‹ La belle TallienChapitre 16 sur 31 · LK CARDINAL DE ROUAN · texte numérisé non relu

LK CARDINAL DE ROUAN

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« a demandé à Tallien de s'expliquer; il a promis « satisfaction, ensuite il a fini par accuser Manuel, « qui, de son côté, a repoussé les reproches de « Tallien par la force du fait même, savoir que « lui, Manuel, n'était chargé de rien, que Tallien « seul était responsable, et qu'il n'a rien dû négli- <( ger pour conserver ce dépôt.

« Tallien est resté convaincu, mais, n'a aucune- (( ment réparé son délit. Il n'est point d'excuses « ni de prétextes qui puissent le dispenser de cette u réparation. Le fait lui-même est expressif; il (( ne faut aucune discussion pour établir la con- « viction du larcin, et Tallien, responsable dans « le fait comme dans le droit, qui a toujours éludé (( l'explication, ne peut, par aucun subterfuge, « effacer les traces de ce vol sur les registres des « délibérations de la commune de Paris. Il existe, (( dans les procès-verbaux, des preuves authen- (( tiques de l'inculpation que je reproduis contre (( lui; il y a aussi dans les cartons du Comité de « siireté générale des copies de procès-verbaux (( et délibérations, des pièces, observations et « renseignements sur la complicité de M... (i); « et comme le Comité de sûreté générale n'avait t( pas cru Manuel coupable de ce fait, mais seu-

(i) Mehéc, qui était secrétaire greffier adjoint de II Commune.

ùoè La BlvLLli TALLlHî*

« lement Tallien, ces pièces sont restées dans les « cartons sans être produites contre Marluel. Elles « ont été analysées par moi dans îe travail « que j'ai fait sur la commune de Paris. » (i). (Chapitre V, à propos des événements du 10 août.)

Telle est l'accusation bien formelle de Scnart : le vol a été le mobile des massacres et du pillage des Tuileries, et, de ce vol, Tallien eut sa part.

Mercier, contemporain comme Sénart, écrit à ce « sujet :

« Les partisans des massacres ne diront pas, sans « doute, que les diamants et les bijoux, etc., des « personnes arrêtées étaient suspects. Cependant « on s'emparoit avec soin des personnes et des « choses. Ce seul fait suffit, ce me semble, pour « donner la clef des massacres de septembre. « Quand on demande aux anarchistes pourquoi « le Comité de surveillance faisoit enlever les « propriétés avec les personnes, ils ne savent « que répondre.

« Les dépôts faits au Comité de surveillance « provenoient d'effets enlevés aux Tuileries et (( chez les personnes arrêtées, telles que Laporte « et Septeuil, ainsi que beaucoup d'autres, qui « avoient abandonné leurs maisons et leurs riches- Ci) A pages 28, 29 et 30.

« ses à l'époque des visites domiciliaires qui ont * précédé les massacres de septembre.

« Les magasins des dépôts étoient les salles « mêmes des bureaux du Comité de surveillance ; « c'étoit notoirement dans ce bureau où étoient « déposés les malles, boîtes, cartons, etc., etc. « Il y a voit en outre, dans cette salle, une ou deu::c « grandes armoires qui étoient remplies d'objets « précieux. Seulement, on avoit placé dans un^i « chambre haute quelques objets -peu dignes de « l'attention des hommes de proie, tels que pis- « tolets, sabres, fusils, cannes à sabres, etc.

4 Ce fut dans cette caverne que furent pré- « parés les massacres de septembre ; ce fut dan.i « cet abominable repaire que fut prononcé l'arrêt « de mort de 8.000 Français, détenus la plupart « sans aucun motif légitime, sans dénonciation, « sans aucune trace de délit, uniquement par la « volonté et l'arbitraire des voleurs du Comité « de surveillance » (i).

Le coup du 10 août accompli, il faut le sanc* tionner.

Les meneurs, qui ont conduit avec tant de rapidité Tinsurrention dans la nuit du 9 au 10, qui ont rallié à leurs bandes populacières parisiennes les volontaires de Marseille et de Brest dès

(i) Mj^Ra^R, Nouveau Paris, p. 96-97,

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leur arrivée à Paris, quelques jours auparavant, envahissent l'Assemblée, dont les tribunes sont déjà pleines de leurs acolytes, et obtiennent par intimidation la déchéance immédiate du Roi.

Par leur agitation, ces meneurs, et leurs Sections ou leurs clubs, donnent aux représentants l'illusion d'une insurrection générale. Il semble que tout Paris marche avec ces furieux... et c'est ainsi que l'Assemblée vote ce qu'ils demandent sans un essai de résistance!

En efifet, à ce moment, c'est-à-dire pendant que la bande des forcenés qui a contraint le Roi et sa famille à se rendre au sein de l'Assemblée, oii paraît être son dernier refuge, massacre les défenseurs des Tuileries et pille le château, Vergniaud réclame la déchéance du pouvoir royal au nom de la Commune et des députations des Sections, qui se renouvellent à chaque instant à la barre de l'Assemblée. Le vote de cette déchéance couvre ainsi, moralement, les atrocités qui s'accomplissent à deux pas des votants. Les décrets suspendus par le veto du Roi sont sanctionnés par la nomination immédiate du ministère Roland, Servan, Olavière, Monge, Lebrun et Danton, qui — triomphe de la Commune — est porté au ministère de la Justice !

Le lendemain, ii août, la Commune appelle dans son sein Robespierre et Marat.

Tallien est désormais plein d'assurance. II voit le parti insurrectionnel tout-puissant; ili peut se croire, en qualité de secrétaire général de la municipalité, détenteur d'une partie du gouvernement.

Que fait-il alors? Le panégyriste de Thérésia, s'appliquant à le rehausser pour excuser plus tard « Notre dame de Thermidor » de ses faiblesses pour ce misérable, dit qu'il commence par réclamer Petion à l'Assemblée nationale, « en jetant un anathème au parti contre-révolutionnaire » (!). Mais, c'est inexact. Ce fait est très antérieur.

« La seconde fois (dit-il encore), on entend « Tallien (à l'Assemblée) au nom de la commune « de Paris, qui voulait que le torrent révolutionce naire emportât les œuvres d'art comme les « marques de la féodalité, demander la démoli- (( tion des portes Sanit-Denis et Saint-Martin, de (( tous les arcs de triomphe et de tous les autres (( symboles du despotisme. « // faut, dit Tallien, « remplacer la statue de Louis XIV par celle de « la liberté! »

<( Le peuple, disent les historiens, brîse ce jour-là, « sur les places publiques, les statues des rois. »

Plus d'un siècle nous sépare des faits dont il s'agit. Il n'est donc plus possible d'en appeler aux témoins oculaires. Mais ceux qui ont assisté à Paris, en 1871, aux actes révolutionnaires de la Comr

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mune savent ce qu'il faut croire des prétendus mouvements populaires.

Le peuple assiste et laisse faire parce qu'il est favorable ou parce qu'il a peur d'intervenir, mais il n'agit presque jamais. Ce sont les meneurs et leurs troupes civiles ou militaires qui agissent seuls. Comme la Commune de 1871, la Révolution a été faite et conduite par des minorités dont les contingents, d'une ridicule faiblesse, sont la honte de la lâcheté ou de l'indifférence publique.

On sait aujourd'hui que les communards dirigeants de 1871 ne disposaient pas, au début, de dix mille hommes. Le mouvement insurrectionnel du 10 août 1792 n'avait pas la moitié de cet effectif à ses ordres et se rendit maître du gouvernement affolé!

Cependant, les massacres des Tuileries ont eu trop de témoins pour que leurs détails soient dissimulés.

Ce que Morice, Mercier et Sénart consignent dans leurs notes, des centaines de Parisiens le pensent et le disent en même temps. Un courant d'opinion s'établit, réprouvant les excès commis, condamnant les vols connus ou soupçonnés et ce courant obligera bientôt Tallien a se rendre à la barre de l'Assemblée législative pour y défendre l'insurrection.

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En attendant, Robespierre inaugure son système d'intimidation en formulant, le 15 août, à l'Assemblée une réclamation impérieuse de la Commune : il va au-devant des accusations qui vont être portées contre les meneurs, dont il fait désormais partie (depuis le il), en demandant la « création « d'un tribunal extraordinaire pour connaître des (( crimes relatifs à la conspiration du 10 août. »

Ainsi, les égorgés sont travestis en criminels d'Etat! Et ce sont les coupables réels qui se font nommer juges de leurs victimes; car l'Assemblée, incapable de se ressaisir depuis le 10 août, s'amoindrissant chaque jour de toutes les concessions qu'elle fait à la Commune, vote la réclamation de Robespierre.

Nommé le 17 août, siégeant le même jour, ce tribunal improvisé fait exécuter le 21 août son premier condamné! C'est l'embryon du Tribunal révolutionnaire permanent qui sera créé six mois plus tard par la Convention, et qui entraînera, par l'engrenage du crime, la naissance du Comité de Salut public et du Comité de Sûreté générale.

A ce moment, la Commune de Paris forme déjà un (( bloc » assez fortement agrégé par le sang versé et les vols commis pour retenir dans une solidarité despotique, des éléments aussi peu similaires que Robespierre et Danton, Petion et Marat,

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Robert, Manuel, Rossignol, Hébert, Tallien, Billaud-Varenne et Bourdon.

Le 28 août, Danton, soutenu par cette coterie hétérogène, se présentera devant l'Assemblée pour demander Tautorisation de faire des visites domiciliaires dans Paris sous le prétexte d'y saisir les armes des ennemis de la patrie et de les arrêter, (( fussent-ils trente mille ».

L'Assemblée lui accorde cette licence. Dès lors les meneurs du 10 aoiàt sont siirs de l'impunité; il ne dépend plus que d'eux d'arrêter toutes les personnes qu'ils savent ou soupçonnent hostiles à ce qu'ils ont accompli et à ce qu'ils projettent, d'exécuter encore.

Dès le 30 aoiit, pendant la nuit — les malfaiteurs n'aiment à opérer que dans l'obscurité, comme les fauves — ils arrêtent les quelques milliers de personnes qu'ils haïssent ou redoutent, et, le 31, Tallien a beau jeu pour aller à la barre de l'Assemblée justifier le 10 aoiit, au nom de la Commune, puisque les adversaires que celle-ci pouvait craindre sont emprisonnés, et qu'elle a immobilisé par la crainte le reste de la population.

Plus que jamais, l'Assemblée législative se croit alors impuissante contre les forces insurrectionnelles dressées devant elle.

Il lui faudrait pourtant juger et punir les excès commis par les assaillants des Tuileries le 10 août;

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tout le monde sait désormais qu'ils se livrèrent au château à des actes de sauvagerie impardonnables. Mais qui poursuivre?

En réalité, l'Assemblée tremble à la pensée d'être obligée d'accuser la Commune — son maître — et Tallien, loin de braver ses foudres, comme Houssaye le raconte pour le rehausser, va au-devant de ses vœux, en ouvrant la porte par laquelle sa justice pourra disparaître, lorsqu'il rejette tout sur le peuple de Paris.

« Législateurs, dit Tallien, les représentants « de la Commune de Paris ont été calomniés; « ils ont été jugés sans avoir été entendus; « ils viennent vous demander justice. Appelés « par le peuple, dans la nuit du 9 au 10 août pour « sauver la patrie, ils ont dû faire ce qu'ils ont « fait ». (Usurpation violente et illégale de la « Commune, assassinat de Mandat, commandant (( de la Garde Nationale.) Le peuple n'a pas limité (( leurs pouvoirs, il leur a dit : « Allez, agisses en « mon nom et j'approuverai tout ce que vous aurez « fait. » (!)

« Nous vous le demandons. Messieurs, le corps « législatif n'a-t-il pas été environné du respect « des citoyens de Paris ? Son enceinte n'a été « souillée que par la présence du digne descendant « de Louis XI et de l'émule de Médicis. (!) Si « les tyrans vivent encore isic)^ n'est-ce pas au

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« respect du peuple pour l'Assemblée nationale (sic) « qu'ils en sont redevables?

« Vous êtes remontés par nous à la hauteur « des représentants d'un peuple libre; c'est vous- « mêmes qui nous avez donné le beau titre de « représentants de la Commune, et vous avez <( voulu communiquer directement avec nous. « Tout ce que nous avons fait, le peuple Ta sanc- « tionné.

« Ce n'est pas quelques factieux comme on « voudrait le (faire) croire, c'est un million de « citoyens (i); interrogez-les (!) et nous (pour ils, « évidemment) vous le diront : ils ont sauvé la « nation. »(l!)

« Si quelques-uns d'entre eux ont pu préva-

(i) L'armée des insurgés qui s'empara des Tuileries était composée de 1.800 à 2.000 malfaiteurs, recrutés par les Sections dans tous les quartiers populeux de la capitale et mal armés de piques, de sabres, de haches ou de masses et de coutelas, puis des 500 Marseillais et des 300 Brestois, mieux armés et commandés par Westerman, Leclerc et Fournier l'Américain, soit en tout moins de 3.000 hommes, suivis d'un millier de filles et de femmes dont les vieilles formèrent plus tard les fameuses tricoteuses de la guillotine. Mais les bataillons de la garde nationale, qui se rallièrent aux assaillants, au lieu de se joindre aux Suisses pour défendre le château, portèrent leur nombre à cinq ou six mille insurgés, tout au plus. Il y a donc loin de ce chiffre au million de Parisiens dont parle Tallien, et son affirmation à cet égard marque son imposture en même temps qu'elle donne la mesure de l'état d'esprit de l'Assemblée, qui le laisse mentir avec tant d'effronterie sans protester.

« riquer, nous demandons au nom de la Commune « leur punition (i). Nous étions chargés de sau- « ver la patrie : la patrie est sauvée. » (Osez donc incriminer les sauveurs de la patrie!) (( Nous n'avons donné aucun ordre contre la « liberté des bons citoyens, mais nous nous ferons (( gloire d'avoir séquestré les biens des émigrés. « Nous avons fait arrêter les conspirateurs, et « nous les avons mis entre les mains des tribunaux « pour leur salut et celui de l'Etat (2). Nous avons « chassé les moines et les religieuses pour mettre (( en vente les maisons inutiles. Nous avons pros- « crit les journaux incendiaires (3) qui corrom- « paient l'opinion publique. Nous avons fait (( des visites domiciliaires. Qui avait ordonné « tout cela? Vous.

(( Les armes saisies chez les gens suspects, nous « vous les apporterons pour les remettre entre les « mains des défenseurs de la patrie. Nous avons « fait arrêter les prêtres perturbateurs; sous peu

(i) La supposition de Tallien est, ici, aussi étrange qu'imprudente. Mais elle prouve combien il est sûr de la puissance de la Commune vis-à-vis de la faiblesse de l'Assemblée, car celte offre est un véritable défi de poursuivre.

(2) Ces prétendus tribunaux seront, le surlendemain, ceux de la Force, de l'Abbaye, des Carmes, qui feront massacrer les prisonniers sans les entendre et sans les juger.

(3) Ceci donne l'explication du silence de la presse sur les massacres du 10 aoiît. Les feuilles qui auraient pu les flétrir étaiejit supprimées ou terrorisées.

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« de jours, le sol de la patrie sera purgé de leur

« présence (i). On nous a accusés d'avoir désor-

« ganisé l'administration, et notamment celle

« des subsistances, mais à qui la faute? Les admî-

« nistrateurs eux-mêmes, oii étaient-ils dans les

« jours de péril (2)? Et combien qui n'oseront

« point reparaître à la maison commune!

« La Section des Lombards est venue réclamer

« contre nous dans votre sein; mais le vœu d'une

« seule Section n'anéantira point celui de toutes

« les autres Sections de Paris (3). Hier, les citoyens

« dans nos tribunes, nous ont encore reconnus pour

(i) On comprendra la portée de ces mots de Tallicn quand nous reproduirons, un peu plus loin, les explications que donne Sénart des arrestations d'ecclésiastiques et de leur massacre gux Carmes.

(2) Lorsque la Commune, appelant Mandat, le commandant de la garde nationale, pour lui demander des explications, le 10 août, le faisait assassiner à l'hôtel de ville, sans motif autre que celui de s'en débarrasser comme d'un obstacle éventuel, les timides administrateurs dont parle Tallien avaient sujet de s'effrayer, de fuir et de ne plus reparaître!

(3) Tallien ment encore ici très effrontément, car l'usurpation de la Commune ne fut pas appuyée par toutes les Sections, sauf celle des Lombards. Ce fut un coup de force auquel, au contraire, les trois quarts des Sections furent étrangères. Mais, le fait accompli, une partie des Sections qui n'y avaient pris aucune part s'y rallia par crainte, notamment celles des quartiers populeux. Les autres, celles des quartiers du centre, désapprouvaient plutôt l'arbitraire du mouvement insurrectionnel, et l'on voit que celle des Lombards traduisit leur blâme en protestant contre la Commune et contre le 10 Août auprès de l'Assemblée législative.

LA BKLL^ TALLIKN 2ig

« leurs représentants; ils nous ont juré qu'ils nous (( conservaient leur confiance. Si vous nous frap- <( pez, frappez donc aussi ce peuple qui a fait la (( Révolution du 14 juillet (i), qui l'a consolidée (( le 10 aoiàt et qui la maintiendra! (2)

K II est maintenant en assemblées primaires, (( il exerce sa souveraineté; consultez-le et qu*il « prononce sur notre sort (3). Vous nous « avez entendus, prononcez, nous sommes là. (( Les hommes du 10 août ne veulent que la « justice, et ils n'obéiront qu'à la volonté du « peuple » (4).

En présence d'une telle attitude, l'Assemblée n'a pas trois partis à prendre : il lui faut opter entre l'obéissance ou donner l'ordre d'arrêter Tallien et de briser la Commune.

Elle a peur; elle obéit.

Danton a déclaré qu'il faut faire peur aux royalistes (avant de dégarnir les foyers en envoyant les hommes valides aux frontières contre l'ennemi).

(i) Paris comptait, en 1789, plus de 800.000 habitants, et la prise de la Bastille a été accomplie par moins de 10.000 émeutiers 1

(2) Ici, la menace n'est même plus dissimulée.

<3) Les assemblées primaires dont parle Tallien sont les Sections.

(4) Version du Moniteur. Voir celle plus complète publiée car MoRTiMiiR Ternaux. t. m, pages 171-178.

Û20 LA liJ-:LLI': 'JAl.i.ii..\

Mai al COL également de cet avis. Il ne prcclic que tueries d'aristocrates dans son journal VAmi du peuple.

Qu'est-ce qu'il y a det*rière cette nouvelle « façade »? Il a fallu supprimer les journaux d'opposition, museler les feuilles indépendantes, incarcérer les censeurs présumés ou prévus et les échappés des massacres du lo août. Tout cela s'est réalisé avec un bonheur inespéré. Mais que va faire à présent là Commune victorieuse de ces prisonniers embarrassants et probablettient dangereux ?

Le meilleur moyen de les réduire à un silence absolu, certain, n'est-il pas de les supprimer ? Le peuple parisien, qu'on a chargé des sauvageries du 10 août, n'est-il pas bon pour supporter encore le poids de cette « mesure de précaution » ?

Cela n'est pas douteux pour les meneurs intéressés de la Commune, et ils prennent, en conséquence, les dispositions que ce nettoyage dU sang réclame. On engage les massacreurs; on recommande à ces bouchers de chair humaine les achats de balais de houx, de vinaigre, de chaux vive, d'assommoirs, de voitures couvertes nécessaires.

En même temps, pour joindre l'agréable à l'utile, on organise la délivrance des faux passeports dénoncée par Sénart, délivrance qui rapporte gros, et qui donnera indirectement des pro-

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duits bien plus notables encore en déterminant les bénévoles acheteurs de ces papiers libérateurs à se munir de toutes leurs valeurs mo5inayces et de leurs bijoux pour s'enfuir.

Quarante-huit heures plus tard, le 2 septembre, le peuple (toujours) est censé se ruer sur les prisons. En réalité, la tuerie organisée corhmence, accomplie par les seules poignées d'assassins que la Commune a recrutés et stipendiés, qu'elle paye et gorge de vin « pour leur donner dit cœur au ventre ».

Il est inutile de s'attarder ici au récit des atrocités de ces carnages attestés par tant de documents écrasants; il n'y a pas même lieu de les résumer, puisqu'il est facile de se reporter aux études historiques récentes qui réunissent toutes les pièces de ces effroyables crimes. Mais il importe, parce qu'on ne l'a pas fait, de grouper, à présent au moins, quelques-unes des pièces caractéristiques montrant de la culpabilité de là Commune et plus particulièrement celle de Tallien et de ses sous-ordres dans toutes les phases du drame.

Sénart, dans ses révélations, dit :

« Je puis indiquer, au doigt et à l'oeil, des pièces écrites, signées de Panis, Sergent, Tallien, qui sont relatives à ces assassinats et ont une connexité déi)endante l'une de l'autre, qui dévoilent le complot du massacre, et prouvent que ce ne fut

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pas l'effet de l'erreur ni de l'effervescence qui donna lieu à cet événement (i). Je frissonne au seul souvenir de ces lettres; elles étaient adressées à Maillard, chef des coupe-jarrets à Paris connus sous le nom de Tape-durs. Ce Maillard fut chargé par les chefs du complot du massacre dont il s'agit. Maillard, leur ami, était un escroc; il fut passé aux verges et chassé d'un régiment pour vol. Il était le commandant en chef des filous, des mouchards et des brigands. Deux membres du complot sus-désignés écrivirent à ce Maillard. L,a lettre contenait l'avertissement de disposer sa bande d'une manière utile et sûre, de l'armer surtout d'assommoirs, de prendre des précautions pour empêcher les cris des mourants, de faire porter les coups sur la tête, d'expédier promptement, de faire emplette de vinaigre, à cause de l'odeur.

(i) Les fanatiques de la Révolution française ont, naturellement, mis en doute la réalité des lettres dont parle Sénart. Mais un document de 1796, retrouvé, qui émane d'un des aristocrates prisonniers à l'Abbaye en septembre 1792 a fait connaître deux de ces lettres signalées par Sénart et adressées à Maillard. Elles sont datées du 2 et du 4 septembre et signées Panis, Sergent administrateur de la Commune, et Méhée, secrétaire greffier adjoint. Le Sergent dont il s'agit est celui qui reçut le sobriquet d'Agate, du bijou orné d'une grosse agate qu'il avait volé, ainsi que d'autres joyaux, aux victimes des massacres. Quant à Méhée ou Felhemesi, que Sénart désigne par les initiales M ou F, il était alors « le bras droit » de Tallien, son « homme de paille », et partout sa marque ne sert qu'à masquer Tallien.

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pour en laver les endroits où l'on tuerait, de se précautionner de balais de houx pour bien racler le sang, de chaux vive, de voitures couvertes pour transporter les cadavres, de bien payer surtout et d'avertir d'un instant à l'autre de ce qui se passerait. Cette pièce, l'œuvre du crime et de la scélératesse la plus barbare, fut trouvée chez Maillard après sa mort; elle était jointe à d'autres lettres se rattachant au complot et énonciatives du massacre, et, parmi les signatures et écritures, on y reconnut celle de Tallien, qui, sans doute, ne disconviendra plus de sa complicité. » Ces lettres avaient toutes du rapport à ce chef-d'œuvre! Peut-on jamais trouver de preuves plus certaines que le complot fut médité et préparé? Les précautions indiquées ne sont-elles pas ®un raffinement de supplice et d'idées sanguinaires? Et n'y reconnait-on pas toute la préméditation d'un assassinat? Ce sont les précautions d'un boucher qui connaît l'usage des assommoirs, des balais de houx, et les effets de sang caillé; on peut les rapprocher de la conduite du boucher Legendre, qui, lors de ces massacres, s'en montra le complice.

« Ce Legendre alla trouver un des commandants de l'Arsenal, lui demanda deux cents hommes armés pour aller à la Force seconder les égorgeurs et les protéger, parce que le nombre des prisonniers

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était très grand, qu'il n'y avait pas assez de massacreurs, et que Ton craignait que l'aristocratie n'excitât quelques mouvements. I^e commandant répondit à Legendre : « Les soldats citoyens qui me sont confiés ne sont point des assassins ; je les enverrais plutôt pour combattre et détruire vos cgorgeurs : votre proposition est une horreur. » Cet honnête homme n'a pas dissimulé son indignation, qui fut notoirement approuvée et lui fît lîonneur. Si les écrivains n'ont pas rendu l'hommage dû à l'équité de cet honnête commandant, ce fut par une lâche complaisance pour I/Cgendre et par l'absurde préjugé que c'était un mouvement poî^ulaire, tandis que c'était un atroce complot. Je rétablis cette omission, que la publicité du fait ne permet pas de démentir : il n'est pas douteux que lyCgendre fut complice de cet infâme complot. « Voici un autre fait aussi connu sur ces horreurs, et qui n'a pas été inscrit dans les papiers publics, par la raison qu'on n'a pas voulu donner aux événements de Septembre le caractère de complot, bien différent du prétexte de mouvement populaîre,et par la crainte aussi de l'autorité de la faction d'Orléans, qui existe toujours, et de la quantité et de la toute-puissance des complices. Manuel devait ime somme de 1.500 livres ; il fit arrêter son créancier, qui avait tenu quelques propos à son égard. Manuel fut assez indiscret

I,A BlËLLIv TAI,I,TÎ^K 225

pour dire : « Je réponds de lui; sous deux jours, il sera payé. » En effet, il fut assassiné à la Force » ( i ).

Tout ce que rapporte là Sénart est rigoureusement exact. lycs pièces écrites dont il parle au début ont été en partie retrouvées et publiées. Lenôtre, dans son excellente étude sur les massa^ cres de Septembre, a donné une courte biographie du Tape-Dur ^Maillard en précisant quel fut son rôle d'après les relations, toutes concordantes, de l'abbé Sicard, de Mébée de Latouche, de la princesse de Tarente, de Joumiac de Saint- Ivléard, etc.

lye boucher lyCgendre qu'accuse Sénart fut président du « cluh des Cordcliers », « en regard duquel, dit lyCnôtre, celui des Jacobins passait pour réactionnaire » où ses discours dépassaient en violence les articles les plus furieux tVHébert, son collègue, dans le Père Duchêne, l'oumier TAméricain, dont parlera plus loin Sénart, y était aussi son collègue. En traçant une courte esquisse de cette brute, I^enôtre cite de lui, dans son étude sur Paris révo' lutionnaire (2), les paroles suivantes, qu'il criait à la tribune des Cordeliers, quelques jours avant l'exécution de lyouis XVI, pour exciter ses audi»

(i) Mémoires de Sénart, p. 3S-2>^-ù7'Z^»

(2) lyENOTRR, Paris révolutionnaire^ p. 323.

226 LA Bl-LLK TALLIKN

teurs contre le Roi : « Egorgeons le cochon! « faisons-en autant de quartiers qu'il y a de dépar- « Icmcnts pour en envoyer un morceau à chacun; « la tête restera à Paris suspendue à la voûte de « cette salle! »

(( Plus tard, ajoute Lenôtre, il proposait de « mettre en réquisition les étaux des bouchers « pour y hacher les aristocrates et les riches. » (( Quant à moi, ajoutait-il, j'éventrerais avec (( plaisir un noble, un riche, un homme d'Etat « ou un homme de lettres, et j'en mangerais le « cœur » (i).

Dans son Nouveau Paris, le républicain Mercier exprime son indignation du complot des massacres de Septembre, et corrobore les révélations de Sénart en signalant, lui aussi, la commande des voitures destinées à enlever les cadavres des prisonniers égorgés :

« S'il n'étoit pas prouvé qu'à vous seuls (2) « appartient l'opprobre des premiers jours de « septembre, je vous rapellerois deux faits que (( vous ne pouvez nier. Je vous rappellerois ce <( payement de 850 livres fait par ordre du conseil « général au marchand de vin qui fournissoit vos (( assassins à la Force pendant leur horrible exé-

(i) Lenotre, Paris révolutionnaire, p. 323. (2) Les membres de la Commune, dont faisait partie Tallien.

; i,A EEi.r.K tai,i.iî:ît 227

< cution; je vous rappellerois le Comité de sur- « veillance, louant la veille du massacre les voi- 4 tures qu'il destinoit et qui ont servi à conduire « à la carrière de Charenton les cadavres de sep- « tembre » (i).

Dans son étude sur les massacres de Septembre, Lenôtre dit, d'autre part :

« Un des indices les plus frapants que les mas- « sacres ne furent point dus à l'explosion d'une « colère populaire, mais qu'il faut y voir le résul- « tat d'une préparation savante, d'une entente « préalable, c'est que les juges de la Force, pour

< éviter toute scène violente à l'intérieur de la « prison, ne prononçaient point la sentence de

* mort en présence du condamné ; ils disaient « seulement : Conduisez monsieur à l'Abbaye.

* I^e malheureux, croyant qu'on le transférait

* seulement d'une prison à une autre suivait « docilement ses égorgeurs. A l'Abbaye, la sen- « tence de mort était : Conduisez monsieur à la « Force. Cette similitude de procédés est en

* quelque sorte la preuve qu'un mot d'ordre avait 4f été donné, et que les divers groupes d'assassins « obéissaient à tme même impulsion (2).

Sénart, terriblement précis dans ses Révéla*

'(i) Mercier, Nouveau Paris, p. io6. ; ^

(2) I^ENOXRE, Les ma -acres de SepUmbre, note de la p. 97.

C28 i.A BrîTj^r; tauj^n'

tions, montre le mobile intéressé des meneurs des journées de Septembre de la façon suivante : « Pourquoi encore les difïérens écrivains ont-

* ils gardé le silence sur les vols et les pillages qui « ont suivi ces massacres ? Pourquoi le faux F... (i)

* qui était M...(i), rédacteur de l'ouvrage Vérité, « etc., n'a-t-il pas voulu parler de ces vols et de « ces pillages ? Pourquoi a-t-il omis les faits essen- « tiels ? C'est qu'il était complice^ et je vais le « prouver.

« M..., expert dans la délivrance des faux passe- « ports, en vendait à cette époque et en a procuré « même depuis : ce fait a été dénoncé par Richer « Serisy,ce qui résulte de déclarations adressées « au Comité de sûreté générale. C'est le même « Richer Serisy, auteur de l'écrit intitulé VAcci4* « sateur public, qui avait fait connaître que M...

* et un nommé Beson lui avaient vendu deux faux

* passe-ports, qu'il avait payés douze cent livres « que la femme FonteneUe avait remises; qu'il y « avait eu différend entre eux parce que ce passe-

* port vendu par M... portait en tête ces mots : 41 La Loi et le Roi, sorte de passe-ports usités en

* septembre 1792 lorsque M... était commis à la 4 police et les avait à sa disposition ; la querelle

|i) Pelhemesi.

(a) Méliée de la Touche^

I^A BKI.1.^ TAI,I.TI5N 229

« s'engagea sur ce que les passe-ports que M... « vendait coûtaient quatre cents livres Si Richer « Serisy niait cet aveu, il en serait convaincu par

* les pièces matérielles remises au Conûté de sûreté « générale par deux agens différents du Comité. << Ces pièces seraient-elles détournées, les agens < du Comité qui ont remis ces pièces existent « encore, et 3 'aurai d'ailleurs l'occasion de présen- « ter Richer dans la faction de l'étranger. Le fait « des faux passe-ports délivrés par M. .. n'est indiqué

* que pour prouver à ce dernier que sa conduite « est connue.

« M..., délivrant de faux passe-ports, joua dans « les horreurs de septembre un rôle particulier en « fait de pillage. Les complices se distribuèrent « les rôles et préparèrent les opérations. Quel- « ques-uns répandirent le bruit que l'on allait « faire des arrestations de prêtres, de nobles et « d'aristocrates en grande quantité; alors, beau» « coup de prêtres et autres allèrent demander « des passe-ports. On leur oppose d'abord quel- « ques difficultés, et ils croient les lever avec de

* l'argent; enfin M..., pour remplir le but du com- « plot, leur fait payer chèrement ces passe-porté

* et, soit pour éviter la preuve de cette infidélité

* soit pour se soustraire aux suites de leur déli- « vrance à des gens suspects ou désignés tels « il leur en donna de faux; alors les menaces d'ar-

230 %A BÊI^tK TAtT.TKîT

restatîons redoublèrent. Les fugitifs s'ctaient munis de ce qu'ils avaient de plus précieux et

* de tout ce qui était portatif; ils n'oublièrent

< point leurs bijoux, l'or, Targent, les assignais.

* Or la distribution des passe-ports était mysté* f rieusement indiquée pour le même moment

* et dans un même lieu; et, pendant que M... déli- « vrait ces passe-ports, il fit demander et exp-j- « dier un ordre pour arrêter aux barrières beait- « coup de personnes qui, disait-il devaient sortir « avec de faux passe-ports : ainsi, par leur arre:> « tation effectuée, on s'assura des bijoux, de l'or « et de l'argent qu'ils emportaient. Cependant, ou « affecta de les leur laisser ; c'était une ruse pour « exécuter le reste du complot; le projet n'était

* pas rempli, il fallait trouver un m.oyen pour auc;- « menter encore les dépouilles et se les assurer» 4 sans que les victimes s'en dessaisissent. On, « employa donc une autre perfidie, et l'on fut dire « comme officiellement, dans les maisons d'arrêt, € que l'on allait transférer tous les prisonniers « de Paris, sans leur dire ni en quel endroit

< ni comment. Chacun , s'étant muni d'or et « de bijoux, y tenait encore davantage, et « ceux qui craignaient d'en laisser derrière eux « firent apporter tout ce qu'ils purent pour ob«

< vier aux suites de la prétendue translation. « Alors les bouchers avaient fait . engraisser

,' tA b:^i,i.« l*Ai.i.reîT 231

« leurs victimes ; elle étaient bonnes à tuer^ ils < les tuèrent.

« L'instant du massacre arriva; les chefs étaient « assurés du pillage, et ce fut aussi dans cette cer«

* titude qu'ils commencèrent à égorger et à voler. « Laissons, disaient les chefs du complot, nc^s « égorgeurs prendre çà et là quelques boucles € d'oreilles, quelques bagues qu'ils arrachen:, « quelques oreilles, quelques doigts qu'ils cou» « peut, quelques mouchoirs, quelques tabatière -,, « il faut leur laisser ces petits objets-là pour € encouragement; mais ne perdons point de vu 3

* les fonds dont se sont pourvus les prisonniers î « soignons les autres bijoux, les porte-feuille;

* l'or et l'argent; envoyons des commissaires « qui s'en emparent ou les surveillent, sous le « prétexte de conserver les propriétés. Ces corn-

< missaires furent plus ou moins exacts, mais 4 sans doute ils n'oublièrent pas leur intérêt

* particulier, sans préjudice du partage général, « Les uns firent des états de ce qu'ils apportèrent « à la municipalité; les autres n'en firent pas du « tout. Alors, quelle carrière pour la cupidité ! « L'inexactitude de ces états ou leur absence

< totale laissaient aux nouveaux dépositaires 4 des facilités que Ton n'a pas besoin d'indiquer. 4 Ces dépositaires étaient le secrétaire de la muni" « cip alité, Tallien^et son commis. M... Mais que

232 I.A be;i,i.e TAI.I,IEN"'

♦ sont devenus ces effets ? Les a-t-on remîs aux

♦ parens des victimes ? Non ! Les septembxi-

♦ senrs ne l'ont pas allégué pour leur justification, « et la municipalité^ souvent inculpée, n'a pas « excipé d'un seul acte de remise. Ainsi, que sont « ils devenus, ces effets ? Ont-ils tourné au profit

♦ de quelques particuliers, ou ont-ils été employés

♦ pour l'utilité publique ? Depuis le temps que «* des reproches ont été directement adressés et « réitérés publiquement à la municipalité, il n'a

♦ été ni présenté ni allégué aucun emploi: on ne « peut enfin douter qu'ils n'aient été partagés <c entre les complices (i) ».

Le faux F. cité par Sénart est FeIvHKmbsi, anagramme du nom de Méhéb Fir,s, dit Méhée BK LATOucim, greffier adjoint de la Commune de Paris, auquel Tallien, prudent, fit signer toutes les pièces qu'il jugeait compromettantes. C'est ainsi que, sur les massacres de Septembre, on retrouve si peu de docum^ents portant la griffe de TaUien.

En passant, il convient de noter la mention que fait Sénart d'une femme Fontenbi.1^ mêlée aux négociations de faux passeports. Il a y peutêtre, en effet, identité entre cette Fontenei.i.S et la femme de chambre nommée Frenelle qu'eut,

(I) Mémoires d» Sénart^ p. 47-48-49-50-51. )

â Bordeaux, Thérésia^et qui négociait avec tant d'entregent les grâces, presque toujours payées, des suspects en faveur desquels sa maîtresse intervenait, lycs deux noms ont une analogie qui frappe, car les rôles joués par Fontenelle et Frenelle ont encore bien plus de ressemblance.

Quant à Méhée (i) Felhemesi, que Sénart accuse d'avoir dissimulé les vols des massacreurs, s'il fut, pendant la Terreur, tout dévoué à Tallien» Quelque temps après le renversement de Robespierre, en revanche, il fit comme la plupart des terroristes : il renia ses dieux, ses actes, et s'appliqua, dans une relation des massacres de Septembre 1792, à condamner les excès commis, afin de se poser en victime des événements, forcée, d'obéir à ses chefs, mais réprouvant leurs ordres. -

Sénar, enfermé alors dans la prison du Plessis en Touraine, ne pouvait supposer, en écrivant ses Révélations^ que Méhée les confirmait par avance au moment même où il les rédigeait.

La concordance qui existe entre les témoignages de ces deux personnages, séparés matériellement et par l'inimitié, donne une démonstration supplémentaire de l'exactitude des Révélations

(i) Iv'ortliographe du nom de Séuart est discutée ;[^divers documenta le montrent sans t.

234 P'^ l^ttVÈ TAI,I.Tl5îT

de Sénart, et nécessite deux courtes citations de la relation du secrétaire greffier adjoint de îa Commune.

Felhemesî raconte les scènes de carnage dont il a été témoin le 2 septembre, et son récit coïucide parfaitement avec celui de Tabbé Sicard. Il signale les fédérés marseillais et brestois qui ont pris part au coup du lo Août parmi les assassins de l'Abbaye. Il montre Maillard conduisant ses tueurs de l'Abbaye au couvent de.^ Carmes, les ramenant des Carmes à l'Abbaye, et, après avoir décrit les simulacres fallacieux d'interrogatoires des victimes, leur massacre, les excès des bourreaux, il ajoute :

« J'ai oublié de rappeller un forfait de plus, < vomi par les soi-disant chargés du peuple sou- « verain. Avec quelque rapidité que se fissent les « opérations, ces messieurs avaient encore le « temps et la précaution, au lieu d'orner les vie- « times, de les dépouiller au vif. Ils commen- « çaient par leur enlever portefeuilles, montres, « bagues, diamants, assignats, puis mettaient * toutes ces défroques tant dans leurs poches ^ que dans des corbeilles et cartons, et j'ai les « deux preuves suivantes qu'ils se sont tout « approprié :

« TP Deux commissaires furent envoyés par « la section des Quatre-Nations pour rédamer.

LA BELLÏi TALLIEN 235

« à la prière de ses parents, un prisonnier qui « n'avait aucune note royaliste; ils parvinrent « après bien de la peine à le faire élargir; mais, (( s'étant aperçus qu'il n'était dressé aucun pro- « cès-verbal des effets précieux enlevés aux con- (( damnés, ils se permirent d'en faire l'observation « à ces prévôts spoliateurs; ceux-ci, très gênés (( d'être devinés par des yeux dénonciateurs, (( voulurent d'abord biaiser, éluder, bientôt ils « élevèrent le ton d'une manière tellement torse (( et oblique, que le peuple, trompé sur l'objet de (( la discussion, et prenant les commissaires de la (( section pour des prisonniers, allait les égorger, (( lorsque ceux-ci, baissant la voix et adoucis- « sant les reproches d'une probité intempestive, « filèrent promptement et revinrent comme des « échappés.

« 2^ Le comité civil de la section, chargé de « se faire rendre compte, n'a rien pu découvrir « de toutes ces dépouilles précieuses, quoique les « prisonniers de l'Abbaye particulièrement fus- « sent la plupart des gens de qualité très opu- « lents (i). »

Et plus loin, Méhée ajoute encore :

« J'ai dit comme, Billaud-Varenne étant venu

(i) Relation de Felmesi ou Méhée, fils, dit Méhée de Latouche, l^es massacres de septembre, par Lenotrë, p. 194-19S.

236 I.A ^ntl^ TAI.UEN'

4 la veille (i) à la cour de l'Abbaye, Manuel était, « de son côté, venu à la prison vers les huit heures 4 du soir, à la lueur des flambeaux. Il avait 4 harangué la commission i>opulaire, mais ses « 3^eux exi)rimaient plu3 le caractère de la con- 4 trainte que la joie sanglante qui animait ceux 4 de Billaud.

« Billaud- Varennes revint le lendemain matin 4 3 septembre, vers midi, au comité de la section; < il parlait, monté sur les marches de l'escalier, « lorsqu'un nommé Rhulières, prisonnier de 4 l'Abbaye, déjà percé de plusieurs coups de pique, 4 courait nu dans la cour, tombant, se relevant, 4 je l'ai vu faire encore quelques pas chancelants « et lutter pendant plus de dix minutes contre la 4 mort qui l'atteignit enûn. Voici les paroles « abrégées, mais textuellement fidèles de Billaud- 4 Varennes aux massacreurs : « Respectables cito" « yens y vous venez d'égorger des scélérats^ vous « avez sauvé la patrie , la France entière vous doit 4 une reconnaissance éternelle ^ la municipalité n& 4 sait comment s'acquitter envers vous, sans doute 4 le butin et la dépouille de ces scélérats (mon» 4 irant les cadavres) appartiennent à ceux qui 4 nous en ont délivrés^ mais sans pour cela vous 4 récompenser, je suis chargé de vons offrir à

(i) Ivc 3 septembre.

• I,A BEl.T.ie TA1.I,IBN 237

4 cJuccun vingt' quatre litres, qui vont vous cire « payées sur-le-champ. {Applaudissements nom* « hreux des égorgeurs), respectables citoyens, con* € tinuez votre ouvrage, et la patrie vous devra de 4 nouveaux hommages » (i).

« Nota hene que Billaud-Varenne est celui « qui, en sa qualité de substitut du procureur de 4 la Commune, avait dans la matinée des jours « précédents interrogé à la mairie les détenus par 4 suite des visites domiciliaires, notamment la * femme I^amballe, et qu'ils avaient été district bues dans les diverses prisons (2) ».

Comme son sous-ordre Méhée, Tallien se défendit d'avoir été autre chose qu'un exécuteur irresponsable, lorsque les massacres de Septembre lui furent reprochés, et Sénart, à ce propos, ne le ménage pas.

(i) Dans sa relation des massacres de l'Abbaye, l'abbé Sicard, ayant échappé par hasard à la tuerie, et l'ayant pu suivre dans ses détails, cite l'incident des bons de vin donnéa aux égorgeurs à plusieurs reprises, et ajoute ce détail trô3 caractéristique :

« On annonce un commissaire de la Commune qui, par son i ordre, parcourait les différentes sections. Il entre et adresse

• ces mots au Comité : La Commune vous fait dire que, si

■ vous avez besoin de secours, elle vous en enverra, — Non,

■ Im répondirent les commissaires, tout se passe bien chea

• nous. — Je viens, répliqua-t.il, des Carmes et des autres h prisons, tout s'y passe également bien. »

(2) Relation de Felhemeai. G, LENotrs, L$s ny^<isacres de septembre, p. 1 96-1 97.,

238 LA BKLLK TALLIEN

(( Il est assez curieux, dit-il, de voir d'un côté « Tallien se défendre de la complicité de ce mas- « sacre et de lire de l'autre ses écrits dans le com- <( plot et son exécution. Alors on s'explique aiséce ment le reproche qu'il reçut à la Convention « d'avoir prêté sa griffe, comme secrétaire de la « Commune, pour des sommes immenses dont « l'emploi coûtait à prononcer et fait horreur à « la nature. Voilà le double sens de ces grands « mots de Marat, qui criait si souvent au meurtre (( et qui voulait être, selon lui, cruel par huma- « nité. Ce tableau présente les crimes des com- (( plices. !

(( Il faut encore rétablir un fait que Tallien

(( a dénaturé. Ce fourbe a prétendu avoir sauvé

« du massacre les femmes Saint-Brice (i) et Tour-

« zel (2). C'est mensonge : il peut être démenti par

« le citoyen Truchon, qui était alors membre de la

« Commune. Truchon était allé à la Force de

« son propre mouvement, ne participant pas à ce

<( complot. Il crut de son devoir d'y aller pour

« opposer quelque défense et prendre des précau-

« tions, mais il fut mal payé de son zèle, et pensa

« être immolé. Les chefs des égorgeurs, qui sa-

(i) Femme de chambre du prince royal, Louis XVII. (2) Gouvernante des Enfants de France après l'émigration de M"* de Poliguac,

Musée Carnavalel

Madame TALLIEN, par Bailly

LA BKLL^ TALLIEN 23g

« valent bien qu'il ne faisait pas partie (in com- « plot, l'eussent tué sans des gendarmes q\i\ le « sauvèrent et le cachèrent. Ce fut pourtanl en « cette situation qu'il trouva encore le moyen « de sauver quelques victimes. Secondé par les « gendarmes, il parvint à délivrer entre autres la « femme Saint-Brice et la femme Tourzel. 11 leur « donna le bras, les conduisit, et c'est à lui seul « qu'elles durent la vie, et non à Tallieo qui n'a\ ait <( pas été à la Force. C'est ainsi qu'elles s'en sont « expliquées par une lettre adressée à lui, Tru- « chon, et suffisante pour démentir Tallien. Son « acte de bienfaisance n'était qu'en paroles, Tru- « chon seul en avait le mérite : Truchon fut re- « connu seul bienfaiteur, Tallien en a usurpé le « titre.

« Que Tallien, pour les tromper, leur ait persuadé « que Truchon avait agi sur son invitation, ou « d'après les moyens qu'il lui avait donnés, et que, « par une complaisance ou reconnaisance mal « entendue, l'une d'elles se soit abandonnée à sa « luxure, ce dont Talien s'est fait un odieux « mérite, et que son impudeur l'empêche de rougir « tant du mensonge par lequel il veut usurper le « titre de bienfaiteur, que du vice dont il fait « étalage, Truchon peut opposer la preuve que « Tallien n'a aucunement participé à sauver ces a femmes. Des écrits confirment le démenti qu'il

240 La belliî talliên

<'. peut en recevoir, partout Tallien s'est montre « menteur, partout coupable, et c'est pourtant « alors qu'il parle humanité » (i).

A la suite de ces détails, Sénart déduit logiquement que la présence de Taîlien à la Commune comme secrétaire-greffier de celle-ci démontre sa participation volontaire, car la Commune n'eût pu se risquer à faire transmettre ses ordres de meurtre par un agent qui, ayant été hostile à ces mesures, eût pu les dénoncer pour les empêcher. Sénart rappelle que Tallien s'efïorça de cachetet de défendre les massacres de Septembre, et que cela seul démontrerait sa culpabilité.

Mais, si l'on considère, en outre, les excès de cruauté dont il se rendit coupable à Bordeaux plus tard, on est obligé de reconnaître qu'en lui, l'homme de la Terreur de Bordeaux ne dément pas, mais confirme, au contraire, les dénonciations qui l'impliquent dans les massacres de Septembre.

Dans ses « souvenirs de quarante ans », Pauline de Tourzel, plus tard princesse de Béarn, conteste aussi les affirmations de Tallien à son sujet : « Je sais bien, dit-elle, et l'on peut lire dans le « Moniteur du temps que Tallien, accusé à |« l'Assemblée d'être l'auteur des massacres des « 2 et 3 septembre, s'en défendit et se fit un mérite

(l) Mémoires de Sénart, p. 40-41-42.

LA BK:LLE TALLITvN- 24 1

« d'avoir donné l'ordre de sauver M"" Pauline de « Tourzel à M. Hardy; peut-être n'a-t-il agi que « par les ordres de Tallien, mais je n'ai vu que « M. Hardy et lui seul a été mon libérateur. »

Suivant G. Lenôtre (Les massacres de septembre, p. 74, note), ce libérateur serait un simple cordonnier, nommé Jean Hardyj que l'almanacli national de 1793 mentionne comme ayant alors 36 ans.

\vL moment du sauvetage de M"^ Pauline de Tourzel et de sa mère, il ne voulut accepter aucune récompense, et ceux qui, l'avaient aidé à sauver M'"* de Touzel imitèrent sa discrétion. Néanmoins, ils acceptèrent de se faire connaître, et plus tard, M'"" de Tourzel ne cessa de leur rendre service ; elle fit, particulièrement, à Hardy, une belle situation.

Pendant toute la durée de la Révolution, ce libérateur ne cessa d'ailleurs de protéger les Tourzel, et de leur rendre ainsi de nombreux services qui motivent les libéralités dont il fut l'objet.

Dans son histoire particulière des événements de Juin à Septembre 1792, Maton de la Varenne parle de Truchon en ces termes :

« A onze heures parut un homme à longue « barbe tombant sur sa poitrine, nommé Germain « Truchon, rayé plusieurs années auparavant du « tableau des avocats de Paris pour bigamie. Ce « misérable, qui, lorsqu'il exerçait la profession

« de jurisconsulte, signait Truchon de la Maisonce Neuve et se qualifiait de sieur de Pettindorf, « sortait tout récemment de la même prison, où « ce délit et plusieurs autres l'avaient fait mettre. « Il demanda insolemment l'ouverture des portes, « visita partout et renvoya les femmes, à l'ex- « ception de la princesse de Lamballe. Il installa « ensuite comme grands juges du peuple Dangé, « Michonis, Monneuse et Laiguillon, membres <( de la Commune, qui, revêtus d'écharpes muni- « cipales, se firent donner les registres d'écrou et « envoyèrent à l'Abbaye (ce qui signifiait à la « mort) la plus grande partie des prisonniers res- « tants. »

Dans une lettre adressée à sa fille, M"** de Sainte- Aldegonde, la marquise de Tourzel fait allusion à une visite qui semble être celle de Truchon : « Nous restâmes, dit-elle, fort tranquillement pence dant deux jours chez M™* de Lède (après son <c évasion de la prison de la Force grâce à Tentre- « mise de Jean Hardy) ; le soir du troisième jour « on vint me dire qu'un individu demandait à me « parler en particulier, je me rendis dans mon ce appartement et je trouvai un homme de la plus ce effrayante figure, très grand, avec une barbe « énorme.

ce Cet homme me dit qui je n'avais aucun risque « à courir à Paris et que je pouvais y rester, puis-

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