GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
§ 8. Surface de la Bessarabie. Inégalités du sol.
La Bessarabie peut être divisée physiquement en deux grandes parties , savoir : la partie occidentale, de Novosélitza au Danube, le long du Pruth, que Ton pourrait appeler la Haute-Bessarabie , puis la partie orientale, de Bender a Ismaël que Ton pourrait appeler la Basse-Bessarabie , laquelle du reste porte le nom de Boudjiac ou le Coin ( Voyez au paragraphe des colonies d'où vient ce nom ).
Malgré que la province ait une partie un peu élevée, on ne peut pas dire quelle soit montueuse; de loin en loin s'élèvent quelques collines boisées, comme du côté àeBelz, de Kichineff, etc. , ou quelque colline au bord d'une vallée, comme le long du Dniester, ou enfin quelque coteau rocailleux comme à Orgay , a Caplani ou enfin à Calarache.
Le Boudjiac est généralement une plaine uni-
forme et parfois tellement uniforme que sa monotonie finit par ennuyer, surtout lorsqu'il faut faire un voyage un peu long.
On y trouve quelques petits vallons entourés de collines peu élevées, comme a Atchilar et à Volontirofka; quelquefois la colline est couverte de bois, comme dans le voisinage de Bender, de Léontief, Caouchane, Lototsé, etc.
Outre cela, il existe dans le pays deux espèces d'éminences que le peuple appelle modestement des montagnes. Pour le pays c'en sont en effet, puisque aucune autre élévation ne leur dispute la palme; mais il faudrait tout au moins créer un diminutif du mot colline, ou un petit augmentatif de taupinière pour donner une idée exacte de ce qu'elles sont. — Je viens au fait :
Le sol du Boudjiac est en grande partie composé d'un sable fin, susceptible d'être emporté par le vent; or, comme celui-ci souffle presque toujours, et même souvent avec une grande véhémence, il amoncèle insensiblement ce sable qui forme une montagne naine ; plus tard, changeant de direction, ce vent détruit ou modifie du moins son ouvrage, en sorte que les monts de sable finissent par être mouvants, imitant en cela les dunes de Bordeaux vers le golfe de Gascogne. Le territoire de Chabag est en partie composé de ces monls-là, à un quart de lieue du village.
L'autre espèce de monts porte le nom de Kourganes; ce sont les tombeaux des Scythes dont j'ai parlé au premier paragraphe de mon ouvrage , et auquel je renvoie mon lecteur.
Ces monts ont peu d'élévation , mais ils ne laissent pas que d'être visibles à cause de l'horizontalité parfaite du sol sur lequel ils s'élèvent.
Le plus grand des monts de cette espèce porte le nom de Grand-mont du Bougase; il est situé à 15 verstes d'Akermann, entre cette ville et la mer. De son sommet on jouit d'une vue assez étendue sur les marais et le steppe du voisinage , de même que sur le limane du Dniester et les pêcheries de Kéfale de ce lac. — J'ai évalué sa hauteur, après mûre réflexion , n'ayant pas d'ailleurs d'instruments à ma disposition , a environ une quarantaine de pieds! Malgré cette absence de montagnes, on peut dire en Bessarebie, comme ailleurs, que les œuvres de Dieu sont en grand nombre et qu'il les a toutes faites avec sagesse!
§ 9. Fleuves , Rivières.
Tous les fleuves de Scythie, à l'exception du Borysthène (le Dnieper) sont limoneux, disait Hérodote. L'Ister et le Tyras l'étaient par conséquent aussi, et, pour avoir changé de noms, ils n'ont pas
changé de nature ; car le Danube et même le Dniester sont troubles.
Je dis et même le Dniester, car au premier abord cela ne semble pas très-naturel, puisque, parcourant un pays plat, y serpentant lentement, il semblerait devoir ne détacher aucune parcelle du sol ; mais c'est le contraire. Comme ce sol est formé {Y allumons, son peu de stabilité permet au courant de le miner insensiblement, et telle est la quantité de sable charrié par le Dniester, qu'il forme des atterrissements fort sensibles à l'embouchure du fleuve dans son limane.
Le premier fleuve de la Bessarabie est le Danube (en allemand Donau et en russe Dounaï). Il borne la province au midi et la sépare de la Turquie.
Combien de fois son eau trouble et abondante a porté les bateaux qui devaient mettre en communication ses deux rives belliqueuses!
Les Persans, les Romains, les Russes, les Turcs, etc. , l'ont tour à tour franchi.
Connu dans l'antiquité sous le nom à'Ister, il passait pour un fleuve très-grand ; mais, selon Hérodote, le Nil l'était encore davantage. On sait aujourd'hui qne son cours est de 600 lieues dont une cinquantaine est en Bessarabie.
Si le fleuve ne présente pas dans cette province un grand développement en longueur, sa largeur
offre une ample compensation ; en effet cette largeur atteint la son apogée, et va jusqu'à 10 lieues, c'est-à-dire que de l'une des embouchures à l'autre il y a cette distance.
11 y a plusieurs embouchures, connues sous le nom de bouches du Danube ; les deux principales sont celles de Soulina qui sert aux navires qui viennent directement en Russie, et de Géorgief qui sert aux bâtiments allant directement en Turquie.
La dernière partie du fleuve présente plusieurs îles dont la plupart servent de stations militaires aux Cosaques qui forment le cor don- frontière.
Les principales de ces îles sont celles de Léti , de Tchétal et de Géorgief.
J'en ai visité quelques-unes ; sur une on ne trouve que des saules, sur l'autre une pêcherie temporaire, sur telle autre un petit poste de surveillance avec un inspecteur pour ceux qui vont de Kilia à Ismaël, sur telle autre enfin un troupeau de bœufs.
Mais ce qui m'a le plus étonné, c'a été de trouver sur Tune d'entre elles, assez isolée et à égale distance de Kilia et d'Ismaël, un homme pêcheur, établi depuis 10 ans sur cette île et qui y vit depuis le commencement, complètement seul, sans famille, sans domestique, comme un anachorète !
La dernière partie de ce fleuve offre à la pêche des esturgeons monstrueux et dont on fait un grand commerce.
Un grand nombre de navires descendent ou remontent le Danube, pour commercer, surtout avec Ismaël: en outre des pyroscaphes autrichiens vont régulièrement a Constantinople pendant toute la bonne saison.
Les navires qui remontent le fleuve éprouvent quelquefois de grands retards, par suite de ventscontraires, Un jour que j'allais par cette voie de Kilia a Ismaël nous fumes 12 heures de temps en route; le même esquif ne mit pour descendre que 4 */2 heures !
En 1841, il est entré dans le Danube 597 navires et il en est sorti 692. En 1842, le nombre a été beaucoup plus considérable: l'entrée a été de 998 et la sortie de 944.
Ces navires sont russes, autrichiens, anglais, belges, sardes, grecs, valaques, moldaves, ioniens, turcs, napolitains, français, samiotes, hanovriens, suédois , norv égiens et serviens. — Ils exportent ou importent les marchandises suivantes : blé, maïs, orge, millet, haricots, graine de lin, pruneaux, suif et huile, fromage, viande, vin, noix, bois, planches, douves, miel, tabac, potasse, laine, cuir, biscuit, graine de moutarde, os d'animaux.
Le Dniester est un second fleuve, qui sépare la Bessarabie du gouvernement de Kherson et de la Podolie. Né aux Carpathes , il apporte à la mer les lerres autrichiennes et bessarabiques. Le nom an-
cien du fleuve 's'est conservé dans la ville de Tyraspol ; peut-être ce nom de Tyras lui fut-il donné par l'un des fils de Japhet qui portait ce nom, comme on le voit dans le verset 2me du chapitre X de la Genèse. 11 semble que ce soit d'autant plus ainsi, que son frère Magog s'établit dans une autre partie du pays et fut le premier père des Russes.
Le Dniester n'est pas large; en moyenne on lui donne environ 200 pieds; sa profondeur varie, mais atteint souvent 20 pieds et plus. On le traverse en plusieurs endroits sur des bacs, mais souvent il faut attendre fort longtemps sur l'une des rives pour passer a l'autre , parfois deux jours entiers; cet inconvénient se fait sentir à Akermann, malgré qu'un pyroscaphe remorque journellement plusieurs bacs; mais c'est surtout près de Bender, en automne, que cette difficulté du passage se fait sentir. C'est du reste la même chose en Galicie. Il est parfois très-sinueux, vu l'horizontalité presque parfaite du sol; aussi ses bords sont-ils marécageux, surtout dans la dernière partie de son cours. — Dans la partie qui précède ces marécages , ses bords sont riants et en partie couverts de vignes et de bois. — Ses sinuosités ont jusqu'à 100 verstes.
Autrefois des barques le remontaient pour faire le commerce des pelletteries; aujourd'hui, les produits en bois destinés pour la marine, a Nicolaïew , tels que chêne, sapin rouge, prennent la route du
Dniester, de même que les grains tirés de la Podolie et de la Volhynie. Les barques qui servent au transport des céréales portent des charges de 6000 pouds ou 2000 quintaux. Malgré son renflement extraordinaire, qui commence 40 verstes plus haut que son embouchure dans la mer , le fleuve forme une barre que l'onde furieuse est obligée de respecter.
A son embouchure, formée de deux bouches, savoir celles de La ville impériale et d'Otchakoff, on trouve l'ancienne île Tyres-Gètes sur laquelle les Grecs avaient fondé la ville de Tyras dont il ne reste plus aucune trace, comme je l'ai dit au paragraphe premier; aujourd'hui des troupeaux paissent sur cette île, de même que sur l'îlot voisin.
Le Pruth est une rivière assez considérable qui vient de la Galicie et sépare la Bessarabie de la Moldavie ; son eau est aussi limoneuse , son volume est à peu près comme celui de la Limmat en Suisse. II est un affluent du Danube ; c'est vers sa jonction avec ce fleuve que l'on forma les ponts de bateaux qui servent au transport des armées qui passent d'une rive a l'autre; c'est la seule place convenable.
Le Bik sort du district de Belz, passe à Kichinew et se jette dans le Dniester près de Kalfa, formant un petit delta où se trouve le village de Goura- Bikoulouï. Ce Bik fait tourner quelques moulins , près de Kichinew et près de Rochkani entre autres.
Il forme un renflement où Ton pêche , près de Boulboka; j'ai mesuré a peu près sa largeur a cette place; je l'ai trouvée d'environ 500 pieds , mais l'eau est presque stagnante.
Le Botna sort du district de Kichinew et entre dans celui de Bender, passant près de Kaouchane ; peu avant de se jeter dans le Dniester, vers le village de Kourkaechti, il forme une mare croupissante où j'ai risqué une fois de rester avec un char.
Le Béout sort du district de Soroka, reçoit quelques embranchements de celui de Belz, arrose Orgief et se décharge dans le Dniester, un peu plus haut que le bourg de Kryouliani.
Quelques ruisseaux vont se décharger dans le Pruth; les principaux sont : le Larga, dans le district de Chotin; le Bagovetz, a la limite des districts de Belz et de Chotin; le Tchougour, qui sort du district de Chotin, arrose une partie de celui de Soroka et se jette dans le Pruth, au district de Belz, formant un delta où se trouve le village de Kostecht; leBalatcha, qui se décharge près de Kolibachi, dans le district de Kagoul.
Enfin, on trouve encore quelques petites rivières qui se dirigent du côté du sud, soit pour se jeter dans la mer, soit dans quelque lac.
Les principales sont: la Kagoula, qui sort aux environs de Kagoul et se jette dans le lac de Kagoul, près du Danube, à l'est de Réni.
-j La Jalpouga, qui vient du nord du district de Kagoul et se jette dans le lac de Jalpoug, un peu plus: haut que Bolgrade.
Là Katlaboug, qui se jette dans le lac du même nom, au Nord-Est d'Ismaël, dans le district de Kagoul.
La Kourgije, qui se jette dans le lac Kitdi, à l'Est du Katlaboug, aussi dans le district de Kagoul.
La Allmlia et la Adjidera, très-petites et stagnantes, qui se jettent, Tune dans le lac Bournaia, et l'autre dans celui de Alivèï, au Sud-Ouest d'Akermann, dans le district de ce nom.
Enfin, le lac Sasik, district d'Akermann aussi, reçoit deux cours d'eau, qui sont la Sarata, venant de la vallée de ce nom, et le Kondouc ; ce dernier est assez considérable; il commence au Nord du district de Bender, reçoit près de Brienne, district d'Akermann, un affluent appelé Koiéelnick, arrose Tatar-Bounar, près duquel il forme des précipices dangereux connus sous le nom de Cobail, et peu après entre dans le lac sus-nommé qu'on appelle aussi Kondouc,
Combien ces eaux sont utiles dans un pays dont le sol est du sable fin et brûlant en été; certainement Dieu les conduit par les vallées pour abreuve)' toutes les bêtes des champs (Psaume CIV).
§ 10. Vallées.
D'après ce que j'ai dit sur l'horizontalité générale du sol, il est aisé de comprendre que les vallées bessarabiques, formées par des eaux pacifiques, sont peu profondes et que la plupart ne porteraient pas même ce nom dans un pays de montagnes.
Les plus remarquables sont :
Celle du Danube. Elle est très-peu profonde vers l'Est. Quelques parties en sont agrestes, comme par exemple vers Ismaël.
En été elle est très-chaude ; les étrangers y sont souvent malades de la fièvre, et on y est, durant la bonne saison, gravement incommodé par des myriades de gros moucherons et d'insectes divers.
On y récolte du vin, des grains, des fruits. Les principaux lieux qu'on y trouve sont : lient, Kortal, Ismaël, Starnékrasov, Kiochtsa, Kilia et Vilkov.
Celle du Dniester offre ce qu'il y a de plus agreste en Bessarabie , tant par la variété de ses productions que par les sites qu'elle présente : des forêts de diverses essences, des marais où serpente le fleuve, des coteaux couverts de vignes et d'arbres fruitiers, des villages ou bourgades de loin en loin, telle est en résumé la vallée qui nous occupe. A la vue de ce joli tableau, il ne faut pourtant pas la rapprocher des vallées pittoresques des Alpes; non, cela serait
«ne grave erreur; mais elle peut entrer en parallèle avec certaines vallées de l'Autriche ou celles du Nord de la Suisse.
Le vin de la vallée du Dniester est un vin tout ordinaire, inférieur a celui d'Akermann, en sorte qu'il se vend peu cher. Les fruits y sont en revanche de toute beauté ; les pruneaux y abondent. Un jour j'achetai à Bender des abricots qui se vendaient seulement 35 copecs d'argent le pouds.
Cette. vallée a une température plus égale que celle du Danube; elle est moins fiévreuse et n'a pas autant de moucherons, quoiqu'il y en ait assez.
Les principales localités qu'on y trouve, en Bessarabie, sont: Pérêbikaoutsi , Chotin, Rospopentsi, Ataki, Japrouga, Samba, Zaloatchennù Vadi-Patkov, Kriouliani, Cherpéni, Bender, Lêontief, Palanca, Akermann et Chabag.
Celle du Bik est peu large, mais généralement profonde; des deux côtés s'élèvent des collines où paissent des bœufs et des vaches; ces collines sont quelquefois boisées. Sur ces coteaux on remarque un certain nombre de jolies fontaines, ouvrage des Turcs. La vallée du Bik est chaude et abondante en lin, en maïs, concombres, fruits divers et céréales. Les principales localités sont : Kourtoutchenni, Pètrïkani, Kichinew, Tsentseren, Bulboka, G oura-Bikouloui.
Celle du Pruth est aussi tempérée que celle du
Dniester; elle a les mêmes productions que les précédentes. Les principaux lieux russes quelle arrose sont : Novosèlitza, Lipkani, Skouligni, Markarechti, Léovo, Cagoul, Djourjoidechti.
Celle du Kondouc est moins fertile que les précédentes; elle n'est pas aussi agreste et elle a beaucoup de steppes; on y remarque Tarakia, Kliastitz, t Hartsis, Pavlovka, Tatar-Bounar.
Celle du Sarata est mieux cultivée que celle du < Kondouc; on y remarque Pétropavlovka , Sarata, Akmaugit, Propoklou.
Les autres sont peu importantes ; nous nous bornerons encore à indiquer celles de Réout , dont les abords présentent quelques escarpements, et de Jalpouga, dans le district de Cagoul ; la première de ces deux, qui s'étend dans deux districts, offre pour localités principales : Telenetchi, Orgief, Ortchina, et l'autre a : Komrat, Techtalma, Bolgrade, Enikèïli, Dermentdéré.
Les montagnes s'élevèrent et les vallées s'abaissèrent, dit le roi David , aux lieux que Dieu leur avait marqués (Psaume CIV).
S 11. Lacs.
Il y a en Bessarabie un bon nombre de lacs qui sont formés par les rivières dont j'ai parlé au § 9. Outre ceux-là, on en trouve de temporaires qui
sont formés au printemps par la fonte des neiges; ils ne s'écoulent pas vite, vu le peu de pente du sol, ou plutôt ils ne disparaissent que par l'évaporation.
La profondeur des ozero varie de 5 à 20 ou peut-être 50 pieds, Ce ne sont pas là les lacs des Alpes qui ont au delà de 1000 pieds de profondeur, bien souvent. Leurs eaux sont souvent d'une couleur terreuse, parce que le vent, en agitant cette eau, fait remuer le fond du lac, qui est presque toujours du limon, et l'eau devient alors limoneuse.
Voici les principaux d'entre eux :
Le limane du Dniester; c'est un lac de 8 lieues de longueur, de l'embouchure du fleuve à la mer, et qui atteint deux lieues de largeur entre Akermann et Ovidiopol. Son eau est douce; mais lorsque le vent du Sud-Est souffle, alors l'eau de la mer pénètre dans ce limane et le sale; alors aussi la couleur de cette eau est d'un bleu foncé, à moins qu'elle ne soit limoneuse.
Cette nappe d'eau présente un joli coup-d'œil quand elle est tranquille, bleuâtre, et que le ciel est serein, surtout au soleil couchant. Chaque fois que j'ai pu jouir de ce spectacle, mon âme est remontée à l'éternel Ouvrier, en voyant dans son admirable ouvrage le ciel se peindre et le soleil se réfléter! Sans doute qu'il ne peut pas entrer en parallèle avec des lacs tels que ceux de Genève, de
! Constance ou tel autre de ce genre ; mais il offre aussi de temps en temps quelques plaisirs moraux.
Ses bords sont en partie marécageux, et le roseau i des marais est utilisé pour chauffage. On trouve sur sa rive gauche, surtout entre Ovidiopol et Bousinovatie, des espèces de précipices formés par une terre rougeâtre ou des rocs, ce qui forme une sorte d'ornement quand le soleil jette sur eux ses derniers rayons mourants.
Quelques petits navires y entrent pour commercer avec Akermann. Un bateau à vapeur fait deux ou trois courses quotidiennes entre les deux rives.
La pêche de ce lac est abondante.
Le lac Chabalat, situé très-près de la mer et en communication avec elle, n'est séparé non plus du limane précédent que par un marais percé de nombreux canaux où Ton fait la pêche d'un certain poisson appelé kéfale. (Voyez cela dans le chapitre des animaux.)
Ce lac est salé et très-peu profond, environ 3 à 5 pieds, et il offre la forme d'un soulier. Tout auprès, vers Chabalat, se trouve une éminence qui domine ce lac et d'où l'on jouit d'un magnifique coupd'œil ; j'en ai été frappé.
Le Kondouc ou Sicile, au Sud de Tatar-Bounar et non loin de la mer, présente une surface de 4 à 8 lieues de longueur, sur 2 de largeur; il est beaucoup moins large dans sa partie septentrionale que
dans la méridionale ; il est formé par le Kondouc et la Sarata.
Entre les deux lacs précédents, on en trouve trois réunis par des espèces de détroits ; ils portent les noms de Bournaia, Alivki et Chaguini ; ils sont salés et produisent chaque année une immense quantité de sel que Ton exploite en automne; ce sel est formé par l'évaporation et dépose en couche de quelques lignes d'épaisseur au fond de l'eau ; c'est là qu'on le ramasse, en travaillant pour cela dans l'eau ; mais on est peu gêné, parce que ces lacs ont seulement deux pieds d'eau. Autrefois l'exploitation se faisait par les particuliers, mais maintenant elle est entièrement entre les mains de l'Etat, qui fait exploiter chaque année quelques millions de pouds de ce sel.
Tous les lacs décrits jusqu'ici sont dans le district d'Àkermann; on en trouve aussi un certain nombre dans le district de Cagoul ; les principaux sont, en allant de l'Est à l'Ouest :
Celui de Kitai, formé par la rivière Kourgij; il est long d'environ 3 lieues, mais à peine large de%.
Le Katlaboug, formé par la rivière de ce nom, présente la forme d'un trident ayant le fourchon du milieu très-allongé; il est à peu près de la même longueur que le précédent; mais, dans sa partie méridionale, il a environ 1 y2 lieue de largeur.
Le Jalpoug, formé par la rivière de ce nom, se compose de deux parties dont la méridionale porte [ le nom de Kourgouloï. Ces deux lacs offrent une longueur de près de 10 lieues, mais leur plus grande largeur n'est guère que de 1 % lieue.
Le Kagoul enfin, formé par la rivière de ce nom, a la forme d'une hache emmanchée ; sa longueur est d'environ 5 lieues, et sa largeur au Sud d'environ 2 lieues.
Il y a encore, tant dans le district d'Akermann que dans celui de Cagoul et dans les îles du Danube, une foule de petits lacs qui n'ont pas d'importance.
Le reste de la province n'a pas non plus de lacs remarquables ; tout se réduit a quelques grandes mares, dans les districts de Kichinew et de Bender.
La Bessarabie a pour la limiter au Sud-Est la mer Noire, dans laquelle on trouve une île dépendant de cette province : c'est celle de Thèodosie, vulgairement des serpents, en face de l'embouchure du Danube, dite de Rilia. Autrefois une ville y existait probablement, celle à'Aquilésia, croit-on, ou du moins un temple de ce nom. Aujourd'hui elle est habitée par des pêcheurs. J'entends, depuis ma demeure, le bruit des vagues de la mer, bruit majestueux et sourd qui parle de la grandeur de Celui qui a créé les eaux ; elles me font souvenir
de ces paroles que Dieu prononça par la bouche du prophète Jérémie : J'ai mis le sable pour la borne de la mer , par une ordonnance perpétuelle et qui ne passera point; ses vagues s émeuvent, mais elles ne seront pas les plus fortes ; elles bruient, mais elles ne se répandront point.
§ 12. Climat.
Placée à la même latitude que le nord de l'Italie et passé 600 pieds plus bas que le lac Majeur, la Bessarabie devrait avoir un climat ti*ès-chaud, ce qui pourtant n'a pas lieu.
Plaine ouverte aux vents du Nord, elle est exposée à des changements subits de température. En un clin d'œil il s'élève une bourrasque qui dure aussi quelquefois un petit instant, mais qui aussi parfois souffle longtemps. Dans un seul jour, on voit le vent changer plusieurs fois de direction : les meuniers doivent sans cesse tourner leurs moulins pour en exposer leurs ailes au vent inconstant. Il pleut rarement, ce qui occasionne des maladies, surtout de bestiaux ; quelquefois trois mois se passent sans pluie, et cependant le sol est tel que six semaines passées sans eau font craindre pour le succès des récoltes. L'absence alors totale de verdure, l'absence d'arbres, la nature du sol rendent les sécheresses encore plus insupportables,
Pendant l'été, la chaleur se maintient toujours assez élevée et varie de 18° à 50°: elle monte même plus haut encore, mais très-rarement.
Les hivers ne sont pas moins froids que les étés ne sont chauds ; il faut être bien enveloppé de pelisses ou d'habits et de manteaux ouatés, pour ne pas se geler à l'air en certains jours de janvier et de février. Le thermomètre de Réaumur descend quelquefois jusqu'à 16° au-dessous de zéro.
Je ne sais jusqu'à quel point on peut ajouter foi à l'idée que les forêts, plus considérables autrefois qu'aujourd'hui, modifiaient la température et la rendaient plus douce en hiver. Que la haute Bessarabie ait un peu plus ou un peu moins de bois, surtout de l'espèce naine qu'on y trouve, cela peut-il avoir une influence marquée quant au Boudjiac? Le Boudjiac lui-même a-t-il eu des forêts? Hérodote dit que de son temps il n'y avait pas de bois en Scythie.Dans les histoires subséquentes, il n'est pas question de forêts; Constantinople s'approvisionnait en grande partie en Bessarabie , mais on ne nous dit pas que jamais on y prît du bois.
Pour ma part, j'ajoute donc bien peu foi à cette hypothèse, qui peut cependant n'être pas complètement fausse.
Le peuple en général est robuste, malgré que quelques portions du pays soient sujettes a la fièvre et malsaines. Les épidémies sont rares, mais elles
HO
ne sont pas inconnues ; longtemps on se souviendra de celle de 1850; ce fut une espèce de peste qui fit de grands ravages. D'un convoi de 17 Suisses qui arrivèrent en ce moment à Ismaël, 7 seulement sortirent vivants de la quarantaine !
Tous les étrangers, du reste, ou à peu près tous, doivent, comme l'on dit, racheter le climat. Jusqu'ici, par la grâce de Dieu, je n'ai rien aperçu de semblable chez moi, et pourtant je me crois acclimaté. On ne peut rien déduire, quant au climat, de l'âge des habitants, parce qu'en général on ne le connaît pas. Comme il n'y a pas longtemps que l'on tient des registres civils, les personnes nées antérieurement à cette époque rapportent leur naissance à quelqu'évènement remarquable, comme la prise â'Otchakof, l'hiver de Moscou (1812J, etc. Un jour, je faisais demander à un homme du peuple quel âge il avait; il répondit : « J'ai bien 40 ans, je dois même en avoir plus de 45. » Il n'y a pas longtemps qu'un homme, déjà âgé, fut content d'apprendre que la bataille d'Otehakof avait eu lieu en 1789, c'est-à-dire il y a 55 ans ; car, comme tout le monde du village qu'il habitait lui indiquait un nombre d'années bien plus considérable, il se croyait plus vieux qu'il ne l'était réellement t et il avait peur. Ceci rappelle le maréchal de Bassompierre qui ne savait pas s'il avait 58 ou 48 ans. (Il badinait.)
Cependant, si nous sommes sages, nous devons
prendre garde au temps qui s'écoule, afin que nous pensions à notre fin et que nous nous souvenions que les jours de l'homme sont comme une fleur qui passe en un jour ; c'est pourquoi le Psalmiste disait : Seigneur, apprends-nous à tellement compter nos jours que nous en ayons des cœurs sages.
§ 13. Minéraux.
Le sol est entièrement formé de terrains de dernière formation ou d'ailuvions, en sorte qu'il ne présente naturellement pas les variétés de minéraux qu'offrent les terrains primitifs ou secondaires, et, dans tous les cas, la Bessarabie ne peut offrir aucun métal.
Le sable qui forme le sol est jaune et profond; au-dessous se trouve une couche d'argile blanchâtre , plus ou moins compacte , mais en général peu propre à faire de la bonne vaisselle; aussi celle qui en est faite est-elle spongieuse et brisée par le moindre froid. La tuile présente les mêmes caractères ; il est vrai qu'elle serait meilleure qu'elle ne Test, si on la cuisait avec du bois. J'ai vu, à Chabag, une couche d'excellente argile, qui offrirait, je crois, une bonne tuile, si elle était convenablement préparée et cuite.
Toutes les roches du pays sont jaunâtres, calcaires et formées de coquillages agglomérés. Près de Kichinew, on en trouve une espèce qui est sus-
ceptible de prendre un certain poli. Les autres sont généralement dures et propres à la bâtisse; mais comme elles sont poreuses, elles forment des murs très-peu propres à garantir du froid. — Une chaîne rocheuse s'étend d'Akermann à Chabagrà peu près; mais nulle part elle ne dépasse le sol ; les empiétements du lac Font mise à nu et en détachent de temps à autre quelques grands blocs. Près d'Orgay (Orgief) on en fabrique de la chaux, employée dans tout le pays. Quelques localités, comme Capliani, ont des carrières où Ton taille ces roches.
Le Danube et le Dniester roulent quelques minéraux étrangers, comme du porphyre, du quartz, du jaspe, du granit, etc.
On a prétendu avoir vu ou découvert de la houille, au Midi de la province, près du Danube; mais c'est impossible. Comment pourrait-on trouver de la houille, c'est-a-dire un minéral qui appartient au terrain de transition , parmi des alluvions ? C'est non -seulement contre la géognosie, mais même contre le bon sens!
Peut-être, dit M. de Beaumont, existe-t-il en plus d'un point de la Russie, un terrain houiller, sous ses vastes dépôts secondaires et tertiaires; niais, continue-t-il , Y 'épaisseur et la continuité de ces dépôts le dérobent à toutes les recherches.
Ce qu'on a donc trouvé en Bessarabie n'est autre chose que du lignite.
Enfin un minéral abondant ici , c'est le sel. Il n'est pas d'un beau blanc, il est plutôt d'un gris terne et ne se produit pas, comme dans beaucoup de localités étrangères, par l'évaporation dans des bâtiments de graduation, mais bien par une évaporation naturelle , en sorte que les lacs de Bournaia, Aliwki et Chaguni sont les Sétuval de la contrée.
Le sel exploité dans ces lacs se vend à raison de 15 centimes le kilogramme français; on l'exporte en Pologne et dans les gouvernements voisins. (Voyez ce que je dis sur cette exploitation au § des lacs.)
C'est un grand bienfait pour le pays tout entier que ce sel, et il m'est avis que certaines personnes, comme les Juifs, n'en font pas assez usage et que leur haleine ne serait pas si désagréable s'ils en consommaient beaucoup; car, comme le dit la Bible: c'est une bonne chose que le sel.
§ II Animaux.
Mammifères.
i° Sauvages. — On ne trouve pas en Bessarabie autant de familles de bêtes sauvages que dans les pays de montagnes; mais si le nombre des familles est rare, les individus sont nombreux, tandis que dans plusieurs régions montagneuses,
comme les Alpes, on trouve de nombreuses espèces, mais peu d'individus.
Parmi une vingtaine de sortes que Ton trouve dans ce pays, nous remarquerons :
Le loup; il est de petite taille, mais très-commun, surtout dans la saison morte où il cause de grands ravages parmi les troupeaux de moutons; un seul loup tue dans une seule nuit jusqu'à quarante moutons !
On lui fait deux espèces de chasse, toutes deux assez singulières : Un homme , monté sur un bon cheval, poursuit un individu isolé jusqu'à ce qu'il soit épuisé et forcé de s'asseoir; alors il sort la langue et attend un objet quelconque afin de le saisir et d'épuiser sa rage sur cet objet : le chasseur lui jette un morceau d'étoffe que le loup saisit avidement; on profite de cet instant pour le tuer.
L'autre manière de le prendre consiste à creuser une fosse profonde, sur laquelle on place une trappe mobile: au milieu est un point stable sur lequel est attaché un petit porc vivant qui, par ses cris, attire les loups; ceux-ci arrivent et successivement mettent les pattes sur la trappe fatale, qui se dresse pour les laisser tomber dans la fosse dont les parois perpendiculaires les empêchent de remonter. Le matin, les chasseurs arrivent (ces chasses se font de nuit) et les tuent.
On raconte à ce sujet, qu'un meninsinger zigane,
traversant ie steppe durant une nuit, tomba par accident dans Fune de ces fosses et vit tout à coup apparaître dans l'obscurité un cercle d'yeux de loups. Comprenant sa position, il se bâta de tirer des sons de son violon, ce qui fit hurler ses compagnons découche; toute la nuit, il joua et les loups ne cessèrent pas de crier, sans oser mettre la dent sur lui. Le malin, les chasseurs le retirèrent de ce puits sain et sauf; puis ils abattirent un a un ses élèves d'une nuit. C'était sans doute la première fois que ce zigane avait fait hurler plutôt que danser avec son instrument, mais au fond l'un de ces actes est naturel (hurler quand on n'aime pas la musique).
La peau du loup sert à confectionner des pelisses.
Le renard est tué pour sa peau, aussi utilisée comme pelisse.
Le chat sauvage se trouve sur les bords du Dniester et du Pruth.
Le sanglier abonde dans les îles du Danube.
Le blaireau d'Europe, le long de la mer.
Lelièvre est partout très-commun; il cause beaucoup de dégâts aux jeunes arbres.
Le chevreuil se trouve dans les bois près du Pruth et du Dniester.
Enfin on trouve encore des hérissons, des chauvessouris, des martes et des rats.
On trouve de plus dans les champs un mammifère très-commun, remarquable par la grosseur de sa tête et par sa force; il est connu dans le pays sous le nom de souzlik; c'est le hamster, de Tordre des rongeurs. Voici ce que dit Delafosse de cet animal : « Les hamsters ont une queue velue et des abajoues aux deux côtés de la bouche ; ils ressemblent d'ailleurs aux rats par les dents et tout le squelette, Ils sont très-nuisibles par la quantité de blé qu'ils enfouissent dans leurs souterrains, qui ont quelquefois plus de 7 pieds de profondeur. » Ils sont fort communs , dit-il , en Russie, etc.
2° Domestiques. — Le cheval; il est en Bessarabie de moyenne grandeur et léger a la course. Chaque personne, a peu près, a un ou plusieurs chevaux ; pendant l'été ils pâturent sous la garde d'un berger qui porte le nom de tabounchik, c'est ainsi du moins que le peuple l'appelle , et il désigne son gardien de vaches par le mot pastouk, et celui des moutons par tchaban. Je ferai remarquer ici que les bergers ont dans le steppe un char surmonté d'une espèce de tente , qui forme leur maison ; leur famille parfois se trouve logée sur ce char où sont aussi les ustensiles de cuisine. Cette espèce de char existait déjà chez les anciens Scythes.
Pendant l'hiver, ces animaux mangent le foin ramassé en juin ; mais en beaucoup de parties du
pays, ils vivent en plein air, malgré la rigueur des frimas, et comme ils sont, dès leur naissance, habitués a cela, ils supportent ces fatigues et deviennent alors très-robustes. On met au pâturage de jeunes poulains qui viennent de naître, et on les laisse souvent trois ans sans les reprendre et sans les monter, en sorte qu'ils sont complètement sauvages. A cette époque, le berger est chargé de les éduquer; a cet effet , comme on ne peut pas approcher du jeune cheval, le berger, exercé à cela, lui lance, d'une distance d'environ vingt pas, un nœud coulant dont il retient le bout, puis huit hommes préparés pour ce moment tirent la corde qui étrangle le cheval, jusqu'à ce que celui-ci tombe; alors on le délie , et pendant qu'il revient lentement à la vie, le berger lui place une selle, et monte dessus dès que le cheval est debout. Il le fait ensuite courir les champs pendant quelques heures ; il répète ces courses pendant une dixaine de jours. Quelquefois le cheval se précipite a terre , tout exprès, afin de tuer son conducteur, et il y parvient de temps en temps. D'autres fois des chevaux sont décidément indomptables ; alors on les tue.
Le prix des chevaux varie de 40 roubles à 500.
L'industrie pastorale d'élever des chevaux pour les vendre est celle qui présente le moins de gain, d'un côté, parce que les chevaux sont , de tous les animaux , ceux qui trouvent le plus tard leur nour-
riture sur les steppes, et de l'autre, parce qu'on ne peut compter ici, pour la vente , que sur des remonteurs qui, en général, ne veulent que des chevaux à bas prix. On exporte un bon nombre de juments par les frontières bessarabiennes ; en voici le résumé pour 1842 :
Par Novosélitz 1 88 i pièces, vendues 90568 roub d'argent, par Seouliany 55 » » 2525 » » par Léovo 24 » » 401 » » enfin par Lipcany 54 » » 2694 » »
ce qui fait un total de 2104 pièces, vendues 95,988 roubles ; la moyenne pour chaque cheval est donc de ISO francs de France, ce qui prouve qu'ils étaient, en général, beaux.
Il n'y avait autrefois point d'ânes en Scythie; aujourd'hui encore on en trouve très-peu et encore moins de mulets.
Le bœuf; il est ici d'une utilité capitale; à lui de traîner la charrue et très-fréquemment le char; combien il souffre pendant l'été ! Quelquefois même il succombe faute de soins et d'une nourriture suffisante; on en trouve, ça et la, étendus sur les routes pendant les chaleurs de l'été!
Ce bœuf est de petite taille, infiniment plus petit que celui des Alpes; il coûte aussi beaucoup moins; la moyenne de son prix est d'environ 20 roubles d'argent.
La vache est aussi plus petite que celle des Al-
pes et donne moins de lait , mais il est meilleur; la couleur de la race bovine est uniforme dans tout le pays : c'est un gris-cendré ou plutôt un fauvecendré.
On tue très-peu de veaux, parce que les mères ne peuvent s'en séparer sans que cela leur nuise considérablement.
On tue chaque année des milliers de vaches pour la fabrication du suif, et outre cela une quarantaine de mille sont vendues, surtout a Belz, pour être exportées en Allemagne.
Comme chez les anciens orientaux, plusieurs personnes font consister leur richesse dans leurs troupeaux ; de simples agriculteurs possèdent parfois quelques centaines de vaches et de moutons.
Une vache ordinaire coûte environ 10 roubles d'argent.
En 1829, les Bulgares amenèrent avec eux des buffles ; leurs femelles donnent encore du meilleur lait que les vaches ordinaires.
Le mouton; il est une richesse pour le pays, et l'objet d'une industrie considérable. Sa queue pèse quelquefois 15 livres. En automne le mouton est extraordinairement gras. Son prix varie, suivant que c'est un mérinos espagnol, ou un mouton du pays, ou un agneau, en sorte que les estimations vont de 3 a 18 roubles. Quant aux béliers mérinos ils sont (rès-ehers.
L'éducation des brebis paraît être, de toutes les industries pastorales d'ici , celle qui présente le plus de profit; d'abord dit M. Demole, parce que la brebis est le seul animal qui donne deux rentes , sa toison et son agneau; ensuite l'agneau est le seul animal qui puisse être vendu avant le premier hivernage, soit aux bouchers, soit pour des spéculations d'élèves; enfin c'est le seul animal dont la différence de sexe n'en amène pas dans la valeur.
Les moutons mérinos sont ceux qui offrent le plus de sécurité ; il n'y a que 50 ans que les premiers furent amenés dans le steppe ; les éleveurs eurent bien des chances a courir, mais le gouvernement aida par des prêts ces entrepreneurs.
Lorsqu'on en veut monter un troupeau avec économie, il ne faut point débuter par acheter des mères de pure race ; il faut acheter des brebis métisses de troisième et quatrième génération, puis faire alors, dans un établissement renommé, l'acquisition de quelques béliers de pure race.
Un troupeau, uniquement composé d'agneaux, ne présente que des chances de bénéfice, ne donne aucun embarras , et l'on peut en réaliser facilement la valeur lorsqu'on la désire, puisqu'il se trouve toujours des acheteurs pour les fabriques de suif.
Je terminerai ce chapitre des moutons en disant encore que, lorsqu'il fait très-froid , ils s'entassent eux-mêmes les uns sur les autres, en sorte que
de ceux qui forment la base du tas, un bon nombre périssent.
Le porc; il est assez commun , mais cependant moins que dans beaucoup d'autres pays. Sa couleur est repoussante et son aspect hideux; il est, si c'est possible , plus sale qu'ailleurs et ressemble d'ailleurs beaucoup au sanglier dont il a un peu le caractère. On le laisse librement courir sur les places des villages et même des villes ; cela se voit aussi en Galicie.
Le chien; il est ici tellement commun que chacun , excepté moi peut-être , en possède au moins un, et le plus souvent cinq à six ou plus encore, en sorte que, pour ce motif déjà, il faut bien des précautions pour ne pas être blessé en voyage ; ils sont peu familiers et mordent parfois leurs propres maîtres; une déchirure faite a ma main droite par l'un d'eux , et qui ne s'est guérie complètement qu'au bout de quelques semaines, m'a appris a ne pas trop m'en approcher: du reste j'ai remarqué qu'il suffit, comme avec les chiens des autres pays, de rester immobile pour les faire reculer.
Les chiens lévriers sont d'un caractère plus pacifique, de même que ceux de Terre-Neuve, dont on voit quelques individus.
La multiplicité des chiens semble, au premier abord, une superfluité; mais c'est une nécessité pom la garde des maisons et du bétail.
Le chat domestique; il est assez commun et offre les mêmes caractères qu'ailleurs. Un jour que je parlais de l'impossibilité de trouver un chat mâle tricolore , un homme me dit : « J'en ai un , » et il me montra un chat qui était vraiment tricolore ; mais , contre sa conviction première, il se trouva être une femelle; ainsi, pas plus qu'ailleurs , la Bessarabie n'a de matou tricolore.
La chèvre est beaucoup moins commune ici que dans les pays de montagne ; on en trouve même fort peu; mais son lait est excellent, quoique moindre que celui de la brebis. A propos de ce lait de brebis, il faut que je dise qu'on en fait un fromage excellent; je l'aime beaucoup mieux que celui de vache.
Enfin , j'indiquerai comme dernière espèce domestique, le lapin, qui est peu répandu.
Articulés.
Les cinq classes qui forment la grande famille des Articulés ont des représentants nombreux en Bessarabie. On sait que ces cinq classes sont les arachnides , les insectes , les myriapodes , les crustacés et les annélides.
Classe des arachnides. — Elle a ici plusieurs des espèces qui la composent, comme les mygales, les araignées crabes, on du moins je crois que les grosses
araignées d'ici, appelées vulgairement tarentules, sont plutôt une dépendance des araignées crabes que des vagabondes; on trouve aussi des araignées phalangiennes, mais elles m'ont paru moins grandes que celles de l'Europe centrale.
Classe des insectes. — Cette classe est divisée par les naturalistes en huit ordres; chacun d'eux a ici des individus :
1° Coléoptères. Nous en indiquerons les suivants: Le lampyre qui est parfaitement comme ailleurs , de la même grosseur, et dont la femelle donne aussi une certaine clarté pendant la nuit; le hanneton qui se distingue de ceux des autres pays par sa petitesse et par sa voracité ; en quelques jours il a détruit une récolte de fruits ; il s'attache même aux céréales en fleurs; la grande espèce de hannetons, à peau rougeâtre, est bien moins commune que la précédente; la coccinelle, si jolie par son corps hémisphérique et ses jolies couleurs. Je ne sais pas s'il y a ici des vrillettes, mais je le pense; on sait qu'ils frappent les boiseries avec la tête et forment un petit bruit régulier, que Ton appelle vulgairement un signe de mort.
2° Orthoptères. En première ligne nous citerons le forfîcule ou perce-oreilles; c'est à tort qu'on lui attribue l'instinct de s'insinuer dans les oreilles; — la sauterelle; elle abonde en Orient, et quelquefois des nuées viennent se poser sur le pays et le
dévaster; outre cette espèce de sauterelle, qui est fort grande , on en voit encore une petite espèce qui va aussi par troupes nombreuses; — le grillon, dont l'espèce appelée cricri habite les maisons.
5° Nèvroptères.Les libellules ou demoiselles tiennent parmi eux le premier rang; on en distingue de remarquables sur les bords du Danube.
4° Hyménoptères. Nous remarquons parmi eux la fourmi, la guêpe et Y abeille; cette dernière espèce est commune sur les bords du Dniester et au nord de la province ; son miel est délicieux et peu cher, car il ne coûte guère au delà de 10 roubles ass. le pouds. Le midi de la province et surtout le Boudjiac en sont dépourvus.
5° Hémiptères. Nous remarquons parmi eux la punaise et la cigale ; on sait que le mâle de cette dernière espèce rend un son monotone au moyen de deux instruments placés sous le ventre.
6° Lépidoptères. La chenille en est la première espèce; on sait qu'elle se métamorphose en papillon. Àu genre chenille appartient le bombyce du mûrier, vulgairement appelé ver-à-soie. Cet insecte, apporté à Constantinoplesous le règne de Justinien et venu de la Chine , est assez commun en Russie méridionale. Cependant le peu de valeur qu'ont eu les cocons ont fait tomber l'industrie de les élever, depuis quelques années ; mais grâce aux soins de la Société agronomique impériale de la Nouvelle-
i Russie, cette industrie reprend son cours. La Bessarabie méridionale semble d'ailleurs destinée à posséder en particulier cette industrie, vu la facilité avec laquelle les mûriers y croissent.
7° Dyptères. Aucune classe, aucun ordre n'a plus de représentants que celui-la ; il suffit de parler des mouches , de nommer les cousins , les taons, pour que chaque Bessarabien, surtout celui qui habite le voisinage des marais, se rappelle les nombreuses soirées où il a dû souffrir de leurs piqûres. Les cousins sont monstrueux le long du Danube.
8° Aptères. Cet ordre qui renferme les puces et les forbicines, vulgairement punaises des livres, offre de nombreux membres partout.
Classe des myriapodes. — Elle renferme tous ces petits animaux dont le corps très-allongé est composé d'une suite d'anneaux semblables entre eux, dont chacun porte une ou deux paires de pattes. Ils sont divisés en iules et en scolopendres.
Classe des crustacés. — Celte division des articulés a pour espèces principales le dêcapode macroure ou écrevisse. C'est à cette famille que viennent se ranger les homards, les crevettes. On en trouve en abondance en Bessarabie, surtout au midi de la province. Les gens en mangent beaucoup. On en trouve une espèce de très-cruelles, un peu plus grosse que l'espèce ordinaire et dont la carapace est plus forte.
Classe des annélides. — Cette dernière a pour re-
présentants le lombic ou ver-4e-terre, outre la sangsue médicinale.
Mollusques.
La mer et les golfes du voisinage ont des céphalopodes, des ptèropodes , des bracliiopodes , des cû*rhopodes de diverses espèces; on trouve en outre, parmi les gastéropodes, des limaces et des escargots; mais les feéfees ou grands escargots, de même que la limace, ne se rencontrent qu'au nord de la province.
Une personne qui aurait à vendre beaucoup d'escargots pourrait se faire un joli revenu pendant le carême, parce que le peuple ne mange pas autre chose, sauf du poisson en fait de viande, et qu'une partie des gens, les Grecs surtout, en sont trèsfriands.
Vertébrés.
Poissons. — Les poissons sont divisés en deux séries principales : les osseux et les cartilagineux. Ces deux classes sont représentées en Bessarabie.
Parmi les osseux, on y remarque : Le brochet, la perche, le turbot, la sole, la loche, les saumons, le hareng, Y anguille, la tanche, le maquereau, la carpe, etc.
Parmi les cartilagineux on trouve , soit dans la mer,
mer,
soit dans les limanes des fleuves, près de la met, des sélaciens, entre autres des squales; mais ils sont peu grands; puis des esturgeons, soit dans la mer, soit dans le Danube où ils remontent.
Ces esturgeons sont d'une grandeur quelquefois monstrueuse; on en fait un grand commerce; l'esturgeon salé est un grand article d'exportation ; avec sa vessie natatoire on peut faire de la colle, et on fait de ses œufs le caviar, aliment recherché. Enfin nous avons encore à ranger dans cette série le sterlet , qui appartient au genre esturgeon, et dont la chair est fort bonne; on le mange avec plaisir parce qu'on n'a pas besoin de s'inquiéter des côtes, puisqu'il n'y en a pas ; l'épine dorsale est remplacée par un nerf.
Je ne terminerai pas ce sujet sans dire un mot d'une espèce de hareng surnommé kéfale qui se pêche dans les canaux qui unissent le limane du Dniester avec le lac Chabalat, comme je l'ai dit à l'article des lacs. — Ce hareng , délicieux et trèsgras, monte de la mer dans le lac salé , passant par le limane du Dniester, au printemps. En automne, quand le froid commence à se faire sentir, il retourne à la mer, passant par les canaux susmentionnés; alors il trouve une cloison en roseau qui l'arrête, mais où est réservé un petit espace afin qu'il puisse passer un peu plus en avant; alors il trouve une seconde cloison qui l'arrête définitivement; il rebrousse aussitôt chemin, mais il ne sait
plus retrouver le petit passage par où il a passé la première claie , en sorte qu'il est forcé de rester dans ce petit bassin , d'où on le sort ensuite au moyen d'un puisoir-filet.
Cette pêche est considérable, puisqu'il y a 170 canaux , la plupart en activité, et que dans chacun d'eux on prend jusqu'à mille poissons et au delà , chaque jour, pendant plusieurs semaines ; j'ai vu un pêcheur qui, à 10 heures du matin, en avait déjà pris 800.
Le Bessarabien mange beaucoup de poisson : il s'en nourrit presqu'exclusivement en certaines localités pendant une partie de l'année.
Amphibies et Reptiles.
Les quatre ordres de reptiles ont des individus dans la province :
Les chéloniens sont représentés par les tortues terrestres ou plutôt par la tortue bourbeuse, car celle qu'on trouve en abondance dans le district d'Akermann est vraiment habitante des marais; sa carapace n'est d'ailleurs pas bombée comme celle de la tortue terrestre.
Les sauriens sont représentés par le lézard gris et le lézard vert, tous deux fort innocents; le second a une peau d'un vert magnifique.
Les ophidiens n'ont ici que des espèces innocen-
tes, c'est-a-dire plusieurs sortes de couleuvres qui atteignent de 7 a 10 pieds de longueur, puis des anguis. Cependant on trouve dans Feau, surtout dans le Danube, des serpents très-longs, dits serpents d'eau; ceux-là, a dents maxillaires, ont du venin. On emploie un singulier moyen pour ôter la vie aux couleuvres, qui sont très-abondantes; un fumeur laisse tomber dans la gueule du serpent quelques gouttes de l'acide qui est contenu dans la pompe de sa pipe et un peu après le serpent meurt.
Enfin, en fait de batraciens on trouve : les grenouilles qui abondent dans les marais ; les batraciens salamandres sont plus rares; je n'y ai pas vu l'espèce aquatique appelée triton.
Les crapauds pullulent dans le pays, surtout dans le Boudjiac ; on les fait mourir avec l'acide du tabac, comme les serpents. Cette manière de tuer ces reptiles n'est d'ailleurs connue que d'un petit nombre de personnes.
Oiseaux.
La Bessarabie est riche en oiseaux de toute espèce, ou du moins de presque toutes les espèces des pays tempérés. La plupart émigrent, en automne, pour un climat plus doux ; quelques espèces seulement nous restent toute l'année.
Entre autres espèces nous remarquerons :
1° Des rapaces, une quinzaine d'espèces, parmi lesquelles on distingue le vautour-griffon, le faucon, quèlques espèces d'aigles, des chouettes et des hibout. J'ai nourri pendant une partie de l'hiver un individu de cette dernière espèce; il ne mangeait qu'avec répugnance la viande cuite, et il vomissait presque aussitôt après l'avoir pris tout aliment qui n'était pas de son goût.
2° Une douzaine d'omnivores, entre autres des corneilles, des choucas, des étourneaux, le grandjaseur, le loriot, des pies. Le plus intéressant de ces oiseaux c'est la pie-grièche-écorcheur, qui se fait remarquer près des habitations par ses couleurs qui plaisent et par ses mouvements gracieux. La plus parfaite intimité règne entre le mâle et la femelle; pendant que celle-ci, au printemps, couve ses cinq à six œufs roses-jaunâtres, ce qui dure un peu plus de deux semaines, le mâle ne chante pas; il veille sur sa compagne et sur sa progéniture. La sagacité des pies est proverbiale ; mais en les étudiant toujours plus attentivement , on découvre encore en elles de nouvelles ruses; c'est ainsi, dit le journal intitulé Lectures pour les enfants (Lausanne, 1841), que M. Nordmann, professeur a Odessa, à remarqué dans le jardin public de celte ville, qu'elles font semblant de construire plusieurs nids faux pour tromper les curieux , et qu'autant elles font de bruit vers ces nids trompeurs, afin de les faire re-
marquer comme s'ils étaient bons, autant elles construisent silencieusement le véritable, d'où elles s'enfuient furtivement et sans crier, si on en approche.
Les étourneaux imitent parfois le cri des autres oiseaux, surtout celui de la cigogne. L'étourneau unicolore imite un peu le merle.
3° Une vingtaine d'insectivores, parmi lesquels on distingue la pie-grièche, le bec-fin, le roitelet, là bergeronnette et le merle ; ce dernier s'apprivoise aisément.
4° Une vingtaine de conirostres, et particulièrement des alouettes, mésanges, becs-croisés, grosbecs, bruants, geais, moineaux, corbeaux. On trouve deux espèces de corbeaux : le noir de l'occident et un noir cendré qu'on trouve aussi en Allemagne.
5° Cinq à six espèces de fissirostres , parmi lesquels: les martinets, les hirondelles, les tète-chèvres ou engoulevents.
De tous les oiseaux, les martinets sont ceux qui volent avec le plus de force. Il n'est pas vrai que les engoulevents tètent les chèvres.
6° Deux ténuirostres : la huppe et \e grimper eau^ Pendant qu'elle est en liberté, la huppe crie de temps en temps , mais dès qu'on la met en cage elle se tait. J'ai remarqué de plus que la mère, en captivité,] refuse de nourrir ses petits qui y sont
avec elle , tandis qu'elle le fait si les petits seuls sont captifs et qu'elle soit libre.
7° Deux espèces de syndactiles : le guêpier et le martin-pêcheur. Combien ce dernier fait un joli effet avec sa couleur en partie blanchâtre. C'est un spectacle auquel l'œil se complaît.
8° Quelques sortes de grimpeurs, entre autres le pic-vert et le coucou. On sait que ce dernier pond ses œufs dans des nids étrangers avec beaucoup d'instinct, en sorte qu'il est débarrassé du souci de couver.
9° Plusieurs gallinacés et particulièrement : des dindons, le coq et la poule qui font partie du genre faisan, des pigeons, des cailles, des perdrix et des tétras.
Aucun autre ordre d'oiseaux n'offre a l'homme plus de ressources pour ses besoins et ses jouissances. Ces oiseaux sont presque tous originaires des contrées chaudes. L'espèce de dindon appelé coq d'Inde, n'est pas, comme son nom semblerait l'indiquer, originaire de Y Inde, mais bien du Brésil. Je n'ai pas entendu dire qu'il y eût des paons en Bessarabie ; cependant il n'est pas impossible que quelque basse-cour bien garnie n!en ait.
10. Trois pressirostres : Y outarde, les pluviers et les vanneaux.
Les outardes poussent un cri bien plaintif, surtout quand elles sont dans la maison , comme je
l'ai remarqué chez moi. La chair est bonne , mais je ne l'ai pas trouvée autant comme on le dit vulgairement dans les livres.
Les vanneaux ne diffèrent des pluviers que parce qu'ils ont un pouce.
11. Trois principaux cultrirostres savoir: la grue, le héron et la cigogne.
La grue atteint une hauteur de quatre pieds ; combien c'est plaisant de la voir marcher lorsqu'elle est jeune, et qu'elle fait, on peut dire, son apprentissage ; elle s'apprivoise alors facilement.
Les cigognes construisent sur la plupart des maisons un énorme nid où elles pondent leurs œufs et les couvent, puis soignent leurs petits jusqu'au mois d'août, époque où ceux-ci peuvent voler. Elles sont généralement respectées du peuple qui croirait faire un sacrilège d'en tuer une. Cette espèce d'honneur qu'on leur rend est sans doute provenu de l'utilité qu'elles offrent en débarrassant le sol de crapauds , de grenouilles et de serpents. Elles sont douées de beaucoup de force et sont assez cruelles, car un jeune homme qui m'en apportait une eut la main en partie déchirée par elle.
12. Dans le genre longirostre, nous remarquerons la bécasse, bien connue pour la chasse qu'on lui fait.