‹ La Bénédictine de l'ancienne abbaye de FécampChapitre 5 sur 25 · ENTRÉE DES · texte numérisé non relu

ENTRÉE DES

, à Fécamp.

pi

matériellement avec splendeur. Nous avons un témoin du spectacle unique de prospérité qu'elle offre alors, dans la personne de Baldéric, Evèque de Dôle, qui visite le Monastère au début du xn° siècle.

Il dit en propres termes :

« Ce lieu, semblable au Paradis terrestre, est situé dans une belle vallée, entre deux collines. D’un » côté sont les terres en culture, de l’autre une forêt délicieuse. Elles séparent le pays si également qu’on

» les croirait faites par la main des hommes, et au même jour. Les ombrages formés par les branches sont

Œils-de-bœuf au-dessus de la Salle des Abbés.

» si épais qu'ils réjouissent la vue, protègent la terre, arrêtent les rayons brülants du soleil et défendent » contre la pluie. Les arbres se lèvent droits, mais pas assez pour empêcher la promenade. La mer est » toute proche de Fécamp, puisqu'elle n’en est pas à un mille. Elle abonde en poisson. Le flux et le » reflux fertilisent ses bords qui offrent un port assuré. Une eau douce et limpide ‘arrose la vallée: on y » trouve des fontaines, des jardins fertiles remplis de pommiers. La petite rivière qui coule dans le château- » fort se perd en sinuosités gracieuses qui protègent les remparts et les fortifications. Le Monastère, envi-

» ronné de grandes murailles, est couvert presque entitrement en plomb. On le compare à la céleste

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» Jérusalem. On le nomme la Porte du Ciel, le Palais du Seigneur. L'or et l'argent y brillent de toutes » parts. On y voit des ornements de soie, beaucoup de reliques, et l'on y conserve le Précieux Sang de » Jésus-Christ. Des pélerins viennent en foule de tous les pays à ce Monastère. »

Quant aux offices divins, ils sont célébrés avec une pompe de joie dont on trouve l'affirmation dans la charte que l'Abbé Raoul d’Argences donne, au commencement du xm siècle, aux Jongleurs de la Confrérie de Saint-Martin, associée à la vie de l'Abbaye. « Nous nous réunissons, » ditl, « avec joie et plaisir » pour chanter en chœur, aux sons de l’orgue, du psaltérion, du tambour, et tenant dans nos mains » l'encensoir rempli de parfums, et la lyre, nous osons ainsi nous présenter devant la face du Roi des Rois. » L'ivresse sacrée de l'Abbaye dépasse ses murailles. L'odeur de ses parfums, l'éclat de ses richesses rayonnent loin au dehors.

C'est de quoi tenter. Les Bénédictins de Fécamp le savent, et ils ont pris leurs précautions. Le service militaire est obligatoire pour leurs vassaux. Les tenanciers des fiefs qui relèvent des moines ont dans eurs charges « de lever la lance pour défendre l'Abbaye, » silest besoin, au-delà de la Seine et des mers ». Les religieux, en cas d'urgence, mettent la main à l’épée; alors, "Abbé marche à leur tête.

En effet, des ennemis redoutables ont remplacé les anciens pillards danois. Ce sont les bandes de soldats qui partent pour la Terre Sainte, et, de ce chef, se croient auto-

risés à tout rançonner sur leur passage. Les bestiaux et les

provisions des Monastères sont convoités par ces routiers et souvent conquis par la violence des armes. Leurs exigences deviennent telles que les Bénédictins de Fécamp en appellent au pape Jean XXI et se font délivrer une bulle qui met tous les biens de Fécamp sous la protection de l'Eglise.

L’Abbaye de Fécamp s’est si bien approchée du Trône Pontifical qu'elle y monte, au milieu du xiv° siècle, dans la personne de l'Abbé Pierre Roger, élevé à la Papauté sous le nom de Clément VI. De cette hauteur, l’ancien Bénédictin

se souvient de son Abbaye avec une partiale tendresse, et

si l'entourage ose lui faire remarquer l'excès de cette indul- - : gence, disant :

— Vos prédécesseurs n’ont pas tant osé...

Il répond fièrement : Armoiries de la Famille Le Grand.

— Ils ne savaient pas être Papes.....

C'est l'apothéose, comme toujours, voisine de la décrépitude. On comprend que la guerre de Cent Ans soit pour Fécamp une épreuve particulièrement cruelle. Aussi bien les rades normandes sont-elles des seuils sur lesquels il faut s'attendre à voir Français et Anglais se heurter. Un troi

ème personnage vient au jeu : ce farouche Charles de Navarre auquel l’histoire a accolé l'épithète de « Mauvais ». Ses hommes

ne valent pas mieux que lui-même. Aussi quand Charles, furieux de ne pas trouver de complaisance pour

ses desseins dans un Abbé qu'il prend pour sa créature, ose assiéger l'Abbaye, la soldatesque s’en donne à cœur joie : « Les Navarrais, entrés en furieux dans Fécamp, mettent le feu à plusieurs maisons de la

» ville; ils pillent le Monastère, ils font souflrir mille mauvais tourments aux moines et aux hommes de

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