LE GRAND VESTIBULE
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N PSN 8 ÈS .
” La Bénédictine ”, à Fécamp.
Entrée particulière des Bureaux.
les manants que la charrue a lassés, les pécheurs que la mer a mouillés jusqu'aux os? N’auriez-vous point quelque fond de bouteille de cet élixir rédempteur à sacrifier en l'honneur du Roi François ? »
À l'ombre du Roi François et de son cheval, il y a des huguenots qui marchent.
C'est à la suite d’une de ces alternatives de succès et de revers qui, tour à tour, font de Rouen et du Havre des places protestantes ou royales, que Catherine de Médicis vient avec son fils Charles IX rendre visite à Fécamp. C'est elle qui, pour remercier les Guises de l'avoir servie à son gré sur le terrain des intrigues religieuses et politiques, lie le sort de l'Abbaye à la Maison de Lorraine. Cette lignée illustre va donc donner à Fécamp quatre Abbés successifs : Jean, Charles et les deux Louis. Quand l'Abbé François de Joyeuse, qui vient après eux, tente de mettre un peu d'ordre, les mesures quil est obligé de prendre découvrent des habitudes qui nous étonnent. Les registres capitulaires content, en eflet, que le nouvel Abbé croit nécessaire d'interdire à ses moines « d’errer dans l'Eglise pendant les offices, de se promener avec des individus soupçonnés d’appartenir à la Religion réformée, d’avoir des chambres hors du couvent, de passer sous la porte de la salle pour aller en ville ou au jardin. »
Les novices ne sont pas moins remuants : Il faut fermer les portes de l’église « pour les retenir à matines ». Ils trouvent le moyen de déjouer la surveillance ; ils creusent une ouverture dans la muraille derrière la Maison des Enfants de Chœur et se glissent secrètement dehors par cette issue.
Malgré les défenses de leur Abbé, les moines adorent la chasse et s’y adonnent avec frénésie... Voici, entre cent autres, le récit d'un de leurs exploits de bra-
conniers :
« Un cultivateur de la paroisse de Saint-Léonard
» vient un jour se plaindre à l'Abbaye qu'il y a un
» religieux dans ses grains avec des chiens et une tirasse. » Au lieu d'écouter ses observations, le religieux l’a » poursuivi et menacé de lui donner des coups de » bâton. »
Les esprits ne sont pas moins échauflés : les nouveautés religieuses et philosophiques ont des partisans ;
les controverses finissent souvent par des horions. Le
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Prieur est encore obligé d'intervenir. Sous peine d’inobédience, il interdit à tous ses religieux « de commu- » niquer avec ceux qui sont appelés huguenots ou grimauts », et il leur défend également la lecture des libelles vulgairement nommés « Cathéchismes de Calvin ». Là-dessus, des défections se produisent, et le Couvent perd plus de la moitié de ses moines.
C'est au milieu de ce désarroi que François de Joyeuse reçoit une visite royale, et qu'en 1610, il a l'honneur de couronner à l'Abbaye de Fécamp Marie de Médicis. Le même jour, il donne la confirmation au Roi Louis XIII.
Il faut qu'un fils naturel du bon Roi Henri IV, Henri de Bourbon, succède à cet Abbé Henri de Lorraine qui a trouvé la crosse dans son berceau, pour que la dignité de la vie et le respect du caractère religieux rentrent dans l'Abbaye avec la réforme dite de Saint-Maur. C’est le 31 décembre 1649 que ces Bénédictins austères prennent possession de l'Abbaye, « aux acclamations de tous les gens de bien ». Aussitôt le Monastère change de figure, et il reprend sa face d'autrefois.
Six Abbés vont suffire pour conduire le laborieux troupeau au seuil de la Révolution : Jean
Casimir, Roi détrôné de Pologne; Louis Antoine, Prince de Neubourg; François de Neuville de
Chapiteaux de Pilastres (Vestibule du Musée).
Villeroy, Claude-François de Canillac, Antoine de La Roche-Aymon et Dominique de Larochefoucauld. On devine, du reste, que de si illustres personnages sont bien plutôt des bénéficiaires que des Abbés véritables. Le Monastère n’en souffre point: il les laisse briller à la Cour et travaille dans un recueillement qui sera profitable à l'Histoire et aux Belles-Lettres. Dom Prévot d’Exiles réunit, pendant ces jours de rémission, toute une bibliothèque de documents qui seront d’un intérêt inestimable pour le chartiste. Dom Bonnet compose sa Biblia Maxima Patrum. Dom Bessin réunit les actes des Conciles de la Province de Rouen. Il édite les ouvrages de Saint Grégoire; il mérite, de ce chef, que le Pape le récompense par l'envoi d'une médaille d’or. Dom Nicolas Asselin écrit son Commentaire sur les Psaumes. Dom Guérard, un Abrégé de la Sainte Bible, écrit en forme de dialogue. Dom Pisant attache son souvenir à un traité historique et dogmatique des Priviléves el Exemplions ecclésiastiques. Dom Charles de Toustain s'illustre en collaborant, avec Dom Tassin, à un ÆVouveau Traité de Diplomatique. Dom Lenoir, Dom Texier de Saint-Prix, Dom Patallier, Dom Vannier, Dom Maheut, vingt autres, s’honorent, eux et leur Ordre, par des travaux qui seront une contribution précieuse à l'Histoire de France.
Tandis que les moines tournent ainsi leur savante application et leurs regards vers les choses du
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passé, au dehors le monde change de rythme. Dés 1778, l'esprit révolutionnaire vient frapper à la porte de “Abbaye de Fécamp et déranger les moines dans leur recueillement studieux.
Dominique de La Rochefoucauld, Cardinal-Archevèque d'Albi, Commendataire de Cluny, est assis sur le trône de Fécamp, lorsqu'une décision de 1
“Assemblée nationale, à la date du 6 novembre 1789, met es biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation. Sur l'Etat général des revenus du Clergé fourni à Assemblée, l'Abbaye de Fécamp figure pour la somme brute de 158,978 livres. Les revenus de l'Abbé
sont évalués à 100,000 livres. Le décret surprend dans l'asile du Monastère quarante religieux, sans compter
es novices. Ils doivent sortir de l'Abbaye dont les portes sont mises sous scellés. Pour Dominique de La Rochefoucauld, — il ne survit pas longtemps à l'Abbaye qu'il a gouvernée, — il passe en Allemagne et s'y éteint, le 25 septembre 1800, à l’âge de quatre-vingt-sept ans.
Le Monastère finit avec le décret qui disperse les religieux; il faut attendre 1863, pour qu'un Normand de bonne race conçoive l'idée grandiose de faire sortir du sol rasé, des bâtiments nouveaux adaptés aux nécessités de la vie industrielle, et dont la moderne splendeur rappelle toutes les gloires d'autrefois.
Quand la famille de M. A. Le Grand aîné se demande si elle a eu avec l’ancienne Abbaye bénédictine un autre lien que l’admiration et le culte du souvenir, ses papiers lui répondent : lorsque, le 6 novembre 1668, Dom Placide Roussel, Grand-Vicaire, Administrateur de la Communauté bénédictine, assemble capitulairement tous les moines de l'Abbaye afin de vérifier les titres des dignitaires et des officiers civils qui ont charge de ses intérêts temporels, Martin Couillard est maintenu dans sa fonction.
C'est ainsi que nous trouvons le grand-père maternel de M. À. Le Grand aîné, descendant direct de Martin, installé en 1797 dans ladite charge d'avocat procureur fiscal. Il se nomme Prosper- Elie Couillard; il reçoit de l’un des derniers religieux qui habitent l'Abbaye, Dom Blandin, le don de quelques manuscrits : parmi eux se trouve le précieux ouvrage de Dom Bernard Vincelli où la formule de la Liqueur Bénédictine est inscrite.
On n'échappe pas aux sollicitations de ses hérédités : M. A. Le Grand qui, du côté paternel, a la légitime fierté de rattacher sa lignée à une noble famille normande, originaire de l’ancien bailliage de Caux, et qui posséda « les seigneuries d'Onval, de la
» Coste, de la Haye, du Petit-Bosc, de Vitenval, de Saint-Denis-
» Chef-de-Caux, de Sainte-Adresse et autres lieux », apparaît, dès
les débuts de sa vie industrielle, comme un curieux d'archéologie,
Torchère.
Mon ten nierre = Tera doMucée) qui aime à encadrer son effort moderne dans les souvenirs du passé.
Ceux qui ont visité, il y a une quarantaine d'années, ces locaux modestes où ” La BEÉNÉDICTINE ” eut
son berceau, gardent l’image d’une sorte de petit Musée de Cluny.
Le lierre habille avec goût des fûts de colonnes, des chapiteaux, des fragments d’arceaux, l’admirable
jubé de l’ancienne Abbaye. Et déjà, à côté des bâtiments industriels, il y a un Musée que l'on visite. De
toutes parts on apporte à M. A. Le Grand les curiosités recueillies dans la région. L'heure est venue où
les vieux murs qui ont offert à ” La BENÉDICTINE ” ressuscitée un premier asile ne peuvent plus contenir
sa force d'expansion. C’est le 10 février 1876 que M. À. Le Grand forme la Société nouvelle, dont il sera le Directeur général jusqu’à la fin de sa vie, et, après lui, ses fils. C’est en 1880 qu'un hasard le met en présence de l'artiste doué qui doit réaliser ses rêves.
Ce fut toujours un privilège des Rois et des Seigneurs de Haut Lignage de découvrir autour d'eux les artistes qui étaient capables d'embellir leur règne en leur bâtissant des demeures en proportion avec leur munificence et leur songes. ” La B£
cette tradition souveraine. Elle s'estime assez pour
ÉDICTINE ” de Fécamp reprend à son compte
exiger qu'on la loge dans un palais que justifient ses origines monacales et royales; -par cette largesse, elle veut donner l'exemple aux Royautés et Souverainetés de notre temps que sont les Grandes Puissances Industrielles et Financières.
M. Camille Albert, le supérieur artiste qui a entrepris de réconcilier ces deux sœurs, ailleurs ennemies, la Beauté et l'Industrie, est un Dauphinois des Hautes-Alpes. Il a fait ses études à Genève, chez Kramer et Junot — des élèves et des amis du fameux Gaspard André de Lyon. Dans ce voyage au-delà des Alpes, le jeune architecte s'est façonné à l'Ecole de la solidité et de la conscience allemandes. Son tempérament français réagit contre la rigueur des modèles qui lui sont imposés. Après que le service militaire l'a rendu à son pays d'origine, il achève son éducation dans la contemplation directe de monuments. Il allie heureusement des facultés d'émotion artistique vibrantes et neuves au savoir technique et à une scrupuleuse conscience d’observateur.
Le jour où M. A. Le Grand aîné le distingue et s'adresse à lui, il est prêt. Il comprend ce qu'on lui demande. Il imagine au-delà. On veut une Distillerie et un Musée ? Admirable occasion de donner l'essor aux deux penchants qui se partagent son esprit : le sens de la Réalité et le goût du Réve. Ce sera, bien entendu, par la réalité que l’on com-
mencera.
La future destination des bâtiments à construire et les ressources naturelles du territoire de Fécamp commandent le choix du style. Il s'agit de
loger une industrie qui a une origine religieuse ?
Pilastres du Vestibule du Musée.
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