‹ La bergere d'Ivry drame en cinq actesChapitre 45 sur 70 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ferme, elle, trouva un enfant nouveau-né, abandonné, perdu!.... C était moi, monsieur de Granval... Elle me prit et revint à la ferme. « Je n’avais qu’une fille, dit-elle, eh bien, j’en aurai deux. » Elle m’a élevée, moi que la misère condamnait, elle m’a aimée, moi que personne ne voulait aimer... Et hier encore, elle me disait : t Veille sur Hortense, s il lui arrivait un malheur, j’en mourrais! » Alors jeme suis dit, moi : c est monsieur de Granval qui m’aidera à payer ma dette!... Et je suis venue!... Mon Dieu! vous êtes jeune, vous êtes brave et noble; bien des femmes vous aimeront... mais celle-là, oh I son mari la tuerait, et ma bienfaitrice mourrait de honte et de désespoir!... Oh! c’est vrai, tout ce que je vous dis, allez !. .. je le sens là!.. Monsieur le com te, je ne suis rien pour oser venir à vous ainsi; je ne suis qu une pauvre gardeuse de chèvres, une orpheline, et pourtant je suis vende, comme si mon ange gardien me conduisait, pour vous demander la vie d’une mère, pour vous demander l’honneur de son enfant I

Elle s eut agenouillée sur tes derniers mots et a pris la main dn comte.

LE COMTE un peu ému.

Aimée, je vous jure que vous vous êtes méprise 1...

Il va s’asseoir sur le canapé.

AIMÉE

Oh! ne jurez pas! ne mentez pas!... Laissez-vous loucher par mes prières, par mes larmes!... Savez-vous pourquoi j’ai confiance en vous?... Tenez, le jour des Rameaux, à l’église du village, vous avez pris la branche de buis qu’une mendiante vous tendait... Puis, seul et triste, vous êtes allé la placer sur une tombe qui vous est bien chère... et vous ayez prié longtemps... Je vous suivais, je vous ai vu ! Eh bien! au nom de votre mère qui dort là-bas, laissez vivre ma mère, à moi ! Au nom de la sainte, ne jetez pas à l’abime une femme qui vous aime, et que cette première faute condamnerait à la honte et à la mort!

LE COMTE, après an silence, et se levant.

Vous avez raison, mon enfant!... C’est votre bon ange qui vous conduisait vers moi... L’honneur d’Hortense me sera sacré, je vous le jure... Ma mère vous a entendue !

AIMÉE, lui baisant les mains.

Ah! VOUS êtes bon ! VOUS êtes bon ! (Bourgogne parait, le comte fait un mouvement. Aimée à part.) Neuf heures !... C’est elle 1 (Haut) Oh! je ne veux pas qu’elle me voie.., je ne veux pas qu’elle sache...

LA BERGÈRE D’IVRY

LE COMTE, allant ouvrir une porte à gauche.

Tiens sors par ici... et compte sur mon serment 1

AIMÉE

Merci, monsieur de Granval!... grâce à vous, j’aurais payé ma dette!

Elle sort.

LE COMTE, à Bourgogne.

Fais entrer... et que ma porte soit défendue à tout le monde!... Tu m'as compris?...

Bourgogne s’incline et introduit Hortense voilée.

Page 1