‹ La Bénédictine de l'ancienne abbaye de FécampChapitre 3 sur 25 · LA COUR D'HONNEUR ET LES TERRASSES DU MUSÉE · texte numérisé non relu

LA COUR D'HONNEUR ET LES TERRASSES DU MUSÉE

, à Fécamp.

l'étranger est sorti de l’églis

e; il monte sur un roc, il s'enveloppe d’une lueur brillante, et disparaît à tous les yeux en laissant sur la pierre l'empreinte d’un de

ses pieds.

Il faut s'attendre à ce que ces heureuses nouvelles rappellent vers l'Abbaye

« les hirondelles que la tempête avait dispersées ». On voit, en effet, arriver des bords de la Somme une longue théorie de religieuses. Elles rapportent en pompe des archives et des reliques, tout le trésor soustrait aux fureurs du

Danois Hasting. Guillaume Longue-Epée accueille favorablement ces revenantes ; il les installe dans l'Abbaye qu'il vient de vouer à la Sainte Trinité, et cette fois, les nonnes se croient définitivement rentrées en pos-

session de leur domaine. Elles se trompent : un miracle les a réintégrées, un miracle encore plus éclatant va les obliger de céder définitivement la place à une communauté d'hommes.

Guillaume Longue-Epée est mort. Il a pour successeur un fils, Richard, qui aime à se faire lire de vieilles chartes par son aumônier. Au cours d’un de ces pieux entretiens, Richard apprend que le sang divin du Christ a été recueilli par Joseph d'Arimathie dans son gantelet, au moment où l’on détachait de la croix le corps inanimé du Sauveur. Le manuscrit conte que Joseph mourant a transmis l’inestimable Trésor à son neveu Isaac. Puis, c'est l’odyssée de cette divine liqueur enfermée dans un tuyau de plomb, dissimulée dans le tronc d’un figuier, jetée à la mer pour échapper aux profanations des soldats de Titus et de Vespasien.. C'est l’errance sur les flots de l'arbre qui enferme la noble

relique, son échouement sur un rivage de Gaule, sur la

plage de Fécamp; c’est l’étonnement du disciple de saint Denis, le pieux Bozon, trouvant entre les mains de ses fils

cet arbre du Midi, inconnu au pays normand, et qui, cependant, se présente tout couvert de feuilles vertes... C'est l'intervention d'un ange, déguisé en voyageur, qui vient réclamer l'arbre céleste aux fils de Bozon après la mort de leur père, et qui l'enterre en un lieu secret. Si ce lieu secret était la place même où a été érigé l'autel de la nouvelle Eglise ?

Le Duc Richard et son chapelain n'ont pas de doutes à cet égard. Ils ordonnent des fouilles : leur foi est récompensée. Les pioches touchent l'arbre, le figuier enferme le tube de plomb, le plomb contient le Précieux Sang du Rédempteur !

On ne peut laisser une richesse si inouïe à la garde d’une poignée de femmes. Le Duc Richard transporte d'autorité les reli-

gieuses de Fécamp dans l'Abbaye de Montivilliers. Il installe en leur

LE: d lieu une communauté d'hommes. Il place au-dessus de ces moines # . .

’ douze chanoïnes, — douze comme les douze Apôtres; il leur donne mission

L'Abside de l'Oratoire en encorbellement.

de veiller sur la relique et de célébrer avec une splendeur particulière les offices de la Sainte Trinité.

Il ne semble pas que ces nouveaux Chevaliers du Graal se forment une idée très chrétienne de leur devoir. Richard, qui a un faible naturel pour ceux de sa race, les a choisis parmi ses Danois. Ce sont gens encore peu soumis à la discipline ecclésiastique, et dont la vie n'est guere édifiante. Ils ont moins souvent la prière aux lèvres que les armes à la main pour la défense de leur fief. Un historien de l’Abbaye le constate avec tristesse.

— « Ces chanoines », dit-il, « que le Duc avait mis

» en possession de l'Eglise de Fescamp, ne secondèrent pas

» ses pieuses intentions; car, peu de temps après leur » établissement, ils menèrent une vie si déreiglée qu’elle ne » ressentoit rien de leur profession. Imitant les mœurs des » autres chanoines, ils tenaient le grand chemin de perdition, » se laissoient aller au luxe et aux voluptés mondaines. Ce » qui estant venu à la connoissance du Duc Richard, qui » avait en horreur les personnes dont les mœurs estoient » scandaleux, il fut fort fasché d’avoir fait choix de gens qui » n’avoient pas les qualités ny la piété qu'il désiroit en ceux » qui devoient habiter un lieu si sainct. C’est pourquoy il » résolut aussitost de les en chasser, puis qu'ils se rendoient, » par le déreiglement de leur vie, indignes de l’occuper, et » d'y mettre en mesme temps, en leur place, des religieux » Bénédictins, dont l'odeur de leur saincteté estoit espandue » par touttes les provinces, comme estant estimés vrays imi- » tateurs des Saincts Apotres. »

Ce n'est pas le Duc Richard, mais son fils Richard IT

qui accomplit cette besogne d'assainissement. Au début de

l'an mille, il appelle à soi les Bénédictins et il les installe à Fécamp. Ils n’en sortiront qu'à la Révolution, sous le coup du décret qui disperse tous les Ordres religieux.

A la tête de ces religieux qui viennent prendre pos-

session du couvent, apparaît un homme de haut lignage. Dès

la première minute on sent qu'il va changer la figure et les destinées de l'Abbaye. C’est Guillaume de Dijon, descendant des Rois lombards, filleul de l'Empereur Othon. Il rêve pour le Monastère une vie personnelle et qui lui permettra de réaliser ses destinées. Il absorbe d’abord les Abbayes de Bernay et de Montivilliers. Il obtient du Duc qu'on l'affran-

chisse de l'Archevèché de Rouen, que l’on ferme les portes

du Monastère aux officiers ecclésiastiques qui se présentent

Une des Tourelles de la Terrasse.

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