‹ La bêtise parisienneChapitre 28 sur 39 · CHASSES PARISIENNES · texte numérisé non relu

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sait et que le petit gibier se raréfiait par les raisons naturelles, les raisons politiques morcelaient la propriété, restreignant ainsi les territoires oij il était permis de poursuivre les races sauv^ages.

Puis des textes législatifs subordonnaient le droit de chasse à l'acquittement d'impôts vexatoires, à l'observation des mois et des heures, à l'emploi d'engins déterminés.

Le tout, en pure perte.

Les chasseurs pa3^èrent des permis; ils acceptèrent la rigueur des saisons particulièrement mauvaises qu'on leur assignait; ils se contentèrent de lever des merles, des taupes, des moineaux, et surent se tenir à une égale distance du braconnage et de l'insecticide.

Ce qui montre encore bien que les Parisiens violent la logique en restant malgré tout chasseurs, c'est qu'ils manquent toujours d'endroits où chasser.

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A part les privilégiés de la fortune qui possèdent des terres aux environs de la capitale, le commun des mortels n'a que deux ressources : être invité ou actionnaire.

Or, c'est très difficile d'être invité, d'une façon régulière. On doit, à cet effet, dépenser tant d'adresse, de tact, de vrai mérite, de patience et de gratitude apparente, qu'il faudrait n'avoir pas autre chose à faire. Les débutants se découragent vite, et les amateurs qui ont vieilli et blanchi sous les invitations, se font de plus en plus rares.

Les chasses organisées par actions sont plutôt recherchées.

On sait comment cela se pratique :

Une dizaine d'amis se réunissent pour louer une contrée, à frais communs. Généralement, ils perdent vingt-cinq ou trente mois à examiner des propositions variées. Après quoi, leur choix s'arrête sur un lopin de terre, coupé par

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des voies ferrées et encadré au moins de quatre usines importantes. Un gibier d'allures inapprochables peuple cette enceinte; ce sont d'anciens animaux domestiques qui ont contracté des mœurs farouches dans la fréquentation des puanteurs industrielles et du charivari des trains lancés à toute vitesse.

On vote alors un règlement, et le président est élu.

A partir de ce moment jusqu'à la fin du bail, les récriminations latentes, les sourdes jalousies croissent dans les âmes de ces dix amis. Souvent elles éclatent.

Quiconque a assisté au déjeuner matinal d'une chasse d'actionnaires, sait quel esprit d'animosité y règne sans relâche.

Les uns trouvent qu'on va trop souvent en plaine ou au bois, et les autres trouvent qu'on n'y va pas assez.

Ceux-ci se plaignent de la. distance de la gare, et ceux-là des partages de gibier qui ont eu lieu la dernière fois, des places qui vont

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leur ctrc attribuées pour le prochain aprèsmidi.

Le président, malgré la mansuétude, Téquité et Texpérience qu'il peut avoir, n'est jamais écouté. On le force à donner sa démission ou à la retirer, suivant ce qu'il propose et par contradiction.

Que répondre à des hommes que le maniement insolite du fusil rend fiers et intolérants, qui se grisent à parler de coups de feu, de cartouches assorties, et qui en arrivent graduellement aux onomatopées : pif, paf, pan, poum, patapoum?

Car la chasse excite une ardeur cruelle. Ces actionnaires, que les travaux professionnels occupent, toute la semaine, à manier avec précaution des livres de chèques, des étoffes douces, des bijoux fins, des dossiers délicats, etc., versent beaucoup de sang, le dimanche, avec nsouciance. Et la chasse, telle qu'on la prati-

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que autour de Paris, n'a pas, comme le duel et la guerre, l'avantage d'affermir l'homme et de Tencourager contre la douleur.

Voici, sur ce sujet, une bien modeste anecdote qui m'a laissé un souvenir vivace. Un jour, je vis un chasseur rapporter triomphalement une pièce qu'il venait d'abattre :

— Croyez-vous qu'elle en a, disait-il en étalant les ailes brisées, la poitrine à vif et rouge d'une perdrix palpitante, qui ouvrait encore les yeux, avec cette expression héroïque et douce des bêtes qui vont mourir.

Ce chasseur riait de ce que cette perdrix « en avait eu » autant, et il se félicitait lui-même, allant de l'un à l'autre Quelques instants après, la gâchette de son fusil lui fit un méchant pinçon à la phalange de l'index. Si vous aviez vu ce glorieux trépigner! Il ne savait plus que faire de son doigt et l'enfonçait alternativement dans sa bouche, dans son mouchoir et dans ses diverses poches. Et je ris à mon tour, tandis qu'il blasphémait le nom du Dieu qui donne la

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pâture aux petits des oiseaux et qui parfois les venge.

On pourrait faire remarquer ici que la chasse joue un rôle démoralisateur dans la vie parisienne. Elle incite les Jeunes maris, les papas sérieux à découcher, avec aisance. Elle humilie, par le triomphe de ses attraits préférés, l'épouse restée dans la solitude du lit conjugal.

Mais à quoi bon ?

Ce qui assure la perpétuation de cet exercice anachronique, c'est peut-être qu'il est coûteux, difficile, souvent prohibé, qu'il soulève des questions de ménage et qu'il fournit des prétextes à échanger des mots pénibles, à table.

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