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< que j'avais été jugée innocente, mais que ma « fille, ayant été sauvée sans passer devant le « tribunal, pouvait être reprise d'un moment à « l'autre et reconduite en prison, qu'il me donnait « le conseil de l'enlever de Paris, et le plus tôt « possible, de manière que personne ne pût dé- <t couvrir le lieu de sa retraite. Cela dit, il sortit de * la chambre.
« Cet avertissement me jeta dans un trouble 4 horrible. J'envoyai sur-le-champ chercher « M. Hardy, à qui je racontai ce qui venait d'ar- « river. Il fut lui-même très étonné de cette « marque d'intérêt... etc. »
lyC signalement que donne M°^« de Tourzel du mystérieux visiteur barbu se rapporte assez, on le voit, au portrait que Maton de la Varenne trace de Germain Truchon.
Il est possible que ce Truchon ait fait élargir quelques prisonnières avant la constitution de la parodie de tribunal de la prison, comme le rapporte Maton de la Varenne. Sainte-Brice, la femme de chambre du prince royal, fut-elle ainsi sauvée par lui ? En tout cas, il ne semble pas, quoi qu'en dise Sénart, qu'il ait coopéré en rien au sauvetage effectif des dames de Tourzel.
Quant à Tallien, il paraît encore moins dans ces libérations; et, s'il obtint les faveurs d'une des libérées en se donnant auprès d'elle coir.tn? sou
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sauveur, ce ne fut ni celles de la marquise de Tourzel ni celles de sa fille Pauline, qui n'était qu'une enfant. M"" ou M"" Saint-3rice eut seule peut-être cette faiblesse... mais les affirmations de Tallien, se vantant d'une telle reconnaissance, sont plus que sujettes à caution.
Après ces horribles tueries des premiers jours de Septembre à Paris, la Commune ne semble pas rassasiée de sang; elle paraît mise en appétit de massacres, car elle étend les mêmes crimes au delà de la capitale.
Sénart accuse encore ici Tallien de la façon la plus précise :
« L'instruction régulière du procès des prison- « niers d'Etat détenus à Orléans pour être jugés « par la haute cour nationale aurait donné de (( grandes preuves sur la conjuration de d'Orléans (( et de ses complices. Ils craignaient, et ils prirent (( le parti de les égorger. D'ailleurs, les autres « émissaires de Pitt, qui aiguisaient les poignards « et les distribuaient, n'avaient d'autre but, (( d'après leur mission, que de désoler la France par « le fer et le feu, et la faire détruire par elle-même. (( Ainsi, les ennemis de l'humanité dirigeaient « tous leurs efforts, chacun de leur côté, pour (( ciugmenter le désordre. Le crime et l'intrigue (( avaient des partisans; leur repaire était chez « un ministre et dans l'administration de police
« de la commune de Paris : la distribution de « Santerre avait fait élire à ces postes les com- « plices de d'Orléans.
(( Encore bien que la commune de Paris ne pût « sous aucun rapport s'arroger le droit d'exercer « son autorité dans une autre municipalité, elle « décida néanmoins d'envoyer des commissaires (( à Orléans avec de la force armée pour arracher « des prisons de cette ville les prisonniers d'Etat. « Une troupe fut formée à cet effet, et le comman- « dément en fut confié au citoyen Fournier, dit « l'Américain. Danton, alors ministre de la justice, « chef du complot, prétexta de faire exécuter (( le décret qui ordonnait de les transférer à Sau- « mur, décret qu'il avait surpris dans des vues per- « fides. La troupe partit. De vénérables membres (( de la municipalité de Paris, doués d'un genre (( de justice tout particulier, croyant que l'on ne (( pouvait dominer que par le fer et le crime, « invoquèrent la justice au nom du peuple, et « décidèrent entre eux que les détenus prisonniers « d'Etat seraient amenés à Versailles: le massacre « projeté y était plus facile. On enverrait das « égorgeurs bien au fait et habitués; on s'assure- « rait à la fois du pillage et du meurtre. Il fallait « un prétexte pour couvrir ces attentats et ces « atrocités : les mêmes vénérables complices et « chefs du complot dirent de grands mots au
« peuple. Les ennemis de la liberté, les conspî- « rateurs, s'écriaient-ils, espèrent de grands avan-
* tages des lenteurs des tribunaux; ils pensent
* trouver des ressources dans les subtilités de leur « défense; leurs juges sont corrompus, leurs crimes « seront couronnés, et le peuple sera vaincu par « cette tactique. Ils firent approuver le changeiS.ent « de destination, et nommèrent des commissaires « confidens du massacre projeté.On dirigeait ouver- « tement ce qui ne répugnait pas au gros bon sens, « et dans les bureaux, on méditait le crime, on « s'y préparait, et l'on en payait l'exécution. Il « n'est pas besoin d'épithètes aux noms des chefs 4 du complot de ce massacre ; il suffit de dire que <f Danton et Tallien dirigeaient, chacun de leur « côté, et dans leur partie, cette opération.
« Le prétexte que l'on prenait pour amener
* les détenus à Versailles était d'activer et sur- « veiller leur jugement. On choisit pour com- « missaire confident et directeur Tallien. Il partit
* et joignit en chemin la force armée. Tallien « voulait s'assurer du commandant, mais il ne
< put y parvenir. Il fallut alors diviser la troupe
< d'avec son chef, et il en chercha les moyens. Il « ne s'éloigna qu'après avoir réussi, sous le prét texte d'une mesure de sûreté générale, à changer
< la destination de Saumur pour faire venir les
< détenus à Versailles. Fouruicr, pensant exécuter
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4 la loi, crut que tout allait y obéir de même : il « ignorait le secret. Il fit emballer tous les effets,
♦ tous les meubles, les fit charger et forma le <• convoi des détenus dans des voitures ; il disposa
* ensuite sa troupe et voulut partir. Mais le projet « du massacre avait transpiré, et la garnison avec « la garde nationale d'Orléans prirent les armes. « Alors les factieux, excités à l'insurrection, mena- « cèrent d'égorger le 3 détenus de leur convoi, si « l'on s'opposait à leur départ pour Paris ou Ver- « sailles. I^e sang allait couler de part et d'autre ; « Foumier, par son intelligence, apaisa tout, et « en lui confia enfin, sur des promesses de loyauté,
* les malheureuses victimes. Le convoi partit. « lorsque l'on fut arrivé à l'embranchement de
« la route de Versailles,le commandant ne put être « maître de sa troupe; une partie conduisit les « effets deî détenus à Paris, tandis que le reste « prit, avec le convoi des prisonniers, la route de « Versailles. Fournier, jugeant que sa présence « serait nécessaire à Versailles, précéda sa troupG
♦ et fut prendre quelques précautions. Il amena « au devant du convoi le département, le district ^ et la municipalité. Ces trois corps s'étaient crus « suffisans pour déterminer la confiance et préi venir tous les accidens. Cependant, Dan 'on avait
« donné im ordre secret, mais écrit, qui fut remis < par Tallien à Grammont et di^nilgué ensuite par
« ce dernier, qui en était dépositaire, pour que le « massacre ne fût fait qu'à Versailles. Il avait « disposé les postes; il savourait d'avance le sang « qu'il devait faire couler; et spéculait sur les « dépouilles que l'on allait ravir, bagues, porte- (( feuilles, bijoux, tout était un objet de cupidité. « Alors, le convoi s'avance, les égorgeurs se préce sentent, le mot est donné aux conducteurs, les « victimes passent rapidement la grille de l'Oran- « gerie; cette grille est aussitôt fermée sur les <( détenus, qui sont livrés aux assassins apostés. « On précipite Fournier, commandant, de dessus (( son cheval, on le terrasse. Une partie de sa « troupe le dégage, l'autre veut forcer la grille, et « pendant ce temps-là, les victimes étaient égor- « gées sous les yeux du peuple, sous les yeux de « la troupe. Le peuple crie vengeance; les corps « constitués réclament force à la loi; les grilles « s'enfoncent, les égorgeurs font retraite et s'éclip- « sent par des moyens préparés. Héron, leur chef, (( les ramène à Paris, Danton dispose de la loi, « le crime reste impuni. Tallien, commissaire « confident, prépare dès lors une vengeance contre « Fournier, dont il n'avait pu disposer à son gré. (( Les brigands égorgeurs avaient pillé des tf montres, des portefeuilles et divers bijoux. L'un « d'eux avait coupé une main, ne pouvant en « arracher deux bagues de diamanbs, et l'avait
« mise dans sa poche ; un autre la lui vola, et, après « avoir coupé les doigts qui portaient les bagues, « la remit dans la poche où il l'avait prise. Le « surplus des effets et ce que l'on n'avait pas eu le « temps d'emporter fut soigneusement recueilli (( par le corps administratif de Versailles. Mais a la municipalité de Paris ayant été sans raison « indiquée par de lâches émissaires, comme pour- (( vue d'une certaine autorité à cet égard, on lui « renvoya toutes les dépouilles des victimes.
« Alors, le fameux M... qui, sous le nom de (( F..., a écrit le journal de Tallien après le 9 ther- « midor, était l'un des secrétaires commis de la « municipalité de Paris et l'associé de Tallien. On « l'avait aussi intéressé dans le casuel, et les effets « venus d'Orléans et ceux mêmes des victimes, « restes des dépouilles du massacre de Versailles, (( étaient une partie ou même le principal objet (( du casuel. Or comment remplir les vides de « ce que les autorités constituées d'Orléans et (( de Versailles avaient constaté exister et envoyé « à Paris. On imagina d'accuser Fournier lui- « même des soustractions, et l'on surprit un mandat « d'arrêt contre lui. Le coup n'était pas mala- « droit : Fournier arrêté, plongé dans une maison « d'arrêt, égorgé ensuite, n'aurait pu donner les « explications nécessaires, et il eût été accusé de « vol. Les vrais voleurs provoquaient son arres-
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« tation et méditaient sa mort; maïs le complot < fut déjoué,le mandat d'arrêt ne put être exécuté. « Fournier vint à la barre de la municipalité, eu « séance publique, prouva le faux de l'inciilpation, « fit reconnaître que tout était parvenu à la mu- « nicipalité de Paris, et démontra qu'il n'avait « touché à rien, qu'il n'était point coupable. <f Fournier fut applaudi, M... fut dévoilé, Tallieu « resta derrière le rideau (i) ».
Les dernières observations ^de Sénart au sujet de M. (Méhée) ou F. (Felhemesi) montrent comment Tallien, même après son triomphe de Thermidor, resta soucieux de s'innocenter des crimes et des vols que Robespierre voulait lui faire expier sur l'échafaud.
Méhée, compromis comme lui dans les assassinats intéressés de Septembre 1792, devait rechercher son appui, lorsque sa participation au renversement de Robespierre lui donnait une popularité très éphémère, mais éclatante. On s'explique fort bien ainsi qu'il ait consenti à rédiger, ou même qu'il ait offert d'écrire l'apologie de sou chef, qui lui est reprochée par Sénart.
Mais, cet acte de courtisanerie et de solidarité criminelle n'ayant pas donné les résultats de défense réciproque qu'il attendait de Tallien,
(i) Ménui/es de Scnarf, p. 12-13-1 ;-i5-i6 17.
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Méhée devait naturellement, ensuite, essayer de s'innocenter tout seul en condamnant les massacres, comme il le fit dans la relation des journées de Septembre -précédemment citée.
Ces documents, tous confirmés les uns par les autres, ne laissent pas le moindre doute sur les culpabilités de Tallien. Dès qu'il entre dans la Commune de Paris, il se montre à la fois, assassin et voleur. Ses complices, nombreux, connaissent parfaitement ses crimes, et Thérésia ne put les ignorer à Bordeaux, parce que son sinistre amant s'y fit de nombreux jaloux, qui ne durent pas manquer de les lui apprendre.
Jusque-là, c'est-à-dire jusqu'au moment où elle se donne au septembriseur, en dépit du récit de son apologiste, tout porte à croire qu'elle ignorait ce qu'était l'ancien secrétaire général de la Commune.
Si réellement elle Ta rencontré chez Alexandre de Lameth, si même, chose plus improbable encore, elle l'a entrevu à la porte du salon, ou de l'atelier de M""** Vigé-Le Brun, une foule de préoccupations plus agréables, plus galantes, le lui ont fait ensuite oublier. En tout cas, il est invraisemblable qu'elle l'ait vu, entendu et admiré le 31 août 1792 à l'Assemblée nationale.
Comment se serait-elle rendue à l'Assemblée? Qui l'y aurait conduite ou accompagnée? Les
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tribunes sont alors envahies par les éléments révolutionnaires actifs des clubs et des sections. Oserait-elle se risquer seule, et même travestie en femme du peuple, dans un tel milieu, où sa beauté serait quand même remarquée, où le premier venu reconnaîtrait sous son costume,, fût-il sale et déguenilléj sa véritable condition. Thérésia est évidemment incapable de se déguiser jusqu'à s'enlaidir, salir sa peau et sentir mauvais.
Ses amis de l'Assemblée constituante (?) sont trop menacés pour s'aventurer eux-mêmes dans cette enceinte, où l'on réclamera, quelques jours plus tard, la mise en accusation d'Alexandre de Lameth (15 septembre 1792). Et comment, en admettant qu'elle soit, le 31 août, dans les tribunes de l'Assemblée, pourrait-elle applaudir avec enthousiasme ce Tallien, qui lui est encore étranger, lorsqu'il porte la parole pour le parti prêt à détruire ses seuls protecteurs et qui va l'obliger à s'enfuir de Paris !
La troisième prétendue rencontre de Tallien par Thérésia, le 31 août 1792, est donc assurément une fable de la princesse de Chimay.