‹ La belle TallienChapitre 30 sur 31 · XA BET.1.^ TAI^IJEN · texte numérisé non relu

XA BET.1.^ TAI^IJEN

întmîcîtier avec Tallien, afin qu'elle ne puisse s'entendre avec lui et détruire l'effet des armes accumulées contre elle.

Robespierre a, d'une part, de quoi détacher Tallien de sa maîtresse en lui montrant qu'elle s'est moquée de lui — la vanité du Septembriseur ne pardonnera pas une telle offense — et, d'autre part, si Tallien, furieux, condamne ou abandonne sa concubine, on obtiendra de celle-ci toutes les accusations voulues contre Tallien en lui montrant l'abandon dans lequel il la laisse... ou comment il la sacrifie.

Environ six mois plus tard, le Septembriseur, à la tribune de la Convention, dans une réponse à des attaques contre < la Cabarrus », dira, en parlant de sa captivité à la Petite Force avant le 9 thermidor :

« Un émissaire du tyran (Robespierre) lui fut 4 envoyé (à Thérésia) et lui dit : « Ecrivez que

< vous avez coimu Tallien comme un mauvais

< citoyen, alors on vous donnera la liberté et un 4 passeport pour aller dans les pays étrangers. » (i).

(i) I^a princesse de Chimay a confirmé cette tentative^ puisque Arsène Houssaye dit : « Un des émissaires (de Robes- « pierre) la jugea assez lâche pour lui offrir la liberté à la con» « dition qu'elle signerait que Tallien avait trahi la Républt « que à Bordeaux, » J'ai vingt ans, répondit-elle, mais j'aim« • mieux mourir vingt fois... »

Belle parole pour la légende ! Tv' assertion de M"''0 de Chimay ne prouve ricn,parcc qu'elle est trop coutumière de mensonges

468 I,A BKttBÎ TAI,I,n3îT'

Cette révélation du Conventionnel a des chan* ces d'être vraie parce qu'elle concorde, dans l'œu* vre de séparation morale des amants, avec ce qui fut dit et montré à Tallien contre sa maîtresse à la même époque.

C'est ici qu*il y a lieu de se rappeler l'étrange fait de la signature de Tallien au bas de Tordre d*in« carcération du citoyen Guéry, arrêté en même temps que sa maîtresse.

Cette signature prouve que le massacreur da Septembre, de Tours et de Bordeaux fut informé, au plus tard le i«r juin, de la cohabitation de Thérésia avec Guéry. lyui a-t-on présenté la preuve de cette cohabitation sans incriminer sa maîtresse ? Non, car, en ce cas, il ne signerait pas Tordre d'incarcération de ce Guéry, qui est presque un ordre de mort.

On avait trop belle occasion d'exciter les amants Tun contre l'autre pour la manquer.

S'ils ne tombèrent ni Tun ni l'autre dans ce piège — ce qui n'est pas prouvé — ce fut peut-être

en ce qui touche à sa légende...; néanmoins, il convient de noter cette coïncidence.

Plus tard encore, Tallien dira (le 1 5 fructidor an II, i^f septembre 1794) : «... Il existait dans les prisons de Paris une « victime de Robespierre ; elle avait refusé de signer une c dénonciation qui portait que j'avais voulu m'échapper de c Bordeaux avec une frégate chargée de six millions *;-*'*"? « émigrer en Amérique, etc. » I^a légende s'amplifie; c est la c sardine du Marseillais ».

%k -B-ÊUM tAi^ms 469

parce qu*îls s'étaient réciproquement trop corn* promis pour se trahir.

Mais il est possible aussi qu*ils se soient réd» proquement abandonnés, sans toutefois s'incri» miner (i).

(i) On u*a pas d'autres documents authentiques sur l*a^ restation de Thérésia. Mais le panégyriste de la princesse do Chimay signale, à titre de curiosité, une pièce dont il serait impardonnable de ne pas lui emprunter T analyse:

« Dans la pièce tra»î-comique qui fut donnée à l'Ambigti « ou à la Gaieté, en 1830, sous le titre de Robespierre, l'arres* « tation de M"»* Tallien — c'était le premier acte — formait « ime scène fort pittoresque et fort saisissante. Elle donnait « une fête à Pontenay-aux-Roses, Robespierre, le convive « le plus caressé, débitait des madrigaux, tout en respirant « cet étemel bouquet qu'il promenait partout, depuis la « Comité de salut public jusqu'à la fête de l'Etre suprême, « en vrai disciple de Jean- Jacques. M™« de Pontenay ue man« « quait pas de rappeler son rôle à Bordeaox : la déesse du « Pardon, Robespierre, ému jusqu'aux larmes, jurait que le» « dieux n'avaient plus soif, et que les portes des prisons allaient « s'ouvrir par toute la Prance. On se croyait déjà en Arcadie," « Et on dansait, A minuit, Robespierre saluait la dame du « logis, et lui offrait son bouquet ; à peine avait-il franchi la « seuil que M"^ de Pontenay se jetait dans les bras de]Tallien, « la figure tout inondée de larmes de joie. « Je suis sauvée,' « lui dit-elle, on a calomnié Robespierre ; c'est le plos just« « des hommes. » Et tout le monde disait en chœur : « C'est « le plus juste des hommes. » Mais tout à coup, des gendarmci « entraient dans la danse, rejetant toutes les femmes hors d» « passage, et saisissant M"^° de Pontenay. Tallien voulait les « désarmer, mais ils étaient deux, ils étaient quatre, ils étaient • huit. Et ils exhibaient un mandat d'arrêt en bonne y forme, « si^^né Robespierre.

« II paraît que cette comédie n-î fut pas tout à fait une corné* die, M^* Tallien elle-même confiât ainsi son ttrresUUiànf

470 I.A BIÎI.T.B TAI.I.THN

En tout cas, l'ordre d'incarcération de Guéry, signe par Tallien, d'une part, et, d'autre part, l'emprisonnement de Thérésia sont les deux faits qui relient l'un à l'autre ces deux personnages au moment où les circonstances paraissent devoir les séparer définitivement.

Les pièces qui concernent l'arrestation de la jeune femme et que nous avons analysées pour en faire ressortir l'importance montrent, en effet, de la façon la plus probante l'intérêt qu'attachait Robespierre à la capture de la maîtresse du Terroriste. Il voulait faire d'elle l'instrument de la perte de son amant.

Que Thérésia lui échappe, qu'elle parvienne à quitter la France . avec ou sans Guéry, convie elle le tentait à Versailles, le dictateur sera obli^^é d'organiser d'autres manœuvres contre TalHen, et de lui donner confiance en affectant de l'estime, de l'amitié pour lui et pour ses amis Barras, Fouché, Bourdon, etc., en attendant cette nouvelle organisation.

• mais, en vérité, cette histoire me semble trop légendaire, c et je ne l'inscris ici qu'à titre de curiosité. »

Voilà encore la princesse de Chimay prise en flagrant dclt d'imposture. Une fois de plus importerait peu, mais il convient de remarquer dans cette pièce, la légende,crééesurM«eTallien, par elle-même et par le Conventionnel, dès le 9 thermitlor, légende qui se rattache si bicnà l'attitude qu'elle s'est dor.néa dès 1793, à Bordeaux, quand elle s'y posait en Notre dame dé ton secours»

I«A BEI.I.K TAI.I,îEN 471

Ce retard, ce changement de tactique pourrait amplement suffire à modifier les événements du tout au tout. Ils transformeront, suspendront ou arrêteront la marche du complot conduit par Fouché.

Or qu'en résultera-t-il ? Robespierre sera-t-il quand même renversé ? Triomphera-t-il, au contraire ? Quoi qu'il en soit, il n'y aura pas, dans l'histoire de France, la page du 9 Thermidor.

Si Thérésia n'est pas arrêtée, soit qu'elle reste en territoire français, soit qu'elle passe à l'étranger, il n'y a plus de raison pour qu'elle s'attac'ie à Tallien, puisqu'elle le considère comme ayant perdu son crédit moral auprès du pouvoir. Tel est, en effet, le principal motif de sa tentative de fuite en pays étranger.

De son côté, le Terroriste ayant été attaqué avec une extrême violence au sujet de sa vie privée et de ses orgies dans la Gironde, se gardera de retenir auprès de lui sa trop compromettante conquête de Bordeaux.

Ainsi, jusqu'à l'heure de son arrestation à Verlailles, Thérésia reste dans une phase de son existence nettement déterminée et bien distincte du reste de sa vie. Elle est jusque-là Caharrus, pais CabarruS'Fontenay, enfin concubine Tallien, déguisée en Notre dame de bon secours, mais ^-a réalité coin;^)lice du Septembriseur, et c'est pen-

472 tA BKLTvIÎ TAT.TJlCîT

<'.aiit cette phase qu'elle mérite le surnom qui îa discréditera jusqu'à sa mort : Notre Dame du Septembre.

Malgré sa Pétition à la Convention, malgréson Discours sur Véducation^ malgré le rôle scandaleux qu'elle a joué publiquement à Bordeaux, elle tient encore si peu de place dans l'opinion publique en France, que l'on pourrait oublier son vilain commerce auprès du terroriste du Sud- Ouest. La marquise de I/age de Volude le lui a fort bien dit. Mais ses autres avatars en Notre dame de Thermidor, puis en souveraine du Directoire, enfin en princesse de Chimay, au lieu d'effacer ce passé de corruption et de sang, ne serviront qu'à le faire ressortir. Plus elle s'élèvera indûment et s'efforcera de violenter l'opinion en sa faveur, plus on lui rappellera Bordeaux et Tallien par cette béatification dérisoire qui fait d'elle un pendant de Sainte- Guillotine.

La belle Tallien, « Reine du Directoire », ne s'expliquerait point sans <j Notre dame de Septembre », Ce fangeux précédent est aussi l'unique explication de « Notre dame de Chimay », cette mère d'une exclusive dotdeur « le supplice de la vanité.

Incarcérée à la prison de la Petite Force, Thétésia doit périr à bref délai : sa courte carrière est terminée, '

Page 1