‹ La bellemere et le gendre, comedie en trois actes, en versChapitre 6 sur 58 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les PRÉcÉDEWs , MADAME DORFEUIL. .

ELISE

Vous voilà donc , ma mère !

' MADAME DORFEUIL

Ah ! viens entre mes bras , Ma fille ! Je me lève un peu tard, n’est-ce pas ?

Ce n’est pas mon usage 5 il faut me faire grâce.

Mais tu le sais , Elise , hier j’étais si lasse !

J’ai dû me reposer, et de quelques instans Retarder le plaisir d’embrasser mes enfans.

DARCY

De votre appartement êtes-vous satisfaite ?

, MADAME DORFEUIL

Ravie.... Oh! mes enfans, j’ai ce que je souhaite :

Je vous vois, et je viens passer auprès de vous Des jours que vous allez me rendre encor plus doux.

. ACTE I, SCÈNE IV. i3

• . . , DARCW’. ' , V

Si nos soins, en effet, peuvent vous rendre heureuse. Votre .félicité ne sera pas douteuse. . : \

Mon gendre , je le sais , je connais votre cœur.

Votre femme est bonne , oui ; mais vous êtes meilleur. Combien de vous quitter je fus contrariée, .‘

Quand mon Elise était à peine mariée ! '

L’heureùse guérison de mon pauvre cousiq., ' - ■ '

A mon séjour là-bas a promptement mi.s fin ;

Mais j’ai souffert assez de cette courte absence ;

Tout dans cette maison lassait ma patience. ■

D’un vieux garçon l’on sait quel est l’intérieur ,

Et je ne pouvais rien réformer, par malheur.

D’une vieille servante accusant la parésse , ‘

Au logis , plus que moi, je la trouvais maîtresse ,

Et les antres valets, tous soumis à sa loi.

Sur un ton insolent le prenaient avec moi. .

Mon cousin , fatigué de ce désordre extrême , '

Voyant qu’il n’y pouvait remédier lui-même.

Me proposa vingt fois de m’unir à son sort, , ’ '

Et cet hymen vraiment me convenait très-fort.

Oui, sans vous, mes enfans , j’aurais , par mon adresse, Réparé tout le mal que causait sa faiblesse ;

11 m’eût laissé tout faire ; et moi , j’aurais voulu Prendre dans sa maison un empire absolu ,

Et pour rétablir l’ordre agissant d’autre sorte7 J’aurais mis, en entrant, tous ses gens à la porte.

^ GERARD à part.

Ceci promet.

DUCHEMIN à part.- .

. ;■* Le ton dont je l’entends parler '* ’•;/

. Me rappelle ma femme aimant à quereller.

‘ . MADAME DORFEDJL.

■Aussi de revenir combien je fus contente I < ‘ ,

GERARD. V •

Un ami de Darcy , Madame , vous présente '

De son profond respect l’hommage mérité.

, MADAME DORFEUli,. - '

Je suis de vous revoir charmée , en vérité ,

Monsieur Gérard -, car c’est ainsi que l’on vous nomme. Je m’en souviens. - . . ;

A part. )

L’ami'paraît assez bonhomme.

DUCHEMIN à part.

Il faut qne ie lui fasse un compliment aussi:

(Haut.) ■ ,

Enchanté de vous voir. .>■ '

. . • Ah ! l’oncle de Darcy?

(A Darcy.) , ^ '

Il demeure chez vous ? | .

• DARCY

• Qui.

MADAME DORFEUIL

Je m’en félicite.

( A part. )

Je n’aime pas çet oncle : il a l’air hypocrite. '

. ACTE I, SCÈNE V. i5

(Haut.)' ' • • ■ '

Ainsi nous sommes tous réunis en ce" jour , •

Mes bons amis. . . '

• ; GERARD

Voici madame Méricour. . •

' ' ■ SCÈNE V

Les précédens, MADAME MERICÔUR.

( Duckemin s'assied après avoir salué madame Méricour , et lit ‘ , un journal. ) ■. ,

MADAME MERICODR à madame Dorfeuil.

A jvotre promJ)t retour j’étais loin de m’attendre , Madame , et dans l’instant on vient de me l’apprendre.

Il doit rendre , je crois , vos enfans bien joyeux :

Car on vous désirait ardemment en ces lieux. ,

MADAME DOREEDIL. '

Madame, je le sais, et n’en suis pas surprise.

MADAME MERICODR. ,

Pour moi , j’en suis ravie , et de ma chère Elise Je partage pour vous la juste affection ;

Notre tendre amitié formée en pension

Nous rend toujours communs les plaisirs et les peines.

Avant elle, l’hymen me fit porter ses chaînes.

Quand j’eus perdu , trop tôt , l’époux que j’adorais ,

Elle essuya mes pleurs^ et calma mes regrets ,

Et moi , qui la trouvai pour mes chagrins si bonne ,

Je ressens le bonheur que son hymen lui donne. .

i6 LA BELLE-MÈRE ET LE GENDRE.

; , . ELISE'. . ' -

Pour jouir dü bonheur nos deux cœurs s’entendront ,

Et contre l’infoctune ils se réuniront. '

MADAME DORFEUIL à pan.

De cette amitié-lâ je suis peu satisfaite ; >

(iar je crois cette femme et frivole et coquette.

MADAME MERICOUR à Elise. .

Al*

Je t’aurais désirée aux Boudons hier soir :

D’honneur ou jouissait et d’entendre et de voir.

Un orchestre si pur! des femmes ravissantes!

Des chants délicieux ! des toilettes charmantes l Plus que nos airs français je prise tous leurs airs :

Je n’entends point leur langue , et j’ai de moins les vers. ,A propos , cè matin j’ai quelque emplette à faire.

Dans ces occasions ton goût m’est nécessaire , , ,

Et tu m’as bien promis de venir avec moi. > .

ELISE

Oui ; mais tu vois qu’il faut que je reste. - ' . ^ ■

. MADAME DORFEUBL.

' Pourquoi ?

Ne va pas te gêner avec moi, je t’en prie. !

ELISE

Non , je veux aujourd’hui vous tenir compagnie.

DARCY à part.

Elle va demeurer ; cpel contfe-temps fâcheux ! '

.■ MADAME MERICOUR. <

C’est pour une minute. ' : •

MADAME DORFEÜIL à Elise.

A ■ ' ' ; Allons , sors , je le veux.

ACTR-i, SCÈNE V.- ; r 17

^ ELISE. . ■

Je vous obéis doue.

. ‘ ■ MADAME MERICQÜR.^. .

Bientôt je la ramène.

J>ARÇY à:part. • ... .

Fort bien., ’ ^ ‘

MADAME MERiCOUR bas à Darcy .,

- Pendant une lieüre au moins jé la promène.

DARCY bas. ’

Et mon portrait? ‘ ' '

' madame mericodr'. -

Après je m’eu occuperai :

C’est peu.de cho^e à faire, et je vous l’enverrai. • MADAME DOR^fEÜIL à part.

Madame Méricour parle bas à mon gendre.

Que veut dire ceci ? , ' ' ■ '

MADAME MERICODR. . '

Partons sans plus attendre. ^ >

Viens , Elise. ^

ELISE. . • ■ '

Ma mère , à l’instant je revien. ‘

’ • • (Elles sortent.)

• ■ SCÈNE-VI.' ’-.V

MADAME DORFEUbla , DARCY , GÉRARD , . ;

. . ■ " DÜCHEMIN, . ... .

MADAME DORFEUIL iDa'rcy..’ ' ’

Point de façons pour moi 5 ne vous gênez en rien. * . ^ .

Si yous avez aussi, mon gendre , quelque affaire^ Dites-le : j’aime assez demeurer Solitaire :

IV’alIez pas .près de mpi vous contraindre à rester.

De la permission j’oserai prbâter. ^

J’ai quelque ordre à donner , pardon si je vous laisse.

GERARD saluant tfiadame Dorfeuil.

Adieu, Madame.

DARÇY, bas à Gérard.

Eh Bien, pour nous vois sa tendresse.

De ton tort à présent he conviendraS-tu pas?

' 'GERARD. ' ’

Non ; et du tien , crois-moi,,. dails peu tu conviendras, DARCY. ■

Nou^verrons. ■ ' ■

CDs sortent, ) ^

DUCHEMIN

. Moi , je vais faire, ma promenade.

Si j’y manquais un jour, je tomberais malade.

C’est mon heure : salut. ‘ ,

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