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coupe d'argent; des têtes de séraphins finement ciselées le décorent; — un autre est en vermeil repoussé : c'est un travail allemand de la Renaissance. Il y aurait injustice à oublier un petit reliquaire en argent filigrané, tout chargé de rares reliques, « entre autres un fragment de Gontran, roi de France ».
La vitrine centrale est la plus importante de toutes : elle est entièrement dominée par un Christ janséniste, style Louis XIV, d'une hauteur totale de près de deux mëtres. La croix est plaquée en écaille des îles; le socle creux contient sept reliquaires ; les garnitures sont d'argent. Le Christ, qui est en ivoire, mesure à lui seul soixante-cinq centimètres. La tête est droite, sans la couronne d'épines; les yeux ouverts; le côté n'a pas encore
reçu l'affront de la lance : l'Homme-Dieu souffre et prie, mais
De ses bras ne s'ouvrent pas pour recevoir tous les pécheurs; ils Me se dressent vers le Père qu'ils implorent en faveur des seuls prédestinés, les Elus uniques de la Grâce. Tout l’ensemble saisit par la beauté grave, par l’austérité des formes, par l’intensité de l'expression. C’est une pièce d’un art et d’une inspiration rares.
Autour de la croix, des calices et des ostensoirs précieux, des instruments de paix, des custodes, des ciboires, des navettes à encens de différentes époques.
Un de ces calices est d’or massif, enrichi de pierres fines et d’émaux; c’est un cadeau magnifique qui fut fait à l'Abbaye : il ne pèse pas moins de onze cents grammes, et la richesse de ses ornements conçus. dans le style Louis XV n’a d’égale que le fini du travail lui-même.
L'archéologue accordera certainement une attention particulière aux spécimens d'art byzantin qui sont exposés dans cette vitrine. Elle contient deux Christs émaillés du x: siècle; l’un d'eux a les bras horizontaux, le corps droit, ceint d’une courte draperie: quatre clous percent les mains et les pieds; l’autre Christ a la tête inclinée; un large jupon lui descend des reins aux genoux : tous deux sont immobilisés dans une forme hiératique qui les revêt d’un aspect de mystère. Un petit reliquaire, orné d’émaux, offre un type charmant du même art : le toit et l’auge du coffret sont couverts de fleurs qui forment, par suite d’une disposition extrèmement rare, le centre d’un losange. Une navette à encens, ainsi qu'une custode avec émaux cloisonnés, terminent ce remarquable ensemble. Mais il convient, peut-être, de passer en revue, en les groupant ici, les autres pièces de provenance byzantine qui se rencontrent encore ailleurs dans la Salle gothique : deux reliquaires, un Christ, un ciboire et quatre custodes.
Le Christ, qui est en applique sur un fond de velours sombre, date du x° siècle; il est émaillé; la valeur archéologique de cette pièce, peut-être unique, est considérable. Jésus est couronné, et droit comme sil n'était pas mort. Les quatre
custodes sont ornées d’émaux cloisonnés : leur décor consiste
en rinceaux qui séparent des médaillons fleuronnés. Les deux
Le baiser de Judas.
reliquaires ne sont pas moins curieux : l’un, du x siècle, ane en Doi mculpie)
affecte la forme d'un coffret ; il est historié de personnages nimbés d’auréoles qu’abrite une triple arcature ogivale ; l’autre reliquaire, du x° siècle, avec émaux en relief, présente, sur le toit, un fond semé de fleurettes cruciformes; autour de l'auge, de saints personnages, sans bras ni pieds, portent des vêtements rehaussés d’émail.
L' « Œuvre de Limoges » est également représentée au Musée de ” La BENÉDICTINE ” par de nombreux spécimens : parmi les productions des artistes limousins, illustres entre tous, on s'arrête nécessairement devant deux émaux, exécutés sur cuivre, qui représentent un saint Etienne, dans un encadrement
en chêne sculpté à jour, et une Agar au désert, de l’époque de Louis XV. Deux autres pièces, — elles
portent la signature célèbre des Laudin, — méritent également de fixer l'attention. La première, datée de 1582, est de François Laudin; elle symbolise la Trinité : le Père est assis sur un trône papal; il offre son Fils au Monde. L'autre Laudin, également sur cuivre, est un saint Pierre. L’apôtre est vu de profil ; il regarde les deux clefs que sa main gauche élève à la hauteur de son visage. Plus loin on remarque une Vierge et un Enfant Jésus de la fin du xve siècle, et, de la même époque, une bataille romaine d’après Raphaël, — tous émaux de Limoges sur cuivre.
Ces émaux sont la partie la plus éclatante, mais non la plus rare, des curiosités réunies dans cette salle. Le « trésor du Musée » apparaît, dans la vitrine cenrale, sous la figure de chartes dont les Musées nationaux pourraient envier la possession à ” La BÉNÉDICTNE ” Voici d’abord la charte dite « Propitia » (du mot
par lequel elle débute), datée du mois d’août 1027; par
cet acte, Richard II le Bon, duc de Normandie, donne à l'Abbaye la plupart des biens et privilèges qui la cons-
ituerent définitivement : c’est, en quelque sorte, le titre
ondamental de propriété de l'Abbaye, et son impor-
tance est telle, que, des siècles après sa signature, on
invoquera son existence dans les nombreux contrats où seront en cause les droits de l'Abbaye. Une autre
charte de Jean sans Terre, roi d'Angleterre, porte la
date du 27 juillet 1199. Une troisième, sans millésime, Haut relief en bois sculpté et peinture polychrome est de Guillaume le Conquérant. Au-dessus du nom A des Abbés qui la contresignent, elle porte une croix, suivie de ces mots : « Signum Wäurerm, Anglorum Regis et Ducis Northmannorum... » Les signatures des Rois de France ne manquent pas non plus pour authentifier les donations que la Couronne fit à l'Abbaye. Louis IX, Philippe le Bel, Philippe-Auguste sont représentés là, pour ne citer que les actes les plus importants. On remarque un document qui, une fois de plus, affirme les liens qui rattachent la famille Le Grand à l’ancienne Abbaye Bénédictine : c’est une charte sur papier, signée de Placide Roussel, et datée de 1668. Elle inclut diverses nominations près de la juridiction de l'Abbaye, notamment celle de M. Martin Couillard, procureur fiscal, ascendant maternel du Fondateur de la Distillerie de ” La Bénénierine ”. Les manuscrits à enluminures qui accompagnent les chartes offrent également un intérêt vif : Ce sont d’abord deux livres d'heures du xv° siècle sur vélin; l’un d’eux, in-octavo, relié en velours bleu, est
enrichi de six grandes miniatures et de remarquables encadrements bordurés; les lettres ornées sont