LA MERE BERTI1E, LUCETTE
BERTHE
() mon Dieu! achève Ion ouvrage!
Vous pleurer, ma mère ? ah ! par pitié , quel esl tout ce mystère? apprener-moi ce qui peut vous troubler ainsi.
BERTflE, émue jusqu'à la fin de la scène.
Eronte-moi, Lucette, écoute -moi : tu vas savoir un grand secret. Dès Ion enfance, je t’ai appris à respecter, a chérir la mémoire de ma bienfaitrice , de la vertueuse Châtelaine de la Rocheforle !
LUCETTE
Oui , ma mère, et chaque jour je vais à la chapelle prier Dieu en songeant à elle.
BERTHE
Je le sais, mon enfant. Il y a dix-huit ans que j'habitais une ferme tout près de son château. Un soir, je re^us d’elle .un billet qui me lut remis par un éi uyer.
LUCETTE
Un billet ?
bertue , tirant un billet de son sein.
Le voici. Lis, ma fille, lis attentivement et avec tout le respect que je t’ai inspiré pour celle qui l'a écrit.
LUCETTE
Ma main tremble. ( Usant.) « Ma pauvre Berthe , mou » epoux est mort à la Terre Sainte. Je viens de donner le » jour à une fille , premier gage de notre amour. Ma peine » afireusè , les cruels traitemens de mon beau-frère , nie » conduisent au tombeau : je vais mourir. Mon persécuteur » est absent du château-, j'en bénis le ciel: il avait juré la » mort Je mon enfant avant sa naissance , pour demeurer » le seul héritier de tous les biens de la Rocheforle. A son » retour il ignorera l’existence de ma fille , et croira qu'un
m même
» même tombeau la renferme avec sa mère. Un écuyer qui » m’est reste fidèle , le remettra ce précieux dépôt. Ton sein " m’a nourrie, qu’il soit aussi le refuge de mon enfant. Je » t’ordonne le plus grand secret jusqu'au retour du-duc de » Bretagne. Dès qu’il aura revu la France, va déposer ma » fille entie ses bras, et rcmeis-lui les titres qui sont renfer- » inés dans le coffret que je t envoie , avec la lettre qui l’ac- » compagne. Adieu pour toujours! je n’espère qu’en toi....» Mes yeux se remplissent de larmes; je n’éprouvai jamais t*nt u émotion.... Et celle malheureuse enfant?...
BERTHK.
Pour cacher sa naissance, je quittai le voisinage du château; je vins m’établir dans les domaines du sire de Montfort ; et , avec l’or que l'écuyer m’avait remis , j’y achetai notre chaumière et un troupeau.
LUCETTE
Mais la jeune Châtelaine ?..... Je ne l’ai jamais vue, m> mère; qu’en avez vous fait ?
BERTHE
Grâce au ciel , je l’ai conservée en secret.
LUCETTE
Et où est elle? Que j’aille en pleurant lui jurer la fidélité que vous avez gardee à sa malheureuse mère!
- BERTHE
Bientôt tu la connaîtras ; elle-même ignore encore qui elle est, elle se croit une pauvre bergère.
LUCETTE
Est il possible! Vous lui avez caché ?....
BEKTHE.
Il le fallait; la moindre imprudence l’aurait perdue. En l'absence du duc de Bretagne, le méchant seigneur de la Rocheforte était si puissant! .. Et nuis, j’avais tant de plaisir à l’entendre m’appeler sa mère !....
lucette , /rès-sur/jrise.
Que dites-vous ?
3t ’ LA BERCERE CHATELAINE,
BER'rilB, avec une grande émotion.
Hélas î oui; je l’ai elevée comme ma fille; depuis dix-huit ans, je l'aime comme ma fille; chaque malin, je l'embrasse comme ma fille !.... Esl-ce que lu ne m’entends pas ?
LUCETTE , se précipitant dans ses bras.
Ma mère !