‹ La Bénédictine de l'ancienne abbaye de FécampChapitre 8 sur 25 · MUSÉE · texte numérisé non relu

MUSÉE

L'architecte décide de se renfermer dans ce caractère et de donner aux bâtiments de grandes lignes qui, par leur allure générale, vont rappeler les réfectoires des anciennes Abbayes. Pour les matériaux de construction, on les trouve là, sous la main : ce sont la brique et le caillou. Ils déterminent le style : du roman byzantin dans le type lombard des Eglises de Bologne. Déjà l'artiste jouit du bel effet que produiront ces alternances d'assises de briques et de cailloux taillés, pris sur la plage. Il se souvient des heureux contrastes que la Renaissance a tirés de l'emploi de substances identiques, par exemple, au Manoir d’Ango, près de Dieppe, au Château d'Auffay, près d'Ourville.

D'autre part, une Eglise a un clocher. Il conviendra donc de couronner d’un campanile ces lignes

solides et un peu sévères.

Donc, le Rëve sort de terre; la coloration de l'édifice est chaude, harmonieuse; déjà le campanile monte à une hauteur de

soixante mètres. L'Abbaye est désensorcelée,

elle renaît. Pas encore ! ... Le feu, le vieux

feu des Danois, qui, sur ce coin de la terre

française, semble avoir livré une lutte sans merci à l’Idée, éclate encore une fois. Il gagne l'aile gauche, la scierie, les ateliers Ÿ! : 1 \ 2 d'emballage, la maison d'habitation, une il A al à D SE) partie du Musée et le campanile. On lui fait bravement sa part, on l’accule, on l'abat. Les eaux-de-vie, âme de la distillerie, de l'œuvre en gestation, sont sauvées. L'activité de tous n’est pas une seconde ralentie; l'ardeur d'espoir n'est pas abattue. On dit :

— Le feu a fait place nette ? Profitons-

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Et l'on en profite. On règle le sinistre.

On reprend la tâche; là où des ruines finissent de s'écrouler dans la fumée, on décide d'élever le Musée, « l’écrin », qui, selon l'heureuse expression de M. Marcel Le Grand, est « la richesse morale de la Distillerie de Fécamp ». Mais on veut bâtir aussi vite que

le feu a détruit.

Deux mois plus tard, l'architecte Albert Grand Vitrail du Vestibule du Musée. apporte à M. Le Grand ainé et à ses fils le PS MARSE SE NES ER SE ESS plan de ” La Bénéicrne ”, telle qu'elle s'élève aujourd'hui. Et l’on ne sait vraiment ce qu'il convient, dans l'occasion, d'admirer le plus, de la puissance d'invention et de travail de l'artiste qui met, seul, en si peu de jours, un tel songe debout, ou des hommes d’affaires qui, ayant su où on les emmène, croient et se décident. La figure du plan se trouve fatalement déterminée par le dessin des rues. Il n’est plus question de s'enfermer dans la simplicité du roman qui convient si parfaitement à la vie industrielle de la Distillerie.

Le gothique apparaît dans la circonstance comme trop sévère et trop sec... Au contraire, la Renaissance

sourit de toute l'attraction de sa richesse, de ses finesses, de ses souplesses. L'époque de transition, qui va de Louis XII à François I‘, marquera la: date de la « Merveille ». On la choisit à cause de sa complexité et de l'heureuse fusion des deux styles à cette date précise. Aux lignes décidées qui sont l'âme essentielle d’un monument, vont s'ajouter l'heureux accompagnement des cours intérieures, l'ample développement des escaliers, la grâce des tourelles, la couronne des campaniles à la Chambord, les lucarnes enrichies d'arabesques, — le tout porté par cet étage unique, surmonté du « petit étage » des combles, dont la proportion élégante a été si particulièrement chère à la Renaissance.

Dès le lendemain du jour où les plans sont approuvés, la pioche des terrassiers attaque le sol (1893).

Armoiries.

(Voussures du Plafond de la Salle des Abbés.)

On travaille comme au temps jadis : le maître ouvrier et son peuple de servants unis de cœur, d'intention et d'espoir. Ils sont tous Normands, ces compagnons qui vont faire sortir de terre le nouveau miracle de Normandie.

La maison Baron, de Rouen, fournit la maçonnerie; la maison Villette, de Déville-lès-Rouen, les charpentiers; les maisons Kamer, du Havre, Ed. Bonet et Fils, de Rouen, les sculpteurs; l’illustre ferronnier

Marrou dentelle les faîtes, épanouit les lustres; le havrais Gabuzzi entreprend les peintures décoratives du

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