‹ La Bénédictine de l'ancienne abbaye de FécampChapitre 9 sur 25 · PLAFOND DU VESTIBULE DU MUSÉE · texte numérisé non relu

PLAFOND DU VESTIBULE DU MUSÉE

, à Fécamp.

dedans et du dehors. De cette armée d'ouvriers sortent des artisans d’un réel mérite. Le feu sacré les brûle, ils se stimulent l’un l’autre, ils sont emportés par le travail. D'autre part, il n'y a pas dans l'exécution du projet un accident, ni une défaillance. L'architecte n'a pas fait venir pour l'assister un seul dessinateur de l'Ecole; tous les profils, tous les détails à grandeur d'œuvre, sortent de son crayon : on les exécute sur place dans l'atelier, en terre glaise, puis en pierre, sous les yeux des ouvriers ravis. Tant maçons que tailleurs de pierre, charpentiers, sculpteurs, ferronniers, plombiers, menuisiers, ils sont plus de deux cents à

bourdonner autour de la ruche. C’est, pour la ville normande qui voit ciseler ce fleuron de sa couronne,

une période unique. De la Beauté circule, anime les âmes, soulève les cœurs. Il n'est pas question de

Voussures du Plafond de la Salle des Abbés.

grève sur les chantiers de ” La Bénénicrne ” ! L’ouvrier sent que l'on fait appel à sa collaboration, il répond de toute sa bonne volonté.

Les splendides phototypies du maître éditeur rouennais Jules Lecerf ressuscitent ici ces ensembles et ces détails avec une pureté de ligne, une transparence d’atmosphère, une douceur de ton qui rendraïent la description oiseuse. Elles fatigueraient à construire en abstraction ce que l'on contemple en réalité avec tant de charme. On ne raconte pas plus des harmonies, des chansons, des orchestrations de pierre, qu'on ne réussit à donner, avec une analyse critique, la sensation d’une partition d'opéra.

Comment rendre par exemple autrement que par le commentaire de l'image la sensation que le visiteur éprouve quand il entre dans la Cour d'honneur ?

Il y a en bas, en caisses, des arbres verts. Ils ne sont pas seulement là comme un ornement, mais comme une indication : les yeux se portent de leurs branches vivantes à la merveilleuse floraison de pierre qui éclate ici comme un réveil de printemps. Et, naturellement, cette exclamation vient sur les lèvres : « Comme tout cela pousse! Comme tout cela monte! »

C'est la joie de cette minute qui fut unique dans les créations de la Renaissance française. Le dessin, les lignes d'architecture, les ossatures, demeurent distincts; ils permettent de suivre la pensée créatrice, de distinguer comment les parties se relient à l'ensemble. Les ornements ont l'air d’avoir escaladé cette belle ordonnance architecturale comme des vignes grimpantes, luxuriantes, mais conduites par la main

d’un jardinier esthète qui a voulu embellir son plan et non le masquer.

Et, vraiment, des raccourcis heureux ménagent partout des jeux de lignes qui provoquent de l’enchantement. Le corps de bâtiment principal est dépassé par le campanile qui le domine de sa flèche. La Salle des Abbés apparaît en recul d’une terrasse à balustrade. On y accède par un escalier extérieur qui descend au-devant du visiteur. La mollesse de ses lignes courbes rappelle les sinuosités de la Loire au pied des châteaux. Une loggia en encorbellement évoque à propos le souvenir des façons italiennes. Elle est supportée par un cul-de-lampe si finement ouvragé que l’on voudrait le tenir, le faire tourner entre ses mains, comme un bijou d’orfévrerie.

Un tact délicatement filial et le sentiment de la justice ont voulu, dans cette cour d’accès, réserver la place d'honneur à celui qui osa dire : « Que ” La BÉNÉDICTINE ?” soit ! »

Les Etats-Unis sont justement fiers d’avoir produit une génération d'hommes en qui ils aperçoivent les

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