‹ La bêtise parisienneChapitre 13 sur 39 · LE SALON · texte numérisé non relu

LE SALON

ligne de compte Tadoration naïve des grands cœurs pour les œuvres hautes, la curiosité méritoire des esprits bien faits, ni même l'ardeur artistique des âmes jalouses à chercher les prétextes ingénieux: de médire. Il faut encore et surtout considérer l'appoint des causes accidentelles.

Stationnez, un instant, en face du tourniquet tapageur que les messieurs et les dames poussent ftimilièrement d'un petit coup de ventre. La plupart des physionomies que vous remarquerez ne porteront nullement le ravage des passions idéales. Ce qui défile tour à tour, ce sont des gens de bourse ou de négoce, des rastacouères, des mères et des nourrices, des tournures d'architectes ou de couturiers, des pensionnats en congé, des acteurs et des magistrats qui n'ont point à répéter ni à siéger.

Quiconque a des affaires, qui finissent tôt ou commencent tard, fréquente le Salon pendant

le mois de mai, au lieu de tlàner par les rues, devant les belles boutiques.

Les oisifs saisi.ssent ce prétexte de distractions avouables.

Beaucoup de monde est encore rabattu vers le palais de l'Industrie par la pluie, le vent, les rendez-vous et les malentendus.

Certaines personnes veulent utiliser des catalogues prêtés; d'autres sont obligées de revenir pour réclamer des objets oubliés au vestiaire.

Quoi qu'il en soit, à la porte du salon d'honneur, tous les arrivants se présentent avec des faces réjouies et ouvertes.

C'est d'abord la joie d'en avoir terminé avec la rude montée d'un escalier de pierre, et la satisfaction d'accomplir une chose due. Car on doit connaître le Salon, sinon l'on s'attire des observations pénibles, des mots désobligeants, et on se ferme beaucoup de violentes discussions.

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Puis Tattrait d'un spectacle inconnu et choisi est incontestablement très vif.

D'ailleurs, les mesures administratives ont été prises avec science. Elles offrent abondamment, aux premiers coups d'œil, la vue imaginaire de tout ce que les réalités de la vie marchandent à l'espèce humaine ou lui interdisent par des chertés inabordables, des conditions impossibles ou des périls écœurants.

De la cimaise au cintre s'étalent des triomphes militaires, des lions superbes et généreux, des magnanimités historiques, des femmes constamment nues et posées de mille façons, des supplices abolis et amusants, des intérieurs paisibles, des campagnes sans tuyau d'usine ni ligne de banlieue...

Le public, que tant de splendeurs émerveillent, commence, favorablement préparé, sa course au travers des salles.

La population parisienne a des trésors de

bonne humeur et de bienveillance sentimentale qu'elle prodigue immédiatement.

Pour peu qu'on ne la choque point par un dessin trop consciencieux ni par un coloris trop smcère, elle s'intéresse à tout : aux épisodes bibliques, aux arbres déracinés, aux sommeils d'odalisques, aux études d'autopsies, quoique ces sujets, qui forment le fond de la peinture courante, ne correspondent guère à des préoccupations générales et quotidiennes.

Toutes les variétés d'animaux réussissent également à captiver la foule et à l'attendrir : les chiens mordus par des loups, les loups mordus par des chiens, les chats en panier, les singes qui brisent sans motif des porcelaines précieuses de Chine.

Même les portraits d'individus ignorés font plaisir. Devant celui de M. A..., de M""^ B..., de M"^ G... ou des petits D. .., il y a toujours quelqu'un pour dire, avec une certaine autorité : " C'est bien lui... C'est bien elle !» ou :

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