I.A BEI.I.B TAI.I,IEN
treprise, elle était belle et enco i e plus ravissante (qu'elle ne l'est aujourd'hui, où tout Paris l' admire, et, de plus, bonne et douce et prévenante. C'était un ange comme ceux qu'on prie, un ange auquel il ne manquait que des ailes !
« Sottin se mit à rire. — Vous êtes bien poéti" que aujourd'hui, lui dit-il.
— « Non, répondit froidement I^amothe, je suis vrai, car je ne suis plus amoureux : ainsi vous voyez que vous devez me croire.
« Ce que je vous raconte se passait en 1792 (i), poursuivit Lamothe. Bordeaux commençait à s'agiter J'y étais alors, ainsi qu'Edouard de C..., et notre intention à tous deux était d'aller à l'armée, lorsque notre destinée nous fit rencontrer j^mt ^e Fontenay.
« On était en été, et même encore au printemps; vous savez ce que c'est qu'un printemps du midi : c'est, je crois, un avant-goût du paradis... Tout en parlant du charme de ce beau temps, de la liberté des champs, du bonheur qu'on trouverait à ne plus entendre gronder le lion populaire, on eu vint tout naturellement à désirer la campagne. Edouard de C... dit : Pourquoi n'irions-nous pas à Bagnères ? Nous sommes près des Pyrénées : partons.
(i) Il y a ici erreur de date ; il faut lire 1793 au lieu d«
Dui^rtr^y
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Musée Carnavalet
Ul -BtUX TAI.I.mN 287
•« — « Partons, dîmes-nous aussitôt. Le lende* main, les préparatifs étaient faits, et, deux jours après, nous étions en chemin.
« Ma rencontre avec M°*« de Fontenay avait eu quelque chose d'étrange. Edouard de C..., avec qui j'étais en relations d'amitié, sans pourtant être fort intime, m*avait choisi pour son confi* dent, et me racontait combien il était malheureux. Souvent, il voulait s'éloigner ; mais la magicienne resserrait ses liens par un regard, et le malheureux jeune homme restait plus insensé que jamais. Je craignais d'être présenté à cette femme, qui enflammait ainsi pour ne pas aimer, et puis im jour, je ne sais par quel événement simple cela se fit, je m'y trouvai présenté par Edouard lui-même,
— « Puisque maintenant tu es dans la maison, me dit Edouard, je t'en conjure, fais tes efforts pour découvrir ce qui peut causer sa froideur ; car je l'aime, je l'aime comme un pauvre fou, cette femme, et je vois que, non seulement elle ne m'aime pas, mais qu'elle ne m'aimera jamais.
« Il avait raison, je ne vis pas cet ensemble trois fois que mon opinion fut arrêtée, et je l'aimai, sans scrupule de prendre une place occupée pat un ami.
— ■« Comment ! Vous étiez déjà aimé ?
— « Je n'ai pas dit cela..., n'allons pas si vite... Koufi parUmeb tous, M'"« de l'uulenay, Edouard
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i: C..., Cabarrus et un oncle Galabert, ban« < nier de Bayonne, qui gardait sa nièce comme Cabarrus gardait sa sœur ; c'était à en perdre 1 esprit.
« Nous allions à petites journées. Arrivés dans ir.ie bourgade par delà I^angon, nous ne trouvâmes que trois chambres pour toute la caravane, et c'était bien peu pour tout le monde ; mais l'oncle et Cabarrus trouvèrent, au contraire, que la chose était admirable. Cabarrus mit des matelas par terre pour nous quatre, abandonna la troisième chambre aux domestiques, donna celle qui donnait sur le jardin à sa soeur,CL, quant à nous, nous nous établîmes dans la première de toutes.
« Je remarquai une sorte d'alliance entre Edouard de C..., Cabarrus et Galabert. Ce soir-là, on me plaça de manière que j'étais entouré des trois autres : ceci avait une raison.
« Depuis que le voyage était commencé, nous avions trouvé le moyen de nous réunir, M™«= de Fontenay et moi, c'est-à-dire que j'en avais enfin €)btenu la permission de lui dire que je l'aimais, et elle m'écoutait sans colère. Ce même soir, nous devions enfin nous entendre mutuellement, car je voyais, je sentais qu'elle m'aimait ; et cependant, je me désespérais, car elle ne faisait encore quQ^m^écouter,i aussi, lorsque je me vis ainsi
T.A Hni^fE TAI^I^mN 289
en'ouré, il me prit un vertige causé par la colère, qui me fit p:rdre toute pen:ée de retenue, et je tésolus de parler à Thérésia ou de tuer tout ce qui y mettrait obstacle. J'avais de fort bons pistolets ; ih étaient chargés et toujours auprès de mon lit, mais le bruit aurait pu reffra3^er. Je pris avec moi, dans mon lit, un grand couteau à découper que je trouvai sur la table où nous avions soupe, et que j'emportai avec moi sans que l'on s'en aperçût. Nous nous couchâmes. Avant de faire une tentative pour me lever et passer au m.ilieu de tous ces corps qui semblaient s'entendre pour me barrer le passage, je voulus bien m'assurer que tous étaient endormis.
« La volonté ferme est toujours puissante. Je ne crois pas qu'il y ait une chose, quelque forte qu'elle soit, qui résiste à la volonté qui veut... Au bout d'une heure, mes gardiens étaient endormis, r.'ors je me levai... Mais, lorsque je voulus me chaustv.T, je ne trouvai ni souliers ni bottes : Cabarrus avait tout fait emporter sur le conseil d'Edouard lie C...
« Je ressentis une telle colère, que si, dans ce moment, l'un d'eux s'était éveillé, je lui aurais donné un coup de couteau ou lui aurais cassé la tête, mais ils ne bougèrent pas. Cette m,esure m-'explique leur sécurité, et pourquoi ils s'étaient endormis si paisiblement. Je ne voulus pas leur donner
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c;iuse gagnée, et toujours attendant que leuf ^(.mmeil fût plus profond, je ne me levai que lorsfpi'il fut tout à fait certain qu'ils ne s'éveilleraient ])iv:u Je passai au milieu d'eux avec des précautions LAKit le détail vous amuserait, et j'allai trouver et! le qui m'attendait. Nous x)arlâmes de cet escla- \;\L;e où elle était retenue, et je lui fis voir que c'était une souJBfrance qu'elle s'imposait volon* t ai rement... Elle m'écoutait, et m'aurait cru dans les conseils que je lui donnais, quand mêm,e xdouard de C... n'aurait pas agi comme il le fit. A mon retour dans notre chambre, il me parla sur un ton qui me déplut. Nous nous battîmes à l'heure même, et j'eus le bonheur de recevoir un coup d'épée.
« — Comment ! le bonheur ?
« — Eh oui ! sans doute : sans ce coup d'épée, je n'aurais jamais peut-être appris combien j'îtais aimé! M'^e de Fontenay, au désespoir de r a blessure, qu'elle croyait encore plus dange* r» use, se mit à mon chevet, déclara à son frère et à son oncle qu'elle serait ma seule garde, qu'elle était sa maîtresse et prétendait agir à sa guise, I,e résultat de cette aventure fut que le frère partit pour l'armée avec Edouard de C... et fut tué dans cette même armée, que l'oncle Galabert s'en retourna à Bayonne, et que Thérésia et moi,heureux comme on l'est quand on s'aime et qu'on est
libre, nous passâmes le temps de ma convalescence dans le plus beau pays, ressentant au cœur une joie qui n'a plus de pareille dans le reste de la vie » (i).
Le plus jeune frère de Thérésîa étant celui qui se fit tuer à l'armée par désespoir d'amour pour sa sœur, il en résulte que ce fut lui et non pas l'aîné, Théodore, qui fut du voyage de Bagnères.
Sa surveillance jalouse est ainsi bien plus naturelle. Son brusque départ pour l'armée, en compagnie d'Edouard de Colbert, devient plus rationnel.
;Mais quelles furent les pensées de Thérésîa lorsqu'elle apprit, en 1794, la mort de son frère ? Elle ne pnt se dissimuler qu'elle l'avait assassiné, indirectement, en se jetant avec tant de légèreté dans les bras du jeune de Lamothe II
L'histoire de Bagnères ne dit pas com.bîen de temps durèrent les amours de Lamothe et de Thérésîa.
La belle ci-devant marquise n'était pas réellement aimante; mais la sensualité qui l'animait
(i) Histoire des salons de Paris, par la duchesse d' Abr ANïfts,
2<W^ T,A BIÎU.T^ TATXmK"
devait Ctre à son maximum à ce moment où elle passait de sa dix-neuvième à sa vingtième année, et le souvenir si brûlant que Lamotlie a gardé d'elle — son récit en témoigne — dénota qu'elle fut pour lui la plus ardente des maîtresses.
Pour ne pas lui supposer d'autres aventures entre la fin du printemps et la fin de l'automne de 1793, mieux vaut présumer que cette intrigue remplit pour elle les quatre ou cinq m.oi3 qui la séparaient des plus gros événements révolutionnaires dont sa vie allait être si profondément influencée.
Après le scandale du duel de Lam^othe-Colbert et de ses suites galantes, Thérésia cesse assurément de vivre dans l'intimité de sa famille. Si elle n'habite pas avec le jeune de Lamothe, elle prend tout au moins résidence dans un logis particulier où elle peut recevoir librem.ent ses visites, et se livrer sans entrave à ses étreintes passionnées.
Profitons de l'enivrement, au moins voluptueux, qui l'absorbe de m,ai ou de juin à septembre, pour reprendre l'examen de « la carrière » de Tallien, puisqu'il va nous ramener directement à Thérésia en nous permettant de mieux comprendre les influences qui déterminèrent l'union de celle* ci avec le sinistre terroriste.
Yin
Les iîxpucations de Tai,i.ihn sur i.ks i^iassa-
CRES DE SEPTEMBRE (1792), 293-297. — LH SIÈGE QUE PREND TaI.I,IEN A I.A CONVENTION ; SON ROI.E DANS CETTE ASSEMBI^ÉE COMMIÎ RÉGICIDE ET COMME MONTAGNARD JUSQU'EN 1793, 297-304. — TAI.I.IEN ENVOYÉ A BOR- DEAUX ; ly 'INSURRECTION FÉDÉRALISTE DANS
i,A Gironde et les randonnées de Tallien AUTOUR DE Bordeaux avant d'y pénétrer ;
l'entrée du TERRORISTE DANS LA VILLE ;
LA Commission militaire de Bordeaux et son
PRÉSIDENT IvAGOMBE, 304-3I3.
Paris-Bordeaux (1792-1793)
Nous avons laissé Tallien dans le sang des massacres de septembre. C'est là qu'il faut aller le retrouver, pour suivre sa carrière politique, puis* qu'elle part de cette monstruosité. C'est une ori-^ gine infâme dont le révolutionnaire gardera tou* jours pendant sa vie, et dans sa survie de l'Histoire, l'ignominieuse empreinte. ]
294 T-'^ BrjJ,Tî TAT JJîtîT
';;o-r!tic prorondvlir.ent r.vciilie déjà, l'Assemblée îj'li.iut des massacres lorsqu'elle les apprit par la rum,eur publique, au milieu de la nuit du 2 Septembre.
Des commissaires, envoyés par la Commune, fournissent alors des explications.
L'un d'eux présente les tueries comme des actes spontanés des masses î)opulaires qu'il n'a pu empcclier. C'est le m,embre de la Commune Tmchon, signalé par Sénart précédemment (page 238) coir.mc étranger au complot des massacres. Il se flatte d'avoir fait élargir des prisonniers, notamment des femm.es incarcérées à la Force, et particulièrement Mile (le Tourzel et M^^^ Saint-Brice.
Sur ces dernières délivrances, les docum.ents recueillis que nous avons signalés page 243, établissent assez la part prise par Truchon dans ces sauvetages : il est inutile d'y revenir.
Tallien ne manque pas d'aller aussi à l'Assemblée « se laver les mains » de ce qui se passe :
« On s'est d'abord porté à rAbba3^e, dit-il, < Le peuple a demandé au gardien les registres « (d'écrou) Les prisonniers détenus pour l'aflaire « du 10 août et pour cause de fabrication de * faux assignats ont péri sur-le-champ. Onze « seulement ont été sauvés.
« Le conseil de la Commune a envoyé une dépu- « tation pour s'opposer au désordre. Le procureur
LA BKTJ.T^, TAI.I.IKÎT 295
4 (te la Commune s'est présenté le premier, et a
* employé tous les moyens que lui suggéraient « son zèle et son humanité. Il ne put rien gagner « et vit tomber à se: pieds plusieurs victim.es. « Lui-même a couru des dangers, et on a été obligé « de l'enlever dans la crainte qu'il ne pérît victime « de son zèle. De là, le peuple s'est porté au « Chatelet, où les prisonniers ont été aussi
♦ immolés.
« A minuit environ, on s'est porté à la Force. « Nos com^missaires s'y sont transportés et n'ont « rien pu gagner. Des députations se sont suc- « dé, et, lorsque nous sommes partis pour nous « rendre ici, une nouvelle députation allait encore « s'y rendre. L'ordre a été donné au commandant « général d'y faire transporter des détachements, « Nos com.m.isGaire sont fait ce qu'ils ont pu pour 4 empêcher l'hôtel de la Force d'être pillé ; m,ais « ils n'ont pu arrêter en quelque sorte la juste « vengeance du peuple, car, nous devons le dire. « ses coups ont tombé sur les f abricateurs de faux « assignats ; ce qui a excité la vengeance, c'est « qu'il n'y avait là que des scélérats connus. »
Qu'y a-t-il, en résumé, dans ce verbiage ?
1° Nous somm.es étrangers aux m.assacres. 2* c'est le peuple qui agit. 3° Nous avons tenté en vaûi, même en risquant notre vie, d'empêcher les exécutions. 4° La vengeance du peuple est d'ail-
«9<^ i<A Btixn "tAixmi^]
leurs légitime et ceux qu'il a tués méritaient la mort.
Et cela veut dire très clairement : < Les massacreurs ont raison ; ils sont plus forts que vous ; laissez-les donc faire et ne nous ennuyez pas avec ces troubles, où nous ne sommes pour rien. »
Tallien ne risque pas grand'chose en parlant avec ce cynisme, puisque la Commune domine absolument l'Assemblée.
Après avoir entendu cet ultimatum, les députés restent, en effet, simples spectateurs des massacres, QUI CONTINUENT. (l)
En conséquence, la Commune de Paris recommande, le lendemain 3 septembre, à toutes les autres communes de France de suivre son exemple. Elle expédie cette recommandation dans les départements par une adresse qui proclame et glorifie les massacres. Duplain, Panis, Sergent, Lenfant, Jourdeuil et Marat signent ce document.,., mais Tallien, prudent, se garde d'y ajouter sa signature.
Plus tard (2), on l'associera, néanmoins, aux assassins ; car il sera trop évident qu'il a organisé ces boucheries et profité des vols du bien des victimes.
(i) Jusqu'au 5 v^cptembre I (2) A la Convention,
Alors, îl publiera un simulacre de défense dans lequel, plus que jamais, il attribuera au peuple les égorgements commandés et payés par son groupe de membres de la Commune, à la poignée de bandits qu'il avait recrutés.
Mais, au lendemain des massacres exécutés par ses soins à Paris et à Versailles, la Commune est trop redoutée pour qu'on songe à l'inquiéter.
On n'entend qu'un seul cri de révolte et d'indignation, celui de Guy de Kersaint, député de Versailles, qui démissionnera plus tard en disant :
« Si l'amour de mon pa^^s m'a fait endurer le « malheur d'être le collègue des panégyristes « et des promoteurs des assasinats du 2 Septembre, « je veux au moins défendre ma mémoire d'être * leur complice. »
Tallien ne s'émut nullement de ces paroles et de la démission qui les sanctionnait. Il avait désormais de l'argent ; il s'était fait élire précisément en Seine-et-Oise.i
Dès ses débuts à la Convention,Tallien se montre grisé de son triomphe.
Comment ne serait-il pas ivre de ses succès, ce fils de laquais, sans instruction, sans aucune valeur, sans moralité^ qui s'est élevé si vite — il
29^* TvA BlÊI^IvIv TAIXmN
n'a que 25 ans — à la dignité de législateur, au poste de gouvernant ?
Mais il a les mains trop souillées à jamais de la fange et du sang où il a ramassé, par Tor de se; victimes, le moyen de se faire élire, pour oublier que son pouvoir n'est durable qu'à la conditio:i de rester sanguinaire.
Au lendemain de son élection et les jours sui^ vants, il lance, à la Convention, dans la soûlerie de sa joie, les propositions les plus stupidcs : il se vautre dans sa « condition » nouvelle, inespérée....^ Puis, au moment du procès du Roi, il ne manqua point de s'aificlier parmi les plus acharné; accusateurs de Ivouis XVI. Il semble que sa ba^> sesse est au paroxysme de la jouissance en prenan': clans un nouvel assassinat, celui de la monarclii-i et de son représentant, la revanche des servitude.; dont ses ancêtres n'ont pas su s'affranchir des siècles durant.
Plus que tous les autres régicides, il affirme le Koi coupable. Il repousse la proposition de ratification populaire en disant à Vergniaud, qui préside : « Il n'est pas besoin de s'attarder à consulter le peuple quand ses députés ont la parole. » ( O Liberté! Egalité!! Fraternité!!!) H est le premier des 387 qui votent la mort sans conditions. H rejette l'appel interjeté par Sa Majesté auprès de la Nation. Enfin, quand il est question de sur-
seoir à l'exécution du jugement, il lance une protestation d'une immonde ironie : « Louis (!) sait « qu'il est condamné ; il sait qu'tm sursis a été « demandé. Je demande que la question soit ♦ décidée sans désemparer, afin de ne pas pro- « longer les angoisses d'un condamné. »
Ce fils de laquais, tutoyant le chef des anciens maîtres, sentait qu'il lui fallait, pour rester à son ^lège, mettre de l'irréparable dans la tourmente révolutionnaire (i).
Pour le récompenser, le soir même de la mort (lu Roi, les régicides le nommèrent membre du Comité de sûreté générale. .
Afin d'aider au procès de lyouis XVI, Tallieu s'était fait accusateur (i). Au début de 1793,
(i) C'est surtout dans L'Ami des citoyens, le journal-affiche de Tallien, que sa haine pour Louis XVI se manifeste. H y prémédite sa mort, avant qu'il soit mis en jugement, en disant sans cesse qu'il faut débarrasser la France de ce tyran, qui sera le dernier; il ne le nomme que «lyouis» (tout court) ou «le dernier des Rois», car il veut l'abolition de la monarchie. Le no 57 du 9 décembre 1792 est un des numéros de cette feuille les plus caractéristiques à ce sujet, car il est entièrement consacré à ce crime prémédité ; il est bien complété par le n® 63, de janvier 1793, où la mort du Roi condamné est annoncée avec une joie tout à fait sauvage.
(i) A l'acte énouciatiE des crimes de Louis Capet, TalHea •joute : • La défense qu'il a faite, eu partant pour Va-
500 I.A Bi$rj."e tAiXtit^
il revient à ses premièrej amours de massacres «jt de rapines en allant dans l'Ouest opérer sur les royalistes.
Comme Robespierre, Tallien, sans valeur {2), est l'adversaire, l'ennemi naturel de tous ceux de ses collègues dont il constate ou flaire la supériorité, manifeste ou latente.
Il déteste en bloc les Girondins parce que ce parti renferme des Conventionnels ennemis du désordre nécessaire pour ses entreprises.
Petion était « son père » adoptif lorsqu'il avait besoin de s'appuyer sur sa popularité pour « cambrioler » la Commune; mais le septembriseur sacrifie, sans hésiter, ce père dès qu'il devient sou collègue et qu'il se trouve placé, par les cadavres dont il a fait sa « courte échelle », dans un groupe hostile à celui de Petion. — , . '^^ .
« rennes, de ne signet aucun acte é^iané du corps législatif, « et au ministre de la justice de remettre les sceaux à l'Etat, k En outre, l'affaire du Champ de Mars prouve que, non seu- « iement le Roi avait des intelligences avec I^a Fayette, mais
• encore avec Bailly et les officiers municipaux d'alors, qui « ont accompagné I^afayette avec le drapeau rouge. »
(2> Ainsi que Barras, mais avec im mérite personnel qui l'autorisait mieux à porter un jugement de ce genre, Mallet du l'an exprime son mépris pour la nullité de Tallien en ces li'tmes : «... Je l'ai connu (Tallien), et je n'ai point rencontré « de révolutionnaire subalterne plus faux, plus dépourvu de
• toutes connaissances et de tous principes, plus fait pour « ramper dans les derniers rangs. »^
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Jusque sur les bancs de la Montagne, son aversion pour toute suprématie s'exerce à l'égard de Carnot, de I/indet, de I^ebas ; et, quand il en aura l'occasion, c'est avec un soupir... de délivrance qu'il votera l'envoir à la guillotine de Fabre d'Bglantine, Camille Desmoulins et Danton.
Quand la lutte engagée entre montagnards et girondins amène à la barre de la Convention les manifestants de la Commune, le 14 avril 1793, et leur fait réclamer l'expulsion de vingt-deux députés de la Gironde, les adversaires des montagnards ripostent en faisant voter la décision qui envoie Marat se justifier devant le tribunal révolutionnaire. Taîlien défend Marat.
I/'ami du peuple, étant accusé de créer le désordre par des complots réels ou imaginés, demande une visite domiciliaire pour se justifier. A cet effet, la Convention délègue un girondin et un montagnard. I^e montagnard est Tallien. Maraf tiort, naturellement, vainqueur de cette épreuve.
Compère du bouclier Legendre, qui préside au club des Cordeliers et demande à manger de la chair d'aristocrates, de riches ou de lettrés, Tallien est, au même titre, compagnon d'Hébert, le père du Père Duchêne.
Par les massacres de Septembre 1792, il est lié avec les sectionnaires émeutiers qui s'em.parent de l'iiôtel de ville le 28 mai 1793, qui nomment Hau*
r,02 U^ BEl^IvE TAtIviEN
: "ot commandant des gardes nationales, qui font
1 onner le tocsin, tirer le canon d'alarme, puis, le fi mai, envahissent la Convention et recom- Mencent les mêmes émeutes intimidatrices le
2 juin, sous la direction de Marat.
ly'ami du peuple prend sa revanche. Il lui faut ru moins vingt-sept têtes de Girondins, en corn- ])eusation de l'épouvante que le parti de la Gironde lui a fait éprouver.
De même, Tallien, au lendemain du 9 thermidor, f .;^ra expier à la Commune, par soixante-huit déca* citations, la peur dont il tremblait en la voyant soutenir Robespierre.
Il a débuté, comme la Révolution, par le crime. Comme elle, il est pris dans une sorte d'engrenage (.e forfaits qu'il lui faut multiplier, exagérer sans cesse, jusqu'au jour où il sera broyé lui-même 5 >us le poids de ses victimes.
En Septembre 1792, il a dû se contenter de vider i\ 33 bourses et des portefeuilles. A Tours, au milieu (• i 1793, ayant monté en grade parmi les bandits r Jvolutionnaires, il élargit sa manière ; il rançonne Ils vivants sans le concours de coûteux intermé- ('.' aires : c'est moins compromettant et plus avan-
tr.geux.
Mallet du Pan dit, à ce propos : « Ce petit misê- « rable (Tallien), envoyé en mission à Tours, y <i commit les exactioas les plu3 rcvoltautes, era*