I.A HPJXn TATJ.TBN
«par ce représentocrate tant à Bordeaux que
♦ dans d'autres départemens. On ignore encore
♦ ce que sont devenues d'autres sommes énormes, « et le Comité de sûreté générale lui en a vainement
♦ demandé l'emploi. Tallien écrivait aux deu:c « comités de salut public et de sûreté générale et au::
♦ jacobins que la guillotine produirait en peu de « temps 40 millions. Les lettres de Tallien, que «j'ai extraites des cartons du Comité de sûreté « générale, et analysées, non point pour avoir « raison de ce fait, mais bien d'un autre, contien- « nent les expressions rapportées ci-dessus, je « les ai lues. Il marquait qu'il en faisait égalent ment part aux jacobins et au comité de salut « public : j'ai eu occasion de les lire tout en- « tières. Les faits que j'ai analysés avaient rap- « port à ses recherches contre les individus mis « hors la loi, et aux sommes qu'il dépensait pour « les faire prendre. Les espions qu'il employait et
♦ que je m,e rappelle se nomment : Maraudon,
♦ Luveme, Chaperon de Cussy, qu'il dit ensuite « avoir fait guillotiner par des raisons de suspi- « clous, en avouant que Maraudon lui avait fait 4 prendre Biroteau embarqué sur un vaisseau et « déguisé en matelot.
% Ces lettres contiennent des expressions bien « singulières, il disait : « Je ne regrette que de ne « pouvoir les Uicr de ma propre main \ je tronpC"
354 ^'^ Bi^j,i,K TAi,i.mN
4 rnis du plaisir à frapper un Girondin moi-même. % H disait en outre : « Le père Guadet me trompe ; il 4 veut me persuader qu'il déteste son fils, je le 4. tourne dans tous les sens pour avoir son secret ; « ]c le ferai guillotiner. » Voilà cet homme qui ♦ assure qu'il ne fut pas un fourbe, il ne X30urra « résister à cette accusation. Quant à l'intention 4 du comité de sûreté générale, elle n'était pas de « blâmer la haine de Tallien contre les Girondins, « mais bien d'activer les recherches et de s'assurer « de leuf mort » (i).
En parlant ainsi, Sénart n'exagère nullement. Les documents confirment ce qu'il révèle de la façon la plus positive.
Le 8 brumaire an II (29 octobre 1793), Ysabcau et Tallien écrivent au Comité de Salut public, à Paris :
« Le Capet de Bordeaux, le maire Sa'*ge a
< expié, il y a deux jours, sur l'échafaud, les for-
< faits nombreux dont il s'était rendu coupable | « sa mère vient de mourir aujourd'hui. Cette
< mort rend la Nation propriétaire de plus de « dix millions de biens. Voilà de quoi payer les € frais de la révolution bordelaise et procurer du « pain au peuple à bon marché. Nous ne négî*- « geons pas pour cela les saignées pécuniaires à
j(l) Mémoires de Sénart^ p. 205 et suivantes.
'la bëix^ TALtnîN' 355
* faire aux riches, aux accapareurs, aux fédéra* 4 Ibtes... lye résultat de nos opérations sera « plusieurs millions acquis à la Nation. « (Arch, nat., AF II, carton 170, brumaire, pièce 58.)
Avant même d'être la maîtresse de Tallien, Thérésia n'avait pu ignorer les excès commis x)ar les représentants terroristes.
En novembre (1793), dit Wallon, les arrestations individuelles ne suffisaient plus. « On eut, pour remplir les prisons, l'ingénieuse idée d'un « grand coup de filet. Un soir que la population « de Bordeaux s'était portée au Grand-Théâtre
* (dont la bourgeoisie faisait surtout la clientèle), « on le vit investir par l'armée révolutionnaire
* aux ordres du général Brune, et l'on arrêta à 4 loisir qui l'on voulut. l/cs artistes eux-mêm.es t furent rendus responsables de quelques cris sédi-
* tieux proférés dans leur salle, cinq ou six mois
* auparavant (17 juin 1793). I^e 8 frimaire (28
* novembre), ils furent arrêtés au nombre de 41 quatre-vingt-six, et les représentants, en l'an* « nonçant deux jours après au ministre de l'inté- « rieur, lui disaient : « Cétait un foyer d'aristo* € cratie. Nous Pavons détruit. » Ils pouvaient lui
* annoncer en même temps une autre arrestation, « faite la nuit précédente et plus pleine de y)X0' « messes :
< Cette mnt, écrivaient-ils, plus de deux cents
35^ ,. UT'BIÈT.T.V^ TAIvUEn'
< gros négociants ont été arrêtés^ les scellés mis sur « leurs papiers^ et la commission militaire ne va « pas tarder à en faire justice. La guillotine et de
< fortes amendes vont opérer le scrutin opéraloira « du commerce et exterminer les agioteurs et les € accapareurs» »
« Ht ils s'applaudissaient ainsi de la conduite « des choses : La commission militaire marche
< toujours révolutionnairement ; la tête des cons" « pirateurs tombe sur réchafàud : les hommes
* suspects sont enfermés jusqu'à la paix. Les mo"
< dérés^ les égoïstes sont punis par la tour se... La « raison fait ici de grands progrès ; toutes les « églises sont fermées ; V argenterie arrive en abon- € dance à la Monnaie ^ et, le décadi prochain , nous « célébrerons le triomphe de la philosophie. »
« La spoliation allait de pair avec les arresta « tions, et tout n'arrivait pas au Trésor. Tallien « lui-même, après le 9 Thermidor, fut un jour
* sommé de rendre comiote devant la Convention « de l'énorme fortune qu'il avait faite. Plus d'un « autre s'enrichit par l'arrestation de ces gros négo- « ciants ; d'autres par le pillage des églises. Les
< ornements d'église furent donnés aux acteurs « du théâtre de la République (12 frimaire, 2 dé- « cembre), et figurèrent dans la mascarade qui 4 eut lieu, peu de jours après, en l'honneur de la
< Raison. On leur concéda^ aussi, sans plvis de for-
I^V BELLÎÎ TALI^I^ÎT 357
€ malités, le Grand-Théâtre avec tout îe ma':cricl « des artistes arrêtés comme suspects un peu 4t auparavant. Quant aux objets du culte, le « maire Bertrand avait donné ordre à ses agen.r, « de les briser (images du Christ, de la Vierge ou « des Saints), avec toute liberté d'en faire ce qu'il î « voudraient, car « il le^jr était défendu de dresser « des procès-verbaux de leurs opérations ». I^orsnue « de pareils ordres sont donnés par une autorité « municipale, on sait comment ils s'exécutent ; < et ces ordres mêmes n'étaient peut-être pas « désintéressés, car ce maire Bertrand était un « voleur. Avant même la fin du régime qiii l'avait « mis au pouvoir, on l'arrêta (14 ventôse an II, « 4 mars 1794) ; il fut condamné plus tard, « par la justice ordinaire, à douze et vingt ans « de fers» (i).
« ... Après la soumission de Bordeaux, quand 4t la commission militaire y eut suffisamment « établi le régime de la Terreur, elle fut envoyée
* à Liboume, accompagnée de la guillotine.
« Lacombe, le président, le bourreau en chef, « vint au club (13 brumaire, 3 novembre) repren-
* dre la question au point où Tallien l'avait laîs-
* sée, déblatérant contre les gens éclairés, les « aristocrates et surtout les riches. » Mais dc'
(i) 1.9S représentants du peuple en mission^ 1. 11, p. 21 1-2 12,
358 I.A Btl,l,n TAtl^miT -
4 ;nain^ s'écria-t-il, la justice nationale en fera 4 ra.'son.
« Le lendemain, en effet (14 brumaire, 4 no- 4 vembre), un administrateur, Ardouin-Tran- 4 cliore, qui s'excusa en vain, alléguant son erreur, 4 un employé des douanes, J.-B.Roujolle, et un
♦ homme de loi, Paul-Romain Chaperon, furent
* condamnés à mort et immédiatement exéju» 4 tés. Mais il y eut trois acquittements ou con-
• damnations à l'amende et, le lendemain (15 4 brumaire, 5 novembre), des amendes aus:;i : 4 l'une de 6.000 livres (apôtre du fédéralisme), 4 une autre de 100.000 livres (aristocrate fanât !• « que, modérantiste, égoïste, hypocrite) : 90.000 4 livres pour la République et 10.000 pour les 4 sans-culottes de lyibourne ;une autre encore de 4 100.000 livres : 85.000 livres pour la République « et 15.000 livres pour les sans-culottes de Iyibour:ie, 4 de Coutras, d'Arveyres ; car il fallait que le i 4 bonnes traditions établies à Bordeaux profitassent 4 également aux sans-culottes du département, « Chose remarquable, Barbot, ce maire de lyi- 4 bourne dont Tallien s'étonnait que le sang 4 n'eût pas rougi le pavé des rues, ne fut co:i- 4 damné qu'à la détention jusqu'à la paix ; il € avait été défendu par son fils, et protégé peut- < être auprès de lyacombe par d'autres moyens ; « car nous verroûS que l'argeat^ qui motiva sou-
I,A BËIvT.ÏÎ TAI.I.IKN 359
< vent les mises en jugement, en adoucît pariV .i 4 les effets » (i).
Parlant du trafic des libertés et des existences pratiqué par les représentants et leurs sou ordres. Wallon cite le cas de J.-B. Dudon, ancien procureur général du Parlement de Bordeau::, arrêté, et que sa femme essaya de sauver à pr" : d'or. « Bile alla solliciter Rey, l'affidé de Lacom';2 « et son entremetteur dans le marché qu'il faisait « des têtes soumises à son jugement. LaconV^e
< dem,andait 2.000 louis ; elle lui en donna 101. « Elle n'en avait pas davantage. « Eh bien, it
< est /,.. », dit Lacombe ; il le condamna et par-
< tagea avec Rey les cent louis » (3).
« I^a Terreur dans Bordeaux eut, du reste, dit « encore Wallon, un caractère particulier. Elle
< avait devant elle des riches bien plus que des « nobles, une opulente bourgeoisie, des négo-
# ciants, et, sauf les cas où elle rencontrait des
* ennemis politiques, elle se montra, dans les pro « miers temps, moins avide de sang que d'argent. 4 Les arrestations donnaient surtout lieu à clci « saisies d'argenterie, d'objets précieux (il y a des « exemples de spoliation d'une impudence inouïe) ;
(i) Les représentants du peuple en mission, par H. Wai^lon", t. 11, p. 207-208.
(2) H. Wai,i/)n, Les représentants du f&upU t» miss: on, t. II, p. 3i4» ' ' " ' "
3^30 lA BEI.T.K TAI,I,IEIT
« les jugements frappaient d'amendes aux pro- 4t portions énormes. I^es quatre frères Raba (de^ « juifs) furent condamnés solidairement à 500.000 « livres d'amende : 400.000 livres pour le Trésor,
< 100.000 livres pour les sans-eulottes (9 brumaire^^ « 30 octobre). Un crime qui motivait une pareille « amende aurait pu, devant cette commission, « entraîner la mort, et la confiscation aurait suivi ; « mais que serait devenue la part des sans-culottes? « Autre motif : la confiscation eût donné la tota- « lité des biens, sans doute, mais où les trouver ? 4 lycs juifs, par l'habitude de la persécution, « avaient trop appris à cacher leur argent. « 500.000 francs, c'était un beau denier. ly'agent « du ministre des affaires étrangères approuva « fort ce procédé :
« Ils en seront quittes, dit-il, pour une 7nodiqu!3 « amende de 500.000 livres. Ces honnêtes gens^ « riches de ^à6 millions, n'auront pas grand'peine^ « à trouver cette somme. »
« Ils payèrent, et on les relâcha (9 brumaire, « 30 octobre), sauf à ouvrir avec eux un com'i':i « nouveau. On les voulut reprendre, en effet,
< et ils eurent grand'peine à échapper.
« Il y eut, du reste, des amendes plus considé-
< râbles pour des faits qui eussent difficilement « motivé la mort. lyC 26 frimaire (16 décembre), « le banquier G. Peiroto, « convaincu d^avoir ma"
z\ BEi.i<E rxuj^yf 361
< nifestê son mépris pour sa section et pour la « pauvres en leur donnant 30 livres par mois » (1!) « fut condamné à 1.300.000 livres d'amende : ua « million pour la République et 200.000 livrer « pour les sans-culottes de Bordeaux. Il dut garder « prison jusqu'au payement de la somme attri- ♦ buée aux sans-culottes (i). »
Au milieu de ces massacres et de ces vols effrontés, l'origine des interventions charitables de \^ Cabarrus-Fontenay apparaît dans son premier acte de complaisance au profit de 1^ citoyenne Boyer-Fonfrède.
Grâce à son entremise, celle-ci a pu obtenir, le 13 novembre, la levée partielle des scellés mis sur ses appartements.
Pourquoi ne s'adresserait-elle pas encore, en décembre par exemple, à cette amie, devenue puissante par son intimité avec Tallien, pour eu obtenir d'autres services ?
Renseignée sur la « politique républicaine » dç son amant, bien assurée de ne pas lui déplairç en sollicitant auprès de lui une faveur payée, parce qu'elle sait que, de ce payement, il prendrai ga part — souvent la plus large part, et parfois même, quand cela sera « dissimulable », la totalité
(1) Les représentants du peuple en mission, par H. WAivIrON, t,li, p. 203-204.^
363 I.A BEI.I.E TAIJJÊN"'
— Thérésîa, sollicitée, obtient, se voit même sans doute encouragée et ouvre alors, à la faveur de la propagande de ses « clients », ce « bureau de
* grâces» dont parle Sénart dans les termes suivants :
« lya Cabarrus avait chez elle un bureau dans « lequel on vendait les grâces et les libertés, et où « Ton traitait à des prix excessifs : pour racheter
* leur tête, les riches payaient avec empresse-
* ment des 100.0000 livres ; l'un d'eux, ayant eu « la faiblesse de s'en vanter, fut repris le lende- 4 main et guillotiné tout de suite (i). »
Bt ce qui marque bien, dans cette occurrence» l'entente de la Cabarrus-Fontenay et de Tallien, c'est précisément la comédie de rigueur qu'il joue par une tactique bien vulgaire pour en détourner les soupçons :
« Tallien avait défendu de s'intéresser à aucun « détenu, sous peine d'arrestation ; mais il paraît « que cette peine n'était exécutée qu'à l'égard de « ceux qui ne pouvaient payer, car une femm.(î « et ses enfants étant venus demander justice « pour un père et un époux : « De quel état est-il, « dit Tallien ? » On lui répondit : « Homme a 3 « loi. C'est bon pour la guillotine », repartit Ta> « lien. Il entra ensuite en fureur, fit chasser cetla
(i) Mémoires de Sénart, p. 205 et suivantes.
; ■ ^ I.A BEI.I<ÎÎ TAI.I.IKN- ,, ^.. 363
4 malheureuse famille et vomit contre elle des « menaces qui furent bientôt exécutées. I^a mère € et les enfants furent révolutionnairem.ent 4 atteints et le père de famille, parce qu'il était
* homme de loi, fut guillotiné le lendemain.
« Nul potentat n'était plus despote que lui « dans ses assises. Il écrivait un jour au Comité
* de sûreté générale que, lorsque Biroteau lui fut
< amené, il le reçut en souverain, le traita de « même, et qu'il n'omit rien pour lui faire sent'r 4t ses expressions patriotiques en l'envoyant à la « mort. »
« Tallien, par un genre de tyrannie qui lui
* était particulier, avait fait placer la guillotine
* en face de ses croisées ; il y vit l'exécution de 4 Biroteau, de là, il comptait les individus mis 4 à mort, ceux à guillotiner et indiquait même
< ceux qu'on devait juger.
« Pendant le règne de Tallien à Bordeaux. € sous les yeux de ce souverain, et même de sa 4 part, les malheureux détenus éprouvaient les 4 plus grandes cruautés au donjon de Blaye. Ils 4 étaient entassés dans des lieux malsains, les 4 uns sur de la paille ou du fumier, les autres sur 4 la terre, les autres dans des cachots remplis 4 de boue. A Bordeaux, ils étaient jetés dans des € lieux infects, sans aucun secours, frustrés d^» la 4 quantité nécessaire d'aliments^ sans qu'ils pus-
364 '^^ BEtI.K TAttiKN
« sent s'en procurer ; on leur ôtait même les res»- « sources nécessaire:, pour obtenir ou réunir de-3
* pièces justificatives, et Tallien répondait aux « réclamations : De quoi ont-ils besoin la veille « de leur mort ? > ,;
« Pour juger ces malheureux, exécuter les « arrêts de mort, non rachetés et qu'il prononçait,
* Tallien avait organisé une commission militaire « de fripons et d'égorgé urs. lyc président était ua « nommé Lacombe, de Bordeaux, déjà banni de « la ville par jugement, pour crime de vol. Ses « fonctions révoltaient tout être pensant. Tallien « lit afficher une lettre pour le soutenir, et, ne « pouvant justifier le crime de lyacombe, il le « palliait et osait écrire que c'était un homme néces- « saire à la révolution, et que les vertus républi* « caines étaient étrangères aux vertus de l'huma- « nité. lycs autres individus qu'il avait employés « n'étaient qu'un ramas de valets, de banque- « routiers, de filoux. I^ors de la condamnation à « mort de I^a Saige, maire, hautement improuvée, « il commença à faire payer des spectateurs pour « applaudir et crier, à raison de 40 sous par jouf.
« Tallieri fermait les clubs qui ne faisaient pàâ
* des adresses à sa guise, et les citoyens qui émet- 4t taient des opinions en faveur de l'humanité
* étaient incarcérés, guillotinés comme modérée 4 nuisibles.
LA B^lXît TAI.I.mN' 365
<f II s'est permis de dire dans certaines sociétés
* populaires à Bordeaux : « Il ne suffit pas de « planter des arbres de la liberté ; il faut, pour qu'ih « reprennent et quHls vivent, les arroser de sang. »
« D'autres fois, il prêchait les maximes de ç la l^i agraire: Allons, soutenons-nous, exter*- 4 minons, disait-il ; c^est la guerre du pauvre contre « le riche.
« I/a favorite dona Thérésia se plaignit 4 amèrement que ses ordres étaient quelquefois « méprisés ; elle trouvait des entraves pour ven- < dre les mises en liberté. Tallien enjoignit aux « tribunaux et au comité révolutionnaire de ne 4 rien faire sans son adhésion. I^e comité se roidit 4 contre cet ordre. Tallien le supprima et desti-
♦ tua les membres ; mais il était trop tard ; les « cri les de Tallien étaient dénoncés par eux « et prouvés matériellement aux jacobins et « aux comités de salut public et de sûreté générale. « Dès lors, Tallien fut rappelé, et de là Torigine « de la querelle au sujet de Tallien entre les jaco-
♦ bins et Robespierre, non pas pour punir ses
* atrocités, mais pour se venger de ce que Tallien « vendait les libertés, car c'était là le seul fait 4 qui pût leur déplaire » (i).
Puisque son amant fait commerce d'existea-
(l) Mémoires de Sùnayt^ p. 204-.: 10,
366 ■■ r.A BEIvT.ÏÎ TAI.I.IEN
ces et de libertés privées, pourquoi Thérésîa ne s'emploierait-elle pas à recruter des sollicitations < productives i> ?
C'est, en somme, « une bonne œuvre ». Ses interventions, si elles sont bien « présentées », lui feront une renommée de charité et de bienfaisance, de dévouement même, dont M"»® Théodore Cabarrus desséchera de dépit. La vengeance est un divin plaisir. Bile paye assez cher, hélas ! son crédit sur Tallien..., et déjà, sans doute aussi, sur les autres terroristes de son entourage, pour offrir cette compensation à l'infernale vanité qui la gouverne.
Rien n'explique mieux que cette reconstitution logique l'organisation d'influences groupées qu'elle a réunies, dès le début de 1794, dans fa résidence particulière à Bordeaux.
Parfaitement installée — un de ses obligés enthousiastes, le comte de Paroy, va bientôt nous décrire son domicile — elle rassemble autour d'elle, outre Tallien, qui se vautre en pacha, — trompé — sur ses coussins, le deuxième représentant Ysabeau, Lacombe, Rey, second de Lacombe, et les principaux chefs de la sans-culottaille bordelaise.
Ayant dû , sans doute, être « complaisante p avec tous, elle peut se permettre, à l'égard de chacun de ces « sous-tyrans », des libertés grandes
des réclamations vives et même impérieuses, lors* qu'il y a lieu.
Son rôle est celui d'une splendide hétaïre, reine de truands, impératrice de la plus nauséabonde canaille; n^ais qu'importe puisque, sur son passage, les têtes les plus altières s'inclinent... ou tombent.
Les suspects sans ressources et ceux qui sont trop fiers pour implorer son « bon secours » montent à la guillotine. Les autres payent... et se taisent, a3^ant appris par de sanglants exemples qu'il ne faut pas se vanter d'avoir acheté sa liberté ou sa vie.
La plupart des assistés de Thérésia, convaincus du danger mortel que leur feraient courir des propos de ce genre, se hâtent de crier les louanges de « Notre dame de bon secours » pour n'être pas suspectés de ternir la renommée naissante de son sublime dévouement. Non contents de proclamer son héroïque bonté, les plus avisés des solliciteurs ou des secourus publient l'expression de leur reconnaissance en n'a3^ant garde d'oublier d'exalter le désintéressement de l'ange sauveur de Bordeaux.
A vrai dire, Thérésia ne vend jamais ses interventions auprès des massacreurs.
Les questions d'argent ne la regardent pas : elle les ignore. On l'indignerait ex; l'on se l'alié-
368 T.A BKIJ.K TATJJTÎîT
nerait en risquant à ce sujet la moindre allusion.
Elle intercède auprès de Tallien, de lyacombc ou fl'Ysabeau ; elle favorise avec eus: des pourparlers ; Ivi reste ne la concerne plus, elle ne a'en doute môme pas.
Pour les négociations « monétaires », il y a d'autres truchements : le capitaine Rey, de la Çomn\ission viiUtaire, par exemple, et « cette lionne Frenelle » ou Fontenelle, dont nous allons parler..
On n'a pas connaissance de cette femme auprès du ménage de Fontenay. Dans la vie d.e Thérésia, elle n'apparaît qu'à Bordeaux et après ^ son union libre » avec Tallien.
On la retrouve encore auprès de la belle divorcée à Fontenay-î^ux-Roses et à Versailles, lorsque \^ Cabarrus songe à émigrer suivant l'exemple de son ex-m.ari Devin. Ensuite, elle disparaît...
A-t-elle été réduite au silence com.m,e les acolytes de Tallien dont parle Sénart : Maraudon, îvuverne, Chaperon de Cussy, que le rex:)résentant fit guillotiner pour les obliger à se taire, lorsqu'ils devinrent gênants à Bordeaux ?
On se le demande en constatant que cette Fontenelle ou Frenelle fait auprès de Thérésia, dans la Gironde, un commerce identique à celui de la Fontenelle que signale Sénart comme ayant participé à la vente des faux passeports délivrés
• I.A B15TXB TATXmîT 363
par Méhée de La Touche aux victimes clésign^Je3 pour les massacres de Septembre 1792.
A Bordeaux, cette mystérieuse auxiliaire colia? bite q.vec la Cabarrus-Fontenay, sans fonçai 04 bien déterminée. Qn ignore si elle est soubrette^ amie ou dame de compagnie de Thérésia. Elle joue le rôle d'introductrice et d'intermédiaire^ de confidente..., c'est un « Maître Jacques » e i jupons, auquel des libertés grandes sont permise.^. Extrêmement délurée, accorte, eifrontée souvent, elle ne manque pas de « littérature » ; ellci senxble même plus instruit^ et plus fine que Thérésia.
On conçoit néanm^oins que Sénart soit sans tendresse à son égard, si elle fut la marchande traîtresse des faux passeports précités, et qu'il l'estampille çn ces termes : « Une nommée Fontc- « nelle, amie de la Cabar^JS, digne compagne ce « cette femme sans mœurs, sa camarade de dé- * bauches... » etc.
Tallien a peut-être placé cette ancienne au:j^iliaire auprès de Thérésia pour la surveiller; maig, en ce cas, il fit un i^xauvais calcul. On verra, e:i ^ffet, plus tard, la Fonteuelle favoriser les cf^r priées galants de sa belle amie pu maîtresse, et travailler à sa tentative de fuite à l'étranger.
Cette préférence fut-elle la cause de sa disparition ? En attendant, à Bordeaux, elle n'est p43
37^ .l'A nitJJJt TATXf^'^
seulement interprcte pour « nécessités d'espèces « sonnantes » entre les protégés de Thérésia et les massacreurs ; elle pousse la sollicitude et l'amitié pour « Notre dame de bon secours » jusqu'à suggérer à ceux ou celles qui sollicitent l'idée du petit cadeau, bijou quelconque — • de haut prix d'ailleurs — que 1' « ange de dévouement » acceptera peut-être... en souvenir ... si l'on insiste beaucoup.
A la faveur de ces éclaircissements préliminaires, voyons à présent ce que dit une des personnes qui ont connu la Cabarrus-Fontenay dans l'éclat de son règne de représentante illégitime à Bordeaux : le comte de Paroy. Mais auparavant, toutefois, examinons ce que fut ce Paroy ; car la valeur — surfaite — de ses témoignages est fonction de la propre valeur du personnage.
Le comte Jean-Philippe-Gui Le Gentil de Paroy, né à Paris le 9 juin 1750, où il est mort le 22 décembre 1824, en sa soixante-quinzième année, dut à sa merveilleuse souplesse de traverser sans trop de dommage la période révolutionnaire. Né courtisan, il ne cessa jamais de préférer le régime monarchique au régime républicain et à l'Empire ; mais il sut être aussi l'ami de puissants terroristes comme Tallien, Ysabeau et Lacombe, quand il en vit la nécessité pour lui et pour les siens, ; . .