LE JEU DES INSTITUTIONS ID
toute la durée de la partie, dans laquelle il n'a point droit d'intervenir. Il ne se trouble pas. Il jouit de cette béatitude qu'on remarque, dans les cercles bien tenus, chez les membres qui n'ont rien risqué sur un coup.
Indifférent aux caprices d'une chance dont il ne soupçonne point les suites, le public rentre chez lui, heureux d'avoir constaté que le jeu des institutions fonctionne correctement et sans excès.
Il n'a rien vu.
C'est dans les coulisses parlementaires que le jeu des institutions exerce ses ravages avec une furie clandestine.
Au fond des salles de commissions, sur le coin des tables, à la buvette, partout enfin, les représentants sont aux prises.
Ici, deux par deux, et pensifs comme au piquet ; plus loin, par groupes de quatre personnes où l'aigreur envers le partenaire et la
lO ETUDIIS l'OLITIQUES
grossièreté à l'égard des adversaires éclatent à tout propos, comme au whist.
Dcci, delà, des individualités bruyantes et joyeuses, parce qu'elles jugent la partie gagnée; ou de beaux joueurs qui se moquent pas mal d'avoir perdu une institution de plus et qui n'en sont pas à quelques-unes près.
Sur les banquettes solitaires, de vieux sénateurs ou des députés amaigris par les abus de la vie politique viennent s'asseoir.
Ce sont les décavés. Ceux-là ne comptaient plus que sur une institution pour se refaire, et ils l'ont engagée mal à propos.
Sans doute, ils méditent sur leur jeunesse, leurs amours passées, le hameau natal, les courses en sac. Ils font un retour vers le temps où ils ne s'étaient encore livrés à aucune manœuvre de la dernière heure, et où ils ne songeaient pas à dissiper les institutions que leur avaient laissées leurs parents. Ils se revoient beaux, innocents, câlinés par de petites blanchisseuses...