GRAND ESCALIER
, à Fécamp.
Bénédictine ”
La
ee de cette part. Il conquiert le même privilège pour les paroisses qui relèvent de sa crosse. Enfin, il se fait octroyer le droit de haute-ustice.
Ce politique est en même temps un artiste. Epris qu’il est de beaux chants, — à l'exemple du Pape Grégoire, — il crée, à l'usage de l'Abbaye et des paroisses qui en dépendent, une mélopée liturgique originale. Il la fait enseigner dans toute la Normandie. Tout bas il pense que cette communauté d'édu-
cation chorale sera un lien puissant entre les Eglises de la contrée et l'Abbaye que lui-même gouverne.
Fenêtre de l'Oratoire.
Afin de relever la dignité de ces clercs chanteurs, Guillaume de Dijon les fait entretenir par sa communauté. Ils sont nourris « à la seconde table ». Le jeudi saint, l'Abbé, en personne, leur lave les pieds. Après cette cérémonie, on leur donne « six aunes de toile, une de drap, une paire de souliers, et on les » revest de neuf ». « Il aurait manqué quelque chose à la beauté du chant ecclésiastique », ajoute le
manuscrit, « s'il n'y eust pas eu des voix puériles pour le relever et le rendre plus agréable. C’est pour-
» quoy on en a sagement établi l’usage pour représenter les chœurs des anges dans le Ciel, et afin qu'ils
» excitassent la dévotion des fidelles par la douceur de leur chant et qu'ils rendissent Dieu plus favorable
» à leurs prières par l'innocence de leurs vies. Le mélange de ces petites voix avec les autres faisoit un
» effet presque semblable à celui de la musique. »
Le succès de cette Schola Cantorum est si vif qu'en 1072 Turstinus, Abbé d'Angleterre, quitte le
chant grégorien pour celui que l'Abbaye de Fécamp a mis en honneur. On émet l'hypothèse que des
copies de ces chants particuliers pourraient subsister dans quelques couvents d'Irlande, et que, peut-être, encore, ici ou là, à certains jours on les entend s'élever au-dessus des maîtrises.
L'histoire du règne de Jean d’Alie, successeur de Guillaume sur le trône de Fécamp, est d’un intérêt très vif : elle montre en effet comment s’est formé à travers les siècles ce domaine des Abbayes que la Révolution finit par revendiquer comme biens nationaux. Il semble que cet Abbé, italien comme son prédécesseur, ait été un fort habile homme dans l'administration temporelle des
intérêts dont il avait la charge. Dans la liasse volumineuse des titres de pro-
priété qu'il a constitués à l'Abbaye, il n’y a qu’à choisir les chartes par où les mœurs du temps sont illustrées de façon pittoresque.
On trouve entre autres, à la Bibliothèque nationale, l'original d’une charte par laquelle l'Abbé « donne à un prêtre nommé Mainard l'Eglise de
» Saint-Léger, pour en jouir sa vie durant, et admet ce prêtre et sa FEMME
» à la participation des bonnes œuvres et prières de la communauté, à condi- » tion qu'ils aideront de tout leur pouvoir à achever la dite Eglise, et que tout » ce qu'ils auront de biens et de meubles à leur mort appartiendra aux reli- » gieux, sans que ni leurs ENFANTS ni aucun de leurs parents puissent rien pré- » tendre dans leur succession ».
Une autre charte montre des parents qui font de leur enfant un serf de l'Abbaye :
« Le nommé Wigrin et sa femme Adelize offrent et donnent à l'Abbaye » un de leurs enfants avec la moitié de la terre de Boissy-Mauvoisin au diocèse » de Chartres et deux pêcheries dans la rivière de Seine, auprès de Rosny. » Les féodaux ne sont pas moins empressés que les prêtres et les vilains de complaire à l'Abbaye :
« Hermor, seigneur de Pontoise, avec le consentement de sa femme
» Hodierne et de sa fille Iste, affranchit de tout impôt et de tout droit de » péage les bateaux et navires de l'Abbaye de Fécamp passant par le dit » Pontoise. »
Le premier successeur de Jean d’Alie a l’occasion de vérifier toute l’am-
Saint Georges.
pleur de la liberté dont il jouit vis-avis du Clergé séculier. Une visite de l'Archevèque de Rouen
à l'Abbaye est pour les moines un prétexte à affirmer leur privilège. Ils accueillent honorablement le
Prélat, mais refusent d'héberger personne de sa suite. On met les armes à la main, le sang coule, la
querelle menace de dégénérer en guerre locale; mais le puissant Duc Guillaume, conquérant d'Angleterre,
qui voit d'un mauvais œil tout exercice de l'autorité romaine sur son territoire, soutient le droit de
l'Abbaye. Il contraint l’Archevèque à reconnaître, par écrit, l'indépendance des Bénédictins de Fécamp.
Forte de cette charte et désormais libre de ses mouvements, l'Abbaye se développe moralement et