ACTE QUATRIÈME
AIMÉE
C’est vrai-., j’ai été entraînée... je n’ai pas pensé au mal que je pouvais vous faire...
François réparait par la fond à gauche ; il s’appuie contre la porte arec
accablement et semble ne pas enlondre ce qui so dit autour de lui.
FAUVËL, montrant François.
Et lui!... lui à qui tu avais promis ta main !
AIMÉE, arec douleur.
François!
FAUVEL
A lui aussi tu mentais 1 Et si tu faisais semblant de l’aimer, c’était pour cacher ton intrigue avec M. de Granval !...
AIMÉE
Moi !
HORTENSE, rivement.
Mon ami!... je vous en conjure... ne l’accablez pasl
Ma chère Hortense, tant qu’Aimée s’est montrée digne de notre estime, j’ai été pour elle un ami dévoué... j’aime ceux qui sont d’honnêtes gens, et celles qui peuvent marcher le front haut et vous regarder en face... Mais tant pis pour les coupables 1 je ne pardonne pas à ceux qui ont trahi ma confiance. Pardonner est une vertu chrétienne, mais qu'est-ce que vous vouiez !,. cette vertu-là, je ne l’ai pasl (Hortense veut répondre.) Assez, je vous prie... Peut-être faites-vous votre devoir de sœur, mais moi, je suis le chef de la famille, et j’ai le mien à remplir... que comptez-vous faire, madame Dérouville?
MADAME DÉROUVILLE, qni pleure toujours, assise à gauche.
Moi!... moi!... mon Dieu!...
FAUVEL
Eh bien, ce mot que vous n’osez pas prononcer, c’est moi qui le dirai... Aimée, vous n’avez plus (e droit de rester ici.
AIMÉE
Vous me chassez !...
FAUVEL
Oui.
AIMÉE
Et c’est vous!... vous!...
FAUVEL, la regardant fixement.
Oui... qu’avez-vous donc?
LA BERGÈRE D’IVRY
AIMÉE
Rien... rien...
MADAME DÉROUVILLE.
AhI malheureuse enfant!
HORTENSE, avec force.
Non, vous ne ferez pas cela!... je ne le veux pas... je dirai...
AIMÉE, s'élançant vers Horlense, à voix basse.
Oh! ne la tuez pas!... ne la tuez pas!...
Elle montre madame Déronville.
HORTENSE, prête b parler.
Fauvel!...
FAUVEL
Encore une fois, Hortense, je ne veux pas de celte indulgence pour une fille perdue. Il m’en coûte aussi de punir, croyez-le... mais toute faiblesse est coupable... Aimée, vous n’étes plus au service de madame Dérouville, prenez tout ce qui vous appartient... et à la fin du jour...
AIMÉE
Rien ne m’appartient ici, monsieur Fauvel... Je suis entrée pauvre dans cette ferme, et j’en sortirai comme j’y suis entrée. C’est égal, vous êtes bien cruel pour moi! ali! vous êtes bien cruel!
FRANÇOIS, s'avançant.
Monsieur Fauvel! ah! vous la faites pleurer... Aimée, ne pleure pas!., vois, madame Dérouville... madame Fauvel v . Tout le monde t’aime ici, va!... on ne te demande qu’un mot pour te justifier, ce mot, tu le diras!...
MADAME DÉROUVILLE.
Oui, lu le diras, mon enfant, si tu n’es pas coupable!...
FRANÇOIS
Oh! voyez- vous, moi je ne peux pas croire que sa bouche m’ait menti et que son cœur m’ait quitté... non, je ne peux pas croire ça!
FAUVEL
Alors, qu’elle parle! qu’elle se justifie...
François.
Non!... tais-toi! ne dis rien, ne dis rien!... je ne veux rien savoir. ..je ne tedemande pas tes secrets. ..je ne veux pas que tu souffres, moi, je ne veux pas que lu pleures!...
Il la prend dans ses bras.