité ne s'en applaudira point.
« Un homme qui connaissait si bien toutes les « manœuvres et les secrets desseins du parti
ci-dessus, et qui précède les mémoires de Sénart, intitulée : Révélations puûécs dans les cartons des comités de SALUt PUBLIC et de sûreté GÉNÉuAr.E, ou mémoires inédits dé Sénart, agent du gouvernement révolutionnaire.
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< de ïa Révolution , a dû, plus d'une fois, éveiller
♦ les soupçons de ses maîtres; de là vient aussi « qu'il a été, presque sans relâche, poursuivi par « le poignard et le poison. I^e comité dô sûreté 4 générale, qui l'employait habituellement aux
♦ interrogatoires et à la rédaction de ses rapports « ne le perdait guère de vue ; il occupait, dans « l'enceinte des Tuileries, un appartement voisin
< des comités, d'où il ne pouvait sortir sans être
♦ accompagné d'un gendarme. Accusé du vivant « de Robespierre, accusé après sa mort par Tal- « hen et Lecointre, il ne put échapper au sort 4 commun des Jacobins, sur lesquels le parti des « CordeUers avait détourné la vengeance publi- « que, et fut enfermé au Plessis comme terroriste. « Heureux encore, dans sa disgrâce, que ces Corde-
♦ liers de Danton, plus détestables mille fois que
♦ Robespierre lui-même, ne l'aient pas fait périr « avec les autres Montagnards, dans cette réac- « tion d'un jour où l'on vordut dérober jusqu'aux « moindres traces des crimes de la faction ther- « midorienne !
« C'est dans la prison même du Plessis qu'il a « écrit ses mémoires, également indigné de la « servitude odieuse où l'avaient retenu les chefs 4 jacobins, et de l'espèce de victoire que rempor-
< taient en ce moment les dantonistes. (Préface 4 des mémoires de Sénart.)
4 Sénart est mort à Tours en 1796. H avait
* connu à Paris M. d'Ossonville, par suite des <<- relations que ce dernier entretenait avec le f comité de sûreté générale. Sénart, en mourant,
* légua se^ mémoires à M. d'Ossonville, et chargea < sa mère de les lui envoyer. C'est de M. d'Osson- « ville que l'on a acquis ces mémoires. Voici les « propres termes du marché passé avec M. d'Os- « sonville en octobre 1823 :
« Je cède et transporte la propriété pleine et « entière d'un manuscrit de Sénart, employé au
* comité de sûreté générale, écrit de sa propre « main.
« Signé : d'Ossonvii,i,k. » (i)
(i) Sur ce d'Osson^'ille ou Dossouville, légataire des révélations de vSénart, G. Lenôtre a publié, sous le titre Deux policiers, dans son premier volume de Vieilles maisons^ vieux papiers (page 75 et suivantes), une courte mais curieuse biographie. Le comte de More et Durfort de Chavemy parlent de lui dans leurs Mémoires. On ne saurait faire de ce personnage un plus bel éloge que celui de G, lycnôtre, lorsqu'il dit (pages 80-81 de l'étude dont il s'agit) : « Dossonville était « un brave homme : il s'était établi pourvoyeur de guillo- « tine, dans le seul but de rendre aux suspects qu'il traquait
• des services qu'il ne fit jamais payer ; lui-même, plus tardt ■ disait gaiement: J'en ai sauvé tant que j'ai pu ; beaucoup « qui le savent, beaucoup plus qui ne s'en doutent pas, car « je ne le leur ai jamais dit..., par peur do leur indiscrète recon*
• naissance. »
Ce d'Ossonville est évidemment très « cousin » du fameux Charles de Labussière, dont Fleury, de la Comédie Franraise, parle dans ses Mémoires ^ en rappelant d'ailleurs que la divi-
Parlant des massacres et du pillage du lo août 1792, Sénart dit :
« Il est notoire qu'il fut commis des vols et « des pillages au château des Tuileries et au Garde- « Meuble. Ce que l'on arracha aux voleurs, ce « qui fut, par diverses circonstances, rapporté « à la commune de Paris, en argenterie et autres « objets de grande valeur, fut déposé dans deux « armoires, que l'on remplit en réunissant d'autres « dépôts précieux qui étaient à la municipalité. « Les scellés furent apposés sur ces armoires, et « Tallien, alors greffier de la municipalité de Paris, « en fut établi gardien dépositaire.
« Ce que l'on a peine à concevoir, c'est que « depuis, ces mêmes scellés, qui n'ont été « reconnus par aucun acte authentique, dont la « mainlevée ne fut ni requise ni délibérée, se sont « trouvés brisés, et ces armoires, fermant à clefs, (( dont les serrures ne parurent pas forcées, les- « quelles clefs avaient été confiées à Tallien, « étaient vides. Vers qui réclamer une restitution? « De qui exiger la représentation de ces scellés, « si ce n'est du gardien qui en était responsable, « de Tallien, à qui ils étaient confiés ? En vain, on
«ion administrative dont il faisait partie contenait plus d'un homme comme lui et comme d'Ossonville, qui n'y entrèrent que pour se mettre à l'abri et sauver nombre de personnel injustement compromises.