‹ La belle TallienChapitre 20 sur 31 · CONDORCET · texte numérisé non relu

CONDORCET

4 pnsonna et persécuta de tout sou pouvoir les < nobles, les prêtres, les négociants, les proprié- « taires... »

D'autre part, Turquan, qui s'applique pourtant à ne pas charger le septembriseur, parce qu'il a des opinions républicaines très manifestes dans La citoyenne Tallien, dit aussi du terroriste, à propos de sa mission à Tours : « lyà, il donne car- * rière à tous ses mauvais penchants, trafique des « passeports, entre en relations coupables avec « des chefs royalistes et scandalise la ville par « ses débauches. »

Dès le milieu de 1793, en effet, Tallien révèle fort exactement sa fangeuse immoralité politique dans ses compromissions avec les royalistes qu'il est chargé de combattre. Il prélude ainsi aux louches tentatives de restauration monarchique — tentatives réelles ou simulées — qu'il fera peu après Thermidor, quand il aura gaspillé le produit de ses vols de Bordeaux, et que son incapacité, trop évidente, l'aura fait écarter du pouvoir.

Il est avec le ruisseau, parce qu'il en sort, mais prêt à le trahir pour la fontaine. Peu lui importe la provenance des paillettes d'or qu'il convoite. Le poing fermé, il frappera pour les obtenir, ou tendra la main en courbant l'échiné pour qu'on

les lui donne. Ceci n'est pas de la littérature, mais

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de l'Histoire, puisqu'il vote la mort de Louîs XVI pour dix-huit livres par jour en 1793 et reçoit, eu 1820, de lyouis XVIII une pension de cent louis^ véritable aumône prise sur la cassette particulière du souverain dont il fit guillotiner l'ancêtre sans appel et sans sursis.

Après l'assassinat de Marat, le 13 juillet, et l'exécution de Charlotte Corday quatre jours plus tard, le tourbillon révolutionnaire est obligé de se faire avalanche, cyclone, pour dominer les récriminations des provinces.

I/Cs levées en masse, qui jettent, en août, douze cent mille hommes aux frontières, n'étoufïent pas assez de voix.

Danton, qui s'alarme, revient au système d'intimidation qu'il préconisait avec Marat en Septembre 1792; il réclame une tête d'aristocrate par jour.

Barère, le 5 septembre, anniversaire de la fin des massacres de l'année précédente, demande à la Convention de proclamer la Terreur.

Il est décidé que I^yon, foyer de fédéralism^e, sera rasé, anéanti... Tallien, ravi, n'a pas à chanter le çà-ira ; ça-ya ; il est envoyé en septembre à Bordeaux pour y instituer le régime de l'épou* vante.

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Bien qu'il y ait lieu de la Supposer toute à son intrigue avec le jeune de lyamothe, Thérésia ne peut ignorer totalement la marche des événements révolutionnaires^ parce qu'ils ont à Bordeaux des contre-coups trop bruyants et trop visibles pour ne pas la frapper.

La Gironde est en effervescence depuis que la Convention, pliant devant l'émeute, a expulsé Ses députés de son sein. (2 juin 1793.)

Elle se représente le gouvernement asservi par îa Commune de Paris — en cela elle ne se trompe point — et, pour délivrer la France de cette sorte de dictature anarchiste, elle essaye de réaliser une opposition départementale. Bile téunit, par la propagande des délégués qu'elle envoie dans toutes les régions, l'adhésion de près de soixante départements.

C'est un résultat moral important : il démontre nue la nation n'est pas avec les révolutionnaires de Paris. Mais le résultat pratique est nul, parce que le mouvement fédéraliste est dépourvu de ir,o3^ens d'action. Il n'a ni argent, ni troupes, ni subsistances, ni la capacité de créer le principal dé ces éléments de succès en pareille occurrence 2 l'armée de combattants qu'il lui faudrait.

Pour réprimer ce qu'on appelle déjà l'Insurrection fédéraliste, la Convention, le 17 juin, envoie Treilhard et Mathieu dans la Gironde.

I^eur arrivée à Bordeaux produit des émeutes si violentes que les autorités locales sont obligées de les faire envelopper de gardes pour les protéger, et finissent, après trois jours de stériles efforts de conciliation, par les supplier de quitter la ville, où leur existence est trop menacée.

Comment Thérésia pourrait-elle ne pas connaître de tels faits ?

Elle a vu les émeutes ou, si elle n'en a pas été témoin, elle en a entendu parler.

lya date exacte du voyage de Bagnères n'étant pas donnée, il est possible, en effet, qu'elle soit encore, les 24-27 juin, au chevet de I^amothe blessé, près de I/angon. ♦

Mais cette localité, très voisine de Bordeaux, reçoit l'écho de tout ce qui l'agite. Thérésia eu est donc informée.

En tout cas, dès le mois suivant, elle connaît et partage peut-être les inquiétudes de la capitale girondine, regrettant ses violences stériles depuis qu'elle se voit impuissante et sait que la Convention, le 10 juillet, a décidé de prendre contre elle des mesures de rigueur.

Le 19 août, la jeune divorcée et son nouvel amant se trouvent certainement à Bordeaux lors-

que les commissaires Ysabeau et Baudot, expédiés par le gouvernement avec tous pouvoirs, sont encore mal reçus et même bousculés par u u foule dont les cris incessants, pendant toute la durée de leur présence, les obligent à repartir dès le lendemain.

Ils se retirent à La Réole, où ils refusent de rentrer dans Bordeaiix lorsque la municipalité bordelaise, pour essayer d'effacer l'efEet dangereux de leur retraite, leur adresse une députation chargée d'exprimer le repentir des attaques dont ils furent l'objet.

A ce moment, Tallien pénètre dans la Gironde-

Informé de l'hostilité des Bordelais, il ne suit pas l'imprudent exemple des représentants qui l'ont précédé; il commence par circuler autour de Bordeaux et organiser contre la ville une sorte de siège, ou plutôt un blocus arrêtant au passage les vivres dont elle a besoin.

Hn même temps, il y expédie des émissaires, comme le fameux I^acombe, chargé de former un parti de sans-culottes terroristes,prêts à combattre^ avec l'attrait du pillage, quand il le faudra.

Ayant de la troupe, il peut agir et se procure par spoliation violente les fonds indispensables pour solder les bandes révolutionnaires, dont il a bien appris le maniement, un an auparavant, lorsqu'il « travaillaît » pour la Commune de Paris.

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Pendant qu'il parcourt ainsi la contrée girondine, n'osant pas encore pénérer dans Bordeaux, Tallien prélude aux actes de sauvage répression dont la grande cité va être victime, par des excès dont il rend compte à la Convention dans une le- tre écrite à Lescar et datée du 27 septembre, où il dit notamment des environs de Bordeaux :

«... Districts, municipalités, tribunaux, tout

< était gangrené de royalistes, de fédéralistes et « de partisans de la commission populaire (i). « Je les ai destitués, fait mettre en état d'arres- « tation et remplacés par de vrais sans-culottes. « Je ne me suis pas borné à aller dans les villes ;

< j'ai parcouru les cam;;^mgnes, j'ai visité les châ« « teaux. J'en ai enlevé les armes, fait brûler et « détruire tout ce qui rappelait la féodalité... » (2).

On devine que l'organisateur des massacres de Septembre n'avait pas perpétré ces anéantissements sans se réserver personnellemenf quelques dédommagements de ses peines.

On l'imagine — instruit du danger de s'approprier des objets trop faciles à reconnaître, par l'exemple de Sergent- Agathe — évitant de s'encombrer de bijoux compromettants, mais faisant

(1) Cette Commission était à Bordeaux le foyer du fédéralisme j;irondin.

(2) Moniteur du 4 octobre, t. xvni, p. 28, et ArcUives uatio ftales. *

niaîn basse sur les papiers-monnaie et sur les espèces sonnantes, sous l'excellent prétexte de les transmettre au gouvernement.

Il annoncera bientôt, en effet, des gros envois d'argent dont la provenance ne sera jamais exactement contrôlable; et, lorsqu'on l'accusera plus tard de malversation, de vols impudents, il ne fournira jamais une justification précise.

Le 25 vendémiaire de l'an II (16 octobre 1793), Tallien, après avoir réduit les sections rebelles de Bordeaux à capituler — famine aidant, dit H. Wallon (i) — pénétra dans la ville comme dans une place forcée.

Il arrivait avec son collègue Ysabeau (2) ; niaiS tous deux, pour donner plus de poids à leur autorité, et peut-être aussi parce qu'ils n'étaient pas très rassurés sur les risques d'assassinat qu'ils assumaient (3) avaient en outre mandé leurs

(i) Les représentants en mission, par H. \VAi,t,ON. Hachette, édit. Paris, 1889.

(2) Claude-^\lexandre Ysabeau était un ancien Oratorien» Envoyé à Bordeaux presque en même temps que Tallien, il fut rappelé par Robespierre peu de temps après le retour du septembriseur à Paris ; mais, après le 9 thermidor, il fut d(j nouveau renvoyé à Bordeaux.

(3) Pendant qu'il faisait régner la terreur à Bordeaux, Tallien fut ou parut être l'objet d'une tentative d'assassinat. Mais, en dépit des recherches extraordinaires exercées à ce sujet, les auteurs réels ou prétendus de cet attentat ne furent jamaia découverts. lyO terroriste, trôô terrorisé lui-même, se

3IO lA BKtl^ TALI^TEN .

collègues de Toulouse, Baudot et Chaudron- Rousseau.

Tel qui serait tenté de détruire le chef unique d'une répression redoutée doit naturellement reculer devant la perspective de quatre attentats à réaliser.

Dès le début, les quatre proconsuls réunis ordonnent le désarmement général. Ils substituent au gouvernement civil un gouvernement militaire, soutenu par les troupes républicaines avec lesquelles ils ont pénétré, et que commande le général Brune, en renforçant ces troupes d'un bataillon de sans-culottes formé avec les plus farouches des jacobins bordelais.

Appuyé sur cette véritable garde prétorienne, Tallien osera désormais tout en véritable César romain.

L'arrêté des représentants qui' nomme la Commission militaire, sorte de « pouvoir exécutif » de Tallien et d'Ysabeau, donne à cette commission les moyens les plus étendus. Elle a le droit de faire saisir, emprisonner, taxer et exécuter tout le monde. Son président est omnipotent: il arrête, et condamne.

faisant protéger d'une façon ridicule par une garde si nombreuse qu'elle manifestait sa peur,a bien pu organiser une fausse tentative d'assassinat pour justifier les mesures de protection

msôrce s dont il s'entourait. """ "" '

Knfin, cette < Commission militaire > ne comprend que des civils, sauf un membre (i). Mais on les déguisera en militaires, < pour la forme », en les décorant de hauts grades dont ils prendront à leur gré les uniformes — aux frais de la Nation.

Qui présidera ce septain d'agents « à tout faire », surnom.mé les sept péchés capitaux ? Tallien porte à ce siège I^acombe, l'instituteur, et, par ce choix, marque ime fois de plus le niveau de sa moralité.

Le passé de ce pédagogue n'est pas, en effet, celui du premier venu. N'ayant point réussi à Toulouse, où il est né, à se créer une situation brillante, il a quitté cette ville et s'est installé à Bordeaux.

Là, convaincu bientôt d'escroquerie, il est emprisonné et condamné à restituer ce qu'il avait pris.

Dès lors, c'est, par avance, un révolutionnaire prêt aux pires vindictes contre l'Ordre, et il le montre en se manifestant comme le plus farouche des ennemis de la < tyrannie » au début de la Révolution.

(i) Elle est formée de sept membres : .

i» Jean, Charles Parmentier, comédien; 2« Antoine Margarié, marchand ; ^ François Gautier-Giffey, greffier ; 4° Jeait Rey, capitaine au 19» régiment de chasseurs ; S® Jean-Baptiste I/acombe, instituteur ; 6« J acqueg Morel, docteur^ et 7® Guillaume BarsaC| commis.

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Il mène les clubs avancés ; il applaudit, naturellement, aux massacres parisiens de Septembre ; il accuse lei Girondins de modérantisme, il étale tant de haine qu'on l'exclut de la « société des amis de la liberté et de l'cgalité », dont il était membre pour protester contre ses violences.

Il s'était fixé à Sainte-Foy, où se trouvaient des esprits moins opposés à ses théories sanguinaires, lorsque Tallien, circulant autour de Bordeaux, l'y rencontra et comprit le parti à tirer d'un tel auxiliaire. Les deux larrons étaient nés pour ^.'entendre sur les coups à faire, quitte à se disputer lors des partages.

Lacombe retourne alors à Bordeaux, prend la direction du mouvement révolutionnaire dans les clubs outranciers et prépare ainsi l'entrée de Tallien, entraîné, par suite, à le porter à la présidence de la « Commission militaire^ en récom» pense de son zèle.

Si légère qu'elle soit, Thérésia ne peut apprendre tout cela, connaître ou même voir l'entrée de Tallien dans Bordeaux sans comprendre que c'est le règne de la Terreur qui commence.

Le doute n'est pas possible : au début de la première séance de la Commission militaire, Lacombe dit à ses collègues : « Si, dans cette * Commission, il se trouvait un être assez lâche « pour ne pas condamner son père à mort,s'il était

LA BELLIÎ TALLIUN 313

4 coupable, que le perlide tombe luî-mcme sous ♦ le coup de la loi ! »

Or, pour être « coupable », il suffit de ne pas Ttpprouver hautement la Terreur !

Ysabeau et Tallien quittent la Commission après cette belle déclaration, et Lacombe commence immédiatement sa besogne :

Pierre lyavau-Gayon, ancien chef de l'Admitiistration de la marine, est introduit, accusé; (ouie réplique lui est interdite : on l'envoie à la taort sans débat, <

Ia kdt des amours dk Thérésia l&T DK M. DJJ

I/AMOTHK ; I3UR SÉPARATION ; I,A SITUATION DE I.A JEUNE DIVORCÉE VIS-A-VIS DE SA FA-

MII.I.E A Bordeaux ; sa brouii^i^e avec cei.i;eci, 314-326. — ly 'origine des <t sauvetages »

LÉGENDAIRES DE « NOTRE DAME DE BON SE- COURS » ; I,E MOTIF DE Iv'ARRE STATION DE ThÉ-

IŒSL\, 326-330. — Comment ia ci-devant

MARQUISE DUT FAIRE APPEI. A TAI.I.IEN ; Iv'AC-

cord de i.a prisonnière et du terroriste, 330-337. — Thérésia concubine de Tai.i.ien DANS lA Gironde ; i.E Discours sur V éducation ;

LE DOMICILE DE LA CaBARRUS-FoNTENAY DIS- TINCT DE CELUI DU REPRÉSENTANT EN MISSION,

Bordeaiix

A partir du moment où Tex-marquîse de I^on« tenay congédie son frère amoureux en compagnie de son oncle maternel Galabert, et se constitue la garde-malade puis l'amante du jeune

I,A Btl.1t TATXIÊN 315

de Lamothe, blessé au commencement de l'été de 1793, jusque vers la fin de cette même année, on n'a plus aucune indication sur elle.

Nous avons supposé que la passion du futur [général de Lamothe la retint entre ses bras peuplant toute la durée de l'été et de l'automne ; car il y a lieu de penser qu'en octobre, au moment de l'entrée militaire de Tallien à Bordeaux, son fougueux amant n'était déjà plus auprès d'elle.

Tandis que le massacreur de Septembre bat la campagne girondine, et fait pressentir aux habitans de la grande ville commerçante le sort qui les menace,il est probable que le jeune de Lamothe adopte le seul moyen de salut qui s'offre à lui en suivant l'exemple de son ex-rival Edouard de Colbert : il va combattre aux frontières contre la coalition étrangère. (C'est le dernier moyen d'échapper aux soupçons ; il est très employé.)

On sait, en effet, qu'il s'est engagé vers cette époque, c'est-à-dire vers le dernier trimestre de

Thérésia, désormais seule, se rapproche-t-elle

des Cabarrus et de l'oncle Galabert ?...

Une supposition de M. A. de Vivie, l'historien de la Terreur à Bordeaux, pourrait le faire supposer.

« lyc 25 novembre, dît-il, des agents du Comité « de surveillance volaient chez le citoyen Cabar-

3i6' LA Bi^rxn'TATxir.^:^

« rus (i), frère de Thérésia, trois écusde six livres « dans une armoire, cinq autres dans la malle « de son domestique, enlevaient toute son argen- « terie sous le prétexte qu'elle était armoriée (2), « et ne laissaient qu'une petite cuiller à l'usage t de Tenfant du citoyen Cabarrus.

< C'est sans doute à la suite de ces enlèvements « que Tallien vit Thérésia Cabarrus, qui devint « plus tard la belle M^^ Tallien, et noua avec 4t elle des relations que la morale condamne et « dont l'intimité ne fut bientôt plus un secret pour personne... » (3).

Il n'est pas possible d'adopter cette simple supposition de M. de Vivie, parce qu'elle est en contradiction avec ce que nous savons de la vie privée de Thérésia.

La situation de la jeune divorcée vis-à-vis d^r siens est fort délicate.

Qu'a-t-elle retrouvé à Bordeaux ?

1° Son oncle maternel Galabert. Mais celui-ci n'y était peut-être que « de passage », car il semble

(i) Il s'agit évidemment de l'aîné des frères Cabarrus» Théodore, puisque le cadet est parti depuis environ six mo s avec Edouard de Colbert.

(2) Elle ne portait peut-être que son chiffre, dans im écusson, ou quelque ornement de ce genre ; les sans-culottes, généralement illettrés, ont commis maintes erreurs de cette toorte I

Uj A, X>4 VIVIB, La Terreur à Bordeaux, t. il, p. 104.

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plutôt résider à BayonnCi sa ville natale, et d'ailleurs, après le congé qu'il reçut de Thérésia, près de Langon, ce fut à Bayonne qu'il retourna.

2° Son second frère, qui vit probablement avec l'aîné, tombe amoureux d'elle et s'en va, désespéré, se faire tuer lorsqu'elle se donne au jeune de Lamothe.

30 Le frère de son père, Barthélémy Cabarrtis; mais, pour celui-ci, il y a incertitude puisqu'aucun autre récit que celui de Thérésia ne mentionne sa présence à Bordeaux en 1793 ;... et enfin :

4° Théodore Cabarrus, son frère aîné, marié et père de famille.

Sans aucune sorcellerie, on devine que M'^'' Théodore Cabarrus ne peut voir d'un très bon œil cette belle-sœur trop séduisante, coquette à rexcès,dont les toilettes l'écrasent, et qui porte ses « atours » avec une grâce auprès de laquelle la plus élégante provinciale paraît lourdement gauche.

Thérésia bouleverse forcément sa maison, l'humilie sans le vouloir, la confusionne sans cesse et l'épouvante peut-être, si elle a remarqué Tambour criminel du jeune Cabarrus. La femme la plus bornée est ultra-lucide à l'égard de ces sortes de choses.

Ne sera-t-elle pas indignée, révoltée lorsqu'elle appreadra q.ue Thérésia s'est donnée scandaleu-

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sèment près de Bordeaux — où elle vl revenir •^ au jeune de lyamothe, que toute la ville connaît ?

N'aura-t-elle pas en horreur cette belle-sœur éhontée qui, non contente d'énamourer son oncle maternel, inspira au frère de son mari une passion coupable, dont il va cacher l'ignominie et la désespérance dans le feu des batailles, avec le dessein d'y trouver la mort ?

Le moins qu'elle puisse faire, c'est d'obliger Théodore Cabarrus à lui fermer l'accès de leur maison, s'il n'a pas déjà signifié proprio motn cette défense à 1' « infâme créature » ; et tout porte à croire que, si Thérésia signe alors Fontenay et porte encore le nom de son ex-mari, c'est parce que Théodore et sa femme lui ont interdit de se nom.mer Cabarrus.

Comment, dans ces conditions, quasi certaines, interviendrait-elle auprès de Tallien, à propos d'un vol commis par les sicaires du représentant chez son frère ?

Le 13 novembre, douze jours avant ce vol, on inscrit au Comité de surveillance une décision relative à une pétition adressée par Thérésia au sujet d'une levée de scellés apposés chez la femme de Boyer-Fonf rède :

< Vu la pétition de la citoyenne Thérésia Fon- « tenay, agissant pour la citoyenne Boyer-Fon-

JEROMK l'I.l ION M.Unt.

\l: 11. 1 1V).\ .ILUHt. l)K /.mis ^\fyvuAy^ .ll.-t,iir>urut |'.u i.- l>ii<-<t,>.r- .. I>cpartextt«Sft,ii l'iuftiyauoo (fiiu.- «ntPrilc' l'upr'i .n , ,• i.liu lon-n rr'voliitJoniUic <tji

JEROME HETION. Maire .le Paris

I,A BI^tLÎJ TAI.tmN 319

< frècle, îc Comité autorise le citoyen Dorgueil à * lever les scellés apposés dans les appartements « de cette citoyenne, et de réapposer les scellés « sur les effets qui seraient susceptibles d'être « soustraite à la Nation » (i).

Or ce document vient à l'appui de l'hypothêsQ qui précède, car on y voit Thérésia, sous le nom de Fontenay, intervenir seule en faveur de la citoyenne Boyer-Fonfrède, au lieu de solliciter de son frère cette intervention au profit de la personne dont il s'agit.

En admettant cette situation d'hostilité si normale, si rationnelle, entre Thérésia et la famille de Théodore, tout ce qu'il y a d'obscur dans l'existence de la jeune divorcée, depuis son arrivée à Bordeaux jusqu'à sa liaison avec Tallien, et même jusqu'à son départ de la Gironde, s'éclaire et permet une reconstitution hypothétique dont la vraisemblance l'emporte sur la singularité choquante des diverses autres explications tentées.

Résumons donc rapidement cette reconstitution rationnelle.

Jusqu'au moment de son divorce, c'est-à-dire du II mars au 25 avril 1793, Thérésia réside avec son mari à l'hôtel ou dans un logement garni, tout en fréquentant ses deux frères, la famille de

(i) Archives de la Gironde, série L, reg. 430 bis, A. Dt Vivrp,

320 tA nVjJJt TATJ.nîN

Tlicoclore Cabarrus, dans laquelle se trouve alors, ou va bientôt venir, l'oncle Galabert, de Ba^^onne, et où l'on voit peut-être aussi son oncleBarthélemy Cab{irrus.

Dès ce début, la belle ci-devant marquise com» çience, sans le voulojr, à choquer, blesser et alarmer M"^° Théodore Cabarrus. Mais elle est tant aimée par le mari de celle-ci, et surtout par sou jeune beau-frère, que M™® Cabarrus domine son aversion naissante.

On peut supposer qu'à ce moment, le petit Antoine Fontenay est l'objet de la sollicitude de sa tante. Mais cela ne va pas durer.

Après le divorce et le départ du ci-devant marquis, Thérésia, désormais séparée de lui de fait, comm,e légalement, vient habiter avec la famille Cabarrus ou dans son voisinage immédiat pour vivre à peu près avec elle.

C'est alors que la passion incestueuse du plus jeune des Cabarrus se déclare, et qu'elle est probablement soupçonnée, sinon découverte, par M""* Théodore Cabarrus.

Les galanteries de l'oncle Galabert viennent brocher, sur cette honteuse passion, et M°^« Cabarrus commence à trouver que sa séduisante belle-sœur est insupportable.

Thérésia, monstrueusement vaniteuse et trop évaporée pour avoir su ménager l'amour-

propre de la femme de sou frère aîné, ne s'avoue pas qu'elle est cause de rinimitié sourde dont elle souffre ; elle se met à détester M"^* Cabarrus, estimant que c'est une méchante femme, et s'ennuie à l'excès dans la maison de son frère.

lycs amis du jeunes Cabarrus : Edouard de Colbert et 4^ Ivamothe, surviennent, rompant la monotonie de ces dissensions intimes ; d'autant plus pénibles qu'elles sont contenues et dissimulées.

Incapable de résister au bonheur de séduire, Thérésia déploie toutes ses grâces devant les amis de son frère anioureux ; elle les enflamme. Supposons, à son bénéfice, que c'est uu peu avec l'arrière-pensée de détacher d'elle le frère dont Tampur la flatte , mais l'inquiète.

Cette conduite n'est pas pour la réconcilier avec M'"^ Cabarrus ! Les rapports d^s detpç belles-sœurs se tendent de plus en plus.

vSi tel est bien l'état des cœurs et des esprits dans le cercle Cabarrus-Fontenay et consorts vejrs la fin de mai pu au milieu de juin, on s'explique l'enthovi-siasme avec lequel fhérés}a donne SQU adhésion spontanée au projet du voyage 4 B^gnères.

M'^^e Cabarrus, chaque jour ^^^ ^uppliç^ dg îft présence de M'"« de Fontenay, pense qu'elle va pouvoir « respirer » pendant quelques s^maiues, €t ne fait aucune objection à ce voyage.

322 LA 'BtT.lt TAlxm-i^

Ainsi, les amoureux de la belle divorcée rencontrent une admirable occasion d'entraîner cette évaporée de vingt ans dans une inconîéquence dont elle ne calcule aucunement la ;>ortée.

lyC duel Colbert-Lamothe déclandiebrusquemen*: la série des événements qui vont dominer toute la vie de Thérésia.

Sevrée de caresses voluptueuses depuis plusieurs mois, enthousiasmée pour la passion éclatante dont I^am^othe donne la preuve, s 'exagérant peut-être avec complaisance la gravité de la blessure de son soupirant préféré, l'Hélène du siège de Langon croit faire le beau geste que sa situation commande en s 'installant au chevet du blessé.

Mais celui-ci — l'amour a de ces perfidies — ne feint d'expirer que pour retenir la belle compatissante, et l'étreint tandis qu'elle se penche sur son faux « lit de douleurs ».

Thérésia — on ne saurait trop le redire — est incapable d'un véritable amour ; mais tout, dans sa vie, décèle qu'elle a une sensualité impérieuse. Il suffit de la prendre à toutes lèvres pour s'en rendre maître, et, quand on la possède elle ne se possède plus.

L'acte irréparable s'accomplit certainement très peu de temps après le duel. Il est vite le

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