ACTE I, SCÈNE I
L’autre, plus susceptible, et surtout plus jalbuse. Dans sa Clle jamais ne veut voir une épouse 5 Le tableau si touchant d’un amour mutuel Est un coup de poignard pour son cœur maternel; Les douceurs qu’elle entend l’irritent et la lassent : Elle se trouve mal quand ses énfans s’embrassent. Ce nom de belle-mère enfin , changeant leur cœur , Aux mères trop souvent semble porter malheur ;
Et ces dames, partout à l’usage fidèles.
Installent, en entrant, la discorde avec elles.
Je ne suis pas outré dans mes préventions.
Et je me plais à croire à des exceptions.
Dans le nombre il en est d’excellentes, peut-être : Celles-là , je n’ai pas l’honneur de les connaître.
DARCY
Le gracieux tableau ! tu ne l’as point flatté;
Il ne lui manque rien... qu’un peu de vérité.
De celle que tu peins sous ces couleurs étranges ,
Ma femme m’a cent fois répété les louanges.
Je sais bien que , dicté par un pieux respect ,
L’éloge d’une fille est peut-être suspect ,
Et sans que cette idée un instant m’inquiète ,
Je ne m’attends pas, certe, à la trouver parfaite. Mais je connais son cœur; il nous aime , il est bon. S’il arrivait enfin que son humeur... mais non :
Mon oncle Duohemin doit te fournir la preuve Qu’on ne court aucun risque à tenter cette épreuve. Nous vivons avec lui sans troubles, sans débats ;
De sa présence ici l’on ne s’aperçoit pas.
Oh ! quelle différence ! un oncle pacifique , Apathique vieillard , bonhomme méthodique ,
Pour qui la paix toujours fut le bien le plus cher,
Et qui fait aujourd’hui ce qu’il a fait hier !
Enfin débarrassé par une mort heureuse D’Une teudre moitié-, dont l’humeur querelleuse.
Sur le bon Duchemin s’exerça constamment.
Mais ne put , m’a-t-oii dit , l’aigrir un seul moment , Le cher oncle, sans soins , sans vaine inquiétude. Dont l’existence n’est qu’une longue habitude ,
D’un bonheur qu’il' n’eut pas impassible témoin , ■Trouve ici le repos dont il avait besoin.
L’oncle 4ie peut d’ailleurs s’égaler à la mère :
De son titre sacré celle-ci toujours fière Ne peut se figurer que de nouveaux liens ,
En créant d’autres droits, aient affaibli les siens. Veut régner sans partage, et s’indigne qu’un gendre A l’amour de sa femme ose même prétendre.
DARGY
La nôtre adore Elise , et ne m’aime pas moins.
C’est à m’inquiéter mettre aussi trop de soins •,
Laissons cela D’Elise aujourd’hui c’est la fête;
A son insu, mon cher, je veux que tout s’apprête. Des ouvriers bientôt orneront le salon :
Madame Méricour doit, hors de Ja maison.
Pendant tous Icürs^ travaux , emmener mon Elise.
Je lui ménage encore une douce surprise.
Et je veux aujourd’hui lui donner mon portrait.
Je l’attends 5 il n’est pas terminé tout-g-fait.