I.E RAT, DE l'oPFRA
Il faut qu'elles passent partout, principalement dans les endroits où c"est impossible. Elles pénètrent comme des coins dans la cohue; elles en ressortent avec Timpétuosité des bouchons de Champagne.
Grotesquement déformées par le domino, la grimace noire du masque imprimée sur le visage, elles ont perdu tous les charmes de leur sexe. Elles ne livrent à la curiosité publique que des paires d'yeux métamorphosés par leur encadrement insolite et qui n'expriment plus rien : ni la tendresse, ni le désir de plaire. ni la satisfaction du devoir trahi.
Lentement, la nuit s'écoule.
Bien des gens continuent à s'imaginer que tout n'est pas perdu , et qu'il y a encore des chances pour qu'on réussisse à s'amuser.
Quelques natures généreuses, envahies par les profondes infiltrations de l'ennui, essaient de réagir. De jeunes hommes, dont les parents
portent des noms estimes, s'affirment en poussant des cris d'animaux.
Entre temps, on se signale mutuellement des loges suspectes où des jeux que la morale parisienne tolère et que la police réprouve, paraissent en cours. A proximité, des groupes se forment aussitôt pour goûter le plaisir relatif qu'il y a à regarder une porte derrière laquelle il se passe quelque chose.
Mais tout cela n'est point de la véritable gaieté française.
Dès qu'un bruit éclate sur un point, tout lo monde s'y précipite avec la vague espérance que c'est peut-être pour cet incident, qui s'accomplit, qu'on se trouve être venu.
De désappointements en découragements, cette réunion d'hommes honorables en arrive à concevoir les plus féroces exigences. De tous cotés, on souhaite une bataille de femmes, des giffles entre clubmen, une mort subite, enfin n'importe quoi qui modifie la situation.
Au petit matin, le vide s'est fait peu à peu
LF P.AL DE l'opi'rA 8c^
dans l'édifice où circulent encore de rares promeneurs. Ce sont des vieillards peu rangés et des dyspeptiques, que l'habitude des transpirations nocturnes et des insomnies a particulièrement préparés à jouir des fêtes de l'Opéra.
En définitive, si Ton voulait bien se pénétrer une bonne fois de cette vérité que les bals de l'Opéra sont ennuyeux, très ennuyeux, et qu'on doit y aller, non pas avec l'intention de s'y distraire, mais simplement parce que c'est un usage et une élégance, on finirait peut-être par y découvrir un certain charme. On échapperait, en tout cas, à des désenchantements périodiques.
On ne resterait là -dedans qu'une petite heure, durant laquelle on se raisonnerait les uns les autres. On se dirait qu'un mauvais moment est bientôt passé, que la vie n'est pas toujours drôle, etc.
QO CROQUIS
Le quartier de l'Opéra est, d'ailleurs, central, bien fréquenté , convenablement éclairé, pourvu de voitures et de restaurants.
Ce qui gâte tout, c'est cette incroyable prétention du public à s'amuser en se livrant à une série d'exercices qui n'y portent point.
A Anrdlicn Scliol
Tous les ans, vers Tété, le concert en plein vent retrouve sa popularité.
Les Parisiens qui ne sont pas encore partis pour la campagne, et les campagnards qui viennent d'arriver à Paris, se transportent chaque soir au carré des Champs-Elysées. Cet espace suffit à peine à l'empressement public.
Une triple haie de badauds obstrue les allées autour des cafés chantants, pendant qu'une population plus raffinée pénètre à l'intérieur.
Là s'installent confusément des célibataires et des gens mariés, chassés de chez eux, les
uns par ramcrtumc de la solitude, les autres par les rigueurs de la vie à deux et même à trois.
Puis des femmes entretenues dont l'amant est toujours en voyage, des petites marchandes qui ont passé Taprès-midi dans l'arrière-boutique où se trouve leur principal étalage, des fils de grande famille, des larbins sans place, des bookmakers opulents, des pschutteux décaves.
Gomme le dit harmonieusement une légende :
lié! cocher, aux Ambassadeurs!
C'est rrendez-vous des vrais farceurs.
Quand on n'est pas un vrai farceur, on ne comprend pas tout d'abord ce qui vaut aux concerts des Champs-Elysées leur succès prodigieux.
Longtemps, j'ai cru naïvement que le public habituel de ces établissements y cherchait la fraîcheur jardinière, un rvthme bcrceur d'or-
LE CAFE-CONCLRT (jS)
chestres émollients et le délassement du corps sous la sérénité du ciel caniculaire. Du reste, le zèle industrieux des administrations favorise cette erreur.
Des chaises de fer sont disposées sur un semis de cailloux. Une floraison de globes en verre dépoli s'épanouit au milieu d'un feuillage de laiton, sur des tuyaux de gaz poussés comnrie des branches. Plusieurs marronniers, soigneusement peints en vert, complètent ce cadre agreste; pour les agiter, de temps en temps, un jeu de tîcelles réunies dans la main de quelque préposé, simule le passage de la brise, et il tombe de petits bouts de laine effilochée, qui donnent l'illusion des chenilles.
Mais il suffit d'avoir assisté à une représentation pour être éditié.
Non, ce n'est pas le repos ni les douces langueurs que les amateurs trouvent sur leurs sièges étroits et âpres, dans cet oxygène raréfié, derrière ce chef d'orchestre dont les gestes de belluaire font rugir autour de lui les
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gueules en cuivre des pistons et des trombones.
C'est bien plutôt Tepilepsie, le tétanos et la rage.
Il est impossible de conserver aucun doute lorsqu'on examine, à la sortie, les vrais farceurs. Épuisés, aphones, les bras ballants, l'œil mort, ils sont en nage.
Est-ce le programme qui fait recette? Sans pousser jusqu'au fétichisme le culte de mes contemporains, je me refuse à admettre qu'ils soient particulièrement épris de spectacles aussi grossiers.
Entendre sonner froidement de la trompe, sans qu'une meute hurle aux approches ou que pleure une biche aux abois, endurer cela pendant une demi-heure, en plein Paris, à notre époque, c'est être mystifié. Or, on peut tolérer une mystification; d'ordinaire, on ne la recherche pas.