‹ La Bessarabie, ancienne et moderneChapitre 3 sur 12 · MŒURS SCYTHES · texte numérisé non relu

MŒURS SCYTHES

Les Scythes formaient un royaume et ils étaient nomades. Ils avaient aussi des esclaves auxquels ils crevaient les yeux , afin de les employer à certains travaux qu'ils considéraient sans doute comme ignobles.

Ils avaient pour dieux Vesta, Jupiter , la Terre, Apollon, Vénus-Uranie , Hercule et Mars. — Tous reconnaissaient ces dieux, mais outre cela les Scythes-royaux avaient encore ajouté à ceux-la le dieu Neptune.

J'ai lu quelque part qu'ils connaissaient aussi Mercure.

Us avaient des lieux sacrés pour faire leurs sacrifices , lesquels consistaient en bestiaux.

Ils avaient aussi une fiole d'or qu'ils croyaient descendue du ciel ; les rois gardaient cet or sacré avec le plus grand soin, et ils croyaient que si celui qui en avait la garde s'endormait le jour de la fête, il devait nécessairement mourir pendant le courant de l'année; aussi pour le dédommager du danger qu'il courait, on lui donnait toutes les terres dont il pouvait faire le tour en un jour avec son cheval.

A l'égard de la culture des terres , les uns semaient du blé, mais pour le vendre, tandis qu'ils se nourrissaient eux-mêmes d'oignons, d'aulx, de lentilles et de millet: c'étaient lesAlazons; d'autres ne labouraient ni ne semaient, mais menaient une vie complètement nomade; d'autres enfin ne vivaient que de chasse. — L'herbe que produisait la Scythie était excellente (Aujourd'hui encore on ne saurait voir des bêtes plus grasses que les moutons de la Bessarabie en automne; ils ne mangent cependant autre chose que de l'herbe du stèpe).

Il n'y avait pas de bois en Scythie; on y brûlait de Pherbe sèche ou des os d'animaux (aujourd'hui encore il y a peu de bois ; il n'y en a même pas dans le Boudjiac, en sorte qu'on y brûle encore de l'herbe sèche , comme autrefois , ou la fiente desséchée des animaux).

Les Scythes ne nourrissaient pas de pourceaux et n'en immolaient jamais; mais ils sacrifiaient quelquefois des hommes , et en particulier la centième partie de leurs prisonniers, qu'ils offraient au dieu Mars. — Ils faisaient des libations de vin sur la tête de ces victimes.

En temps de guerre, le Scythe buvait du sang du premier homme qu'il renversait , lui coupait la tête et la portait au roi. Il écorchait aussi sa victime et en prenait la peau pour s'en faire des vêtements, Lorsqu'il avait tué un grand ennemi, il prenait son

crâne, qu'il dorait intérieurement s'il en avait le moyen , et s'en servait en guise de coupe.

Dans un repas donné chaque année par le gouverneur, tous ceux qui avaient tué un ennemi buvaient ensemble de l'eau mêlée avec du vin , honneur auquel ne pouvaient pas prétendre ceux qui n'avaient tué personne.

Les Scythes avaient un grand nombre de devins; quand le roi tombait malade, il envoyait chercher trois des plus célèbres d'entre eux ; ceux-ci répondaient ordinairement que la maladie du roi provenait de ce que certains hommes, qu'ils nommaient, avaient juré faussement par les Lares du palais. D'autres devins étaient encore consultés, et s'ils parlaient comme les premiers, alors les dénoncés étaient punis de mort; si, au contraire, un nombre considérable de devins les disaient innocents, ils étaient absous, et cette absolution était la condamnation des premiers devins, qui étaient brûlés vifs.

Le roi alors faisait mourir les enfants maies de ceux qui étaient mis à mort, mais il ne faisait aucun mal aux filles.

Lorsque deux Scythes faisaient un traité, ils versaient du vin dans une grande coupe; chacun des contractants se faisait une incision et y mêlait de son sang , puis ils trempaient leurs armes dans ce mélange, dont ils buvaient ensuite une partie, après avoir fait une longue prière.

Quand un roi était mort, les Scythes enduisaient son corps de cire, creusaient une fosse où ils le déposaient avec le corps de l'une de ses femmes, qu'ils étranglaient, de même que son ministre, son écuyer, son cuisinier et des chevaux ; cela fait , ils remplissaient la fosse de terre et travaillaient tous à l'envi l'un de l'autre à élever sur le lieu de la sépulture un tertre très-haut (on voit encore aujourd'hui en Nouvelle-Russie et en Bessarabie de pareils tertres, et une tradition populaire porte que ces Kourganes sont des tombeaux de grands. J'ai lu d'ailleurs dans un ouvrage ce qui suit :

J'ai vu, dit l'auteur, ouvrir un de ces monticules ; il renfermait le squelette d'un homme de haute taille, et dont la tête carrée avait le crâne très-épais ; sa main droite était couchée sur son sabre ; celui-ci était presque tout décomposé; près de la main gauche étaient les griffes d'un vautour ; les boutons d'habits, assez bien conservés, étaient d'os. En 1 750, Mamtein a vu fouiller quelques-uns de ces tombeaux , où l'on trouvait des urnes remplies de cendres, des médailles d'or et de cuivre. Epriniusdi vu fouiller aussi deux Kourganes; l'une avait des ossements , et l'autre une armure à cotte de mailles avec un étrier d'or massif). Lorsqu'on ensevelissait le roi, on étranglait aussi une cinquantaine de serviteurs et un pareil nombre de beaux chevaux, que

l'on remplissait de paille, et que l'on plaçait ensuite debout autour du tombeau.

Lorsqu'un Scythe du peuple mourait, on mettait son corps sur un char, on le promenait de maison en maison , et dans chacune on faisait un festin pour le mort lui-même , ainsi que pour ceux qui l'accompagnaient. Après l'avoir ainsi promené pendant trente jours, il était enseveli; alors ceux qui l'avaient accompagné devaient se purifier.

Il croissait naturellement en Scy thie du chanvre, avec la filasse duquel le peuple se faisait des vêtements; en place de bain, il s'étourdissait avec la vapeur des semences de chanvre, ou le chenevis, qu'il faisait cuire sur des pierres rougies.

(Il est probable que ce chanvre naturel était le même que celui qui croit encore sans culture en Bessarabie , mais dont aujourd'hui on ne fait aucun usage.)

Les Scythes avaient une aversion profonde pour les coutumes étrangères, et plusieurs fois ils ont puni ceux qui avaient voulu en imiter; le roi fît entre autres tuer Anacharsis, parce qu'il avait sacrifié à la manière des Grecs.

Page 1