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de sévère. Il y a longtemps qu'ils ont cessé de croire et qu'ils affectent au contraire le scepticisme des hauts prélats. Leur vue n'engendre donc point des pensées austères; ils répandent plutôt un relent matériel et moral de boudoir dont la perversité a « du montant ».
De l'hôtel ou de la maison qu'habitent les Cabarrus à la rue Saint-Honoré, le monde qui remplit les rues est encore assez propre ; les boutiques sont coquettes, bien achalandées ; c'est là qu'on peut trouver, au cœur de l'hiver, un bouquet de violettes au prix de deux louis et le premier litron de petits pois de l'année pour trois cents écus.
Mais, lorsqu'elle se rend à Saint-Louis-en-l'Ile, chez M™« de Boisgeloup, la belle Thérésia doit parcourir des rues populeuses, où le monde des travailleurs ne vit pas de primeurs si dispendieuses. Là, le cervelas à dix-huit sols la livre est la base de la nourriture des pauvres gens. Le petit monde mange bien rarement du poisson, parce qu'il est cher, et le prix élevé du beurre fait des légumes un luxe ; il se rattrape sur le bouilli, la soupe, la « persillade », le bœuf à la mode ; ses plats de réjouissance pour le dimanche, sont le gigot ou l'éclanche.
Longeant la rive droite du fleuve, où sa voiture est souvent arrêtée parades encombrements de
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charrois r.aiis aucune élégance, Thérésîa traverse la place de l'Ecole, ornée d'une fontaine d'eau potable qui abreuve le quartier. Elle regarde avec curiosité, en passant, le Pont-Neuf, toujours encombré de racoleurs, de filles galantes et d'une quantité de marchands en plein vent. Plus loin, au delà de la place du Châtelet, le pittoresque misérable augmente jusqu'aux abords du Port au blé et du Marché aux veaux, toujours avoisinés de bateaux chargés de charbon.
Ces frôlements plébéiens ne révoltent point Thérésia. Au fond — telle la fille Angot — elle n'est point « bégueule »; on le verra pendant les années sombres de la Révolution. Mais elle préfère néanmoins à la promenade de l'île SaintlyOuis celle de I/ongchamps.
I^s mercredi, jeudi et vendredi saints, le monde élégant se rend au petit village de Longchamps, situé à quatre milles de Paris, au delà du bois de Boulogne, pour y entendre dans ime chapelle de cette localité l'office des Ténèbres. Mais la dévotion n'est que le prétexte de cette promenade, dont le but réel est de faire étalage d'équipages et de laquais. .
Tout Paris se porte à cette revue d'élégance; Thérésia ne saurait manrjuer d'y assister, en empruntant peut-être la voiture de M°^ de Bois-
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geîoup, mais î)1us probablement dans quelque carrosse de louage.
Là, sa curiosité éveillée admire le spectacle charmant, mais peu moral, du luxe des hétaïres à la mode et des filles de théâtre entretenues pat de riches traitants ou par quelques grands sei* gneurs fastueux.
ly'actrice, la danseuse sont encore, à la fin du XVIII= siècle, condamnées par l'Eglise comme la courtisane. On leur refuse le mariage religieux ; elles ne sont pas ensevelies en « terre sainte ». Mais ces rigueurs ecclésiastiques ne les empêchent pas de jouir d'une sorte de considération dans les hautes classes, où elles sont appelées « demoiselles du bon ton ». Le Roi lui-même s'amuse des chroniques de ces impures, qu'il est d'ailleuri difficile de considérer avec beaucoup de sévérité depuis que la Pompadour a gouverné la France.
Loin de les tenir à l'écart, on les recherche lorsqu'elles ont des mérites réels ; on les invite (i); on va même aux fêtes qu'elles donnent (2) ; les plu.î aristocrates personnes se disputent, après leur mort, les parures qu'elles ont portées, lorsqu'elles sont vendues à l'encan, de même que la foule des
(i) La Pelîssîer est reçue à l'hôtel de Bouillon. ;^ (2) De grandes daines vont au bal donné par M"* Antler, à Auteuil, jpour la convalescence 4tt Roi.
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< femmes du monde », à la fin du second Empire, se disputera plus tard, au feu des enchères, les bijoux d'une Cora Pearl ou d'une Tvéonide Leblanc.
Cependant, l'année 1786 s'achève et W^"" Cabarrus n'a pas encore trouvé un mari. Est-ce à ce moment qu'elle refuse de s'unir au prince de lyistenay, et que le marquis Ducrest (i), d'autre part, repousse une proposition de mariage avec elle ? Cela n'a pas été précisé (2).
.Pour arriver à ces deux tentatives de mariage.
'(i) Charles Louis, marquis de Ducrest, frère de M°»* de Génies, né aux environs d'Autun le 28 avril 1747 (il avait donc 40 ans en 1787, lorsque Thérésia n'avait que 14 ans), il était colonel commandant de régiment et chevalier de Saint-Louis en 1782. On a peine à concevoir comment ce colonel de quarante ans aurait pu songer à épouser une gamine de quatorze ans à peine, même très femme d'aspect, En 1785, Ch. L. Ducrest était chancelier de la maison d'Orléans. Il mourut le 8 avril 1824.
(2) Arsène Houssaye mentionne la recherche du prince de Listenay en disant qu'elle se serait produite au moment où se présentait aussi le parti Devin de Fontenay. Ainsi, Thérésia aurait préféré le Conseiller du Roi au prince. Pourquoi ?
Il faut examiner d'un peu près la version d' Houssaye, mais elle ne résiste pas alors à l'analyse logique qu'elle suggère. L'auteur de « Noire dame d^ Thermidor commence par confondre le futur mari de Thérésia avec son père et dit : « « H est vrai qu'au temps même où il (Fontenay) déclara * sa passion à la jeune fille, le prince de Listenay voulait « la faire princesse ; mais le prince de Listenay, trop amoureux « peut-être, apportait l'ennui avec le sentiment, tandis que « le marquis de Fontenay, qui jouait comme par merveille « la comédie de l'amour, amusait la jeune espagnole. »
l^tt'est-cecitU autorise Houssaye. à dire qw Thérésia pré
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encore qu'elles soient bien vaguement indiquées, nous avons franchi l'année 1786 et les trois quarts au moins de l'an 1787. Nous ne reviendrons pas, sur cette période de la vie de Thérésia Cabarrus trop hypothétique, d'autant qu'elle semble sans grande importance au point de vue des faits his« toriques. Notons seulement qu'elle fut bien rem-
fera la galanterie du phc de Devin de Fontenay à l'amour sentimental du prince de Listenay ? Pourquoi ce Conseiller au Parlement — qu'il présente comme un vieux roué, un don Juan dissimulant son libertinage sous le masque de la gravité judiciaire — aurait-il plu à la grande gamine qu'était alors M"e Cabarrus ?... Mystère !... " ,
Il devient impossible d'admettre cette version si l'on consi» dore qu'en outre, ce ne fut pas le vieux conseiller qui prétendit à la main de Thérésia et s'unit à elle, mais son fils, et que ni le père ni le fils Fontenay n'étaient marquis, j
Mais Arsène Houssaye, nous l'avons déjà signalé, fut inspiré par la famille de Thérésia, qui lui parla de son héroïne d'après les propos très flatteurs qu'elle tenait sur ello-même. Or on conçoit fort bien la vaniteuse princesse de Chimay racontant les prolégomènes de son union avec Devin de Fon« tenay et mêlant dans ses souvenirs la demande (?) du prince de lyistenay avec celle du jeune Conseiller. Repousser un prince et accepter un simple Conseiller au Parlement, environ un an plus tard, sans qu'il y ait dans cette union une folle passion, permet de supposer qu'avec le temps et la réflexion M'i® Cabarrus était devenue moins dédaigneuse. Tandis que si les demandes du prince et du jeune Conseiller passent pour avoir été simultanées, le refus du prince cesse d'être une maladresse ou un enfantillage, regretté ou regrettable, pour devenir un acte de préférence dont on tire vanité. Or, on est autorisé à proposer cette explication quand on constate que la vanité, dominante du caractère de la belle Tallien, ne s'a» moindrit jamais, et, plus vive encore à la fin de sa carrière que dans son enfance et sa jeunesse, hâta sa fin, même nombre
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plie par la transformation de la grande -petite tille espagnole en une jeune Parisienne dotée dô toutes les qualités superûcielles et de tous les défauts profonds du lieu et du temps.
Dès la fin de 1787, Tliérésia devait être immoralement et physiquement mûre pour l'existence galante qu'elle allait mener, et qui commença peu de mois après son mariage avec Devin de Fontenav.
d* années après !c mariage inespérable qui la fit princesse de Chimay.
Du marquis de Ducrets, elle ue dit pas un mot, et ce silence confirme encore notre hypothèse, parce qu'il s'agit, avec ce deuxième parti, d'un refus dontThérésia ne fut pas l'auteur, inais la victîne.
Cest à ce titre que, si nous avons peine à croire que les de« mandes de Listenay et de Fontenay furent simultanées, nous sommes disposé au contraire, à supposer la recherche du marquis de Ducrest par M"® Cabarrus voisine de son acceptation du fils Fontenay.
Ainsi, la vraisemblance et la logique nous porteraient à penser que le prince de I.istenay remarqua peut-être la belle Thérésia, vers la fin de 1786 ou le commencement de 1787, tandis que celle-ci n'ambitionna qu'à la fin de 1787 de s'unif tu marquis de Ducrest. ;
ÎV
Le PRKMIBR MARIAGK DE ThÉRÉSIA CaBARRUS
AVEC Devin de P'ontenay ; documents d'état
civil. SUGGESTIFS ; NATURE DE CE IMARIAGE ;
événements de i^'époque : io9-ii7. — les origdtes de i.a famii,i,e devin de fontenay : 1 18-122. — Apports des époux ; témoins: 122-126. — Dispositions réciproques des CONJOINTS ; premières dêsiIvIvUSions conjugales : 126-132. — Les débuts de M^« de
FONTENAY DAlvTS I.E MONDE : I32-I37. — LE PREMIER ENFANT DE ThÉRÉSLA : I37-I39. — Les PREMIERS AMANTS DE M"^" DE FONTENAY : 139-147. — I/aVEUGI,EMENT du jeune MÉNAGE A l/ÉGARD DES ÉVÉNEMENTS POIJTIQUES DU TEMPS ; IvA NATURE SOCIAI^E DE I.EURS REI.A- TIOxNTS ; I<A DISGRACE DE FRANÇOIS CaBARRUS
EN Espagne : 147-153.
(1788-1790,) (Paris)
Les biographes de Tliérésia Cabarrus sont niuet3 fcur la négociation de son mariage avec Dévia ûc Fontenay.
IIO I,A BEtlvE TAtlvIEN
Néanmoins, il est plus que probable que cette alliance fut une conséquence des relations des Cabarrus avec les Boisgeloup, car le seigneur de la ^lancelière dut connaître le père du nxari de Thérésia, puisqu'il était son collègue au Parlement du Roi. En tout cas, il connut certainement M. de lyaverdy, avocat au Parlement et ancien ministre, qui était l'oncle du jeune chevalier de Fontenay.
Ces relations suffisent amplement pour établir que M™« de Boisgeloup fut directement ou indirectement, le trait d'union entre les Cabarrus et les Fontenay (i).
(i) L'auteur de « Notre Datm de Thermidor » le précise même en ces termes :
«... Ce fut chez la marquise de Boisgeloup, pendant les fêtes de l'hiver, qu'elle connut M. Davin {sic), marquis de Fontenay, ancien Conseiller au Parlement de Bordeaux, revenu à Paris au même titre et jouant de sa troisième jeunesse... etc. » (')
Devin (et non Davin) de Fontenay n'avait pas encore pria à cette époque le titre de marquis proprio motu. Il se contentait de se dire chevalier et d'ajouter à son nom celui de sa propriété de Fontenay-aux-Roses.
Ce Devin de Fontenay, auquel il convient de laisser la particule, puisque les actes de l'état civil l'ont consacrée, n'était pas ancien conseiller au Parlement de Bordeaux, et ne jouait nullement les vieux beaux puisqu'il n' avait que a5 ans à la fin de 1787.
Mais l'auteur de « Notre Dame de Thermidor » sut probablement par les enfants de Thérésia que leur mère avait connu
(•) Notre Dame de Thermidor, par A. Houssaye, p. 34.
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•Vers la fin de 1787, Devin de Fontenay ayant vu Thérésia et paraissant désirer l'épouser, des négociations à ce sujet s'entamèrent, dont M"^^ de Boisgeloup fut probablement l'intermédiairec
On dut apprendre au banquier d'Espagne que sa fille agréait en principe le projet de son mariage avec le jeune Devin. On lui fit en même temps connaître toutes les conditions éventuelles de cette alliance du côté des Fontenay, et François Cabarrus répondit en indiquant les conditions dans lesquelles il entendait marier sa fille.
Bn raison de la distance et de la lenteur des communications entre Paris et Madrid à cette époque, ces pourparlers remplirent assurément bien des semaines. De telle sorte que, les accords définitifs ayant été conclus à la fin de décembre
Bon premier mari par M"^® de Boisgeloup, et ceci, du moins, se trouve d'accord avec la vraisemblance.
Un peu plus loin, le biographiste ajoute : « MM. de Boisge- « loup écrivirent au comte de Cabarrus que le marquis de Fon» « tenay demandait la main de sa fille, sans vouloir qu'il fût « question de dot. » . „
Ceci est encore inexact, car François Cabarrus ne fut créé comte qu'eni 808 — vingt ans plus tard ! — par le Roi Joseph, le qui l'avait élevé à la dignité de Ministre des Finances, et les fils de M«»® de Boisgeloup étant encore en 1787 des enfants ne furent évidemment pas les négociateurs du mariage de Thérésia auprès de son père.
Quant à la note de désintéressement donnée en finale, il est également impossible de l'admettre, puisque les apportf des deux époux furent, au cont'^^ÀT^ txèê mîautieusemeut stipiiléa dans leur contrat.
1787 ou dans le courant de janvier 1788, îl faudrait faire remonter au moins vers le mois d'octobre ou de nomvembre de 1787 les premières ouvertures du mariage Cabarrus-Fontenay faites au banquier de la cour d'Espagne.
Au commencement de cette année (le 26 mars ^7^7)y Jean-Jacques Devin a, bien à propos, hérité de 307.867 livres (succession Rousseau), qui contribuent à faire de lui un excellent parti au point de vue de la fortune. Nous verrons bientôt que sa situation vaut celle que François Cabarrus fait à sa fille. Tout facilita donc l'alliance des deux familles.
À partir du moment où il fut question sërîeusement de la marier à Jean- Jacques Devin, Thérésia cessa de s'intéresser à toute autre chose. Mais, avant ce grand événement dans sa vie, elle avait certainement eu les échos des faits politiques les plus saillants : l'Assemblée des notables, le 22 février, à Versailles, et l'aveu d'un déficit de 140 millions, qui fit tant de bruit à Paris ; puis, en avril, le renvoi de Calonne ; en août, l'exil du Parlement à Troyes et le retour aux affaires de Necker ; enfin les troubles qui eurent lieu à Paris même^à la suite de l'agitatioix.^des^dttbs, appelés
ItA MilJt TALLTHN I13
h prenclrç bientôt t?int d'importance dans la direction de la chose publique.
Le 19 septembre, le Parlement, dont la sentence d'exil est rapportée, revient dans la capitale, et Thérésia ne peut ignorer cet événement car, on force les propriétaires à illuminer pour le fêter, en cassant les vitres de ceux qui s'y refusent ou tardent trop à obéir.
Iv'émotion parisienne est si vive, qu'elle dure jusqu'au i" octobre.
On juge et brûle le mannequin de Calonne place Dauphine. On promène, en les couvrant de boue, les mannequins du baron de Breteuil et de la duchesse de Polignac.On appelle la reine «Madame Déficit ». On brûle encore, place Daupliine, les mannequins de Brissac et de I^amoignon. Les voitures, gur le.Pont-Neuf, sont arrêtées pour faire honnir ces deux ministres à ceux qu'elles renfer ment et les obliger à crier vive Uenri IV.
Tout cela, Thérésia ne peut l'ignorer, et cejî événements donneront bientôt quelque prestige au jeune conseiller qui demandera sa main.
N'y eut-il aucune inclination de part et d'autre dans l'union de Jean- Jacques Devin et de Thc^ résia ? Il serait fort étrange que deux êtres jeunes, portés aux plaisirs amoureux, eussent été complètement indifférents l'un pour l'autre.
L'auteur des mystérieux mémoires inédits cités
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par Forneron rapporte que Jean-Jacqtiës î)evm était petit et roux. Cela ne contitue pas un type de beauté , mais ce n*est pas, en revanche, de la laideur. Devin pouvait être petit, mais bien fait, élégant même, et le ton plus ou moins ardent de ses cheveux n'entraînait en aucune façon que son visage fût laid. Il devait avoir, au contraire, en ce cas, le grand éclat de teint qui est particulier aux roux comme aux rousses. On était d'ailleurs moins éclectique, en 1788, qu'à présent en matière de nuances de cheveux. I^es tons très accusés, comme le noir et le roux, devaient moins plaire que le blond ou le châtain. I^es écrits et les images du temps le dénotent. On s'explique ainsi la critique des cheveux roux de Fontenay par l'auteur des mémoires inédits cités. Mais cela ne fait pas que le mari de Thérésia fût laid.
Quant à la future, malgré sa taille élevée, elle dut exercer sur le jeune conseiller l'irrésistible séduction qu'elle exerçait sur tous; car, si le marquis de Ducrest refusa de l'épouser, cela ne prouve point qu'il était insensible à sa beauté. — Peut-être même J.-J. Devin fut-il d'autant plus épris de M^^^ Cabarrus qu'elle était grande, puisque le goût des femmes d'ime taille élevée est fréquent chez les hommes petits.
Réciproquement, les « belles femmes » s'éprennent fréquemment d'hommes moins grands qu'el-
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les. En résumé, Ton ne voit rien qui s'oppose à un penchant initial réciproque des deux époux ; mais bien des motifs portent à supposer, au contraire, entre eux ime sympathie et même une attirance probable du côté de Thérésia et certaine du côté du jeune Devin.
Il faut d'ailleurs introduire de formelles réserves au sujet de ces appréciations des mémoires inédits, car on verra plus loin que des « signalements » officiels les contredisent absolument.
De part et d'autre, en tous les cas, il y eut hâte de conclure l'union, puisque des dispenses furent demandées et obtenues pour les publications.
Dans son recueil Le Curieux, Ch. Nauroy a publié les actes du m,ariage, qu'il est bon de rappeler ici parce qu'ils signalent plus d'un point important qui n'a pas été remarqué. ■
Le premier de ces actes, en date du 7 février 1788 (le mari de Thérésia n'avait donc pas encore 26 ans, puisqu'il est né le 18 février 1762), constate le mariage de « Jean- Jacques De Vin Defontenay (sic), conseiller en la Cour (au Parlement), avec Jeanne-Maria-Igniace- Thérésia Cabarrus (et non de Cabarrus), fille mineure du sieur (et non pas comte) François Cabarrus (sans particule nobiliaire). Conseiller des finances du roi d'Kspagne, et de dame Maria- Antoinette Galabert, domiciliée à Madrid.
î 1 6 tA Btttt TAI^tlèlT
Cette pièce rapporte en outre que « les bâûs ont i été publiés dans la paroisse de Saint-lyouis-en- « nie, à Paris, qui est celle de De Vin, et dans la « paroisse de Saîat-Eustaclie, qui est celle où « réside M^^^ Cabarrus depuis plus de deux ans « avec sa mère, venue exprès à Paris pouf veiller « à son éducation et pourvoir à Son établissement ». Enfin, le même acte signale que <: des dispenses
< ont été obtenues pour la publication à Paris,
♦ au lieu de Madrid, pour Tkérésia Cabarrus ». ly'extrait des registres de la paroisâe de Saint-
Eustrache est, chose curieuse, plus régulier, à certains points de vue, que l'acte précédent, notamment en ce qui concerne les noms.
Il mentionne ainsi le mariage : <t Du jêUdi 21 « février 17S8, Messire Jean-Jacques Devin de « Pontenay, chevalier, conseiller du Roi en sa
< Cour du Parlement, âgé de 26 ans (depuis 3 « jours !), fils de haut et puissant seigneur « Jacques- JuHen Devin, chevalier. Conseiller du « Roi en tous ses conseils, président en sa cham- « bre des comptes de Paris, et dô déftmte haute 4! et puissante dame Elisabeth, Françoise, Ange- 4 lique Rousseau, demeurant rue et paroisse « Saint-lyouis-en-l'lle, et M.^^ Jeanne-Maria- 4 Ignace-Thérésia Cabarrus, âgée de quatorze
♦ ans et demi, fille de Messire François Cabarrus,
* pagne en son conseil des finances, directetir de < la banque de Sâint-Charles et de là Compagnie « royale des Philippines, et dé danie Marie-An* « toinette Gàiabert, demeurant de fait rue Vi- « vienne, de cette paroisse et, de droit, de celle
* de Saint-Iyouis, ville et paroi^e. de Madrid, ea « Espagne. » — f -/
Plus tard, la princesse de Giimay laissera dire ou donnera à entendre qu'elle a toujours été fille du comté dé Càbàrirus. Mais, en 1788, elle est encore trop près de ses origines pour ne pas se les rappeler. I^és Cabarrus ii'ont aucune prétention à l'aristocratie, et se contentent de faire valoir lès titres administratifs, très brillants d'ailleurs, du chef de la famille, François Cabarrus.
Pourquoi Thérésia est-elle portée comme habitant de fait, avec sa mère, rue Vivienne ?... lya résidence de l'hôtel de la place des Victoires a donc été abandonnée ?... Ce nouveau domicile est du moins plus avéré que le prétendu hôtel acheté ou loué.
Ainsi, tout en aspirant à changer de classe sociale par le mariage, grâce à sa beauté et à sa fortune, Thérésia n'est rien moins que noble par la naissance, et cela n'est pas un point négligeable dans l'histoire de sa vie, puisqu'il y a là un atavisme qui explique et atténue un peu ses f aiblesses j^en» daat la crfeQ.réYQiutJQxmakCy ""
Il8 IvA BEI.I.LE TALUEN
Jean- Jacques Devin, de son côte, n'est pas Issu d'une famille beaucoup plus aristocratique que celle de sa femme,
Ch. Kauroy a donné, dans Le Curieux^ une généalogie des Devin, qui remonte seulement à cent cinquante ans environ avant le mariage de Tliérésia,et que nous allons résumer pour établir sans conteste l'honorable roture de la famille du pseudomarquis de Fontenay.
I/C plus ancien membre de la série d'ancêtres retrouvée par Nauroy est un honorable échevin et juge consul de Paris. Adrien Devin, mort le 3 juin 164a
Cet Adrien Devin fut père de l'honorable homme Claude Devin, épicier, qui épousa Marie Dessus-le- Monestier. D'où la descendance : Adrien Devin (deuxième de ce prénom), baptisé le 19 avril 1639, mort à Paris, rue Comtesse-d'Artois, Conseiller du Roy, notaire garde Notte (sic) au Châtelet de Paris le 19 m.ars i68o„ marié à Magdeleine Coustard. D'où :
Jacques Devin, marchand drapier, rue Saint- Honoré, marié par contrat du 6 septembre 1699, à Catherine Marsollier. née à Paris le 11 décembre 1680. D'où :
Jacqties René, écuyer, conseiller secrétaire du P-oi et administrateur de l'Hôpital général, veuf de datne Marguerite-Catherine I^e Couteleux,
LA BFXLS TALLIEN lig
décccTée paroisse. Saint-Merrv le 27 avril 1778. D'où :
Messire Jacques- Julien Devin, père du marî de Thérésia, et Messire Jean- Baptiste Devin de Gallande, son frère^ oncle de Jean- Jacques Devin
Ch. Nauroy précise de la façon suivante la descendance du pseudo- marquis de Fontenay:
Jacques- René Devin eut de Marguerite Lecoulteux (i) :
1° Catherine Devin, née à Paris le 17 février 1733, mariée le 23 août 175 1, à Paris, à Clément- Charles-François de Laverdy, âgé de 26 ans, chevalier, Conseiller du Roi en sa cour du Parlement, fils de Clément-François de Laverdy, écuyer, avocat au Parlement ;
2° Jean-Baptiste Devin, dit de Gallande, Couseiller du Roi en ses conseils, demeurant à Paris rue Neuve et paroisse Saint-Merr}^, mort à Paris, 5, rue de Verneuil, à 71 ans, le 8 juillet 1816, marié à Marie-Henriette de Vandenesse:
3° Jacques- Julien Dtvin, né à Paris le 9 juillet
(i) Notons, en pcfsant, ici, les différences de nom et de date de la publication du Recueil de Nauroy. La première fois qu'elle est nommée, la grand'mère du mari de Thérésia est dite Marguerite-Catherine Le Couteleux et décédée le 27 avril 1778. La seconde mention la nomme Marguerite Le Coutculx et la fait mourir le 31 octobre 1764. Il est bien évident pourtant qu'il s'agit de la même jpersona^^
1734, mort à Paris, rue Saint-I^ouîs-eti-l'Ile, 11° 45, eu mai 1817.
La première femme de ce dernier fut Elisabeth- Françoise- Angélique Rousseau, née le 19 novembre 1743, à Paris. C'est la mère du mari de Thérésia, dont Jean-Jacques Devin touche en 1787 la succession, s'élevant à 317.867 livres.
Son père habitait rue Neuve et paroisse Saînt- Merry lorsqu'il épousa, en juin 1777, à Paris (Jean- Jacques avait alors 15 ans), dame Denyse- Thérèse Gallois, veuve mineure dé Claude- Gédéon Ladvocat, chevalier, Conseiller du Roi. Il faut noter qtie, dàtis les pièces de ce secotid mariage, le père du mari de Thérésia est qualifié Devin de Fontenay (i).
Quelle est l'origine de cette nouvelle désignation à prétention nobiliaire ? De là possession, depuis trois générations, daiis là famille Devin, d'une propriété dite la seigneurie, sise à Fontenay, Grande rue (2).
« De là vient, dit Nauroy, que les Devin -— « Jacques- Julien et son fils Jean-Jâcques, mari « de Thérésia — crurent pouvoir s'appeler de t Fontenay, sans que j amais ils en aient eu le droit.»
(i) Cette seconde feuiiue de Jacques- Julien Devîn mourut A Paris en mai 1833, rue Neuve-des-Petits-Champs, n" 70.
{2) Cette propriété fut vetidue par J âcqùes- J uliea Dévia le iH février lèiL -^-^ - — - -
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Le père de notre pseudo-marquis de Fontenay dut panser qu'il avait quelque droit « moral » à s'anoblir lui-mêm,e, puisqu'il était conseiller au Parlement, descendant d'une série dé magistrats, et que Louis XIV avait anobli d'iUi cout> tous les conseillers de ses Parlements (i).
Mais cette élévation sociale, trop personnelle, n'était pas plus légale — sinon légitime — que celle de beaucoup d'autres petits personnages du temps, et notamment des parvenus de la finance et de l'administration, si soucietix de troquer leur roture héréditaire contre une apparence de noblesse.
« Possession vaut titre .» A la longue et sans le "bouleversement social de la Révolution, les Devin auraient probablement réussi à faire régulariser leur gentilho-mmerie usurpée. Màiâ jëan- Jacques allait un peu trop vite, et m,arqUàit Singulièrement son inconscience des choses nobiliaires en ^'intitulant marquis à U favètlt d'êvéhéments politiques qui ne permettaient guère à Sa Majesté de faire réprimer les nombreuses usurpations de ce genrec
vSon père, plus raisonnable a cet égard, se con«» tentait, eu 1777, de i)rendre la particule.
(I) Dans un but d'imposition, sans doute, plutôt que pour récompenser des scrvicça rcU§,,
122 XA Bieti^ TAttlEN'
L'année suivante il avait, de sa seconde femme un fils né et baptisé le jeudi 19 mars 1778, Denis- Juvénal, né, dit l'acte, de Messire Jacques-Julien Devin, chevalier, seigneur de Fontenay, conseiller du Roi en ses conseils, Président de la chambre des comptes de Paris (i).
Ainsi, le père du mari de Thérésîa donne luimême à son fils, dès sa seizième année, l'exemple d'une l'usurpation de titre au moins curieuse et caractéristique de l'immoralité de l'époque en ce qu'elle se manifeste chez un magistrat.
Thérésia n'apporte à son épotix que sa loyale roture ; mais celle-ci jouit en elle d'une beauté souveraine, bien mise en valeur par une agréable fortime. Sa dot comprend, eu effet, cinq cent mille livres (demi-million équivalant au moins à 1.500.000 francs d'aujourd'hui) et trois maisons ' — qui étaient déjà un merveilleux placement — aux Champs-Elysées, rue des Gourdes (plus tard, rue des Blanchisseuses, et rue Marbeuf depuis
(i) Ch. Nauroy attribue, sans doute par erreur, à cette Seconde femme de J acques- J ulien Devin deux autres enfants qu'elle aurait eus avantDenisJuvénal, mais qui furent évidcmjnent de dame Elisabeth-Françoise- Angélique Rousseau, et non de la veuve de I^advocat, puisque l'un, Antoine- Charles Devin, né le 9 septembre 1764, mourut à Paris le 21 mars 1765, et le second, Marie-Elisabeth, née le 3 mars 1766, mourut treize jours plus tard. Ces deux morts d'enfants, de plus en plus prématurées, incitent à penser qu' Elisabeth-Françoise- Angé« U^aeint gon €xi«teac«>brégée par ces. dernières naissaoces,
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1829), îi» X^ au coin de Tallée des Veuves (aujourd'hui avenue de Montaigne), c'est la future < chaumière» de M'"" Tallien, une autre aux n°»6 et 8, et enfin, la troisième à Passy (rue Bizet, n° 6, en 1842) (I).
Cela constitue à la jeune fille une superbe dotation. Celle du futur mari est équivalente, car le compte de tutelle de son père, Jacques- Julien, lui attribue 513.059 livres. A cette belle somme s'ajoute la succession de sa mère (succession Rousseau), s'élevant à 317.867 livres, soit un total d'argent liquide égal à 830.926 livres, qui repré-
(i) On est surpris de voir que Thérésia reçoit de son père, en dot, trois maisons et terrains à Paris. François Cabarrus a-t-il acheté ces immeubles lors de son voyage à Paris en 1785, trois ans auparavant. Il est difficile de l'admettre parce qu'il est certainement resté trop peu de temps en France pour y traiter ou conclure trois achats de cette importance sans agir un peu à « l'aveuglette ». Il faudrait admettre qu'il a été renseigné, conseillé par une ou plusieurs personnes dans lesquelles il avait une confiance absolue... C'est peu conciliable avec la prudence, la défiance d'un homme d'affaires. On s'expliquerait l'achat d'une maison, mais l'achat de trois immeubles se conçoit moins.
Ne serait-il pas plus vraisemblable de penser qu'il avait eu ces immeubles, avant 1785, en payement (ou garantie transformée en propriété définitive) dans une des nombreuses affaires que traitait sa banque de Madrid ?
En tout cas, nous voyons Thérésia, constituée dès 1788, propriétaire de deux immeubles dans l'allée des Veuves, dont l'un deviendra sans doute La Chaumière. Ce point est à noter, car nous verrons plus tard que les Tallien sont censés avoir acheté La Chaumière à la comédienneRaucourt.
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sentent près de deux millions et demi à la valei^r actuelle relative de l'argent. Jean-Jacques Peviu possède, en outre, une charge de conseiller qui vaut 60.000 li\Tes; mais il ne faut citei: cet avantage que <t pour m,cm.oire», puisqu'il va disparaître clans la tourmente révolutionnaire à bref délai.
lycs apports réunis des jeunes mariés g'éleyant ainsi à plus de 1.600.000 livres — si l'on évalue au miniraum de 300.000 les quatre maisons de Thérésia — on s'explique com.ment ils peuvent acquérir, en 1789, le domaine d'où Jean-Jacques Devin, à l'exemple exagéré de son père, tirera sans aucun droit un pseudo-marquisat.
Mais revenons au mariage de M^^^ Cabarrus avant d'examiner comment elle s'intitula marquise.
lye contrat, dressé par M« Duclos-Dufresno}^, notaire à Paris, mentionne une liste de témoins fort curieuse. En premier lieu, signe :
Jean-Baptiste Devin de Gallande. Or nous avons signalé précédemm,ent que cette apparente noblesse est de la même qualité que celle de son frère et de son neveu.
Cet oncle — cadet de Jacques- Julien Devin — s'intitule chevalier, comme son frère. Il est réellement Conseiller du Roi en ses conseils et maître des requêtes ordinaires de Sa Majesté. A l'exemple de son aîné, qui se dit seigneur de Fontenay depuis 1778, il se dit Seigneur de Brieu, Pince-
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loup et autres lieux. Son domicile est à Paris, rue des Saints-Pères, paroisse de Saint-Sulpice.
Le second témoin est un véritable aristocrate, Clém^ent-Charles- François de Bondy, marquis de Gam^bois (sic) (i), seigneur de Neuville, Condé, la Haute viUe-Flaconis et autres lieux, gouver* neur de Houdan, directeur honoraire de la Faculté de droit et directeur ou président honoraire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Celui-là réside à Paris, au ci;l-de-sac de Conty, quai Malaquais, paroisse de Saint-André-des- Arts.
Puis vient l'oncle maternel de Jean-Jacques Devin, Messire Charles-Gabriel- Jean Rousseau de Thelonne (localité sans doute), qui se dit écuyer, demeure à Montmartre, et relève dç cette paroisse.
François Cabarrus, père de Thérésia, ne brille pas par sa présence; mais il est très convenablement représenté par Messire Joseph d'Ochariz, agent et consul d'Espagne à Paris.
Enfin, la liste des témoins se termine par deux amis : Messire de la Ville-l'Evêque et Messire lyéon I^alanne, avocat au Parlement, demeurant rue Bardubec, paroisse Saint-Merry.
Lors de la signature du contrat, M« Duclos- Dufresnoy fait honneur à ses clients de la signature
(i) Gambois est probablement ici pour Gambais^
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d'un comte de Fermont-Suquel, qui ouvre noblement la série des parafes.
Notre héroïne signe ensuite modestement et de tous ses prénoms, Jeanne, Marie, Ignace, Thérésia Cabarrus (sans la moindre particule).
Son mari s'affirme gaillardement Devin de Fontenay, tandis cjue son père inscrit un simple petit Devin tout court. Madame mère signe Antoinette Galabert-Cabarrus, associant ainsi sa famille originelle aux honneurs de ce beau mariage.
ly'oncle signe Devin de Gallande, le consul d'Espagne, d'Ocariz (sic), I/'un des deux amis inscrit I^alanne, et l'autre, Messire de la Villel'Bvêque, omet de signer — il était sans doute trop ému de la beauté de Thérésia pour y songer.
ly'oncle maternel signe, sans hésiter, Rousseau de Thelonne, par devant un dernier membre de la famille, de I^averdy, et cette belle liste achève d'évoquer des pensées d'opérette avec la griffe d'un 4 Poupart », qui est assurément un des clercs < pince-sans-rire » de M« Duclos-Dufresnoy.
Si tieii ir-autorise a penser que le premier mariage de Thérésia fut sans inclination, si nombre d'indices font, au contraire, penser que les jeunes gens luais S€; désirèrent quelque peu, en revanche
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îl i)ûriiït certain que leur « lune de mîel » fut Ce courte durée.
Au lieu de fuir le monde, comme deux épo'.u: très épris l'un de l'autre ne manqueraient pas de le faire, quelle que soit leur situation sociale — car l'amour ne connaît pas de lois — M. et M"'-« de Fontenay, bien peu de temps après leur union, commencent à rendre des visites, puis ouvrent leurs salons en personnes plus im^patientes de se distraire avec le concours d'une brillante société que de s'attarder entre elles aux bagatelles du plaisir.
A défaut d'un amour profond — dont leur égoïsme les rend incapables — les jeux de Tambour devraient les retenir. S'ils les abandonnent prématurément, n'est-ce point parce que Jean-Jacques Devin n'a pas su les diriger ?
On est logiquement amené à concevoir l'égotisme étroit de l'un et l'autre conjoint, se heurtant et se froissant dans les consécrations matrimoniales matérielles dès le début de leur nuit de noces.
Qu'apporte Thérésia dans cette délicate conjoncture ? C'est avant tout sa vanité ordinaire, surexaltée par les adulations de la fête du m,ariage.
Cette vanité n'est pas dominée par le mélange d'appréhension et de curiosité, de pudeur et de tendresse dont serait anim.ée une autre épousée moins personnelle et plus aimante.
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Tliéicsîa n'est pas iiiie fille naïve. Ses précoces intrigues l'ont instruite, au point qu'il ne lui reste pas grand'cliosë à connaître dans le sacrifice voluptiieux de sa chair. Elle a livré ses mains, ses bras, ses épdiiles et ses lèvres. Sa gorge a palpite sous les caresses airderites de la mairi et du baiser. Elle connaît les étreintes, les firôienieiits; et, si qùelc[iies attouchements voluptueux n'ont pas encore fait vibrer toutes les cordes de cette lyire, ce sont assurément les moins décents.
Ainsi, bien loiii derrière sa vaiiité stiirexcitéë, elle apporte la crainte modérée de l'inévitable biessuxe dti mlâle et l'embarras léger des sîipfemes retenues, que ses premiers amoureux n'ont sans doute pas violées.
Son inari va posséder en un moment, sàris ajournement, sans réserve, ce beau corps dont elle est si fière ; qu'elle à vu, qu'elle à seiiti passionnément convoité par tant dé sbùpîraîits !
Devant le lit nuptial, là pensée de cet abandon complet est assuréinerit pour elle un sacrifice dont sa vanité souffre plus que ne souffrira sa cliair un iiistant apirès.
Devin â-t-il, du moins, pleine conscience de son bonheur ? Elle ne peut en douter. S'il a gardé une assez bonne contenance jusque-là, en gentilhomme accoutumé aux flatteuses bonnes fortunes, tout à l'heure sa sufîasauçe, sou assurance