‹ La belle TallienChapitre 9 sur 31 · l'A BElvIvK TAI.I,IKN · texte numérisé non relu

l'A BElvIvK TAI.I,IKN

« plus élevée faisait descendre jusqu'aux extré-

* mités apparentes de ses pieds imperceptibles « cette échelle de perfections lium,aines que le

* Créateur s'était x)lu à répandre sur elle le jour « d'mie fête paradisiaque, afin de montrer encore « ime fois au monde le type, jusque-là non renou-

* vêlé, de la beauté de la mère du genre humain, « Quant à notre premier père, il était moins bien « représenté par M. de Fontenay, conseiller au Par- « lement. Une telle apparition, qui brisait tout « à coup une admiration encore vivace, causa 4 réellem,ent une sorte de stupeur silencieuse, et « celle-ci ne fut interrompue que par l'expres-

* sion de la réception gracieuse de M"^« de la « Briche, dont cette fois peut-être seulem.ent, la 4 voix d'un timbre si timide et si doux fut enten- « due dans toute l'étendue de son salon. Mais,

si M°^e ^e Noailles ne fut plus, dès lors, que la «« seconde dans Rom,e, son m,ari, lui, n'avait rien « perdu de son empire. Toutefois, m,algré sa beauté « véritable, celle de M°^ de Fontenay était telle- € ment transcendante, que l'œuvre n'eût pas en* « core été parfaite si le sort les avait unis... » (i) Par cette citation, l'on voit que, dès son apparition dans le monde, sous le nom de Fontenay, Thérésia se disait ou se laissait dire née de Cabarrus.

;(i) JWVwma/ de J. de Noryins, t V, p. 167 à 170^

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M. de Norvins montre-il la jeune femme éprise de son mari, entourée par lui d'une sollicitude jalouse ? Nullem^ent. Rien ne s'oppose au tourbillonne m,ent des admirateurs autour d'elle. Le narrateur ne peint pas un nouveau ménage en pleine lune de miel, mais une jeune femme dont le charme et la beauté captivent tou3 ceux qui l'environnent (i).

Turquan, dans La citoyenne Tallien, s'appuie sur l'histoire générale des émigrés de H. Fornerou pour dire de Jean- Jacques Devin : «... à peine « marié, indigne appréciateur du trésor qu'il « possédait, ne s'était-il pas avisé, le drôle, de se « m.ettre à aimer une iille de boutique et d'ins* < taller chez lui cette drôlesse ! »

Ce fait est probablement réel. Il est d'accord avec le sans-gêne, le défaut de distinction du personnage. îdais, en constituer le principe dc.5 écarts de conduite de M™= de Fontenay, cela n'est pas conciliable avec la vanité du jeune Conseiller.

Commuent celui-ci se serait-il domié, vis-à-vi^ du monde, le tort discréditant d'introduire à demeure^ au domicile conjugal, une concubine

(i) M. de Norvins, emprisonné pendant la Révolution, attribue lui-même sa libération à M^e de Staël, M^e de Valence e. M'^-e Tollien. T^a reccnnaî<5SPnce le porte donc à l'indulgence vis-à-vIs de cette dcrniôro, et rCduit \i:\ peu lacoûfiauce^qu'oa doit accorder aux ao;jes qu^il lui dçcvruc.; '''

Î36 Î.A sàtts T^tfjiiiîf'

très iî^férieure ù TppPWse légitime, entourée d'adpxirateurs si nomb^reux et si ppiiyaincus ?

Il est pins vraisemblable de supposer que cette lourde incorrection ne fut pas Iq principe de la désunion, mais ui;c cp^|séquer;çe de ceUe-ci.

Blessée par la prise ^e possession brutale de F on mari, froissée dans sa vanité par son défaut d'égards, de délicatesse, de cpiisidération, elle lui donne une leçon en provoquant pu en encourageant les hq^rnages (i^s npmbreux soupirants qui naissent à son apparition.

Rien ne saurait être i^lns mortifiant, en eiïet, pour le petit Peyii^, qi;e cette coquetterie s'exerçant au moment mêine pu ^hérésia devrait proclamer son triompbe et flatter délicieusement sa vauité en ne paraissant penser qu'à lui.

A chaque visite faite par le jeune ménage, à chaque réception qu'il dpnne, se renouvellent et s'accumulent ces îuprtifiçations cruelles pour Devin 4? I^PÎlten^y. Il se sent profondément ridiculisp; U joue le rple d'époux négligeable, puisqu'il est négligé... et la conduite de Thérésia se trouve trop conforme à l'esprit du temps pour qu'il puisse risquer à ce sujet un éclat.

Qn ppîiçoit alprs l'ex^^spératipn vaniteuse qui la porte à aiFicher un complet dédain pour le charme de sa femme, et la vengeance qu'il croit tiret

iVéie an l^i feisaiit rit^jur^ d'entretenir dans sp^ ^ ropre logis une :« fille lic boutiq.u^ » (i).-

Jusqu'e-Jà, Théirésiq. s'est peut-û'pre contentée (l'enflammer vingt amp^ireux, înais en s'abstenait d'en satisfaire aucun. ""' >: -^l-'

Iv'injilulgence — qui est pp. très jioux devoir — engage à lui supposer cette vertu. I/C mariage a d'ailleurs pour elle sa plus grave conséquence : elle est inère. -i-i^^^^lÉs^ ^^^i'^^^'T.^?

En dépit de cette^ indulgence, il fai;t bien reconnaître que le ménage Fontenay avait, dai^s le premier ei^fant de Tliérésia, une iiïCom.p arable occasion de réconciliation... dont on ne s'exx^lique pas le mépris à l'avantage de la je^e femme.

ly'existence de cet enfant n'empêctea nulleïli^tit, trois ans plus tard, le diyQrce des époux, i

Fpntenay, fuyant la France, Iprsque son flls pourrait l'accompagner (2)^ l'abandonnera san$

(i) Plus tard, Tallien, dédaigné par Thcrcsia, lorsqu'elle p'afEchera scandaleusement comnae maîtresse de Earrag, affectera, lui aussi, de négliger sa femme au profit de filles vulgaires; mais ses amoureuses de revanche ne seront pas môme cles employées de boutique; il les ramfissera dans la fangp de la plus basse prostitution. Tallien, lorsqu'il s'abandonne, retourne naturellement au ruissequ d'où il sort.

(2) Il aura quatre ^n^ alors e|; £ourra §ç passer de sa mcrçj

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débat à M'»^ Thérésia Cabarrus divorcée. Bt Thérésia elle-même, fuyant Bordeaux après le retour de Tallien à Paris, laissera ce malheureux enfant dans la Gironde, aux mains d'un serviteur, sans exprim^er à son sujet le moindre regret.

Rien ne peint mieux que cette indifférence pour le petit Fontenay le profond égoïsme de Jean-Jacques Devin et de Thérésia.

Il est donc permis de penser que des égotismes si puissants furent le principe et la raison détcrminante de la désunion du m.énage Fontena}', surtout si l'on considère, en outre, qu'on retrouvera ce mêm.e égotisme chez Thérésia com,m,e raison déterminante de ses ruptures avec Tallien, Barras, Ouvrard, et des troubles de sa dernière union avec le prince de Caraman-Chimay.

Si l'on cherche à mieux pénétrer le mystère des fragiles am^ours de Thérésia et de Jean-Jacque.; Devin, il faut considérer deux hypothèses entre lesquelles la bienveillance nous interdit de faire un choix : la m.ésintelligence des éj)oux commença indubitablement dès la x^remière nuit de leurs noces par le heurt de leurs vanités dans la perpétration de l'acte m.arital. Mais cette mésintelhgencenefutpas com^plète, avant juillet 1788, puisque Thérésia n'était pas alors encore mère.

Son premier fils naquit, en effet, le 2 mai 1789, et dut rigoureusement être co^u le^^août 1788.

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; Ainsi le ménage Fontenay put jouir environ six mois durant d'une sorte de lune de miel^ non sans îimertunxe peut-être, mais néanmoins encore assez douce pour leur permettre, par moments tout au moins, les ivresses des voluptés nuptiales.

Ou bien — et c'est alors qu'il faudrait opter pour la seconde hypothèse — l'accord des époux ayant été rompu avant ce terme de six mois, force est d'admettre, pour expliquer l'indifférence de Jean- Jacques Devin à l'égard de son fils, qu'il n'était pas sûr d'en être le père.

Le nom,bre des amoureux de M'"^ de Fontenay fut si grand, qu'on serait très embarrassé de dire, en ce cas, lequel d'entre eux fut l'auteur réel du premier enfant de Thérésia.

On voyait à ses réceptions : « Les frères Lameth (i), Félix Le Pelletier de Saint-Fargeau « qu'on appelait familièrement Blondinet à cause 4 de la couleur de ses cheveux, M. d'Aiguillon, < M. d'Aligre, M. Trudaine, M. d'Kspremesnil, « M. Ferrand, M. Freteau et M. de Saint- Vin- « cent. » (2)

Il serait excessif de croire, sur le rapport des journaux du temps, que tous ces amis du ménage

(i) Charles et Alexandre, neveux dn maréchal de Broglie, Ils avaient été créés colonels pendant la guerre d'Amérique, et faisaientpartie de la noblesse hostile à la cour de I^ouis XVI,

(2) La citoyenne Tallien, par Tur^uan, p. 28-30.

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Fontenay durent jovur des faveurs de la belle Tliérésia. Nous croyons, au contraire, que le simple bon setis s'bp;^ose à iinè telle généralisation !

ii'àutre partj on nous montre du cHâteâii (!) du marf^UÎs de Foiiienày une réunion de i>erson-, iiàgës coninié IVlifàbeàu, Cliampfort, Vergniaud Baiiîàve, Robespierre, Câiixille JDesmbuliiis (i), < les Montmorency, les ta RocHëfoucauld, les « ta Fayette et ks lyàméth, les CHàmpfbrt, les « Rivairol et les Champcènez» (2),... il semble évident que cet assemblage ^é noms célèbres est Une dé ces réminiscences doiii: la princesse de Chimay était coiituinière — et qui ne répondent a rièii de rééi.

ta plupart de ceux qui furent reçus par la belle ïhérésia ôiit été, eh ëfîet, trop viveihent impressionnés par elle poiir n'en point parler. On retrouve leurs soùvetiirs à cet égard dans leurs lettres, leiirs publications. Or piiresque tbiis ceux qui Sont éuiiiéirés ci-desssiis, d'après là j)niicesse de CHimày, sont absolument muets sur M°^° de Fontenay.

Mais, en outre, ce qiiî, ioiite bienveillance à part, iious iîicite à përisêi: que Jean- Jacques De via se crut, à tort ou à raison, le ^Dère du premier enfant

(i) Noire dame âè T^^ernitâor, p. 3 3 et suivantes. (2) Notre dame jàè Thermàor, p, 54.^

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de 'Thérésîa, au moiris jusqu'au milieu de l'été de 1789, c'est qu'à la date du 28 août, on le voit acquérir les propriétés dorit il tire, froprio nïolu, son titre de inàrqùis.

A cette daté, il paye 400.060 francs a Bénigne- Joseph Dutrousset d'Héricourt, chevalier, marquis du Bbiilay, baron d'Obsonville, seigneur de Polighy, Sbtifïres et autres liëiix, chevalier et conseiller dit Roi, Président des Requêtes du Palais, là terre et seigneurie du Boulay et de Poligny, la terre et seigiiëiliie de Souffres et là bàronnie, terres et seigneurie d'Ôbsbnvilie en Gâtinais, bailliage de Nenioùrs, coutume de îyouis de Montargis.

A dater de cet achat, il se décore dii marquisat du seigneur du Boulay, coinriié s'il avait réellement pu l'acheter en inême temps que la propriété foncière. Mais, chose comique, c'est sur son petit domaine, sa villa de t'ontehày-aux-Roses, qu'il reporte cette qualité eti s'ihtitùlàtit luatqtiis de î^ontehày !

dr il est impossible que, datis cet acte d'extravagance vaniteiise, il n'ait pas songé à sort jeune fils, àp;^elé à heritëi: de sbii màrqiiisàt d'éiiiprunt... au cas où Sa Majesté lybiiîs XVI consentirait, par extrême complaisance, à ratifier cette audacieuse prise de possession.

Cela n'était pas lirréaiisablé. De nbmbrëiix pirecédentii aiiàlb^^iies autorisaient cet espoir. Le

fils de riiorloger Caron, cx-îiorloo;er luî-mCine, ne s'était-i|g|pas fait ainsi chevalier de Beaumarchais peu d'années auparavant ?

Dans tous les cas, ces visées noloiliaires militent en faveur de la légitimité du premier enfant de Thérésia.

Par contre, s'il est ainsi permis de penser que ^me (le Fonteuay n'avait pas encore trom.pé le futur pseudo-marquis son époux au milieu de 1788, rien ne permet d'assigner un plus long terme à sa constance matrimoniale.

Quels furent ceux qu'elle admit à ses suprêmes faveurs ? ly'un des frères I^ameth et Félix Le Pelletier Saint-Fargeau furent presque sûrement dans la plus grande intimité avec elle. A l'égard du premier, elle a fait une sorte de confidence très accablante. — Nous la signalerons à son heure. — Mais, sur tous les autres, elle est muette. Elle se défendra même publiquement plus tard (en 1791) d'avoir pour amants une demi-douzaine des familiers de son salon. Ce qui marque du moins qu'elle eut alors une fort mauvaise réputation. Nous reviendrons sur cette accusation scandaleuse, lorsque nous arriverons au moment où elle se produira.

En 1788, aucun événement grave ne trouble ses plaisirs. A Paris, l'hiver et, pendant la belle saison, à Fontenay, elle reçoit une société joyeuse.

MAHIK-A.NTOINKTTE, dalphink

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où l'on remarque plus de jeuiiea petits nobles que de grands noms, sauf l/ouis de Noailles, et où l'élément féminin n'est pas abondant. :

Peu de jeunes femmes se soucient d'entrer en comparaison avec une beauté si souveraine, et Thérésia préfère la perspective de subjuguer dea galants à celle de se créer des haines de rivalités féminines. BUe estime, avec raison, qu'elle se fait assez d'ennemies dans le monde en y accaparant les hommages, lorsqu'elle y paraît.

Tous les hommes convergent alors, en effet, au point qu'elle occupe dans un salon, ainsi que le rapportent divers auteurs qui ont assisté à cette attirance irrésistible. Bile est constatée, non seulement par des écrivains du temps, des auteurs de m^émoires qui ont subi cette attraction, mais aussi par des femmes comme la marquise de I^age et la duchesse d'Abrantès. Bn revanche, ces témoins sont généralement trop charmés pour discerner, dans la séduction qu'ils subissent, ce qui revient à la Nature et ce qui appartient en propre à Thérésia.

Cette jeune femme, qui brille d'un sî vif éclat à la fin du XVIII° siècle, entre 1788 et 1793, c'est-à-dire entre sa quinzième et sa dix-neuvièm,e année, n'envoûterait à ce point, si belle qu'elle soit, sans la voluptueuse coquetterie qu'elle déploie. ' ' • :

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Tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle fait — et tout ce qu'elle tolère ou permet — afin d'ensorceler les hommes qui l'entourent^est tellement incessant, multiplié, varié, que cela semble en elle une ma nier e d'être naturelle , involontaire, inévitable.

Sa voix délicieuse n'est-elle pas rebelle aux sécheresses, aux violences ? Si elle ne comporte que des inflexions mutines, caressantes et tendres, peut-on prévoir, alors, qu'elle en aura de m,oins douces plus tard ? Ses regard§ sont nqturellemeni provocants et prometteurs, puisqu'ils ont ce charme, tant excitant, à l'égard de tous !

Mais il y a d'autres manières d'être de TJiérésia rui rincriminent davantage, parce qu'elles ne peuvent être inconscientes. Sa main voluptueuse, exquise, retient la main avec une chaleur trou* blante. La façon dont elle s'abandonne en palpitant ou frémissant pendant la danse..., et la complaisance plus affolante encore avec laquelle, en toutes circonstances, elle livre ses incomparables bras, ses merveilleuses épaules aux baisers furtifs lirais brûlants de ses admirateurs, sont des acte§ volontaires.

Plus tard, quand elle jouira d'une indépen*^ dance à peu près sans limite, lorsque les circonstances l'auront mise en telle posture qu'elle pourra se croire au-dessus de l'opinion publique, elle n'hésitera pas à se montrer plus qu'à demi nue.

tion ipe^l^tTi'^nt çjiez ^ap-fis, fiu:; féceptîons du l'alais du lyuxembourg et dans Içs fêtes de Gros- 2^ ois, mais encore au milieu de la foule, dans les C'hamps-Elysées : il est clans ses goûts et 4ans spp çystèn^e ^le s'offrir et d' « agtlicher ».

Elle est profondément hétaïre, esseiitiellement; provocante. Routes ses capacités intellectuelles et physiqvies tendent à Ja séduction, et, sa pt4ssance étant tptalenient ço;isaçrée à la çonquêtç du mâle, elle i:es|;e saii^ aucune 4éfÊîise entre le§ mains de celui-ci, pouryt; qu'il ose la prendre au mqrnent opportvfn.

Il suffit assurément de la saisir tout^ aux lèvres pour l'avoir à spi. Mais elle n'est pas plutôt: dessaisie qu'elle se reprend, pour s'offrir à d'au* très ; car cette « harpe » ne vibre d'elle- niême que ppur atttaire. C'est une admirable Armi4e, trpi> éprise de sa beauté pour ain;er autrui lorsqu'elle ne s'oublie pas. ^■,

Bu 17S8, elle ne possè4e assurém,ent pas e^icorç toutes les ressources 4e sé4uçtion qu'elle étaler?|r pendant U réaction thçrraidprienne et soija Isj Directoire; mais elle a le dangereux piquant d$ son extrême jeunesse, l'attrait de sa première fyçwcheur, le prestige d'une récente innocence à peine entamée, et l'on verra bientôt que, si ses amours n'ont pas assez de force pour l'entraîner au delà du terme d'un éphémère caprice, elle va

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inspirer, en revanche, des passions violentes et d'autres désespérées.

En attendant, elle se contente du plaisir de vivre dans un tourbillon d'adulateurs sincères, parmi lesquels son mari soupçonne ou voit plus d'tm soupirant satisfait.

L'iiiver de 1788-1789 s'achève pour elle dans une suite ininterrompue de fêtes, bals, réceptions, comédies. Ces plaisirs rempêchent de prendre aucune part notable aux soucis de ceux qui sen-' tent gronder l'orage révolutionnaire depuis l'Assemblée des Notables de novembre 1788, où l'abbé Siéyès a fait im alarmant accroc dans le voile de l'avenir en disant : « Q u'est-ce que le tiers état ? Tout ! Qu'a-t-il été jusqu'à présent ? Rien I »

Jusqu'à la fin de février 1789, ou même un peu plus tard, elle a porté son premier enfant sans fati« gue et sans disgrâce. Cette joyeuse chevalière d'amour est, en effet, comme par dérision, une admirable procréatrice. Kn dépit d'une existence galante contraire à la maternité, elle aura presque une douzaine d'enfants qui ne la troubleront pas un instant dans sa carrière aventureuse et mouvementée.

Pourtant, aux abords du printemps, il lui faudra faire trêve de plaisirs et de séduction pour lie pas tuer le petit être qu'elle sent en elle, et ne pas compromettre aussi sa propre existence.

Peut-être^alors l'écho des émeutes"^4e' Réveillon arrivera-t-il jusqu'à l'hôtel de Hle Saint-Iyouis, où elle reposera le 27 avril, cinq jours avant sa délivrance ?

Mais, le surlendemain de la naissance d'Antoine» François- Julien-Théodore-Denis-Ignace de Fon» tenay, elle sera probablement encore incapable d'avoir aucun souci du tocsin révolutionnaire sonné, en quelque sorte, à Versailles le premier jour de la réunion des Etats généraux.-.

Comment pourrait-elle d'ailleurs prévoir la Révolution, lorsque les plus éclairés de ses - con^ temporains français ne la soupçonnent pas ?;

La transformation des Etats généraux en Assem* blée Nationale le 17 juin, le Serment du jeu de paume trois jours plus tard, et la fameuse récistance de Mirabeau, le 23 juin, aux ordres du Roi, qtii voulait faire expulser les députés du Tiers de la salle des Etats, n'ém,urent pas la noblesse.

Néanmoins, Thérésia, bien remise de la naissance de son ûls, dut savoir que l'aîné des I/ameth,' Alexandre — qu'elle avait courbé, com^me ses autres familiers, sous l'empire de son charme — accom.plit le 25 juin im acte très décisif en s'alliant aux quarante-sept premiers membres de la noblesse dissidente qui consentirent à se joindre, à Ja suite du duc d'Orléans, aux députés

t45 TA EKttiv TAttltîlT

Ni elle, ni Jcati-jaccfùés tîeviH il*âttàcHêfént pourtant auciine importance aux èvenemëiil:^ qui se précijiitaieiit X5uisc[ue lé pseiido-chevalièt de Fontenay négociait l'acquisition dès terre.î et seigneuries de Bbiiliai, d'Obsoiiviliè, de Poligny, de Souffre, etc., en vue de se faire iriarqUis de Fonteiiày ail Inomeiit inêniè 6Ù l'ihstirréctiôil parisienne irenveirsait la Bastille et où lyàui^ XVl; pliant devaiit la bourras cilié populaire, acceptait, le i6 juillet, la cocarde tricolore (Ju'ôh lui imposait.

Au commencement dii mois suiv-ant (4 août), un autre ami des Fonteiiày^ le vicoiiite de Noailles, fait à l'Assemblée constituante la retentissante niotioii qui provoqtie le fatùeiii; Usm d'abaridoii des privilèges féodaux. • •"

Jean-Jacqiiès Devin reconîiiit peiit-êtire alors c^u'il avait inauqué de clâirvoyaùce en àcHetârit les diverses seigneuries de Béiiigiie-Jdseph Diitrousset d'Héricourt; mais c'est peii pirobâble, car il semble avoir été pàrticiilièremetit aveuglé siir là portée du. itiouveraent révôlùtioiinàiire.

Rien n'éineut les Fontenay. Î3^ septerfcibirè, isix mille passeports sont délivrés en moine de quinze jours à des taenxbtes de fàirlilleà nobles, îiiquiets des dangereuses concessions tbyaleâ faites aû2t meneurs populaires. Où'impottë âii iïàh émoulu ^marquis^deFoatena}^^ ^ mâr-

quîsê >> i'i^Bofë, et, fel elle ie savait, elle ëH Hrait: ri'eot-elle paS adbrée dès ivàmëtii, des jvîôailles, qui sont à I2L tètë iîil parti avàiicé ?

Ivâ disette, qiii (îésole tdris et les provinces et redouble à partir de ce nioment, ne l'atteint pas.

ivoin de s'alarii^i:, comnie les véritables aristocrates, dû tetoùr de la fanillle toyale a t*aris le 6 octobre, elle s'en réjouit. Sa conscience est en repos, car elle a offert, elle aussi, des dons patriotiques, témoignant dé sa « sensibilité ».

Elle péîise comme ses àttiis les lyàmeth; elle applaudit le Charles IX de Marie- Joseph Chenler à la Comédie i^ràtiçaise, sans soiici dU caractère démocratique si tendancieux: <ie cet ouvrage, avec aiitailt dé légèreté Qu'elle achètera, le rubis sîiiviàtit, dès bifcelots composés de débris de la Bastille et des « bijoux rocàinboies », erulDièmes clés conquêtes revolutiomiaires. ■'•

lycs malheurs publies il*o£t pââ tédiiît l'abus du jeu. il gagne ail conttàirô les cld^seë moyennes. Chez M'^s de Fôntenay, Ton joue certainement, eu 1790, cômûxe oii joiierâ êhcore aptes Theriuidor '" tes départs d'àristocratèâ ^ioUr l'étranger là prébccupeht àssuréiiient moins qiie là transformation dé son mobilier suivant le goût grée oti romam du jour. ^'•^* -•^- -''-•- . - <•, ^

' Néàniiioîhs, sèà aihis de l'Assèniblêè liii apportent fofcénieiitu^^ l^Uttes, oràtoire3 qui

150^ XA 'BtJ.ht TAtl^IKNl

les émeuvent et auxquelles ils prennent part, de telle sorte qu'elle entre peu à peu dans la connais» f.ance de l'évolution révolutionnaire.

Elle entend ainsi parler, dès cette époque^ de rinfluence d^s principaux clubs,notamment c.q celle des Cordcliers et des Jacobins. Peut-être va-t-elle voir, par curiosité, une réunion de ces « chapelles », sans se douter de la prépondérance qu'elles auront bientôt. Mais les dissentiments qui agitent la Comédie Française à propos de Talma l'intéressent assurément plus que la politique.

A divers indices, il lui faudra pourtant, avant X)eu, constater qu'un esprit nouveau règne e:i France; par exemple lorsque des dénonciations de domestiques, un peu plus tard, seront probablement l'origine des chroniques scandaleuses répandues sur son compte, et que les feuilles publiques reproduiront en 1791.

Si Rivarol ne lui fut pas inconnu, comme elle l'affirmera longtemps après la Révolution, on doit penser que, le 3 mars 1790, elle s'intéresse plus à son duel qu'à la suppression des vœux monacaux décrétée le mois précédent. Mais certainement, les 15 et 25 mai, elle s'émeut des duels Bamave-Noailles et Gazalès-I^ameth.

I/'an 1790 est fertile en rencontres de ce genre. Il produira cncpre^jinapût^ \m troisième^ uuel entre

•lA BEI<I.B TAI,I,IEN . 151

Barnave et Cazalès, puis un quatrième, le 12 no~ vembre, entre Cas tries et lyametli.

Tout cela n'est pas pour calmer l'agitation vive de la belle Thérésia, dont on verra bientôt l'ardeur par im détail très vraisemblable que rapporte Turquan.

En juin, la future citoyenne Tallien subit le trouble qui résulte de la suppression des armoiries et des livrées. Quel coup pour la gloriole du marquis de Fontenay ! ; La belle jVXme Devin est depuis trop peu de temps une pesudo-marquise pour ne pas s'aûecter, elle aussi, de cette mesure égalitaire. Bile s'en consolera pourtant mieux que son mari, parce qu'elle possède une intangible .suprématie : celle de la beauté.

Elle est plus ^ fortement atteinte, ' peu après, par l'infortune de son père, François Cabarrus, disgracié en Esi^agne et arrêté le 21 juin à Madrid sur l'ordre du comte de . Fiorida-Blanca,premier ministre de la cour. Charles III,son protecteur, est mort, et les ennemis du financier, que la faveur royale empêchait d'atteindre Cabarrus, n'ont plus à le ménager après le décès du monarque. Ils se vengent des intrigues du banquier de Sa Majesté par ime incarcération qui ne durera pas moins de trois ans et demi. Notons la longue durée de cet € mpri^pnnementj, caj , elle nous. seryjra^.j>lvis.tard

J53 tA BKtlylî TAlXiKN

â rectiiici- de faiisseâ vtrsiolis ciuailees de la prîticessc de Cliimay.

Tlieircsia vieHt d'àp^irëtidre là disgtâcë et l'ar- Irestatioii de son pèirë, lorsque, M. de Là I^ayettë ctitre daiiâ son salon (i). « Ell(i va à liii et lui dit, avec une plaisanterie chagriiiè qui ri'excliiait i i)às la doiiieUr : Donnez- iiibt cioilc une arnieè de « gardés nationales poiir délivrer irion pore ! »

Si ce pirbpos est exact — et tout semble iridiijuëi: qu'il l'est — n'en dit-il i)as bieii long sut THërésià ?

Toiit d'abord, il inarque la |)rofonde séparation ^ûi existe eixtre elle et Jcâii- Jacques Devin.

iiêttié eii plaisantant, H"^« de Fontëiiay rie pourrait sotihàitèt d'aller délivirèr s6ii pêirë à là tête d'une armée, si elle ne se croyait pas toiit à fait indépendante de sbii mari. ' "'

Ce vceii ritoritté qu'elle le relêgiië alors pariîiî les accessoires négligeables de sbri existence.

11 àccUse, eii oiitire, lé renforce riieiit de sbii ègotismë : c'eât im éclio de ses triomphes galants.

Ne faut-il pas qu'elle sôît déjà bîeti accoutumés â régrièr siir lëà cbettirè, ëëtte ;^etité teitime de seize âiis^ët de^i, poiir osot idîte à La Fayette,

(i) Turqùaâ t>lace cettie scÔiie en 1791, mais fait, en cela, «ne erreur de date assez forte; car l'arrestation de Franf:6i3 Cabarrus est du 21 juin 1790 et Thérésia dut la connaître qûélc^iiès jours plus tarcl. [L'a cÏÏoyennc TalVien, p. ^é.) ;

XA BElvI^K TAI.I,IEîT' 153

même en rîant : « Donnez -moi donc ime armée de gardes nationales pour délivrer mon père ! »

L'expression de ce désir reflète encore une exaltation de vanité, dans laquelle se mêle tm peu de l'agitation des partis et du bouillonnement révolutionnaire. C'est la form^ule d'un esprit dégagé des traditions féodales. Thérésia m.ontr2 qu'elle ne songe x^as à sollicite r un appui dans la liiéirarchie des pouvoirs français ou espagnols; elle iDcnse plutôt qu'on vient de renverser la Bastille, et qUe désormais chacun tend à se faire jus^ ticier de sa catise^j

Le portrait de M'"« de Fontenay par M°^e Vioé* liB Brun. — IvA i^égende de i^'origine des

AMOURS DE ThÉRÉSIA CaBARRUS ET DU TER- JRORISTE TAI.I.IEN : 154-161. — M°^« DE FON- ;TENAY ET I,E JEUNE PaSOUIER A I.A FÊTE DE I.A

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