‹ La bêtise parisienneChapitre 11 sur 39 · J0UR\1£E DE COURSES · texte numérisé non relu

J0UR\1£E DE COURSES

ment une rumeur et un tumulte auprès desquels le brouhaha quotidien de la rue Vivienne ressemblerait à un concours d'harmonie.

Tout ce qu'il y a d'affreux dans le hurlement de la hyène, d'abréviatif dans la langue anglaise et de cassé dans la voix des perroquets centenaires, se charge de provoquer les passants à la spéculation des courses. La raison s'égare à suivre les cris de hausse et de baisse sur la cote des chevaux; les portefeuilles se dégarnissent à affronter les ruses imprévues, les audaces de la craie et de l'éponge qui courent entre les doigts fébriles des teneurs de listes.

Les parieurs se bousculent et s'injurient, les oreilles battues d'outrages, les chapeaux ératiés, les épaules moutonneuses. Souvent des gifles molles, de petits saluts ou de bonnes poignées de mains s'ensuivent, selon que l'on se connaît beaucoup, un peu ou pas du tout.

Sur un gazon circulaire, entouré de bosquets, les chevaux de pur sang attendent patiemment les épreuves. Ils tournent àpas lents, au milieu

d'amateurs et de belles dames, conduits par des lads microscopiques que, d'un mouvement dédaigneux du col, ils secouent comme des breloques pendues à la bride. Quelques propriétaires, à l'écart, donnent des instructions à leurs jockeys et consultent anxieusement la grimace immobile de ces visages recroquevillés.

A l'appel d'une cloche, dont les sons s'espacent dans le vent, une sorte de tiers-état, qui constitue la maiorité des sportsmen, s'émeut et s'empresse. Pour regarder la course, les uns se hissent sur des plates-formes escarpées et rasées par la bise comme les moraines de la Maladetta; les autres s'arrachent des chaises: les forts en ont deux, les faibles se réunissent à quatre pour s'en partager une.

C'est de ce moment, oia la préoccupation générale est ailleurs, que profitent les sages et les décavés pour rejoindre, au rez-de-chaussée solitaire des buffets, quelques femmes du monde incomprises ou des demoiselles sutïisamment entretenues. Loin des amants et des maris qui

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jouent sur des renseïi>iici?ieiits\ on arrange là des amours sérieuses et des rende/.-vous propices, en goûtant un mélange de mousse artificielle et d'eau de la ville.

Il n'y a que la tribune du Conseil municipaloù ne se produise jamais la moindre agitation. Les édiles, du commencement à la fin des courses, .-e gardent d'abandonner les places qu'ils ont couvertes de leur obésité satisfaite ou de leur maigreur soupçonneuse. Ils craignent manifestement d'être supplantés; ils restent à discuter des résultats acquis et ruminent des aléas incomp;itibles avee les conditions du programme.

A cinq heures, le retour s'efiectue par l'allée des Acacias, les bords du lac, l'avenue du bois de Boulogne et les Champs-Elysées.

Jusqu'à la nuit, les files d'équipages se croisent, allant et revenant avec l'impulsion machinale d'une courroie sans fin.

Parfois le mouvement s'arrête et crée, entre

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les voitures, des voisinages momentanés et hasardeux. La curiosité parisienne est friande de ces rencontres soudaines, où l'on a chance d'échanger des saints ccrémoniaux, des sourires délicats et même des regards furibonds avec les personnes vis-à-vis desquelles on ne s'est pas bien conduit.

Peu à peu Taffluence diminue, les réverbères s'allument.

Le peuple de Longchamps, sa splendeur olHcielle, son opulente organisation et son rôle dans le monde n'existent plus... pour une semaine.

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