LE MONUMENT
, à Fécamp.
» la commune, dont quelques-uns sont pendus et d’autres assass
nés à coups de dague ». Il y à rançon de sang et d’or : la Ville et l'Abbaye se rachètent pour dix mille florins.
L'accalmie dont la France jouit par la suite ne profite pas à Fécamp. Le Roi de France a une reprise à exercer contre l'Abbaye, qui, trop souvent, a jeté le poids moral de son autorité dans le plateau de l'adversaire. Il ne songe pas à sévir contre elle, mais, désormais, il veut la tenir en main. Il ne lui permet plus de procéder librement à l'élection de ses Abbés.
On sait quel est, sur toute la surface du royaume, le résultat de cette politique : elle porte aux Abbayes bénédictines, à celle de Fécamp comme aux autres, un coup redoutable. Le Commendataire, qui ne réside guère, est remplacé par un Prieur. Entre les mains de cet intermédiaire, l'autorité défaille. Les mœurs ne sont pas à Fécamp meilleures qu'ailleurs, si l'on en croit Rabelais, lequel fait dire à son Gargantua : « À quel usaige dictes vous ces belles heures ? » Et l'interlocuteur, un moine de Fécamp, répond : « À trois psaumes, à trois leçons, ou rien du tout qui ne veut. »
C'est à ce moment de désarroi que l'Abbaye, sentant qu'il y va de son existence, jette les yeux sur l'homme de combat dont il a été question au début de ces pages : Antoine Le Roux.
Du vivant de Passavent, vingt-neuvième Abbé de Fécamp et cousin de Louis XII, Antoine a souvent fait honte à ses frères de leur soumission aux caprices royaux. Ils se tournent donc vers lui pour tenter un coup d’audace, et, au mois de janvier 1504, Antoine Le Roux, sans attendre la décision de Louis XII, « est élu Abbé de Fécamp par toute la Communauté, à la réserve d’un seul moine qui ne lui donne pas sa VOIX. »
Le conflit qui s'engage alors entre le Roi et l'Abbé Le Roux est une belle pièce de droit normand. Louis XII à un candidat : Bohier, fils du Baron de Saint-Ciergue et allié au Premier Président du Parlement de Paris. Comme Antoine Le
Roux, fort de la règle de Saint Benoît, sûr de son droit, refuse
l'entrée de l'Abbaye à son compétiteur, le Roi en appelle au
Pape. L'Abbé Le Roux ne s'en effraie point. Pour lui, le Pape
£ est incompétent, et sans attendre qu'une solution vienne de ce
À côté, il cite son adversaire à comparaître devant l'Echiquier de Normandie.
Lanterne et Pilastre des Grilles : - ke : .
HA CouS d'Hon rene Mais la partie est inégale. Les moines doivent ouvrir leurs portes à l'Abbé commendataire. Du moins, Antoine Le
Roux dicte-t-il, avant de descendre du trône abbatial, des conditions qu'il faut qu'on accepte. Il se fait donner l'Abbaye de Saint-Georges de Boscherville et demeure à Fécamp, installé « dans la charge d’Aumoônier de la Sainte Trinité, dont il remplit les fonctions ».
De son côté, l'adversaire d'Antoine Le Roux, l'Abbé Bohier, ne demeure pas inactif. Désireux de
combattre l'esprit de résistance de ses subordonnés, il a l'idée, vraiment politique, de s'adresser au
Monastère du Mont-Cassin, la maison mére de toutes les Communautés bénédictines. Il demande qu’on lui envoie d'Italie des hommes remarquables à des titres divers par leur science et par leur piété. Cette pinte de sang nouveau infusée dans les veines de la vieille Abbaye lui rend une heure éclatante de force et de jeunesse. La tradition veut que le Bénédictin Dom Bernardo Vincelli ait fait partie de cette illustre phalange d’immigrants.
Il apparaît à distance comme un de ces hommes de recherche qui vécurent entre l'expérience, la
gées du merveilleux, n'avaient pas
foi et la curiosité hermétique, dans un temps où les sciences, mal dégag encore circonscrit leurs domaines respectifs. Un Dom Vincelli a dans son laboratoire un bréviaire posé sur le livre un peu suspect auquel ont collaboré des alchimistes. Il déchiffre tous les grimoires, grecs, latins, hébreux, voire la langue cabalistique des sorciers. C’est sûrement pour la plus grande gloire de Dieu qu'il veut réaliser la pierre philosophale; mais il n’est jamais sûr de ne pas trouver le Démon sur sa route. Tandis que pour l'amour des pauvres malades il poursuit la découverte de l'or potable, il précise sur son chemin la formule de quelque élixir dont les vertus sont aussi propres à relever les forces des souffrants qu’à exciter la belle humeur des gens de bonne santé. Et le pieux savant sourit à sa trouvaille, car, il le sait, son Abbaye aime à traiter noblement les hôtes illustres. Elle lui saura gré d’avoir mis à la disposition du cher frère cellérier un cordial de vie dont la renommée passera par-dessus les murailles du Monastère et ira, au loin, exciter la jalousie des Communautés rivales.
C'est l’histoire de Dom Vincelli. Ceux qui ont eu communication de ses travaux disent que la recette de cette ” BÉNÉDICTINE ”, qui devait perpétuer le souvenir de l'Abbaye de Fécamp dans la mémoire des hommes, a été inscrite par le savant comme une récréation de son esprit, tendu vers les problèmes de science pure et de recherche désintéressée.
A ce sourire discret du moine répond, comme un écho tonitruant, le rire rabelaisien de ce bon géant, ami de la chère et de la joie, qu'est le Roi François If.
Il est venu en Normandie pour assister au mariage de François de Bourbon, fils du Comte de Vendôme, avec Adrienne d'Estouteville. Toute la
Cour l'accompagne, et, avant de se rendre au château de Valmont où les noces
doivent être célébrées, il s'arrête à Fécamp. Le Moine Dom Vincelli,
Inventeur
L'Abbé auquel échoit l'insigne honneur de recevoir le Roi est Jean de Lorraine, Archevèque de Reims et de Lyon. Il descend au-devant du Monarque SÉPERERNES EASMERRS jusque sur le seuil du Monastère. Deux religieux sont debout à ses côtés; celui de droite porte la croix; celui de la gauche, la crosse abbatiale. Lui-mème, le Prélat, tient l’encensoir, prêt à le lancer vers le Roï. La foule des Bénédictins déborde et fait fond.
François Ier s’avance sur un cheval de parade qu'un petit page conduit en main. Quand, sous les sabots de sa bête, il sent un tapis déployé, il soulève gracieusement sa toque, et, par un lumineux sourire, il répond au salut de l'encens. C'est bien le Roi Chevalier. Il a les nuances qu'il faut pour parler aux prélats, aux soldats et aux dames. Justement, voici qu'en toilettes merveilleusement riches et bariolées, elles se pressent sur les pas du Roi. Elles ont amené des fillettes qui jettent des fleurs. 11 semble qu'on entende ce cousin de Gargantua dire de sa voix haute :
« C’est trop de compliments, Monsieur l'Abbé, et vous semblez oublier que votre Roi a fait du
chemin... Ha sonia L'on nous a parlé de certaine liqueur dont votre charité se plaît à réconforter