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mois dans les châteaux de ses amîs et de^ès parents, où les divertissements et les fêtes succèdent aux fêtes, chaque jour, sans interruption.
Elle imagine un jour d'aller aux Porcherona avec son mari et une amie, accompagnée d'un autre cavalier, déguisée en femme du peuple, Les hommes sont en livrée de laquais de leur maison.
Cette <r partie », qui n'a pas lieu en carnaval mais en plein été, leur paraît la chose la plus naturelle du monde. Ils vont se costumer et êe grimer chez la mère de M"* de Genlis « pour l'amuser >.
Et, quand ils sont en plein divertissement aux Torcherons, ravis de jouer assez bien leurs rôles pour faire illusion au public de ce lieu de ripaille populaire, la mère de M"^« de GenUs leur fait l'aimable surprise de venir les joindre déguisée, elle aussi, de la même manière et conduite par un gentilhomme sous la livrée de sa maison.
Dans un de ses séjours à la campagne, chez des amis, elle s'amuse à mystifier, pendant plus d'un mois, un habitant simplet du pays, auquel elle fait autant de farces qu'on en fit à Don Qtdchotte dans l'immortel roman de Cervantes.
Toute la société en visite à ce château se prête à cette mystification. I^es domestiques eux-mêmes y jouent leur rôle sans se trahir tm seul jour.
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Xe coïonel d'un régiment qui tient garnison à peu de distance se prête aussi à cette mystification et y fait participer son régiment.
Bien mieux, après cette interminable farce, le bonhomme, qu'on a feint d'anoblir, et qui porte des décorations burlesques avec tme conviction inébranlable, refuse de pa3'er les taxes et impôts du vulgaire — ce qui est logique puisqu'il se croit noble — Alors, ses concito^^ens, au courant de la plaisanterie, trouvent drôle de la prolonger indéfiniment en décidant, « pour en rire », les autorités locales à ne point percevoir les contributions refusées !
Tel est l'esprit public vers 1785 ! Nul ne prévoit la tempête révolutionnaire. La noblesse la soupçonne si peu, qu'à la veille de l'ouverture des Etats généraux en 1789, le duc d'Orléans parie 50 louis contre Lauzun que cette Assem.blée ne produira aucime réforme, et n'obtiendra même pas la suppression des « lettres de cachet > (i).
Il importe de se reporter à l'époque où Thérésia vint à Paris pour se rendre compte des influences qu'elle subit; car, si elles n'effacent pas ses torts, elles les atténuent du moins dans une certaine mesure.
^ Très sen stielle, pr odigîoti'jejnenl; ^ coquette • ••»
(i) Mémoires de M^^'ù* (P^»?is, tome nij- page 258;;
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et par conséquent vaniteuse — prédisposée à un certain cgoïsme par l'exaltation même de son mol, prédisposée aux intrigues et aux aventures par l'atavisme, excitée à un usage précoce de ses avantages matériels par un développement physique exceptionnel pour son âge, la « grande petite » Cabarrus passe brusquement de l'isolement du château de Caravanchel à l'existence turbulente et fiévreuse de l'opulence parisienne.
Iv'île Saint-I^ouis, où réside M™« de Boîsgeloup, est une véritable petite ville de province, qui fait un surprenant contraste avec la capitale par son calme et sa vertu. On n'y souffre pas une ribaude, pas une fille galante. I^es bourgeois s'y surveillent étroitement, et, si la fille de l'un d'eux a « fauté », nul espoir pour elle de trouver épouseur dans le quartier (i).
lyà, Thérésia trouve le m,odèle des bonnes mœurs et du « savoir-vivre » auprès de la veuve du seigneur de la Manceliere. Bile n'est donc pas totalement dépourvue de bons exemples.
Il y a, du reste, dans l'aristocratie du temps et jusqu'auprès des princes les plus dissolus, des femmes de mérite parfaitement honnêtes sur lesquelles elle peut se modeler.
Mais le tout Paris fortuné et les sept dixièmes.
(i^Mercier, jra&/6aM<¥ Ue Paris, tome JI, page 265.]
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de k noblesse présentent, en revanche, le tableau d'une dissolution qui va jusqu'au dévergondage, surtout cîiez les parvenus de robe, d'épée, d'administration et de finance, auprès desquels les Cabarrus ont facilement accès, tandis que la kaute aristocratie n'est pas à leur portée.
Là, le mariage n'est qu'une association de noms et de fortunes, d'où les devoirs réciproques essentiels ont été peu à peu bannis depuis la Régence, Les époux respectent réciproquement le nom qu'ils portent; m,ais en, dehors de cette concession, d'ailleurs exclusivement superficielle, d'extérieur, faite pour les yeux et les oreilles du monde, ils ne se refusent aucime liberté, aucune licence, sans en excepter les plus funestes à l'union dé la communauté.
Le mari est occupé de bonnes fortunes <T[u'il ne dissimule aucunem^ent. S'il entretient une maîtresse, il l'affiche avec un parfait sans-gêne, fait attendre à sa porte sa voiture et ses gens (i) ; et, si ses intrigues féminines ont pour objet des femmes du monde, même mariées, il fait étalage
(i) « Il me suffira de dire que, quaud je suis entré dans le monde, j'ai été présenté en quelque sorte parallèlement chez les femmes légitimes et chez les maîtresses de mes parents, des amis de ma famille, passant la soirée du lundi chez l'une, celle du mardi chez l'autre. Et je n'avais que 18 ans, et j'étais d'une famille màglsttàle I » {MétHoires du chancèJierPàs^uier, page 48.). ■ ■" '""
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de ses airfentîons galantes, n'ayant sôticî que de n'être point surpris en flagrant délit avec ses complices. Peu importe ce que Ton dit, môme si Ton en est certain, pourvu qu'il n'y ait pas de preuves.
lya femme, de son côté, ne se discrédite point par les écarts les plus exagérés de sa conduite, pourvu qu'il n'y ait point de documents positifs contre elle, et que ses amants ne soient pas indignes de 'son rang et de son éducation.
Si son mari est exceptionnellement jaloux, elle risque néanmoins d'être enfermée dans un couvent plusieurs années, ou même jusqu'à la fin de ses jours ; mais ces rigueurs maritales sont très rares et tenues pour du plus mauvais goût par les amis de « la douceur des mœurs > de la fin du XVIII» siècle.
Dans le tiers état, la conduite est infiniment moins relâchée,et Thérésia, parce qu'elle est bourgeoise d'origine, devrait modeler sa morale sur celle de la bourgeoisie parisierme du temps.
Mais les Cabarrus ne se réclament nullement de cette classe. Kn tant que gens de finance, ils prétendent à des envolées ves la noblesse, par le mariage, qui les prédisposent à penser et vivre en petits ou grands seigneurs.
A cette époque de folles dépenses qui engloutissent tant de fortunes nobiliaires, entre la fin de la Régence et la Révolution, et plus particu-
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lîêrement de 1770 à 1789, les unions entre nobles ruinés et parvenus de la finance, de Tadministration ou des affaires se inult>^plient; elles deviennent une sorte d'usage.
Les Cabarrus sont donc autorisés à cet espoir, et, tout naturellement, ils adopteront d'avance la morale « immorale » du monde dans lequel Thérésia compte entrer.
Toutefois, ils n'en ont pas assez exactement les m,anières d'être, du moins en ce qui concerne les allures de Thérésia, puisqu'elle circule com.me une fille de riches bourgeois (nous savons déjà, en effet, que le comte de Paroy l'a rencontrée à Paris avec son père, François Cabarrus, en visite et à dîner chez le comte Bertin), au lieu d'attendre au couvent ou chez les siens le mariage que des parents aristocratiques lui organiseraient sans même l'en informer.
Ces mariages des filles de l'aristocratie, négociés en dehors d'elles, se font presque exclusivement par relations de famiUe. Mais les Cabarrus, à Paris, n'ont pas de relations de ce genre.Thérésia, quoique future aristocrate par alliance, doit donc nécessairement se répandre com,me une parvenue de la bourgeoisie pour trouver dans le tourbillon mondain, sous l'égide de sa mère et grâce aux relations des Boisgeloup, un mari selon les vues de son père.
Ainsî reyîstence « mondaine > de ^f "« Cabarrus circulant avec sa fille, non encore émancipée par le mariage, n'est pas normale pour accéder au monde où elles espèrent rencontrer épouseur. I\{ais cette incorrection est évidemment excusée ])arce qu'on les tient pour étrangères, encore <iu'elles ne le soient pas.
En dehors des déplorables exemples d'inconduite qu'elle voit et de la liberté fort c4égante m.ais très licencieuse des propos qu'elle entend, quels sont les enseignements que reçoit la future « Noire Dame de Thermidor » ?
Elle absorbe forcément quelque chose des idées de réformes sociales si fausses qui ont enthousiasmé l'aristocratie française à la fin du XVIII» siècle.
Sans lire ni Voltaire ni Rousseau, elle est obligée de connaître et d'adopter en partie leurs doctrines philosophiques, parce qu'elles prédominent plus ou moins dans les milieux où elle évolue.
Nul ne soupçonne alors la Révolution, et pourtant, elle est latente dans la liberté des écrits Ci des discours (i), comme dans la liberté des
(i) «Il faut reconnaître qu'eil dehors de quelques personne» dont les actes étaient pour le gouvernement un sujet particulier d'irritation, le reste des citoyens jouissait de la liberté de fait la plus complète ; on parlait, on écrivait, on agissait avec la plus grande indépendance; on bravait même l'autorité
ïiiœur.*?, dans l'oubli du respect de la moîxarchÎG, dans le désordre des finances et de l'administration, dans la rébellion des Parlenaents, qui précède celle des Ktats généraux et la prépare.
Reçus plutôt dans le monde de la magistrature, principal cercle des relations de M™« de Boisgeloup, que dans les autres, les Cabarrus y entendent assurément critiquer le gouvernement, prôner les réformes politiques et financières ou l'administration des ministres progressistes de I/Ouis XVI et blâmer les errements de ses ministres conservateurs.
Ces considérations sont, sans aucun doute, fort ennuyeuses pour Thérésia ; elle ne s'y arrête nullement ; elle ne les écoute pas, mais elles frappent ses oreilles quand m.ême ; elles l'accoutument à la « disposition révolutionnaire » qui, plus tard, lui fera voir, sans trop de crainte ni d'horreur.
avec une entière sôcurlté. La presse n'était pas libre de droit» cependant; tout s'imprimait, tout se colportait avec audace. Les personnages les plus graves, les magistrats même qui auraient dû réprimer ce désordre, le favorisaient. On trouvait dans leurs mains les écrits les plus dangereux, les plus nuisibles à toute autorité. Si quelque dénonciation était de loin en loin, lancée dans le Parlement par quelques-uns de leura membres plus zélés, plus consciencieux, elle paraissait presque ridicule et demeurait le plus souvent sans résultat. Si on nie que ce fût là de la liberté, il faudra convenir au moins que c'était de la licence. » {Mémoires du chancelier Pasquief^ page 46.)
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sans révolte surtout, les excès des terroristes à Bordeaux en 1793 après les massacres parisiens de septembre en 1792.
Pourquoi et comment Thérésia aurait-elle, d'ailleurs, des sentiments aristocratiques, puisqu'elle est bourgeoise et plutôt peuple que « demoiselle i> ? I^e milieu où elle se développe, de 1785 à 1788, est déjà moins imbu des idées de la noblesse que de celles qui vont animer le Tiers à l'Assemblée des Etats généraux.
Quand elle sera mariée, en 1788, œ ne seia pas son mari qui modifiera ses idées, puisque lui-m.ême sera d'une origine bien plus bourgeoise qu'aristocratique, en dépit des titres^ qu'il se donnera. Tout cela n'excuse pas la conduite qu'on verra tenir par Thérésia au milieu des événements révolutionnaires, mais il est équitable de le noter pour apprécier, sans excès de sévérité, les fautes dont la douloureuse expiation abrégera sa vieillesse.
En attendant, 1785, 1786 et 1787 sont, pour M^^*^ Cabarrus, des années heureuses qu'elle passe avec joie, et qu'elle savourerait bien davantage si, par un Cagliostro réellement évocateur de l'avenir, elle apprenait qu'elle n'en aura, ?;uère de meilleures.
Paris, ville de gaîté, de luxe, de goût, d'art, d'intelligence, de liberté, d'amour est pour elle un séjour féerique,, ^--^^-^^"^'^ "'
Tvtï chancelier Pasquier, dans ses mémoires, dit de cette époque :
« On construisait dans la capitale, on bâtissait dans les villages. I^es étrangers affluaient dans Paris ; il y régnait un faste élégant qui n'a jamais été surpassé.
« J'ai vu les magnificenies impériales, je vois chaque jour, depuis la Restauration, de nouvelles fortunes s'établir et s'élever, rien n'a encore égalé à mes yeux la splendeur de Paris dans les années qui se sont écoulées depuis la paix de 1783 jusqu'à 17S9. D'admirables demeures s'élevaient dans le quartier du Marais et l'île Saint-Iyouis. Qu'est-ce que le faubourg Saint-Germain d'aujourd'hui comparé au faubourg Saint-Germain d'alors ? Bt, quant au luxe intérieur, pour ceux qui se rappellent un jour de revue, de courses à Longchamps, ou seulement l'aspect du boulevard, com,bien la foule des voitures à deux, quatre ou six chevaux, toutes plus magnifiques les unes que les autres, encombrant ces lieux de réunion, ne laisse-t-elle pas loin derrière elle cette file de carrosses, de remises, entremêlés de quelques voitures élégantes, dont les mêmes espaces sont aujourd'hui couverts ? » (i)
Tous les mémoires du temps signalent ou décrî-
(ij Mémoires du chancelier Pasquier, pages 42-43.
<f)6 tA B^IXî^ TALÎ.lEît
vent la vîe de plaisir des personnes aristocratî» ques ou simplement riches, que l'organisatioa sociale réduit à ne rien faire d'utile.
La noblesse, ainsi que Texpose l^aine — avec l'abondance de « références » qui caractérise ses appréciations — a été, lentement mais complètement, dépossédcKî des fonctions qui furent sa raison d'être et légitimèrent ses anciens privilèges. Elle est oisive, et, par une dignité mal comprise, ou plutôt par suite d'un ancien état d'esprit qui n'est plus justifié, elle juge indigne d'elle les applications diverses sur lesquelles on la verra porter un peu d'activité à la fin du XI X^ siècle.
Elle a pourtant une curiosité vive pour les Tcche relies et les études scientifiques. On voit des femmes jeunes et très en relief s'inquiéter de Laplace , de Lavoisier, d'Haiiy, de Jussieu, et ^ urtout de Bufion. Elles ont des cabinets de phy- ^ique ou d'anatomie; elles suivent les conférences t'es savants du temps. Néanmoins, il y a plus de < mode » que de goût réel pour ces applications, Miperficielles d'ailleurs : la Science n'a pas encore conquis dans la société française ses « lettres de jjrande noblesse ».
Les « parvenus » de la finance et de l'administration, plus oisifs encore que les personnes « nées », ne songent qu'à « se décrasser » de leur origine par des acquisitions de titres souvent
bien fallacieuses. Tel sera, notamment, le cas du premier mari de Thérésia.
Tous ces inoccupés, dévorés par l'ennui qui résulte de leur inutilité, ne songent qu'à lui échapper par les plaisirs, et se ruent littéralement eu fêtes inconsidérées.
Promenades, visites, réceptions, dîners, soupers, bals, font de chaque jour, et surtout des nuits, un tourbillonnement incessant (i). I^a comédie sévit avec fureur. I>s théâtres ne suffisent point. On organise des représentations chez soi, encouragé, dans cette voie absorbante et. dispendieuse, par l'exemple de la cour de I/OUîs XVI, depuis que Marie- Antoinette, l'exquise et inconsciente destructrice du prestige royal, s'est mise à jouer elle* même, et dans des rôles vraiment indignes de son rang (2).
(i) Etre toujours gai, dit un voyageur anglais eu 1785 CJolm Andrews), voilà le propre du Français. (Taine, vol. i, p. 229.)
(2) A Trianon, d'abord devant quarante personnes, puî« devant un public fort étendu, la reine joue Coi,ETl^ dan» Le Devin du village, GoTTE dans La Gageure imprévue, Rosink dans Le Barbier de Sêville, PIERRETTE dans Le Chasseur et la Laitière, etc. (Taine, L'Ancien Régime, page 240.)
Le duc d'Orléans chante sur la scène les chansons les plus épicées, joue Barthoun dans Nicaise, et Er^AiSE dans Joconde^ Le Mariage sans curé: Léandre Grosse, L'Amant poussif, Léandre Etalon, voilà les titres de pûrades « composées » par Collé « pour les plaisirs de Son Altesse et de la Cour ». Contra liac qui^a du sel, il y en a dix bourrées de grgs poivre. A. Sru«
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Tout le monde donne spectacle et y prend part. On fait jouer même les enfants..., même les soubrettes et les laquais intelligents.
Sur le jeu du théâtre brochent ceux du hasard. Partout les cartes et les autres hochets avec lesquels on peut perdre ou gagner de l'argent jouissent d'une faveur folle.
Tout cela n'est pas pour moraliser beaucoup la jeime Thérésia ; il est donc juste de porter à sa décharge cette ambiance dissolvante, afin d'atténuer la responsabilité de son prochain abaissement.
A la fin de 1785 j^ ayant déjà près d'une année de vie parisienne à son actif, la fiUe du financier Cabarrus est bien dégrossie au point de vue des usages^ de la toilette, du « ton » et même des idées du temps et de la capitale
lya cour lui est fermée; elle ne la connaît que par ouï-dire, mais elle entend parler sans cesse de Versailles. On daube déjà fortement sur lyouis XVI, sur Marie-Antoinette, sur les membres de la famille royale et les personnes de « leur maison ».
îioy, chez Monsieur, elleô sont si grivoises que le Roi se repent d'y être venu.
On n'avait pas l'idée d'une telle licence: deux femmes qui étaient dans la salle sont obligées de se sauver et, chose énorme, on avait osé inviter la Reine. »
(Taine, UAnccien Régime, p. 242. — M™« d'Oberkirch, ■^ ǰït^?P9V^^^^^^ M^rf^f — Mémoires de B^senvalf.)
Si les « gens de cour », à Versailles, s'inquiètent, en riant, de ce que disent « les grenouilles » -— c'est-à-dire les Parisiens, car ils les désignent ainsi — à Paris, on guette, commente, discute les moindres actes, les moindres propos de leurs Majestés, de leurs Altesses, et le gouvernement royal préoccupe tout le monde.
Thérésia ne peut encore s'intéresser à < la chose publique » ; ce n'est pas de son âge, c'est contraire à sa disposition d'esprit. BUe a vécu, jusque-là, dans un milieu trop étranger à l'esprit français, à l'esprit parisien en particulier, pour comprendre « les idées qui sont dans l'air ». Néanmoins, il faut admettre que les plus saillants ou les plus scandaleux des faits du jour atteignent quand même son cerveau et y préparent, à son insu, la perception des démences révolutionnaires, qu'elle adoptera si facilement quelques années plus tard.
* I/'affaire du collier de la reîne », par exemple,' qui fera tant de bruit d'août 1785 à mai 1786, ne peut lui être inconnue.
Elle a été élevée jusque-là en Espagne avec des principes religieux qui ne lui permettent pas sans surprise d'apprendre qu'un prince de l'Eglise, le cardinal de Rohan a pu être follement amoureux de la reine, et se compromettre avec des percoimes^ extrêmexueut interlopes pour^,,lui faire
offrir une parure de diamants dans respërànee d'obtenir ainsi ses faveurs.
Thérésia est encore bien jeune, mais ses premières intrigues ont éveillé son imagination; elle croit déjà concevoir parfaitement les choses de l'amour. Il n'est pas douteux que son esprit travaille un peu sur le monstrueux scandale de ce cardinal ayant la folie d'espérer séduire une reine de France, comme vine vulgaire grisette, avec un bijou.
L'arrêt rendu le 31 mai 1786 innocenta complètement Marie-Antoinette et anéantit le cardinal en démontrant comment il avait été le jouet d'une ressemblance habilement exploitt:e par tine coquine et son complice. La risée, la mépris public l'accablèrent plus cruellement que la sentence condamnant la femme Lamotte à être fouettée, marquée et enfermée à perpétuité dans la prison de l'Hôpital. Mais, avant cet arrêt, le procès que Louis XVI avait eu le tort de laisser faire ou d'ordonner sur cette affaire, au lieu de l'étouffer avec m,épris, avait eu pour résultat de livrer, pendant plus de neuf mois, l'honneur de la reine aux suppositions malveillantes les plus viles.
Les mauvais exemples ont d'autant plus d'effet qu'ils partent de plus haut et qu'ils frappent des esprits plus. simples. Thérésia n'était pas encore
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assez expérîmentce pour réagir contre les calomnies, et l'affaire du collier de la reine put avoir une influence fâcheuse sur sa jeune conscience.
i^Iai ce qui n'est pas douteux, c'est qu'elle est alors influencée par une foule de petits détail:^ de sa nouvelle existence, qui n'ont rien de morali» sateurs.
Elle fait, comme les élégantes, trois toilettes différentes par jour, car 4 la chasse au mari » l'oblige à plaire et à suivre étroitement la mode. Mais c'est un labeur dans lequel sa coquetterie et son égotisme lui font assurément trouver des joies vives.
Pour aller voir la fameuse poupée de la rue Saint-Honoré, qui montre sur un mannequin de grandeur naturelle les dernières créations des couturières parisiennes, elle fait bien fréquemment le trajet qui sépare le magasin où cette poupée est exposée de l'hôtel de la place des Victoires.
Paris ne compte guère alors que 800.000 âmes dans son enceinte. Néanmoins, la circtdation y est, dès cette éx)oque, si active, que les rues les plus fréquentées, dépourvues de trottoirs, sont dangereuses pour les piétons.
Ils ne risquent pas seulement d'y être éclaboussés de la plus pitoj^able manière; les « cabriolets » — rapides comme les cabs de lyondres, mais fort dédaigneux de « la canaille q^ui va à
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pied » — y écrasent plus de monde que les bru3'ant3 autobus d'aujourd'hui.
M^ï« Cabarrus, qui sera bientôt si richement dotée par son père, ne manque pas d'argent à Paris et va certainement en fiacre voir la poupée de la rue Saint-Honoré.
En hiver, d'ailleurs, les dangers des voitures ne sont pas le seul empêchement d'aller à pied pour les personnes riches qui portent toilette : les boues, les neiges obstruent toutes les voies, parce que leur enlèvement n'existe guère, et, la nuit, l'insuffisant éclairage des réverbères est, en outre, suspendu les jours où la lime est censée devoir briller.
lycs femmes élégantes, au surplus, portent de très hauts talons qui ne leur facilitent pas la marche ; elles ne pourraient, avec ces chaussures trop inclinées, faire une grande course, même avec l'aide de la longue canne qu'elles tiennent haut la main.
Enfin toutes les chaussures de luxe sont alor^î des merveilles de délicatesse d'un prix excessif, « avec lesquelles on ne marche pas dans la rue ».
Chemin faisant, dans leur fiacre ou leur voiture de louage, Thérésia et sa mère croisent force abbés. Ces ecclésiastiques fourmillent, il y en a partout et en masse. Mais ces papelards, souvent fort^impants, n'ont jamais rien demorose ou